‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 28 sur 255 · ADMINISTRATION : CENTRALISATION · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION : CENTRALISATION

disfancf S, la rigueur du climat, la diversité des races et des mœurs, n'en ont pu complètement affranchir les solitudes de la Sibérie, ni même les steppes du Turkestan, à peine conquis et séparé de la Russie par des déserts plus dirûciles à franchir que les mers. Le royaume de Pologne, dépouillé petit à petit des derniers restes de son autonomie, n'est plus qu'une province frontière, une OukrcUne russe, gouvernée et administrée des chancelleries de Saint-Pétersbourg. Les provinces à demi germanisées de la Baltique perdent un à un leurs privilèges séculaires; la centralisa tion étend partout ses bras et promène son niveau uniforme jusqu'aux confins de l'empire. Ni l'éloignement, ni les traditions historiques, ni les différences de nationalité ne bornent cette domination de la bureaucratie pétersbourgeoise; les infiniment petits, les communes rurales sont, grâce à leur petitesse même, seules un peu à couvert de cette tutelle universelle*.

Bien qu'atténuée par les réformes d'Alexandre II, cette centralisation russe est encore d'une rigueur, d'une minutie excessives. Dans les plus insignifiantes comme dans les plus grandes choses, c'est le pouvoir central qui commande, qui défend, qui permet L'autorisation des ministres, l'approbation du conseil de l'empire, le nom et la signature de l'empereur figurent dans les plus minces affaires. Comme en France, comme en tout pays centralisé, le gouvernement est censé posséder le don d'omniscience et le don d'ubiquité; aucun détail ne lui doit échapper. Les actes de la bienfaisance privée lui sont soumis comme le reste. D'une extrémité de l'empire à l'autre, on ne peut fonder une bourse dans une école, un lit dans un hôpital, sans l'intervention solennellement enregistrée de l'État et (le l'empereur. Le Messager officiel et le Bulletin des lois sont journellement remplis de mentions de ce genre :

1. Le grand-duché de Finlande^ qui est moins une province russe qu'un État annexe de l'empire^ voit lui-môme son autonomie menacée.

Ca LA RUSSIE ET LES RUSSES.

« Le 15 mai, Sa Majesté l'Empereur a daigné accorder son assentiment à la création, dans les hospices de la ville de Nij ni -Novgorod, de quatre lits destinés à des vieillards, au moyen d'un capital de 6300 roubles, légués par M»« Catherine D..., veuve du général D. .. Le môme jour, Sa Majesié a daigné accorder son assentiment à la création : l^ d'une bourse au premier gymnase de Kazan, au capital de 5000 roubles, légués par la veuve du conseiller de cour F...; 2* d'une bourse à l'école de garçons de P..., au moyen d'un capital de 300 roubles, pris sur les recettes de cette localité; 3« d'une bourse au gymnase de jeunes filles de Théodosie (Crimée), au moyen de deux billels de l'emprunt intérieur à primes, oCferts par le vice-amiral S..., en souvenir de sa fille; 4* de cinq bourses d'externes au gymnase d'Omsk (Sibérie) * », etc. Comme aujourd'hui, ces fondations scolaires ou hospitalières, en mémoire de personnes défuntes ou en l'honneur de fonctionnaires appelés à de nouveaux postes, sont d'un usage journalier, ces créations de la piété envers les morts ou de la flatterie envers les vivants remplissent fréquemment de longues colonnes du Bulletin des lois. Ce qui est plus singulier, c'est que, dans la feuille officielle, ces minuscules autorisations figurent souvent au milieu des décisions les plus importantes pour le gouvernement, la justice ou l'armée, car, aux yeux vigilants d'une administration qui veut tout contrôler, grandes et petites choses se trouvent involontairement ramenées aux mêmes dimensions : il n'y a point d'affaires assez humbles pour être abandonnées au libre arbitre des localités, et la multitude des petites fait perdre de vue l'importance des grandes.

Cette centralisation bureaucratique pénètre dans tous les domaines, dans l'art ou dans la science comme dans l'administration de la bienfaisance. Avant les réformes de l'empereur Alexandre II, cette prétention de tout ré-

1. Ces exemples sont textuels et pris au hasard entre un grand nombre.

Page 1