‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 1 sur 93 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

^ant plus de deux cents ans, par la foçce de l'habitude et de la tradition. Les circonstances odieuses d'où sortit, en 1840, la guerre de l'opium les avaient fortifiés. A peine parafent-ils fléchir sous l'impulsion du nouveau régime qu'inaugurèrent les traités de 1842 et de 1844. Ils ont aujourd'hui disparu pour ne plus se relever si nous savons ne point abuser de notre victoire, si notre modération, notre fermeté, notre vigilance en développent les conséquences, en maintiennent et en complètent les résultats.

Les traités de Tien-Tsin et les conventions qui leur servirent de corollaires ont réalisé une des plus grandes et des plus nobles conquêtes de la civilisation moderne, en ouvrant aux entreprises du négoce étranger, à la libre propagande des missionnaires chrétiens^ aux investigations du voyageur et du savant, la pJus riche, la plus industrieuse, la plus féconde, la plus populeuse, la plus curieuse contrée de l'univers. Désormais il n'est plus un port important des côtes chinoises qui n'admette les navires de toutes les nations du globe, il n'est pas un lieu de l'empire chinois qui ne puisse être visité par les Européens; il ne s'y rencontre pas une ville, pas un village où le prêtre chrétien ne puisse enseigner ouvertement sa doctrine. Nos ambassadeurs résident à Péking. Aucune humiliation ne leur est imposée. Ils interprètent directement les griefs de leur pays et de leurs nationaux, et traitent d'égal à égal avec les conseillers intimes de l'empereur. Que de belles et brillantes promesses dans ces conquêtes I Déjà nos

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marchanda se scat établis» sous la porotectioii (lî|!^ nos consuls, dans les graades yilles que baigne le Yang^tze-Kiang, la principale artère de la Chine. Les intelligentes ptt^ulations du vaste et fertile bassin qu'arrosent fè fleuve Bleu et ses tributaires, profitent, avec empressement, des avantages de notre industrie. Sa supériorité éclate à leurs regards. Elles en partagent avec nous les bénéfices. Eclairées par l'intérêt, le guide irrésistible de leur race, elles ouvrent les yeux à la lumière. Le vieux préjugé chinois est frappé au cœur. Quels magnifiques triomphes attendent notre civilisation, quels gains immenses sont réservés à notre commerce si ce préjugé vient à disparaître entièrement, si, mettant à profit la science de nos ingénieurs aussi bien que l'expérience de nos industriels, et nous abandonnant la part de bénéfice et d'influence qui serait due légitimement à notre concours» la na*^ tion chinoise vient à multiplier la puissance de ses ressources nationales, par la construction de chemins de fer et de télégraphes qui relient entre elles ses grandes cités, par l'établissement d'un service régulier de steamers sur les innombrables rivières qui sont les routes commerciales de l'empire, avant tout, par l'exploitation des richesses inouïes que recèlent ses mines d'argent, de cuivre, de fer et de houille.

Une transformation si magnifique et si féconde n'est point improbable. Nous avons vu la valeur approximative du négoce étranger que représentait en Chine, pour l'année 485S, la somme de 300 millions de francs y atteindre, neuf ans plus tard,

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sans tenir compte du trafic de l'opium^ le chiffre énorme de 1 milliard 200 millions de francs *, bien que les districts producteurs du thé et de la soie eussent été, en partie, dévastés par les rebelles, bien que la terreur qui régnait autour de Shang-haï, au temps où l'insurrection cernait, de toutes parts, ce grandj emporium des échanges maritimes, en eût banni, pendant plusieurs années le crédit et la confiance. Que de si rapides progrès, accomplis dans des conditions défavorables, nous servent de leçons et d'encouragements ! La formidable muraille qui abritait les soupçons et l'ignorance de l'Empire du Milieu n'existe plus. Nous contemplons maintenant face à face cette civilisation antique dont l'éclat émerveillait les regards de nos voyageurs, alors que l'Europe sortait à peine des ténèbres du moyen âge. Elle est restée immobile dans son égoïste isolement, et son immobilité l'a fatalement conduite à la décrépitude. La civilisation occidentale, que ses origines chrétiennes et les instincts naturels de notre race ont faite, au contraire, essentiellement expansive, est maintenant aux prises avec elle ; elle doit la vaincre en la régénérant.

Ce prodigieux triomphe est-il assuré, est-il prochain? Nul doute pour moi, que les destinées so-

1. On ne peut affirmer, avec une entière certitude, que les progrès de ce négoce aient été réellement aussi rapides. En 1855| la contrebande était beaucoup plus active qu'aujourd'hui. D'un autre côté, les évaluation^ consulaires ne peuvent être ni aussi complètes ni aussi exactes que les relevés de l'inspectorat des douanes. Si la somme de 1,200,000,000 de francs représente, aussi fidèlement que possible, pour 1864, la valeur totale du commerce étranger en Chine^ il est probable que cette valeur, en 1856, a dépassé de beaucoup 300,000,000.

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