‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 119 sur 255 · MUNICIPALITÉS : LA DOUMA · texte numérisé non relu

MUNICIPALITÉS : LA DOUMA

diffèrent par les mœurs et les idées aussi bien que par les croyances. Comme, de plus, Juifs et Tatars s'adonnent surtout au commerce, la loi a cru devoir prendre contre eux d'autant plus de précautions qu'elle remet, en somme, la direction des affaires aux marchands. Là cependant où, comme en mainte ville des provinces occidenlales, les Israélites constituent la grande majorité des habitanis, il est peu équitable de les maintenir en minorité dans le conseil municipal. On devrait au moins leur accorder la moitié des sièges; mais, sous Alexandre III comme sous Alexandre II, le gouvernement impérial semble moins préoccupé d'assurer les droits de ses sujets israélites que V de protéger ses sujets orthodoxes contre la domination et l'exploitation des Juifs* ».

Les doumas russes tiennent d'ordinaire peu de séances, et la plupart de leurs membres montrent peu d'assiduité à siéger. Il est difOcile de décider si le grand nombre des conseillers a pour objet de suppléer à leur peu de zèle ou si, au contraire, le zèle des membres de la douma n'est pas refroidi par leur nombre môme. Ce qui est certain, c'est que les élus mettent souvent aussi peu d'empressement à se rendre au conseil que les électeurs à participer aux assemblées électorales. A Saint-Pétersbourg môme, les plus graves décisions sont prises en présence d'un tiers ou d'un quart seulement des conseillers, et il n'est pas rare de voir ajourner le vote sur les affaires les plus urgentes parce que l'assemblée n'est pas en nombre. Pourtant, dans les deux capitales, la loi n'exige, pour les affaires courantes, que la présence d'un cinquième des membres de la douma. A Saint-Pétersbourg, sur 252 conseillers, il en siège à peine 80 à chaque séance, et il est arrivé de n'en pouvoir réunir 60*. Une pareille négligence, dans la

1. Cest là, du reste, une question fort complexe, qui doit être traitée dans notre lU* volume, avec la situation religieuse de Tempire.

2. De môme à Moscou : la douma, u^ant un maire à élire, s*esl, dans rhiver 1883-1884; réunie plusieurs fois avant d'élre en nombre.

capilale, donne une triste idée des petites municipalités de province. II est des villes où parfois les convocations de la douma ne peuvent aboutir faule d'assistants^ Souvent, de même qu'aux zemstvos, les membres qui suivent régulièrement les séances le font dans un intérêt personnel : la ville est administrée par une petite coterie qui n'a en vue que ses propres avantages.

Les doumas des villes nous montrent, peut-être mieux encore que les assemblées territoriales, le peu d'application des Russes aux affaires publiques, leur peu de goût pour les fonctions électives, pour les fonctions gratuites du moins. Les marchands des villes ne semblent point, à cet égard, différer beaucoup des propriétaires de la campagne, ni la bourgeoisie de la noblesse. A en juger par le présent, la Russie n'aura jamais les avantages que l'Angleterre et la France elle-même ont su tirer des fonctions gratuites. Dans toutes les classes, les services non rétribués rencontrent peu d'amateurs; si la vanité ou l'ambition font accepter un mandat électif, on apporte peu de scrupule à le remplir*. Cette égale incurie de l'électeur et de relu est aujourd'hui un obstacle à l'établissement du self'-govemmeni local en Russie. Aux conseillers municipaux, de même qu'aux membres des zemstvos, on a proposé d'allouer une indemnité pécuniaire, en vertu du principe démocratique que tout service mérite rétribution. Une chose paraît certaine, c'est que toutes les doumas de l'empire ne tarderaient pas à se voter une subvention ou des jetons de présence, si la loi ou le mauvais état des finances municipales n'y mettait obstacle. Déjà les maires touchent

1. Dans un des principaux ports du Midi^ à Nikolaîef, on ne put, lors de la peste du Bas-Volga, réunir le conseil municipal pour délibérer sur les mesures à prendre contre Tépidémie : aucun membre n'avait répondu à rappel du maire.

2. Il faut, selon la remarque de notre traducteur allemand, faire exception pour les villes des provinces baltiques; elles ont gardé le goût du libre service et de la gratuité : encore la plupart attribuent-elles un traitement à leur maire.

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