ABUS DES COMMUNES RURALES
surtout lorsqu'on songe que celte vieille commune rurale est la seule institution organique et vivante de la Russie, la seule qui se puisse dire nationale.
Certes le mal est grand; mais on ne saurait, croyonsnous, en conclure à la ruine irréparable de Tinstitution. En dehors des imprudences ou des lacunes de la loi, on dehors de Tatmosphëre de corruption qu'on respire dans toute l'administration russe, la principale cause de Tappa* rente décadence de la commune rurale est dans le changement des mœurs villageoises depuis l'émancipation. Comme la Tamille du paysan, comme l'Étal tout entier, la commune est aujourd'hui dans une période de transition où les^vieilles maximes et les coutumes traditionnelles ont perdu -beaucûûpjdfî J£ur.£mpire, sans que rien encore les çitremplacées^ où des défauts nouveaux s'unissent aux vices anciens, sans qu'on puisse prévoir avec certitude ce qui sortira de l'espèce de chaos actuel.
En attendant, presque personne ne conteste la gravité du mal ; comme d'habitude, on ne diffère guère que sur le remède. Il y en a bien un d'une eftkacité presque certaine mais fort lente, exigeant un traitement de longues années; c'csl^i!inslruction populaire. Il y en a un autre, en apparence plus simple, qui paraît tout indiqué, que presque tout le monde recommande, mais qu'il est peut-être aussi difficile d'appliquer qu'aisé de conseiller : c'est le contrôle. Le meill^r moyen de mettre fin aux abus des administrations villageoises, c'est, sans doute, de veiller à la manière dont elles usent de leurs droits, de veiller à la légalité et à réquilé des décisions des communes, de veiller à leur stricte exécution. Dans un État aussi vaste, à population peu dense, une telle entreprise n'est évidemment pas des plus faciles; puis, si c'est là le seul remède, actuel Ionien t possible, ce rfimMp^ OU Russie conmie partout, -est luimème^ffpérUi-tt est à ôraindre qu'en les voulant surveiller et réglementer, on ne débilite et compromette les libertés communales. Le danger de tout essai de ce genre, c'est,
SOUS prétexte de soustraire les paysans & la tutelle des communes, de mettre les communes elles-mêmes en tutelle.
11 y avait deux manières de contrôler les communes de paysans : Tune élait de recourir à l'administration cen* tralCyà la police, au tchinovnisme; l'autre, c'était de s'adresser dans le même dessein à la société, aux assemblées électives, octroyées aux provinces par l'empereur Alexandre II. Le gouvernement a tour à tour ou simultanément recouru à l'un et à l'autre système, sans avoir jusqu'ici retiré un grand bénéOce d'aucun des deux. Les pouvoirs, concédés en 1874 aux ispravniks et à la police, n'ont guère fait, comme nous Tavons dit, qu'introduire dans les villages une cause d'arbitraire et de prévarication de plus. Comment, en effet, une administration, d'ordinaire corrompue, eût-elle pu guérir les plaies de la corruption communale? Si l'intervention de Vispravnik et de la police a rendu certains abus plus rares, elle en a implanté d'autres plus regrettables peut-être. Les paysans ont eu doubles convoitises à salisraire, doubles colères ou rancunes & redouter. Vispravnik, ou mieux son subordonné le stanovoïy ont par exemple, en certains districts, trouvé moyen de recruter des serviteurs gratuits, sous le couvert des prestations communales, ou bien, par la conversion de ces proslations en argent, d'en tirer de beaux revenus. Ils se sont ingérés dans la justice villageoise, et, comme la loi leur reruse le droit de faire fouetter les paysans, ils les ont fait condamner aux verges par les juges du bailliage^ Pour donner à la police ou à Tadministralion, qui, en Russie, ne font d'ordinaire qu'un, le contrôle des communes ru raies, il faudrait pouvoir contrôler les contrôleurs et surveiller les surveillants. C'est là, du reste, une difficulté à laquelle, en l'absence de droils poliliques, le gouvernement russe se heurte presque partout.