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CHAPITRE I

La centralisation russe. — Ses causes physiques et historiques. — Sca services et ses défauts. — Comment, après avoir importé en Russie la civilisation européenne, la centralisation administrative en arrête les progrès.

« Ce n'est ni la France ni l'Angleterre qui ont vaincu la Russie en Crimée, c'est l'administration russe. » Ainsi s'exprimait, au début de la guerre de Bulgarie, une des feuilles les plus en vogue de Saint-Pétersbourg*. La Russie a fait bien des progrès depuis l'inutile et meurtrier siège de Sébastopol : aucun peuple moderne, l'Italie et le Japon exceptés, n'a fait un tel pas en un quart de siècle; les anciens reproches contre l'administration russe n'en ont pas moins recommencé avec la dernière guerre d'Orient. Sous Alexandre II comme sous Nicolas l«s les échecs des armes du tsar ont été en grande partie attribués aux vices de l'administration impériale. Après Plevna, comme après l'Aima, l'ignorance et la corruption administratives ont été justement signalées comme une des causes secrètes de l'étrange faiblesse et des défaillances inattendues du grand empire slave. Tout se tient, en effet, dans les États comme dans les corps vivants^ et les défauts d'une administration

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peuvent avoir sur les champs de balaille un retentissant contre-coup.

L'administration est d'autant plus malaisée qu'un pays est plus grand et que la population y est moins dense. Les dimensions de l'empire Russe et le chiffre relativement faible de ses habitants annoncent les obstacles qu'y rencontre une administration régulière. Dans un Etat qui couvre une moitié de l'Europe et une moitié de l'Asie, il semble que l'autorité centrale doive être contrainte de réduire sa lAche et de renoncer à toutes les fonctions dont les dislances la rendent incapable. L'orbite du pouvoir impérial est si vaste qu'il parait hors d'état de porter partout les yeux, d'étendre partout la main. La difficulté est d'autant plus grande que, au lieu d'occuper le centre géographique de l'empire, la capitale est reléguée sur la circonférence. Dans un tel État, avec une capitale ainsi placée, la centralisation administrative paraît un contresens, presque une impossibilité. Or, nulle part peut-être la centralisation n'est plus ancienne, plus invétérée, plus outrée que dans ce pays qui semble si peu fait pour elle. Un examen attentif explique les causes de cette apparente contradiction des mœurs nationales et de la nature des choses.

a De Perm à la Tauride, des rocs glacés de la Finlande à la brûlante Golchide, des tours branlantes du Kremlin à la muraille de la Chine immobile^ », toutes les affaires viennent aboutir aux bureaux des massifs palais des quais de la Neva. Les deux versants du Caucase, réunis sous le titre de lieutenance (namêsnitcheslvo)^ en une sorte de viceroyauté, ont seuls échappé, jusqu'en 1881, à cette étroite tutelle du centre excentrique de l'empire. L'énormité des

K 01 Permi do Tavridi,

Ot finskikb khladnikh skal do plamennoY Kolkliidi, cte

(P)uchkine.)

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