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ENREGISTREMENT DES DÉVOTIONS

doublement intéressé à raccomplissement des prescriptions religieuses, dont il est responsable devant son évêque, et qui sont le gagne pain de sa famille, ne peut les laisser oublier à ses ouailles. Gomme il arrive chaque fois que rÉglise exige le certificat d'un acte de piété, chez nous, par exemple, pour la confession avant le mariage religieux, les mœurs amènent souvent le clergé à dispenser lui-même rindifférent ou le sceptique de la pratique d'une règle qui leur répugne. Au moyen d'une olïrande, on peut se faire inscrire sur les listes du pope, sans se soumettre aux actes religieux dont elles enregistrent Taccomplissement. Le fait n'est point rare parmi les membres des sectes populaires.

Le croyant et l'hypocrite payent ainsi pour recevoir les sacrements, l'incrédule et le sectaire pour en être dispensés. Dans un cas comme dans l'autre, le prêtre touche de son paroissien la redevance que lui attribue l'usage. La vie religieuse, l'esprit môme de la pieté, ne peuvent échapper entièrement à l'influence de pareilles coutumes. L'habitude de voir approcher de l'autel des âmes tièdes ou indifférentes rend le prêtre lui-même moins difficile sur les conditions spirituelles de la participation aux sacrements. Il est plus porté à se contenter des dehors et de la soumission matérielle aux rites; par là, les dévotions de commande diminuent indirectement la valeur des autres. Des raisons analogues avaient amené des mœurs à peu près semblables dans tout l'ancien empire Ottoman, oh, sous la domination turque, le clergé grec conservait un rôle politique. C'est ainsi que des causes extérieures ont entretenu, chez la plupart des peuples orthodoxes, le formalisme religieux, auquel les inclinait déjà leur tempérament ou leur état de civilisation.

Le plus grand acle de la vie chrétienne, la communion, suggère dans l'Église gréco-russe les mêmes remarques que la confession. La masse du peuple, qui remplit si scrupuleusement les prescriptions religieuses, ne s'approche du sacrement eucharistique qu'une fois l'an, pendant le grand

carême. La communion fréquente, que saint Philippe de Néri et saint François de Sales^ que Fénelon et les jésuites ont fait prévaloir dans la dévotion catholique, est étrangère à la piété orientale. Bien plus, c'est, pour les orthodoxes, moins un sujet d'édification que de scandale. Ils partagent, sur ce point, les idées de nos anciens jansénistes. Aux yeux de leur clergé, la fréquence de la communion en diminue la solennité et, par suite, l'efficacité morale. Il reproche aux catholiques de manquer de respect à la table eucharistique en en laissant approcher, sans préparation suffisante, des âmes mondaines indignes de renouveler un pareil commerce. 11 ajoute que les confessions trop répétées font dégénérer le sacrement de pénitence en simple conversation édifiante. En Russie, les personnes pieuses ne s'approchent de la sainte cène que quatre fois l'an; chez les plus dévotes, la communion mensuelle est peutêtre plus rare que, chez les catholiques, la communion hebdomadaire.

La rareté de la participation au plus auguste des sacrements de l'Église en pourrait augmenter la solennité; l'habitude de conduire en troupe à la sainte table le gros de la nation en diminue Teff'et individuel. Une autre raison enlève à la communion quelque chose de la grandeur de son impression sur les âmes. Selon l'ancien rite, l'Église orthodoxe y admet les petits enfants : on la leur administre, comme aux adultes, au moyen d'une cuiller d'or ou de vermeil^ A proprement parler, il n'y a donc pas de première communion. Cette solennelle initiation aux saints mystères, qu'on environne de tant de crainte religieuse, qui, chez les catholiques et certains protestants, a une si grande influence sur l'enfant, manque aux Églises orientales. Par là, non seulement le sacrement de l'eucharistie en impose moins à l'enfance, habituée à le recevoir dès ses premiers jours, mais la religion, n'ayant point à préparer

1. Les enfants cessent de communier à trois ou quatre ans, pour recommencer à sept ans, comme les grandes personnes, après s'être confessés.

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