ABOUTION DE LA PEINE DE MORT
bunaux finlandais avaient beau prononcer, conformément aux lois du grand-duché, des sentences de mort, aucun condamné n'était exécuté, le souverain commuant toujours la peines S'il fallait juger de la civilisation d'un peuple par la douceur des lois pénales, la Russie eût pu réclamer la première place en Europe.
Cette suppression de la peine de mort n'a peut-être pas été étrangère aux restrictions apportées aux garanties légales et aux tribunaux ordinaires. La bénignité de la loi commune semble l'un des motifs qui ont décidé le législateur à recourir à un code spécial, en môme temps qu'aux tribunaux militaires. La mansuétude des lois peut ainsi tourner indirectement contre les organes chargés de les appliquer. En temps de troubles, celte abolition de Ici peine capitale pousse le pouvoir à transmettre à des tribunaux d'exception le jugement des crimes commis contre ses agents. De cette façon la douceur même du code pénal tend à rendre la répression plus sévère pour les attentats inspirés par le fanatisme et l'utopie que pour les forfaits provoqués par les passions les plus basses ou les plus perverses. C'est ce qui s'est vu depuis les oukazes qui ont, dans nombre de cas, substitué les conseils de guerre au jury et aux tribunaux civils. Dans la justice militaire, en Russie comme ailleurs, règne encore souverainement la peine de mort : aussi, lorsque le gouvernement impérial remettait aux cours martiales le jugement de tous les crimes contre la personne des fonctionnaires, il ne modifiait pas seulement la compétence des tribunaux et la procédure judiciaire, il changeait, il aggravait la pénalité. La peine capitale était tellement tombée en désuétude que, dans les causes politiques où elle demeurait autorisée par la loi, elle n'était pas prononcée par les juges. Les travaux forcés restaient la peine laplus élevée qui pût atteindre les
1. Un nouveau code pénal, récemment élaboré par la dièlo ûnlandaise, supprime la peine de mort, sauf, comme en Russie, pour les crimes de baule trahison et les attentais sur la personne du souverain.
assassins des gouverneurs de province ou des chefs de la police. Quand le gouverneaienl a jugé nécessaire de répondre par l'échafaud au poignard et au revolver des « nihilistes »y c'est aux tribunaux militaires et à la loi martiale qu'il a dû recourir. Celait là une conséquence presque inévitable du duel engagé entre Tadminislration et la révolulion. entre la police et les sociétés secrètes. Pour les adversaires du pouvoir, ce recours aux tribunaux militaires et à la peine de mort devint la cause ou le prétexte de nouveaux attenials. Chose caractéristique des mœurs et de l'état social : le gouvernement impérial et les comités révolutionnaires se rejetèrent mutuellement la responsabilité de cet appel au dernier supplice. Des deux côtés on tenait devant l'opinion à se présenter comme en état de légitime défense, à persuader qu'on n'usait que d'inévitables représailles envers des antagonistes sans scrupules. Les dates montrent avec quelle promptitude les deux adversaires se sont porté et rendu les coups dans cette lutte inégale. C'est à Odessa, alors placé en élat de siège par suite de la guerre de Bulgarie, que, pour la première fois, des prévenus politiques ont été déférés à un tribunal militaire. A la fin de juillet 187S, cinq jeunes gens et trois jeunes filles étaient traduits devant le conseil de guerre d'Odessa, comme coupables de complot et de résistance armée à l'autorité. Le principal prévenu, un certain Kovalski, un fils de prêtre, comme tant de ces agitateurs, était, en vertu de l'état de siège, condamné à la peine de mort. Le 2 août Kovalski était fusillé dans la métropole de la Mer Noire, et deux jours après, le 4 du môme mois d'août, à l'autre bout de la Russie, les coreligionnaires du condamné répondaient &son exécution par l'assassinat du chef de la III* section, le général Mezentsef. Le maître de la haute police avait été prévenu par des avis anonymes que sa vie devait payer pour celle du condamné d'Odessa. En réponse au meurtre du 4 août, le 9 du môme mois, un oukaze impérial déférait aux tribunaux militaires tou9