Voyez lomc I, livre V, chap. m, et livre VI, chap. m
2. D'après une statistique de 1880, les quatre cinquièmes des agitateurs arrêtés par la police étaient des nobles, des fils de prêtres, des fils de fonctionnaires ou d'officiers, de marchands ou de bourgeois notables; 20 pour 100 seulement étaient de petits employés* des ouvriers ou des paysftos enrûlét pour la propagande.
tionnaîres et le dilettantisme radical, il n'en reste pas moins, chez presque tout ce qui est indépendant par position ou par caractère, chez tout ce qui n'est pas personnellement intéressé aux abus, un ferment de vague libéralisme que le gouvernement est le premier à confondre avec la révolution.
11 n'y a peut-être pas de pays où l'esprit d'opposition soit si répandu. Les classes ailleurs réputées conservatrices ou dirigeantes en sont toutes plus ou nioins imbues. La haute noblesse et les hauts fonctionnaires se maintiennent d'ordinaire prudemment dans les limites d'une fronde moqueuse; mais la petite noblesse et la bourgeoisie naissante, les rangs inférieurs du tchinovnisme et les enfants du bas clergé ont été pour les agitateurs une pépinière inépuisable. C'est dans les régions de Vinlelligence qui confinent au peuple, dans les classes besogneuses et à demi instruites, que la propagande révolutionnaire fait le plus de prosélytes. Cela est naturel : au malaise moral, aux souffrances intellectuelles, s'ajoutent chez elles la gène matérielle et les difficultés de la vie quotidienne; aux généreuses révoltes de l'esprit contre les injustices ou les inconséquences d'un régime d'arbitraire, se mêlent les rancunes et les rébellions intéressées de Tégoïsme contre les vices apparents ou réels d'un ordre social qui, d'un grand et fertile empire, semble faire le pays de la misère.
Les écoles, le lecteur le sait déjà, ont été les principaux foyers du radicalisme, et plus haute était l'école, plus révolutionnaire était l'esprit des jeunes gens qui en sortaient*. Cela encore n'a rien qui puisse surprendre, l'instruction ouvrant fatalement la jeunesse à des aspirations que le régime du pays ne pouvait satisfaire. A cet égard,
t. Ici encore la statistique donne des renseignements curîeax. Dans ce peuple dont Timmense majorité est illettrée, on ne trouve guère qu'un illettré sur lOi) parmi les révolutionnaires avérés. Dans le nombre des conspirateurs, 80 pour 100 avaient reçu une instruction supérieure ou secondaire^ la plupart dans les écoles du gouvernement. Mémos résultats pour les Temmcs.
le pouvoir ne saurait se faire illusion : par les besoins qu'elles fomentent, par le goût de l'investigation qu'elles provoquent, par la confiance dans le droit et la raison qu'elles inspirent, par les curiosités qu'elles éveillent et les comparaisons qu'elles suggèrent, la science et l'instruction, de quelque surveillance qu'on les entoure, prédisposent invinciblement à la critique, au libre examen, par suite au libéralisme, à l'esprit d'innovation. A ce titre les sujets d'un autocrate seront d'autant moins sûrs que leur horizon intellectuel sera moins borné. Le gouvernement impérial l'a vaguement senti; de là, malgré son noble désir de relever le niveau intellectuel de la nation, ses fréquentes velléités restrictives vis-à-vis de la science, des universités, des écoles. Nicolas I"", on le sait, avait systématiquement réduit le nombre des étudiants, et mutilé renseignement. Alexandre II s'était fait honneur en ne suivant pas un pareil exemple; mais, en dépit de tous les encouragements officiels qui lui sont prodigués, la science, ses interprètes et ses écoles sont, pour le gouvernement, demeurés plus ou moins suspects. Il n'en saurait être autrement; cette suspicion, mal déguisée derrière des règlements vexatoires et une jalouse tutelle, ne pouvait manquer d'indisposer les maîtres et les élèves. Plus étroite a été la direction imprimée aux études, et plus défiante a été la jeunesse. Nous avons déjà mentionné l'échec politique du classicisme et l'insuccès des diverses méthodes pédagogiques successivement prônées par les divers ministres*. Classique ou « réale », imprégnée de l'idéalisme antique ou du naturalisme moderne, toute science devait fatalement mettre en relief les antinomies de la vie russe, et échouer dans la tâche de former des sujets à l'autocratie. Pour cela il fallait l'ancienne éducation de famille, toute superficielle, toute de forme et de mode. En tout pays semblable à la Russie, la diffusion de Tin-