‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 231 sur 255 · RÉVOLUTIONNAIRES : ORGANISATION · texte numérisé non relu

RÉVOLUTIONNAIRES : ORGANISATION

le pays même de l'Europe où elle est encore le moins répandue, la science peut, comme un sorcier du moyen tge ou un démon malTaisant, mettre les forces latentes de la nature au service de la folie d'enfants exaltés ou du fana* tisme d'écoliers en révolte. Il n'est pas bien difQcile à un élève de l'École des mines, tel que Kibaltchich, l'un des assassins d'Alexandre II, de fabriquer de la dynamite ou de la nitroglycérine» dont 11 trouve la formule dans ses manuels; et, avec une police aveugle ou démoralisée, il n'est pas bien malaisé à quelques jeunes ingénieurs d'exercer leurs connaissances sans emploi en creusant des mines sous une voie ferrée pour faire sauter un train impérial.

Deux ou trois douzaines de jeunes gens résolus, ayant fait « un pacte avec la mort », ont durant des années tenu en échec le gouvernement du plus vaste empire du monde.

Les quinze membres du congrès de Lipelsk n'étaient pas seulement les délégués des sections révolutionnaires et les chefs du parti, c'étaient ses principaux agents d'exécution. Ils ne se contenlaient pas d'ordonner et de diriger les complots, ils mettaient eux-mêmes la main & la besogne, creusant les galeries souterraines et forgeant les projectiles» à la fois généraux et soldats, ingénieurs et ouvriers*.

La plupart des conspirateurs, jusqu'aux organisateurs manifestes des complots, tels que Jéliabof, se sont donnés devant les juges comme de simples instruments d'un comité exécutif invisible. Sur ce point il n'en faut pas trop croire leur modestie ; elle leur était inspirée par le naturel

1. Un petit volume italien qui porte comme garantie de son origine une préface de P. Lavrof, la Ru$8ia sotterranea de StepnialL (Milan, 1882, traduction française de 1885), avoue le petit nombre des conspirateurs. Conformément au principe de Machiavel à propos des conjurations : i molti le guas^ tanOy Tauteur attribue à ce petit nombre les sanglants succès de ses amis. Un autre écrivain révolutionnaire, L. Tikhomirof, n'a fait sur ce point, comme sur bien d'autres, que conûrmer nos vues. (La Russie polUique et sociale, 1886.)

désir de ne pas dépouiller leur parti de son mystérieux prestige. Tout porte à penser que Jéliabof et ses amis du congrès de Lipetsk constituaient en réalité ce fameux « comité exécutif » dont le seul cachet faisait trembler, d'un bout de l'empire à Tautre. Autour d'eux il semble qu'il n'y eût même pas de vaste société secrète à cadres réguliers, mais seulement des cercles révolutionnaires, disséminés dans les villes de l'empire et reliés ensemble moins par une organisation hiérarchique que par les relations personnelles de leurs membres et la communauté de leurs aspirations. Lorsque, pour l'exécution d'un de leurs attentats, les conjurés avaient besoin d*aides, ils en embauchaient sur l'heure dans la jeunesse révolutionnaire, ou dans leur société ouvrière [rabotchaïa droujina)^ remplaçant leurs complices arrêtés par des recrues nouvelles. Pour enrôler des volontaires tels que Ryssakof et Timothée Mikhaïlof, ils n'avaient qu'à s'adresser aux étudiants en détresse ou aux artisans sans passeports, pourvus par eux de faux noms et de faux papiers.

Le gouvernement impérial s'est plusieurs fois flatté d'avoir mis la main sur les principaux chefs des conspirations. La potence et le bagne ont eu raison de la plupart des membres du congrès de Lipetsk et, sans doute aussi, du comité exécutif. C'est là pour le pouvoir un motif de sécurilé; et cependant, à tout bien considérer, le petit nombre des conjurés qui, durant quatre ans, ont terrorisé l'empire est peut-être autant un sujet d'appréhension que de tranquillité pour l'avenir. II est peu rassurant de penser qu'une poignée de jeunes gens a pu si longtemps défier tous les efforts du gouvernement.

On se trompe du reste quand on suppose que les complots ont cessé avec la mort d'Alexandre IL Le court règne de l'empereur Alexandre 111 s'est écoulé dans des angoisses qui n'ont peut-être pas été étrangères à sa fin prématurée. L'explosion de Borki qui fit sauter le train impérial paraît bien avoir été un attentat contre le tsar, et, à en

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