ASPECTS
Pittoresques et quelquefois grandioses dans les districts montagneux, les paysages chinois présentent, en général , Un remarquable caractère d'uniformité. Les plaines ressemblent toutes à de vastes échiquiers aux cases irrégulières et profondes, dont chacune forme un champ cultivé. Elles n'ont pour clôture ni murs, ni haies, ni palissades; mais elles sont entourées de levées en terre ayant partout la même hauteur et munies, çà et là, de portes en bois placées à des niveaux différents pour ménagei' l'entrée et la sortie des irrigations. Des bornes en pierre, à peine saillantes, indiquent les limites de ces levées qui servent de sentiers agricoles- Dans toutes les parties basses^ elles sont coupées par des canaux dont on a calculé la profondeur de manière à prendre et à restituer leurs eaux fécondantes, selon les besoins de la terre. Le mode de culture est presque toujours le même. L'eau des torrents, habilement retenue, arrose les casiers des montagnes, comme celle des canaux fertilise les plaines. Nulle habitation isolée ne se montre dans la campagne. Les paysans ont la coutume de se grouper
pour la défense commune. Un temple, dont le toit ondulé apparaît au milieu de grands arbres au luisant feuillage, quelque pagode élancée s'élevant, solitaire, au sommet d'une colline ou à l'entrée d'une gorge étroite, une voile glissant, silencieuse, entre des berges profondes, relèvent parfois cette monotonie; mais nulle part on n'assiste aux scènes animées et bruyantes, nulle part on ne voit ces aspects variés qui égayent nos campagnes villageoises. La même uniformité règne dans les villes et dans les villages. Les maisons sont bâties sur le même plan et avec les mêmes matériaux. Un toit ne dépasse pas l'autre. Les rues ont la même largeur; les temples, qui sont les seuls monuments publics et qui servent, en même temps, de théâtres et d'hôtelleries, se ressemblent tous. Partout les conditions de la voirie sont détestables; les immondices encombrent lés rues des villes ; les enfants et les cochons se roulent pêle-mêle dans la poussière, sous les grands arbres qui abritent la place publique des hameaux. On sent qu'en Chine tout est trop bien prévu et fixé de longue date et que la régularité des coutumes- supplée, de temps immémorial, à l'initiative de l'individu.
Les habitants de l'empire chinois se divisent en cinq races principales, dont les caractères distinctifs sont si nettement définis qu'il n'est pas possible de les confondre. Ce sont :
lo La race chinoise proprement dite qui semble former le trait d'union entre la race européenne et la race hindoue. Formes correctes et symétriques, un peu plus grêles seulement que les formes européennes ; extrémités fines et petites; teint pâle, mat et tirant un peu sur le jaune, sensiblement plus foncé dans le sud où l'exposition constante aux ardeurs du soleil rend le paysan chinois, qui travaille presque nu, aussi noir que
des ragbs
qui peuplent
Race chinoise.
28 L'EMPIRE DU MILIÏIU
rhabitant des rives du Gange; stature un peu moins élevée que la nôtre ; pommettes des joues fortes et saillantes; nez court, épaté, lèvres épaisses; visage remarquablement arrondi; yeux toujours noirs; paupières peu ouvertes, ce qui donne au regard une apparence d'obliquité très - particulière ; cheveux constamment noirs, épais et luisants; barbe peu abondante, celle du menton, ainsi que les moustaches , étant tardive et rare et les favoris faisant entièrement défaut ; aptitudes trèsremarquables pour l'industrie et lé commerce; mémoire facile et fidèle; humeur douce, paisible et enjouée. Les femmes chinoises sont proportionnellement un peu plus petites que les hommes de leur race. Elles ne se flétrissent pas, quoi qu'on en ait dit, beaucoup plus tôt que les nôtres. Rien ne paraît, sans doute, plus éloigné de notre type idéal que les traits ronds et aplatis de leur visage. Cependant, le caractère riant de leur physionomie, l'air de jeunesse et de santé qui l'anime en général jusqu'au moment du mariage, la beauté de leurs dents petites, brillantes et admirablement rangées , la gentillesse de leurs manières, la finesse exquise de leurs extrémités, et la correction de leurs formes dont le funeste usage du corset ne gêne pas le développement harmonieux, constitue un ensemble fort agréable qui n'est exempt ni de grâce ni même d'une certaine beauté. Miaotze. 2<» Les Mao-^ze (enfants du sol) habitent les régions
montagneuses du Nan-ling et du Mei-ling qui séparent le Kouang-si du Kouei-tchéou. On les considère comme formant une race tout à fait distincte de la race chinoise et beaucoup plus ancienne. Ils se divisent en soumis (chouh-miaostze) : ceux qui ont reconnu l'autorité de l'empire, et insoumis (seng-miaostze) : ceux qui ont conservé, jusqu'à ce jour, leur indomptable indépendance au milieu des sommets abrupts des Nan-ling. Leurs mœurs sont peu- connues et on ne comprend pas leur langage.
Plus trapus que les Chinois, ils ont ordinairement des formes moins régulières et plus anguleuses.
3° Peuple agricole et chasseur, les Mandchoux, qui occupent toutes les régions situées au nord -est de Fempire, en constituent peut-être la race la plus intelligente et la mieux douée. Ils se rapprochent beaucoup des Chinois par leurs traits physiques, bien qu'ils soient, en général, plus robustes, qu'ils aient plus de barbe, que leur nez soit un peu moins aplati, leur peau un peu plus blanche et que la teinte de leurs yeux ou de leur chevelure ne soit pas exclusivement noire. Moins civilisés que leurs voisins sur lesquels ils ont établi leur domination, il y a deux siècles, ils sont aussi moins corrompus et se sont montrés, depuis qu'ils sont maîtres de le Chine, soit par leur système intérieur de gouvernement, soit dans leurs relations avec les étrangers, plus capables de conceptions élevées et de vastes desseins.
4® Les Mongols, Cette race puissante, qui fonda, au xni^ siècle, un des plus vastes empires du monde, qui, descendue des plateaux de l'Asie centrale, a successivement envahi les Indes, la Chine, la Syrie, l'Egypte, l'Europe orientale et qui n'a pas perdu, après tant de conquêtes, se» caractères primitifs, n'occupe point des régions bien déterminées. Répandue à l'orient de l'empire, dans les pays appelés Mongolie intérieure et extérieure, Ili et Koko-nor, elle se divise en plusieurs tribus nomades ou Aimaks, gouvernées par des Khans, parlant et écrivant une langue à peu près semblable, obéissant aux mêmes coutumes superstitieuses, et dont les principales sont les KalkaSy les Ortovs^ les Tsakars^ les EleuthSy les Tourgouths, les Hochoïts^ les Tourbeths^ les ChoroSy les Khoïts. Dans la partie de l'ili que l'on nomme le Turkestan chinois, les Mongols sont mêlés et soumis à des tribus mahométanes d'origine turque. En résumé, ils occupent, dans l'empire, toute la région com-
Mandcboux.
Mongols.
Thibètains.
prise entre les steppes des Kirghis et les monts Sialkhoï et c'est à eux que paraîtrait convenir plus spécialement la dénomination de Tartares étendue, à tort, par plusieurs géographes aux Mandchoux, si, sous ce nom inconnu d'ailleurs dans le pays, on a voulu désigner une seule et même race. Les Mongols ont à peu près la même taille que les Européens; mais leur aspect, sans être repoussant, est beaucoup moins agréable que celui des Mandchoux ou même des Chinois. Leur peau est brune; ils ont les épaules larges et beaucoup trop hautes, le cou énorme, les mains osseuses, les jambes trop courtes, le nez épaté, le menton proéminent et pointu, les dents longues et écartées, les cheveux plats, les yeux noirs et clignotants.
5<» La race thibétaine. Aussi civilisés que leurs voisins, les Birmans, remarquables surtout par leur attachement traditionnel à la religion nationale, les Thibètains tienjient le juste milieu, pour leur conformation physique, entre les Mongols et les Hindous. Ce sont des hommes courts, trapus, aux épaules larges, aux traits anguleux ; leur barbe est rare, leurs yeux sont petits, noirs et mobiles. Bien que doux et indolents, les Thibètains paraissent doués d'un caractère singulièrement énergique ; malgré de nombreuses tentatives, jamais ils n*ont laissé conquérir ni occuper par Tinvasion étrangère les hauts plateaux de leur pays *.
DIVISIONS Les territoires soumis au gouvernement chinois sont
ADMiNisTRATivBs partagés administrativement en divisionset subdivisions
désignées par des termes communs qui indiquent leur importance relative. Ce sont le Seng ; le Fou, le Ting-
i, Ces peuples divers sont considérés en général comme autant de rameaux distincts de la grande branche asiatique connue sous le nom de race jaune.
GËOGRAPHIE • 31
Chili OU le Tchao-tchili; le Ting^ le Tchao ou le jffien, et le 5^, le Tchin ou le So que l'ou peut traduire par les mots: province^ dépcrtementj arrondissement, canton. Rigoureusement observé dans la Chine proprement dite, ce système subsiste à peine dans les possessions ooloniales et tributaires oii la combinaison des rouages administratifs est très-simplifiée par les pratiques du gouvernement militaire.
Le Fou ou département est administré par un fonctionnaire civil qui relève directement des hautes autorités provinciales. Il en est de même des Tchao-tchili et des Ting-tchili {Tchao et Ting indépendants ou immédiats) qui diffèrent des Fou par la moindre importance de leur étendue. Les Ting et les Tchao, qui ne sont pas Tchili^ dépendent des Fou, Les Hien, moins peuplés ou moins étendus que les Ting et les Tchao^ dépendent des Fou ou des Tingtchili et des Tchao-tchili, Toutes ces subdivisions administratives ont des capitales murées qui portent le même nom qu'elles. Shang-hai-hien ^ par exemple, est la capitale du Hien (arrondissement) qui s'appelle Shang-haï. Les Ting, les Tchao et les Hien importants renferment quelquefois plusieurs cantons dont la capitale est aussi murée et que l'on désigne sous les noms de Tchiii, So, et Sz, ou bien sous ceux de Tcha^i ou de Oueï dans les territoires niilitaires.
Ainsi, au somnlet de la division administrative se trouve placé le Seng (la province) ; au-dessous du Seng: le Fou, le Tchao-Tchili, le Ting-tchili; au-dessous du Fou: le Tchao, le Ting, le Hien, qui se subdivisent quelquefois en Tchin, So ou Sz,
Les Fou renferment toujours un ou plusieurs Hien dont le magistrat supérieur (que nous pouvons appeler sous-préfet) est astreint à résider dans la capitale du département, tes Ting-tchili et les Tchao-tchili sont souvent dépourvus de /7ien ; ils n'en possèdent jamaii
qu'un seul dont le magistrat n'est pas tenu de résider au chef-lieu départemental.
Les districts montagneux du You-nan, du Koueïtchéou, du Kouang-si et du Se-tchouen renferment des départements auxquels on a donné le nom particulier de Toursz. Ils se subdivisent également en Fou^ Tchao et Hien et sont régis par des officiers dont la charge est héréditaire.
Les Tao (ou cercles) constituent des réunions de plusieurs départements nécessitées par les conditions particulières où se trouvent certaines parties de l'empire. Ils sont administrés par des fonctionnaires appelés TaO'taï (intendants de cercle) dont les pouvoirs, à la fois civils, politiques et militaires, représentent, dans le cercle soumis à leur juridiction, la pleine autorité du gouverneur de la province. Toutefois, ils paraissent plus spécialement chargés de la collection des impôts et de la perception des douanes.