‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 21 sur 255 · DU DESPOTISME DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

DU DESPOTISME DE LA COMMUNE

A Tinverse de ce qui se voit en France, les communes sont libres et majeures, le paysan qui les compose est mineur. Au dire des adversaires du système actuel, le joug de la commune est plus lourd que le joug de servage, il est plus odieux au moujik. A entendre beaucoup do Russes, ces paysans, réunis en libres communes, aimeraient mieux avoir, comme jadis^ un matlrn d'iinn autre classe que ^'fttrc ^^"« '^ Hi^pAnHnnf^A Ha Ipnrg pareils ^^ des în<n'f;?"'° jfj y'H**^'' Il ^^^ toujours facile de Taire parler le peuple et difficile d*en connaître Topinion. Cela est encore moins aisé en Russie qu'ailleurs, car le moujik est resté le plus défiant et le moins ouvert des hommes. Le paysan sent probablement beaucoup moins le poids des chaînes qu*il est habitué à porter que ne le sentent pour lui ceux qui l'en voient charge; il aurait même, peut-être au début, de la peine h marcher sans les entraves dont certains philanthropes voudraient le débarrasser.

Comme les maux du présent semblent toujours plus lourds à porter que les souffrances du passé jj£fi ahufliiu régime actuel peuvent ntaumolhfl ^ëiïlllur parfuitt -411113 iû^^^^nhlfis que les pratiques da aervagp, qui assurait au moins aux paysans un arWlre^et un pjolecteur. La seule possibilité d'une pareille comparaison, entre les défauts de la liberté et les vices de l'ancienne servitude, témoigne à quel point le self-govemmeni des paysans est loin d'avoir justifié les orgueilleuses espérances des patriotes de 1861. Sur ce point, on ne saurait le nier, le pays a éprouvé une déception : la Russie des réformes qui, sous Alexandre 11, a eu tant de désillusions, n'en a peut-être pas éprouvé de plus grande ni de plus sensible. Les hommes des opinions les plus diverses, conservateurs et libéraux, slavophiles et occidentaux, sont d'accord pour constater l'avortemcnt ou la stérilité de ces franchises communales dont, il y a vingt ans, la Russie se montrait si fière.

Les Russes, d'ordinaire si divisés, sont presque unanimes à signaler les plaies des communes rurales : l'ar-

bilraire des assemblées ou des andefxs^ — Tintrigue et la vénalité dont Tignoranee et la simplicité rustiques n'ont pu préserver les administrations de commune ou de bailliage,

— la complication et la cherté de ces rouages multiples, — le poids des taxes et le pillage des deniers de la commune,

— le manque de règle dans l'assiette, dans la perception, dans l'emploi des impôls, — les irrégularités des comptes eLsouyenl l'Absence de toute çomptabilité.j^s^déjâuls reprochés à ces petites républiques villagex)i8eSjjju[on^aimait à se représenter d'avance comme d'obscures Salantes ou de vertueuses Arcadies, sont si graves et si nombreuxjiue plus d'un Russe y voit un^ flosprinnp^|pft rnuaon Ha |>p, pauvrissement 4a moujik, ^n- certaines prcvinrps, d^piiiff l'émancipation^ De l'aveu de tous et des paysans mêmes,

Jl^argent esl^omnipûtent dans les communes^ et l'eau^evie y règne en souveraine; on n'y peut rien, on n'y fait rien sans elle. Loin de profiter,4JajIiasse^des paysans, les franchises communales, depuis l'affaiblissement des liens de famille et des vieilles mœurs, no^erventjrop souvent qu'aux anciens^ peu scrupuleux, aux gr^ffioro ovidcii^-

/aux usuriers et aux exploiteurs de village, appciils

( IcoulakL

Ce qu'il y a de particulièrement triste, c'est qu'au lieu de guérir, le mal semble n'avoir fait que s'envenimer dans les dernières années; il est plus grand peut-être sous Nicolas II qu'au milieu du règne d'Alexandre U. La décadence du self-govemment des paysans est proclamée ou reconnue par le plus grand nombre des hommes compélents, et ce self-govemment n'a qu'un tiers de siècle d'existence légale. La décadence, des institutions communales daterart donc de leur affranchissemeiit^ l'émancipation aurait été fatale au libre gouvernement des paysans* Au lieu de s'y être retrempée, purifiée, éclairée, développée de toute façon, la commune se serait souillée, corrompue cl alropUicc dans la liberté de ses membres. Assurcnienl on ne saurait voir un spectacle plus affligeant.

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