‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 107 sur 255 · MUNICIPALITÉS URBAINES ET COMMUNES RURALES · texte numérisé non relu

MUNICIPALITÉS URBAINES ET COMMUNES RURALES

manquent d'air de famille. Sous ses ceux grands réformateurs, sous Alexandre II comme sous Pierre le Grand, le peuple russe nous fait souvent Teffet d'un peuple soumis à des expériences. La Russie possède ainsi deux modes divers de représentation qu'elle expérimente concurremment. II serait prématuré de décider lequel des deux systèmes triomphera le jour où l'empire autocratique sera mis en possession d'élections politiques.

En ccriains pays, en France notamment, les communes urbaines et les communes rurales sont organisées sur le môme type, comme si elles ne différaient que par les dimensions ou le nombre d'habitants. Il en est autrement en Russie, et dans aucun pays une telle diversité n'est mieux justiQéc. Entre les villes et les villages, entre les municipalités urbaines et les communes rurales, tout est contraste. Tandis que ces dernières restent le domaine exclusif d'une classe, le domaine particulier du paysan, les municipalités urbaines sont ouvertes à toutes les conditions sociales, sans distinction d'origine. En Russie, celle diversité d'organisation a sa principale raison d'être dans la diversité du mode de propriété. Dans les villes, il n'y a point, comme dans les campagnes, deux modes distincts de tenure du sol ; il n'y a point de classe vivant de la propriété communale et en ayant le monopole. Dans les villes, les habitants ne diffèrent les uns des autres que par le degré de richesse et par l'éducation; n'étant pas séparés par des intérêts divers ou opposés, ils peuvent aisément être tous réunis dans le même corps électoral.

Celte suppression des anciennes barrières de classes, dans les municipalités, est cependant toute récento. Du règne de Catherine II au règne d'Alexandre II, les villes ont été regardées comme le domaine propre des classes urbaines, de même que les villages sont aujourd'hui le domaine exclusif du paysan. Sous le régime institué par Catherine, le noble et le paysan étaient exclus de l'administration de la ville qu'ils habitaient, de même a. 16

qu'aujourd'hui le propriélaîre foncier reste en dehors de la commune où il réside. L'administration municipale appartenait entièrement aux classes dites urbaines {gorodskiia sosloviia). Dans Tenceinte de la ville, le marchand, le bourgeois notable (potchetny grajdanine), le petit bourgeois (mêchtchanine)^ l'artisan, avaient seuls droit de cité*. Comme au moyen âge en Occident, toutes les libertés locales étaient exercées par un groupe déterminé, ce qui en faisait une sorte de privilège, spécial à une catégorie d'habitants. C'était là le système jadis en usage dans toute l'Europe, et Catherine le lui avait en partie emprunté. En Russie, du reste, toutes ces franchises locales, souvent assez étendues en droit, étaient resiées débiles, nominales, presque illusoires en fait. Les corporations municipales n'usaient guère plus des droits qui leur étaient concédés, dans l'administration de la ville, que les assemblées de la noblesse n'usaient des prérogatives qui leur avaient été octroyées, dans l'administration du district et de la province.

Dans les villes en eflFet, le self-government n'a ni les mêmes racines ni la même sève que dans les villages des campagnes. Les institutions municipales des communes urbaines sont une œuvre moderne et artiGcielle, imitée de l'étranger, entièrement privée de la force que donnent les traditions et les mœurs. Dans la Russie primitive, les villes étaient loin de le céder aux villages en franchises locales; elles avaient, elles aussi, leur assemblée, ou vetchéy leurs chefs élus et leurs juges élus, leurs starosles ou leurs posadniks. De ces libertés municipales, accrues à la faveur des luttes intestines des princes apanages, il était môme sorti, chez quelques cités de l'ouest, telles que Novgorod la Grande et Psokf sa voisine, d'aclives et turbulentes républiques municipales, non sans analogie avec les cités antiques ou les communes italiennes du moyen

1. Sur toutes ces dénominations, voyez tome 1, livre V, chap. ni.

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