‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 213 sur 255 · Écrivain mort peu de temps avant la révolution de · texte numérisé non relu

Écrivain mort peu de temps avant la révolution de

1. Si mon interlocuteur eût connu les écrivains contemporains, MM. Brunetière, de Vogtlé, Jules Lcmallre, Faguet, par exemple, il n'eût pas tenu ce langage.

le mol de Gogol, suintent à travers leur rire. Sercit-il vrai que la littérature, Tari, la science profltenl des loisirs que ne leur dispute pas la politique quotidienne, il n'en serait pas moins certain que, sous un tel régime, littérature, histoire, philosophie, critique sont dénaturées, déflgurées, rapetissées par des passions ou des visées qui ne sont point faites pour elles et qui, ne pouvant se montrer librement, se cachent derrière elles comme derrière un paravent ou un masque. Le roman, le conte, la poésie s'ouvrent à des préoccupations qui eussent dû leur demeurer étrangères; tout le vasle champ des lettres est subrepticement envahi par cette mauvaise herbe de la politique, bannie de son terrain naturel. Poètes et romanciers, dédaignant de raconter, de toucher, de peindre, se drapent en réformateurs sociaux, se guindent en apôtres de l'idée, s'équipent en chevaliers du progrès. Ainsi en a-t-il été en Russie aux époques où la presse a eu le moins de liberté. Mal à l'aise dans le journal ou dans les traités spéciaux, la politique s'installait dans la critique ou dans l'histoire; elle s'insinuait dans les nouvelles, se glissait dans le drame et la comédie : telle l'eau, arrêtée par une digue qu'elle ne peut emporter, s'infiltre dans toutes les terres voisines. A y bien regarder, à saisir les intentions, il y en avait partout: Tesprit de parti a de celte façon trop souvent corrompu et vicié ce qu'il prétendait animer : critique, histoire, belles-lettres.

De là, dans la Russie contemporaine, comme dans rilalie antérieure à 1860, la longue vogue de ce qu'on appelle la littérature à tendances. Nulle part au monde Tari pour l'art, et, ce qui est plus grave, nulle part la science pour la Science, le beau et le vrai pour eux-mêmes, n'ont eu moins de prise sur les esprits. A cet cgard, le pays de rr^urope où la politique lient logalemcnt le moins de place ressemble fort à ceux où la politique a Uni par tout envahir, tant il est vrai que parfois les extrêmes se touchent. Ce qu'on cherchait dans Tétude du passé ou de l'étranger,

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