‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 157 sur 255 · JUGES DK PAIX : LE PERSONNEL · texte numérisé non relu

JUGES DK PAIX : LE PERSONNEL

les régions et la cherlé de Texistence; elle était en général d'environ 2000 roubles, mais, dans certaines provinces, elles s'abaissait à 1 500 roubles, tandis que, dans les capitales, elle montait à 4000 ou 5000. Les zemslvos laissaient d'ordinaire à la charge du juge tous les frais de la justice; c'était à lui de fournir le local du prétoire, de le meubler, de le chauffer, à lui de se procurer un greffier et de le rémunérer. Ces frais réduisaient d'une manière notable les émoluments du magistrat rural. Aussi beaucoup n'avaientils d'autre salle d'audience qu'une chambre de leur maison ou une pièce de ses dépendances, voire une grange, plus ou moins décemment appropriée, parfois à peine close et couverte. De même, j'ai vu des juges qui par économie n'avaient pas de greffier et en faisaient eux-mêmes l'ofr fice. Les zemstvos avaient commis une faute en omettant d'installer à leurs frais des salles de justice de paix. Le système en usage n'était pas moins fâcheux pour le public que pour le juge, car le prétoire changeait de place avec le domicile du magistrat. Comme ce dernier habitait parfois à Textrémité ou même en dehors de son canton judiciaire, les inconvénients, partout inhérents en Russie à la grandeur des distances, étaient ainsi accrus aux dépens des justiciables, aux dépens des paysans notamment, qui, n'ayant souvent personne dans leurs villages pour formuler leurs requêtes, se voyaient obligés de venir eux-mêmes les présenter au juge.

Le cens d'instruction, légalement exigé des juges de paix, n'était peut-être point une garantie plus efficace de leur capacité que le cens de propriété, de leur indépendance. La loi ne réclamait du candidat aucunes connaissances spéciales, aucun grade ou diplôme universitaire; elle se contentait d'un certificat d'études inférieur à

tcment plus élevé que dans Tintérieur de l'empire, et prélevé sur les contributions extraordinaires, dont le gouvernement a frappé les propriétaires polonais jusqu'en 1897.

notre baccalauréat*. Le législateur fondait cette tolérance sur ce que le juge de paix devait plutôt juger en (équité qu'en droit; mais ce n'était là ni la seule ni la meilleure raison de cette indulgence en apparence excessive. Pour l'instruction comme pour la fortune, l'État, s'il eût fait le difficile, eût risqué d éloigner tous les aspirants. Il y avait encore si peu de juristes en Russie, qu'on en trouvait à peine assez pour les tribunaux ordinaires. Aussi ne pouvait-on se montrer bien sévère pour les premières recrues de la magisirature élective : l'État ou le public eussent pu l'être davantage pour la seconde ou la troisième généra tion de juges. Si l'on n'eût pu élever le cens pécuniaire^ on eût pu certainement un jour rehausser le cens de capacité. A cet égard, la loi et les mœurs fussent devenues plus exigeantes avec les progrès mômes de la culture nationale.

De toutes les professions, de toutes les classes d'hommes propres à la Russie des réformes, il n'en était pas de plus intéressante que celle des juges de paix. Après ce que nous avons dit de leur origine et de leur instruction, on ne saurait s'étonner si ces magistrats improvisés prêtaient souvent à la critique et quelquefois au ridicule. Ils ont fourni plus d'un type satirique à une littérature moins curieuse de nouveautés et de tableaux de mœurs que friande d'allusions politiques et de dissertations sociales. Voici, entre autres, deux bizarres figures de juges de paix ruraux, dessinées par un avocat de province qui prétendait ne donner que des portraits d'après nature*. L'un, Pyrkine, violent, emporté, toujours l'injure et la menace à la bouche, est l'efi'roi des plaideurs et des avocats. A la

1. Si faibles que fussent à cet égard les exiçences de TÉtat, il s'est rencontré, dans rassemblée do la noblesse de la capitale, des propriétaires pour les trouver exagérées. Voyez M. Dniitrief; lieoolutsionny consei'vaiizm ^ p. H2.

2. Récit intitulé : Pyrkine et Tchcpyrkine, par M. Krotkof, dans les Otù' tchestvennya Zapisky, mai 1S70.

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