LES SACREMENTS : LA PRÊTRISE
raîn, être délié de ses vœux et renlrer dans la vie civile, à peu près comme un militaire sort de Tarmée ^ Le pope convaincu d'un crime est dégradé, comme un officier. Jadis, des prêtres dont on était mécontent, on faisait des soldats.
Avec même origine et mômes fonctions, le clergé a ainsi dans les deux Églises une position et une influence bien diverses. Comme chez les Latins, le prêtre est, chez les orthodoxes, le canal unique et nécessaire des sacrements et de la grâce divine; mais, entre le tidèle et lui, ni la discipline ecclésiastique, ni les pratiques religieuses n'ont mis le môme intervalle qu'en Occident. Le prêtre n'est pas élevé aussi haut au-dessus de l'humanité ; il n'est point, par l'ordination, tclleaient mis en dehors des laïques qu'il ne puisse retomber à leur niveau. Les fidèles et le clergé communient également sous les deux espèces. Le mariage, enfin, est le grand trait d'union qui joint le clergé aux laïques. Pourvus de famille et privés de tout chef étranger, les popes ne peuvent former entre eux un corps aussi étroitement associé et aussi distinct de tous les autres. Par cela même qu'elle met moins de distance entre le peuple et le sacerdoce, l'Église gréco-russe accorde une plus grande influence aux laïques et à l'État, qui en est le naturel représentant. Chez elle, le caractère mystique, divin du [)retre, est moins en lumière; l'éclat de la religion rejaillit moins sur lui et l'accompagne moins en dehors des cérémonies sacrées. Le clergé ne se confond pas avec TEgiisc ; le peuple voit moins en lui le représentant de Dieu et le roi du temple que le ministre, le serviteur de l'autel.
Pour le mariage, il n'y a pas entre les deux Églises le
1. Voici; d'après une feuille ecclésiastique officielle, le libellé d'une autorisation de ce genre. <l S. M. l'Empereur a, le 12 mai de celte année, daigné accorder à l'ancien prêtre du diocèse de VoIIiynie, Ivan Lvovitcli **% ayant déposé la dignité sacerdotale en 1880, Tautorisation d'entrer au service de TElal, avec les droits de sa naissance,... en dehors toutefois du diocèse de VolUynie où il a servi dans les fonctions de prêtre. » Tserkqpnyi Vestnik^ 16 juin 188'j, p. 107. '
môme contraste- Là encore, tout en étant plus voisine de Rome, rÉglise orientale est, à certains égards, entre Rome et la Réforme. Fidèle aux répugnances des premiers chrétiens pour le renouvellement du lien conjugal, Torthodoxie tolère chez les laïques les secondes et les troisièmes noces; elle se refuse à bénir les quatrièmes. Au veuf ou à la veuve assez charnels pour recourir à un nouveau mariage, elle impose même une légère pénitence. Avec les catholiques, l'Église gréco-russe fait du mariage un sacrement et en proclame Tindissolubilité ; avec les protestants, elle admet, d'après l'Évangile (saint Matthieu, v, 32), que l'infidélité d'un des époux autorise l'autre à s'en séparer. Selon ses traditions, l'adultère est la mort du mariage, et la violation du serment conjugal annule le sacrement. L'Église russe autorise l'époux injurié à contracter une nouvelle union, elle interdit les secondes noces à l'époux qui n'a pas tenu les promesses des premières. En Russie, où il n'y a, pour les orthodoxes, d'autre mariage que le mariage religieux, cette jurisprudence ecclésiastique tient lieu de législation civile. Elle a l'inconvénient de prêter parfois à de frauduleux compromis, à de honteux marchés. Le code mondain a singulièrement altéré et faussé la loi canonique. Quoique la faute en soit aux mœurs et à la procédure plutôt qu'à l'Église, le clergé a le tort d'être trop facilement la dupe des combinaisons intéressées des époux mal assortis.
Il n'est pas rare de voir des hommes se reconnaître coupables du crime commis par leur femme et l'aider à épouser son complice. C'est là, dans le beau monde, le procédé d'un galant homme; on en a presque fait une règle du savoir-vivre. Il est admis que, dans les mauvais ménages, c'est au mari de prendre sur lui tous les torts; il doit, au besoin, se laisser prendre en flagrant délit, et même, s'il le faut, jouer devant témoins la comédie de l'adultère. Plus rarement, c'est la femme qui se sacrifie et prend sur elle l'opprobre de la faute qu'elle n'a pas commise. Quelques-