‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 106 sur 255 · DU TRANSFERT DE LA CAPITALE · texte numérisé non relu

DU TRANSFERT DE LA CAPITALE

sîon de beaucoup de Russes à chercher au dehors le principe de leurs difficultés intérieures. Ne pouvant rejeter sur rétranger la faute des attentais politiques, certains patriotes la rejettent sur la nouvelle capitale, sur « la Russie pétersbourgeoise » et à demi dénationalisée, sur le cosmopolitisme et la corruption européenne qui ont, depuis longtemps, vicié la brumeuse atmosphère de la Neva. Oubliant Texplosion de Moscou, ils se persuadent que, en en ramenant le tsar à l'ombre de la Tour d'Ivan, on le mettrait à Tabri des complots, comme si Tairde la Hoskva avait la vertu de détruire les miasmes politiques. La population de Moscou, prise en bloc, est aujourd'hui plus conservatrice, plus attachée à l'empereur que celle de Saint-Pétersbourg, quoique à Pétersbourg les basses classes soient, en immense majorité, également dévouées au tsar ; mais, à la suite du gouvernement et des administrations, les éléments révolutionnaires se transporteraient à Moscou, d*oû leur action rayonnerait plus facilement sur l'intérieur de l'empire. C'est là un point que perdent de vue les partisans de Moscou, et ce n'est pas le seul. Déjà presque aussi peuplée que Saint-Pétersbourg, déjà la capitale commerciale et industrielle de la Russie, Moscou, une fois redevenue capitale politique, croîtrait avec une rapidité nouvelle. Elle deviendrait, en moins d'un demi-siècle, une des grandes cités du globe. La population se transformerait par son accroissement môme. La Russie n'aurait plus qu'une tête, et, le jour où une révolution serait possible à Moscou, une révolution serait facile en Russie.

Pour qui veut envisager l'avenir, la translation de la capitale à Moscou me semble ainsi loin d'être une sauvegarde pour le pays et la dynastie. Le transfert ne s'en fera peut-être pas moins un jour. Diverses considérations y peuvent, à un moment donné, pousser le gouvernement et le pays; mais bien des intérêts publics et privés y mettent obstacle. L'abandon de Saint-Pétersbourg ruinerait à demi les familles les plus influentes de la haute

société russe. Pour le gouvernement même et la maison impériale, le changement de capitale serait une opération des plus coûteuses, car le tsar ne peut par oukaze transporter tous ses palais et ses ministères de Pétersbourg à Moscou, ni s'y faire suivre de ses somptueuses résidences de Tsarsko, de Péterhof, de Gattchina.

Quand des villes ont, sur un peuple, un tel ascendant, il parait difficile de ne pas attribuer d'imporlance aux assemblées qui les représentent. Or aujourd'hui ces municipalités urbaines sont loin d'être en possession de l'autorité morale qui semblerait devoir appartenir aux élus des villes, dans un pays encore dénué de toute représentation politique. Cette apparente anomalie tient en partie aux mœurs, en partie à la loi et au mode de composition des assemblées municipales, qui ne semblent pas encore une sincère et complète représentation de tous les intérêts et de toutes les classes.

Dans les États provinciaux ouzemstvos, les délégués des diverses classes de la nation délibèrent en commun, mais chaque classe conserve ses représentants particuliers. Il n'en est plus de même dans les municipalités urbaines. Là toute distinction d'origine a été abolie entre les électeurs aussi bien qu'entre les élus; les hommes chargés de gérer les affaires municipales ne sont plus les délégués d'une classe déterminée, mais les élus de la ville sans distinction de caste ou de condition. Un tel contraste entre des institutions nées vers le même temps ne saurait étonner que les hommes ignorants des habitudes et des procédés du gouvernement russe. C'est encore là un exemple de la manière isolée et fragmentaire dont ont été étudiées et exécutées les nombreuses réformes du règne d'Alexandre IL Rien ne leur a été plus étranger que l'esprit systématique et un plan d'ensemble. Elles ont beau être sœurs et être du même âge, ces institutions nouvelles semblent parfois n'être pas filles du même père, tant elles

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