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LE MARIAGE ET LE DIVORCE

unes le font par dévouement, d'autres par cupidité. On cite, dans Je monde des marchands, de riches veuves qui ont ainsi acheté à des femmes sans fortune un mari de leur goût. Le théâtre russe a mis sur la scène des transactions de ce genre. C'est le sujet d'une médiocre comédie d'Ostrovsky, le Bellâb^e [Krasavets Alouchtchùia). On a vu des époux ainsi divorcés, pris du désir de se remarier, alors que, grâce à leur complaisance, leur conjoint Tétait déjà, intenter une action nouvelle et demander la revision d'une sentence fondée sur des faits supposés.

La question de savoir si le mariage doit être interdit à perpétuité aux époux coupables a été fort discutée- Plusieurs canonistes ont soutenu que jamais les conciles n'avaient condamné l'époux adultère au célibat perpétuel. D'après eux, cette règle n'aurait d'autre fondement que les préceptes du Nomokanon, code byzantin qui associe aux canons de l'Église les lois civiles concernant l'Église et le clergé. Toujours est-il que l'on incline, en Russie, à se départir d'une sévérité généralement jugée excessive. Cela n'est plus guère qu'une affaire de temps. Il y a déjà des exemples d'autorisation de remariage pour l'époux déclaré coupable. Le jour où ce sera devenu la règle, les demandes de divorce se multiplieront. Si les procès de ce genre en deviennent un peu moins scandaleux, il est douteux que le lien conjugal en soit fortifié ^

Dans une étude des sacrements il est impossible de laisser de côté celui qui fait l'originalité morale du catholicisme, la pénitence, la confession. L'Église grecque est d'accord avec l'Église romaine pour exiger la confession auriculaire. La théorie du sacrement est à peu près semblable chez les Grecs et chez les Latins; en est-il de même de la pratique, qui seule décide de la valeur d'une telle institution? Pour un étranger appartenant à une autre

1. Pour le nombre des divorces et la procédure suivie dans ces affaires par les consistoires ecclésiastiques, voyez ci-dessous, même livre, cliap. vu.

Église, il ne saurait en pareille matière, être question d'expérience personnelle, ni de comparaison directe. Il faut se contenter de réponses plus ou moins nettes, plus ou moins sûres, arrachées à des gens qui sont eux-mêmes hors d'élat de rapprocher des leurs les usages catholiques. Entre la confession orientale et la confession latine il semble s'être établi, dans la pratique, un intervalle que les années pourront élargir ou combler. La preftiière paraît plus brève ou plus sommaire, moins explicite, moins exigeante; elle est moins fréquente et elle est moins longue, ce qui diminue doublement l'influence qu'elle a sur le fidèle et l'autorité qu'elle donne au clergé. Elle semble se restreindre davantage aux fautes graves, parfois même se contenter de déclarations générales, sans désignation de péchés particuliers. Elle n'aime pas autant à spécifier, à préciser; elle pénètre moins avant dans les secrets de la conscience et l'intimité de la vie. Les Russes ne mettent point entre les mains des fidèles de ces examens minutieux qui, jadis surtout, se rencontraient dans tous les pays catlioliques Ils ne mettent pas non plus, croyons-nous, aux mains des prêtres de ces théologies morales oii Tanatomie du vice est poussée jusqu'à une répugnante dissection. Par tous ces côtés, la confession orthodoxe paraît plus simple et plus discrète, à la fois plus formaliste et plus symbolique que la confession romaine; elle semble garder quelque cliose de primitif et comme de rudimentaire. Ici encore, rÉglise d'Orient se montre moins éprise de précision et de logique que TÉglise latine, moins disposée à pousser sa doctrine à ses dernières conséquences.

En Russie, près du peuple surtout, c'est par interrogations que procède d'ordinaire le confesseur. Avec le paysan, le pope a, dit-on, deux questions habituelles: « As-tu volé? t'es-tu enivré? » à quoi le moujik répond en s'inclinant : « Je suis pécheur* ». Une"' telle réponse à une

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