ZEMSTVOS : LEURS SERVICES
de faitt avec Tignorance du moujik et Tapathie de la société, on ne saurait beaucoup compter sur l'initiative privée. Loin d'avoir des préventions contre le principe dé l'obligation, la plupart des « libéraux » y voient une précieuse ressource et comme le dernier mot du progrès. A leurs yeux, c'est le meilleur moyen de faire marcher un pays trop disposé à s'engourdir dans l'inaction. Nulle part peut-être, à une époque où le mot et la chose sont si à la mode, on n'a autant parlé d'obligation, et cela non seules ment dans le domaine de l'enseignement ou dans le domaine sanitaire, pour la vaccination par exemple, mais dans le service civil, comme dans le service militaire. Certains publicistes, non contents d'astreindre les propriétaires à remplir les humbles fonctions locales, ont suggéré de les contraindre à résider une partie de l'année dans leurs biens ^ D'autres ont mis en avant de vastes projets, plus ou moins inspirés de ce socialisnie d'État dont M. de Bismarck s'est fait l'apôtre dans l'empire voisin. En 1881, par exemple, quelques-uns des journaux les plus répandus ont discuté un projet d'assurance mutuelle, naturellement obligatoire, de toutes les moissons de la Russie contre les mauvaises récoltes, quelle qu'en fût la cause, sécheresse ou pluies excessives, grêle, insectes dévastateurs ou simplement incurie et ignorance ^ Quoique de telles propositions aient encore peu de chances de Buccës, la Russie est, par son gouvernement, par ses mœurs et ses traditions, par son organisation communale et sociale, un des pays les plus exposés aux dangereuses expériences du socialisme d'État. Elle a toutefois l'avantage qu'en pareille matière l'initiative, au lieu de toujours venir de l'Élat, vient le plus souvent des assemblées provinciales, lesquelles ne sauraient être ni aussi absorbantes, ni aussi tyranniques.
Pour embrasser toute Tœuvre des zemstvos, il faudrait
1. Piovoé Vrémia, 1881, n» 165, et Journal de Saint- Péler.ibourg, 1881, n" 150. De semblables projets ont été repris sous Nicolas II.
ajouter à celte brève revue de leurs travaux l'introduction de caisses d'épargne, renlretien de postes locales, l'ouverture de nouvelles chaussées ou de nouveaux chemins de fer, des essais de dessèchement des marais ou de reboi^ sèment des steppes. S'ils n'ont pu accomplir tout ce qu'ils ont entrepris, ils en ont préparé l'exécution par des études et des statistiques*. D'après ce rapide tableau on ne saurait dire que les États provinciaux soient demeurés inaclifs ou inutiles; ils ont fait, croyons-nous, tout ce que leur permettaient leurs ressources bornées. Et quel a été le principal souci de ces assemblées où dominent presque partout les propriétaires et la noblesse? C'est avant tout le bien-être et le progrès des classes populaires. Les zemstvosont pris soin de l'intelligence du moujik par l'instruction, de sa santé par l'assistance médicale, de sa maison parles assurances mutuelles. La même inspiration se retrouve dans toutes les œuvres de ces assemblées ter ritoriales. Grâce à elles, les impôts en nature, les corvées et prestations, dont le fardeau pesait uniquement sur les classes taillables et corvéables, ont, sous la forme de taxes immobilières, été répartis sur toutes les classes. Leszemstvos ont posé les bases de l'impôt foncier, et par là ils ont préparé la suppression de la capitation sur les paysans, suppression effectuée par Alexandre III. Lorsque, dans les cercles du gouvernement, on a agité la question de la réforme de l'impôt direct, les États provinciaux se sont prononcés à l'unanimité pour l'assujettissement de toutes les classes de la société à l'impôt. Dans ces assemblées, ofi l'élément populaire est en minorité, l'esprit d'équité du siècle et l'esprit démocratique de la nation se sont hautement manifestés.
1. On comprend quelles sont les dirQcullés de la statistique dans an pareil empire, et Pon devine Timperfeclion des documents officiels. Ce n'est pas le moindre service des zemslvos que de contribuer plus que personne à faire connatlre l'état réel du pays, des provinces et des campagnes surtout