INFRACTIONS AUX STATUTS JUDICIAIRES
une porte de derrière. Avec la stricte application des lois de 1864, l'autocratie ne serait plus entière; avec la haute police et les gendarmes, l'autocratie a conservé indirectement toute sa liberté d'action.
II peut sembler singulier que, dans un même pays, puissent subsister côte à côte deux institutions aussi difTérentes, aussi inconciliables et contradictoires que les nouveaux tribunaux et l'ancienne troisième section. Ce n'est cependant pas la première fois que de tels rapprochements se rencontrent dans l'histoire. La France nous en offre ellemême un exemple. A cet égard, la situation de la Russie est fort semblable à celle de la vieille France, qui, elle aussi, à côté de tribunaux libres et indépendants, à côté des tribunaux les plus indépendants peut-être qui aient jamais existé, avait ses lettres de cachet et sa Bastille. La troisième section, nous l'avons déjà remarqué, est à peu près l'équivalent de notre lettre de cachet; l'une a servi aux mêmes buts que l'autre, tantôt sérieux, tantôt frivoles, selon les circonstances et le caractère des hommes. Ce contraste^ qui nous choque si fort dans la Russie contemporaine, a duré chez nous des siècles. On pourrait même dire que nous l'avons revu partiellement, sous l'un et l'autre empire français, grâce à la loi de sûreté générale.
Un Russe du dix-neuvième siècle, comme un Français du dix-huitième, a toujours pu être interné par ordre supérieur, être arrêté par mesure administrative (administror Hvnym poryadkom). Le gouvernement est toujours maître d'user de ce procédé et de cette formule envers qui bon lui semble. Les gendarmes de l'ancienne troisième section peuvent mettre la main sur les nommes déjà traduits devant un tribunal et acquittés par le jury. La police forme comme une instance suprême qui casse tous les verdicts et sentences. Il va sans dire que cette institution toute politique n'agit généralement que pour les affaires politiques ou réputées telles. Elle ne prétend d'habitude ni condamner les gens, ni les châtier comme des criminels,