‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 76 sur 255 · ASSEMBLEES DE LÀ NOBLESSE · texte numérisé non relu

ASSEMBLEES DE LÀ NOBLESSE

dans ces réunions, ont naturellement une influence prépondérante, y ont parfois montré quelques velléités de recouvrer certaines des prérogatives dont les a dépouillés l'émancipation. On a ainsi entendu réclamer pour la noblesse et la grande propriété la direction des campagnes et des afTaires rurales, la nomination aux emplois judiciaires et administratifs de la commune, du canton, du district, en un mot le monopole de toute la vie provinciale*. En émettant de pareilles revendications, la noblesse et la grande propriété oubliaient le triste usage qu'elles ont fait si longtemps des droits et privilèges dont les avait investies Catherine II. Aujourd'hui comme avant Témancipation, la noblesse est mal préparée au rôle que demande imprudemment pour elle une portion de ses membres. Elle a beau être la classe la plus civilisée, la plus instruite, la plus capable de la nation, elle manque d'hommes aptes à Tadministration locale, ou, si elle en possède, ces hommes sont d'ordinaire peu jaloux de se dévouer aux modestes fonctions que l'on revendique pour eux. Comme les autres classes de la société russe, la noblesse a toujours montré peu de goût pour les fonctions gratuites; cela seul empêcherait de donner à l'administration provinciale une constitution aristocratique*.

La noblesse est mieux inspirée lorsque, s'élevant audessus du cercle étroit de ses intérêts particuliers, elle profite de ses prérogatives pour se faire l'organe des besoins généraux du pays. C'est ce qu'elle a tenté, dans plusieurs provinces, à la fin du règne d'Alexandre II. Les assemblées du dvorianstvo ont diinsi retrouvé, pour quelques mois, une vie et un intérêt qui leur faisaient défaut depuis près de

1. Voyez G. Samarine et F. Dmitrief, Révolutsionny conservatism,

2. Pour obvier à celte difficulté, les écrivains à tendance aristocratique pont obligés de recourir à une sorte de service obligatoire, à une sorlc de conscription administrative qu'on imposerait aux propriétaires fonciers. Ainsi, le prince V. Mechtcherski {Voulikou vréméni).Les tendances aristocratiques ont suscité de nouvelles polémiques sous Nicolas II (1898).

vingt ans, depuis les ardentes discussions de l'époque de Témancipation. Aux heures de crise, en effet, les assemblées de la noblesse sont seules à pouvoir élever la voix avec quelque liberté, car elles sont seules en possession de Tunique droit politique reconnu dans l'empire, le droit de pétition. Ce droit, borné en principe à ce qui touche ses intérêts de caste, la noblesse l'avait presque abandonné depuis le temps où, en compensation de Taffranchissement de ses serfs, une ou deux de ses assemblées avaient osé demander des franchises politiques et une constitution. Le mécontentement du pouvoir en face de tels vœux, les rigueurs de l'administration à l'égard de ceux qui s'en étaient faits les promoteurs, avaient depuis retenu la noblesse en dehors de ce terrain défendu. Quelques-unes de ses assemblées, ou mieux quelques-uns de ses membres s'y sont plus ou moins risqués de nouveau, dans la session de 1880-1881, durant la courte éclaircie libérale ouverte par le général Loris Mélikof. A Koursk et à Saint-Pétersbourg, la noblesse n'a pas craint de réclamer l'abolition de l'exil administratif; à Tver, à Kazan, à Pétersbourg surtout» elle a agité, en termes plus ou moins couverts, les moyens de faire participer la société à la direction des affaires publiques. Dans la capitale, un des vétérans de la noblesse pétersbourgeoise, M. Platonof, maréchal de la noblesse de Tsarsko-Sélo, l'un de ceux qui demandaient une constitution en 1862, répondait en février 1881, à l'un de ses collègues, lequel réclamait de nouvelles prérogatives pour la noblesse : « Il est oiseux de travailler à modifier des privilèges qui ont fait leur temps et qu'il serait sans profit d'élargir, dans le cercle restreint où ils s'exercent aujourd'hui. Ce ne sont pas des privilèges que nous devons demander, ce sont des garanties pour la liberté de tous, garanties sans lesquelles la vie n'est plus possible. » Et l'orateur terminait en montrant la Finlande en possession de libertés que le gouvernement refusait à la Russie, et en proclamant l'indispensabilité d'un contrôle du pays sur

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