‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 94 sur 255 · ZEMSTVOS : ASSURANCES OBLIGATOIRES · texte numérisé non relu

ZEMSTVOS : ASSURANCES OBLIGATOIRES

leurs capilaux d'approvisionnements {prodovolstvennyé ko* pitaly] pour subvenir à des besoins urgents, bien peu seraient en état d'équilibrer leur frêle budget sans de pareils emprunts aux divers fonds spéciaux dont ils ont la gestion. Le gouvernement a dû reconnaître la légalité de CCS virements autorisés par la nécessité; et, les États provinciaux n'ayant pu reconstituer leurs réserves, le pouvoir central a été plus d'une fois obligé de venir au secours des provinces atteintes par les mauvaises récoltes.

S'ils n'ont pu mettre les campagnes à l'abri des disettes ou de la famine, les zemstvos ont mieux su défendre 1q paysan et l'agriculture contre un autre fléau, non moins redoutable aux Russes, contre l'incendie. On sait quels sont les ravages habituels du feu, du coq rouge, comme disent les Russes, dans les villes, et surtout dans les villages de bois de la Russie. Chaque été on compte de trente à trente-cinq mille incendies, et plus de cent mille maisons brûlées*. Chaque année, les relevés ofQciels évaluent à 70 ou 80 millions de roubles, c'est-à-dire à plus de 200 millions de francs, les pertes subies de ce chef par l'empire. C'est là un lourd impôt annuel prélevé par les flammes sur le peuple et l'agriculture. J'ai, par une nuit d'été, dans les campagnes du Don, vu luire au loin trois incendies simultanés dans des directions différentes. Toutes les mesures de précaution sont infructueuses; c'est en vain que les zemstvos ont reçu le droit de réglementer le plan des villages, en vain que, dans les bourgades, les maisons voisines sont isolées les unes des autres et les deux côtés de la rue séparés par de larges espaces, de manière que, si un côté brûle, l'autre reste indemne. J'ai vu de ces villages où il est, durant l'été, interdit aux paysans d'allumer du feu dans leur izka, de façon que chaque ménage est obligé de faire sa cuisine dans une sorte de four en terre creusé au milieu de la rue. Toutes

1. Un nombre considérable de ces incendies, un cinquième d'après quelques statisUqoes, un tiers d'après certains écrivains, proviennent du crime.

ces mesures préventives ne font que réduire le champ du fléau; il fallait assurer le paysan contre des sinistres dont on ne pouvait le mettre à Fabri. Or, dans les campagnes, on ne saurait guère compter sur le secours des compagnies privées ; les risques sont trop élevés pour les compagnies, le paysan trop pauvre ou trop imprévoyant pour s'assurer à grands frais. Contre un fléau aussi général et aussi destructeur, la liberté et l'initiative individuelle fussent demeurées longtemps impuissantes. Qu'ont fait les zemstvos? Ils ont établi dans les campagnes des assurances mutuelles obligatoires.

En un tel pays, avec le moujik russe, c'était là le seul moyen pratique. Les primes d'assurance sont fixées par les zemstvos et perçues à leur profit comme une taxe. Sous le régime de la propriété commune et de l'impôt solidaire, un tel procédé, au lieu de répugner aux habitudes du paysan, s'accommodait aisément à ses idées et à ses mœurs. Ces assurances obligatoires, encore toutes récentes, sont un réel bienfait pour la Russie; malheureusement les ravages du feu sont si grands, que les zemstvos ont beau élever le taux des primes, ils ne peuvent entièrement indemniser les victimes. C'est à la prévoyance des règlements et à la vigilance des autorités de diminuer le nombre et la gravité des sinistres.

Ce système d'assurance obligatoire, il a été question de l'étendre à d'autres sphères de la vie populaire. En Russie de même qu'en Occident, de même qu'en Allemagne notamment, certains esprits sont enclins à y chercher une panacée pour toutes les soufi'rances du peuple, du paysan surtout. Dans plusieurs provinces, dans celle entre autres de Pétersbourg, on a demandé au zemstvo de voter l'assurance du bétail, si souvent atteint par des épizooties et la peste sibérienne*. A l'inverse de l'esprit anglais, l'esprit russe est porté à tout réclamer de l'initiative publiquCi et

1. Voyez plus haat livre I, cbap. iv, et livre 111, chap. ii, p. 69.

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