AUTOCRATIE ET SELF-GOVERNMENT LOCAL
government local, ce n'est point par défiance du pouvoir, comme une concession ou une diminution de Tautorilé impériale, c'est par amour pour Tautocralie, afin de la fortifier, de la débarrasser de ce qui la souille et la compromet, de la délivrer d'une besogne ingrate et de vulgaires soucis, en la ramenant dans son domaine naturel, la sphère des intérêts généraux, pour laisser aux populations, aux provinces, aux villes, aux communes, le soin des intérêts locaux. Le pays (zemlia) s'administrant lui-môme sur place {mêslno)^ avec un tsar autocrate à sa tête, telle est la formule de l'école qui prétend personnifier les traditions et les aspirations nationales. Pour elle les libertés provinciales et communales, loin d'être un empiétement sur l'autocratie, sont le meilleur moven de la consolider et de la faire durer*.
Je ne reviendrai pas ici sur ce que peut avoir d'illusoire cette théorie moscovite*. Une chose certaine, c'est qu'elle a des partisans nombreux, intelligents, de bonne foi, et, dans l'intérêt du pays comme du souverain, il est désirable qu'elle soit mise à l'épreuve des faits. Si chimérique que puisse nous sembler cette combinaison, c'est pour l'autocratie la seule chance de rajeunissement et de longue existence. Quand l'expérience ne réussirait pas, ni la Russie ni le tsar n'ont rien à y perdre. S'il ne peut suppléer à des libertés plus étendues, le self-government local peut, tout en y préparant, en rendre la privation moins sensible et moins dommageable. En tout cas, quelle que soit la marche suivie par le gouvernement, que la Russie s^altarde longtemps encore dans les modestes franchises provinciales et municipales, ou qu'elle soit lancée dans la bruyante carrière des libertés politiques, les États provin-
1. Celle thèse a été soutenue avec un incontestable talent, dans la Hous do Moscou, de 1880 à 1885, par M. Aksakof et ses amis. (Voyez, par ezemple, le n* 26 : 1881.)
2, Voyez plus haut le commencement de ce chapitre et aussi la conclusioo de ce volume.
ciaux, plus ou moins remaniés^ resteront les organes essentiels de la société et de la vie publique. Le zemstvo est la pierre angulaire de toutes les institutions futures de l'empire; tout ce qui se fera de rationnel et de durable sera construit sur*cette base'.
1. 11 nous faut constater que les attaques contre les xemUvos et le self' (fovcmmeni provincial ont redoublé de violence sous Nicolas II. Une partie de la presse, à la suite de la Gaselle de Moscou, est allée jusqu'à vanter le système d'administration antérieur à la réforme. On fait aux zemstvoa un procès de tendance; on les accuse de faire une sourde opposition aux autorités et spécialement aux chefs de cantons ruraux. Voyez par exemple le Vestnik Evropy, décembre 1897, p. 787-793. Ia même p.esse coml>at naturellement le projet d'introduire le zemstvo dans les provinces occideotaies.