‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 6 sur 255 · LA COMMUNE FERMÉE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE FERMÉE

sur eux droit de correction et d'expulsion; mallresse de les laisser aller et venir, elle les tient dans une sorte de tutelle. Comme délenteur du sol enfin, la commune a sur les paysans l'autorité d'un propriétaire sur ses tenanciers, et, tout comme un propriétaire ou mieux encore, elle peut faire subir aux cultivateurs telle condition qu'il lui plaît, surveiller leur exploitation, leur imposer ou leur interdire telle ou telle culture. De cette double qualité, de haut propriétaire et de caution légale, elle tire aux yeux de ses propres membres une autorité qui, rendue plus rude par les mœurs du servage, va parfois jusqu'au despotisme.

La réunion des paysans formant une communauté de village porte, nous l'avons dit, chez le peuple russe le nom de mir. Ce mot a des sens divers, il désigne les communautés de paysans et en même temps il signifie le monde, l'univers; il comporte une idée d'ordre et de beauté, et par là il a pu être rapproché du grec xoVixoç*. Ce n'est point en vain que ce terme de mir a ces multiples significations. i.pj^ fiiflflA^pjALqiiMi ft traversé les siècles au-dessous du servage et de l'autocratie, est vraiment un petit mondç au milieu du grand^ un monde enclos, fermé, complet en soi jgl se suffisant à lui-même, un véritable mjç^pçQsmat Pendant des siècles le paysan russe n'o-vécu que de la via -du mir^S%lon une remarque de Jjfirzen, le rnow^t'A n's connu ^^cfeTdfoUs ftt nft ft'ftRJ rfirnnnu dfl dovoirn qu'env^s fia.cûmigiunef. Le^imr était pour le paysan comme la petite et la vraje jalne; lejiste, laTîussîe des seigneurs et des employés, lui apparaiooait- comme nn monde étranger et sauventaaftemi.

En Russie plus qu'ailleurs on peut dire que la commune, ainsi conservée dans ses formes anciennes, est la cellule primitive, la monade initiale de la nation, sinon de TÉlat. Toute la vie russe semble avoir été originairement mo-

1. Avec une légère modiiicalion d'orlhogmphe, «ntr, en russe, a encore lo sens de paix.

2. Uurzen, le Peuple russe el le aocialisme^ Icllro à Michelel, 1852.

delée sur ce type Iradilionnel dont la Hoscovie des tsars et la Russie impériale ont de plus en plus dévié. Aux communautés de village et à TÉlal, au mir du moujik et à Tautocratie Isarienne, on peut cependant trouver un prototype commun, encore vivant au fond du peuple, la famille *. Entre ces trois termes, ces trois degrés de la vie sociale, entre la famille, la commune et l'État, on a découvert une ressemblance de principe, une analogie de constitution, qui ont fait considérer les deux derniers comme provenant direclement de la première. Étal, commune, famille ont paru comme les trois anneaux consécutifs d'une même chaîne, trois anneaux faits de même mêlai sur le même patron et ne différant guère que par les dimensions *. ta commune n'est que la famille agrandie, rÉlal enfin, ou mieux Tè pèJipTë^rùsse, n'est que la réunion de toutes les communes formant une grande famijlei dont primitivement tous les membres étaient égaux et dont le père est le grand-prince, le tsar, l'empereur. Le pouvoir du souverain est illimité, conune le pouvoirTûî .père. L'autocratie n'esta ainsi^ que le prolongement de l'autorité paternelle. De la part des Russes, c'est du reste, àiûUâ Jes degrés de l'échelle^ une obéissance d enfant plutût qu'une obéissance d'esclave. Le langage populaire est à cet égard inslruclif, et il ny faut pas voir de vaines et vides formules. A son égal, le Russe dit : mon frère] à son supérieur de tout rang, à son seigneur jadis, aux fonctionn^res, au tsar même, l'homme du peuple dit : père, petit-4ière, baiiouchka. De Ja base au sommet, l'empire immense du Nord paraît dans toutes ses parties et à tous les étages construit sur un même plan et dans un même style; lûutes les pierres semblent provenir d'une seule carrière, et réditice entier repose sur une seule assise, ^l'autorité patriarcale. Par ce côté, la Russie se rapproche des vieux

1. Sur la famille grande-nissienne, voyez 1. 1, liy. VIII, chap. u.

2. Voyez particulièrement Ilaxthausen, Studien^i, III, p. 120, 152, 198, 200.

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