‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 62 sur 255 · POLICE D'ÉTAT : TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

POLICE D'ÉTAT : TROISIÈME SECTION

gardé que peu de temps. Redevenue de nouveau, grâce au pistolet de Solovief, la vraie souveraine de l'empire, la troisième section s'est montrée singulièrement au-dessous de sa tâche: elle n'a su ni prévenir ni réprimer les attentats commis au plus grand jour. A Pétersbourg, à Kief, à Odessa, à Kharkof, dans toutes les grandes villes, elle a laissé éclater son impuissance, ne sachant ni se défendre contre les vengeances des agitateurs, ni découvrir ou arrêter les coupables. Avant de porter leurs coups jusque sur le trône et le tsar, les révolutionnaires s'étaient essayés sur la haute police et les chefs des gendarmes. Entre le nihilisme et la troisième section s'était engagé, vers 1878, une sorte de duel où la police de la chancellerie impériale trahit, à tous les yeux, son inhabileté à parer les coups de son invisible adversaire. La troisième section succomba, sacrifiée par le désappointement du pouvoir aux rancunes de l'opinion. De ses deux derniers chefs, l'un, le général Mezentsef, est tombé dans les rues de Saint-Pétersbourg, sous le poignard d'un inconnu; l'autre, le général Drenteln, tiré en plein jour dans sa voiture par un jeune homme à cheval S donna sans regret sa démission après le deuxième attentat nihiliste sur l'empereur. La troisième section s'était montrée aussi incapable de protéger la vie du souverain que la vie de ses chefs. Le général Drenteln n'eut pas de successeur; le poste de chef des gendarmes, devenu aussi périlleux que celui du souverain, fut aboli, et la troisième section supprimée pour ne plus jamais revivre, sans doute, sous ce nom abhorré. De 1826 à 1880, son règne avait duré plus d'un demi-siècle*.

1. Le jeune Mirski, alors âgé de dix-huit ans, arrêté longtemps après et condamné aux travaux forcés en Sibérie.

2, Durant ces cinquante-cinq ans, les fonctions de chef des gendarmes ont été successivement remplies par le comte Benkendorf, frère de la célèbre princesse Lieven, le comte depuis prince Orlof, représentant do la Hussie au congrès de Paris et père de l'ambassadeur du tsar en France, le prince Vasili Dolgoroukof, le comte P. Ghouvalof, les généraux Potapof, Mezentsef et Drenteln.

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« On répète souvent que les attentais ne servent à rien, me disait à ce propos une dame russe, — le poignard et les balles nous ont cependant débarrassés de la troisième seclion. » Les révolutionnaires auraient, en effet, pu se vanter d'une grande victoire, et les partisans des moyens violents, les terroristes de Saint-Pétersbourg, eussent pu se féliciter d'avoir rendu un indéniable service à la patrie, si tout ce que désignait le nom de troisième section avait été supprimé par Toukaze d'août 1880. La destruction d'une institution qui passait justement pour le principal organe du régime autocratique, eût pu être saluée comme l'aube d'une ère nouvelle et le présage d'une autre émancipation. Malheureusement telles ne devaient pas être les conséquences de l'oukaze d'Alexandre IL En supprimant la troisième section de sa chancellerie privée, le libérateur des serfs n'avait nulle envie d'affranchir ses sujets du servage de la police secrète. Quoique signée dans une période d'accalmie apparente, cette mesure, prise entre deux attentais, n'indiquait point que le souverain eût assez de confiance en son gouvernement ou dans son peuple pour renoncer à la sauvegarde de la haute police. En fait, la troisième section a été plutôt décapitée que supprimée, plutôt transformée que détruite. L'acte qui semblait dépouiller l'autocratie de son instrument de prédilection, n'a pas été accompli avec l'intention de désarmer le pouvoir. Loin de là, en la rayant de sa chancellerie particulière, Alexandre II n'a privé la police d'État d'aucune des facultés et prérogatives, d'aucun des moyens d'action qui lui avaient été concédés par Nicolas K Au lieu d'être une mesure de concession, de recul ou de désarmement, l'abrogation de la troisième section a été, pour le pouvoir, un acte de concentration et de groupement de ses forces. Le tsar a simplement réuni ses deux polices. On était dans l'été de 1880, en pleine lutte contre le nihilisme, à quelques mois des explosions de la gare de Moscou et du palais d'hiver de Pétersbourg; l'empereur, après avoir divisé la Russie,

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