‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 169 sur 255 · JUSTICE CRIMINELLE : POLICE · texte numérisé non relu

JUSTICE CRIMINELLE : POLICE

Pour accroître ses profils, la police avait intérêt à traîner en longueur l'instruction des affaires; mais eût-elle voulu les instruire rapidement que, le plus souvent, elle n'en eût pas été maîtresse. Toutes les précautions de la loi et de l'autorité se retournaient contre la justice. Dès qu'elle apprenait ou soupçonnait un crime, la police devait immédiatement mettre la main sur tous ceux qui en avaient connaissance ou qui en avaient été témoins, pour ne les relâcher que l'instruction terminée. Celui qui dénonçait un acte coupable était arrêté sur l'heure comme suspect, cl détenu jusqu'à ce que son innocence eût été prouvée. On devine les effets pratiques de pareils procédés. Les vols, les meurtres commis en plein jour, dans un lieu public, n'avaient point de spectateurs.

Personne n'avait jamais rien vu, rien entendu, rien su. Un homme appelait-il à l'aide, tout le monde se détournait et s'enfuyait; les victimes d'un crime pouvaient rester étendues sur la voie publique, sans rencontrer aucun secours, tant chacun redoutait d'avoir quelque chose à démêler avec les tribunaux et la police. Pour les attentats les plus notoires on trouvait difficilement des témoins^ plutôt que de se laisser, à ce titre, impliquer dans une affaire, les gens prudents payaient à la police une rançon. Dans les villages où l'on découvrait un assassinat, les paysans s'entendaient pour ne rien ébruiter et dérouter toutes les recherches. Un meurtre était-il commis sur une grande route, les familles du voisinage en faisaient avec précaution disparaître toutes les traces.

Un jour, dit-on, un marchand avait été attaqué dans la campagne et laissé pour mort dans sa voiture; le cheval, abandonné à lui-même, se remit en route et vint s'arrêter dans un village, devant une auberge où son maître avait coutume de descendre. A peine los habitants virent-ils dans la voilure un homme couvert de sang qu'avant d'examiner si le voyageur était mort, ils chassèrent de devant leur demeure le sinistre équipage, et le malheureux cheval,

chassé de porte en porle, dut avec le cadavre reprendre sa course vers un prochain village, où il trouva môme accueil, jusqu'à ce qu'enfin, repoussé de partout, il s'aballft dans la campagne. La crainte de la police Taisait des honnêtes gens les complices involontaires des malTaiteurs. Les choses se passent souvent encore de la sorte, pour les crimes politiques, sinon pour les crimes privés. L'appréhension excitée par les agents de la répression explique la fréquente impuissance de la justice*.

Les vexations de la police et les lenteurs de Tinslruction étaient naguère si Taslidieuses, si dispendieuses, que les victimes d'un délit ou d'un crime hésitaient à le faire poursuivre. Avait-on recours à la justice, après un vol ou une agression, il fallait payer les frais de l'enquête, payerTentrelien des témoins et des accusés, avec toutes les démarches réelles ou imaginaires de la police, en sorte qu'il en coûtait plus de faire arrêter le voleur que d'être volé. Aussi, au lieu d'en appeler comme ailleurs à l'autorité, voyait-on les Russes qui avaient à se plaindre d'autrui se tenir cois, et, au besoin, nier leur cas ou môme payer la police pour qu'elle n'inquiétât pas le malfaiteur. A d'imprudents étrangers qui, en pareille circonstance, avaient bruyamment réclamé le secours des tribunaux, il est arrivé de se désister à force d'ennuis, et même d'acheter à prix d'argent la suspension des poursuites qu'ils avaient chèrement subventionnées au début.

La justice avait jadis, en Russie, comme dans toute l'Europe, un mode d'information rapide, si ce n'est toujours sûr : c'était la question, la torture. Ce procédé de nos anciens tribunaux, qui exislait déjà sous les vieux tsars, avait, à l'imitation de l'Occident, été perfectionné sous le règne d'Alexis Mikhaïlovitch, père de Pierre le Grand.

I. A Kief, par exemple, on a tu, dans la principale rue de la rille, un conspirateur, poursuivi en plein jour par la police, s'arrêter plusieurs fois et faire feu sur les agents, sans que personne eût Tidée de prêter mainforte à Tautorité.

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