‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 7 sur 255 · LA COMMUNE, LA FAMILLE ET L'ÉTAT · texte numérisé non relu

LA COMMUNE, LA FAMILLE ET L'ÉTAT

Étals (le rOrienl et s'éloigne décidément des États modernes de rOccident; tous édifiés sur la féodalité et Tindividualisme.

Il y a dans de telles vues une part de vérité et une part d'erreur ou d'exagération. La Russie, à bien des égards, est un état patriarcal, et il est dirQcile de parler d'elle sans avoir recours à ce bon vieux mot. Entre rÉlat, la commune, la famille, il y a un lien continu et une visible filiation. Le principe d'autorité est le même & tous les échelons de la vie sociale, et l'on en pourrait dire autant du principe d'égalité, qui» préservé dans la famille et la commune, est en train de renaître en son intégrité dans l'État. Ce sont là de réelles et frappantes analogies, mais en toutes choses, plus les analogies sont vraies, et plus il importe de ne pas perdre de vue les différences. A côté des ressemblances originaires, il y a les dissemblances successivement marquées par les siècles, et lentement creusées par l'histoire. Plus il est tentant de ramener tout l'état social d'un grand peuple à un seul et même principe, et moins il faut oublier que les hommes et les nations se laissent malaisément représenter et résumer en une formule. Les États modernes les moins complexes et les plus isolés ont trop vécu, ont trop subi d'influences pour avoir une telle unité de structure, une telle simplicité d'ordonnance.

Lejgeuple russe conserve encprç, dans ses usages, dans ses manières de voir, le caractère, ou mieux l'esprit, le sentiment patriarcal^ mai^, mu^ ]^ pr^flainn H^ hf^fimna nonYPAia.et au contact du dehors, l'État russe s'est singulièrement modifié, il s'est dépouillé des vieilles forniiis^ Jl ^gJL dftYfinu fifi qui rép^g»^ JA^ua &, re&prii patmfeal, un étni hur^au^ratiquf Si la famille peut être regardée comme le prototype des deux seules institutions vraiment nationales de la Russie, de la commune et de l'autocratie, l'une et l'autre ne ressemblent plus à leur modèle que par une face, et par une face opposée. La famille russe, l'ancienne

famille patriarcale a deux traits dislinctirs : Tautorité iliimilée du père, la propriété indivise entre les enrants. De ces deux Irails, TÉlat, Taulocralie, a retenu le premier; la commune, le mtV, a gardé le second. L'État a non seulement laissé tomber la communauté primitive, il a laissé s'obscurcir Tégalité, conservée dans le mir, La commune, en gardant la communauté et l'égalité, a laissé dans son sein s'allérer l'autorité; le chef élu porte bien encore le titre de chef de famille, le nom d'ancien^ il n'a plus le pouvoir du père. État et commune, suivant deux chemins divergents, se sont simultanément éloignés du type initial, et aujourd'hui la famille russe elle-même, demeurée si longtemps comme le modèle intact de tout l'organisme social, la famille du paysan est en train de perdre son caractère primitif, son caractère patriarcal.

En dehors de toutes ces similitudes et ces différences, une chose est certaine, c'est que le moujik continueJLxc* garder laAus^ie comme jme famille et le tsar comme un pèrG^jnvesti d'une. jaulûiiliL absolue j c'est aussi que7a commune des paysans et l'autocratie impériale sont les deux grandes forces historiques de la Russie. Le mal est qu'entre les deux, entre ces deux extrémités du vieil État slave,, on n'aperçoit, du faîte à la base, aucune institution vraiment nationale, aucune sortie spontanément du sol, aucune y ayant pris racines. « Aujourd'hui comme il y a deux cents ans, écrivait quelques mois après l'émancipation des paysans le slavophile G. Samarine, il n'y a sur toute la terre russe que deux forces vivantes: l'autocratie au sommet, la commune rurale au bas; mais ces deux forces, au lieu d'être rattachées ensemble, sont au contraire séparées par toutes les couches intermédiaires *. » C'est là une observation capitale, presque aussi vraie aujourd'hui

1. Lettre de G. Samarine à la femme de soo ami Nie. Milulioe, datée de 1862. (Vojez Un Homme d'État russe [Nicolas Milutine] d après sa cor^ respondance inédite.) Étude sur la Russie et la Pologne pendant le rài/ne d'Alexandre //, 185â-1872 (llacUelte. 1884), p. 112.

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