‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 9 sur 93 · FIGURATION ES C0TB · texte numérisé non relu

FIGURATION ES C0TB

Baignées successivement, à partir du nord, par la mer du Japon, le golfe de Léàotong, le golfe du Petchili (Péhaï, mer du Nord), la mer Jaune (Toung-haï ou Hoanghaï, mer de l'Est ou mer Jaune), le canal de Formose, la mer de Chine et le golfe de Tonking, les côtes de l'em-

pire chinois qui atteignaient, avant les cessions faites à la Russie, le 84« degré de latitude nord, s'étendent maintenant, sous la forme d'une demi-circonférence, entre les 43e et 20« degrés de latitude, les 105e et 130« degrés de longitude est. Une ceinture d'îlots entoure le rivage escarpé de la presqu'île Coréenne. A partir du cap que les navigateurs anglais ont nommé al'Épée du Régent», les côtes fléchissent insensiblement et deviennent si basses , si unies que, dans le golfe de Pe-tchili, on les confond presque avec la mer. Elles se relèvent en contournant le promontoire du Chan-tong, pour s'abaisser de nouveau particulièrement entre les embouchures du Hoang-ho et du Yang-lze-kiang. Depuis le cap Kitti^ situé près de Ningpo dans le Tché-kiang, jusqu'au Tonking, elles prennent une physionomie très-différente. Les îles, les baies, les anses reparaissent aussi nombreuses qu'en Corée. Le rivage présente une suite de collines âpres et hardies, dépouillées de toute végétation par les pluies qui mettent à nu leurs sommets quartzeux et granitiques, en ravinant leurs bases, et par les incendies périodiques qu'allument, chaque année, les pasteurs chinois, après la récolte des herbages, afin de féconder leurs flancs stériles. Le versant occidental de ces rivages arides et tourmentés, qui ressemblent à ceux de la Calabre ou de la Grèce, est le pays le plus populeux et le mieux cultivé du monde.

Aux principales époques de leur histoire, les Chinois . "^^"*

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ont exécuté de grands travaux d'utilité publique qui ont buque. dû coûter de prodigieux efforts en raison de leur étendue ou de leur masse, mais qui font honneur bien plutôt à la courageuse et infatigable industrie qu'au génie artistique de la nation. Les plus remarquables sont la . grande muraille et le grand canal.

Élevée, 220 ans avant l'ère chrétienne, par l'empereur Grande mnrauie

n L'EMPIRE DU MILIEU

Tsin-tchi pour protéger ses États contre les incursions des tribus tartares, la grande muraille, Ouan-U-tchang (mur aux dix mille lis), a été construite presque tout entière en matériaux si résistants et sur de si solides bases que, pendant 20 siècles, elle a résisté aux injures du temps. Elle commence, sur les bords de la mer, à la pointe nord-est du Tclii-li près du bourg de Chanhaïkouann (la porte des montagnes de l'Océan) et aux pieds d'une haute falaise. On la voit courir d'abord sur les sommets abrupts de la côte parallèlement au rivage, puis se diriger vers le nord-ouest, escaladant, sans dévier de la ligne directe, les collines les plus escarpées. L'aspect de cette construction hardiequi témoigne, dans (;es régions sauvages, de la puissance humaine, est pittoresque et grandiose. La grande muraille borde, au nord, le Tclii-li, le Chan-si, le Chen-si et une grande partie du Kan-sou. Elle traverse deux fois le fleuve Jaune par les 40® et 39® degrés de latitude et forme avec lui un grand quadrilatère irrégulier qui comprend tout le pays des Ordos, Tournant ensuite vers le sud-oqest jusqu'à Lan-tchéou, capitale du Kan-sou, puis au nord-ouest, elle se termine, dans cette province, par le 96" longitude est, près de la ville de Kiao-kouan qui est située sur la grande route de l'Asie centrale. Depuis la mer jusqu'au fleuve Jaune, la grande muraille est très-solidement assise. Elle présente un massif de terre et de cailloux revêtu de forts •parements de maçonnerie , ayant 25 pieds d'épaisseur à sa base et d'une hauteur moyenne de 17 pieds. Le sommet a 15 pieds de largeur; il est recouvert en briques et défendu par un parapet crénelé. De distance en distance, mais à des intervalles irréguliers, cette vaste construction est munie de tours carrées en maçonnerie ayant 40 pieds de hauteur, 40 pieds de 1 urgeur à leur base et 20 à leur sommet. Au delà du fleuve Jaune, la grande muraille n'est plus qu'un mélange de

(erre durcie et de pierres; elle n'a plus de parements ; sa hauteur moyenne s'abaisse à 16 pieds et ses tours, bâ* ties en briques, deviennent plus rares. Dans toute sa longueur, mais principalement entre le Hoang-ho et la mer, le mur aux dix mille lis est percé de portes fortifiées dont quelques-unes sont, en même temps, des postes militaires et des centres de commerce assez importants. On laisse les autres tomber en ruine, en sorte que ce gigantesque ouvrage qui, d'ailleurs, n'a jamais contenu les incursions tartares, n'est plus maintenant qu'une frontière géographique.

Deux autres fortifications dé moindre importance éle- *'"* *® p'®"^vées, l'une par la dynastie Ming ^ l'autre par les Mandchoux, se relient à la grande muraille dont ils complétaient le système. La première traverse la partie nordest du Tchili, à 20 lieues jBnviron de Pe-king, et forme ensuite la frontière occidentale de cette province jusqu'au 38" de latitude. La seconde est un mur de pieux, munie de douze portes fortifiées, qui borde, à l'ouest, le Léaotong et s'avance ensuite, dans la direction du nordest, jusqu'à la rivière Soungarï. Le mur de pieux a un embranchement qui longe la frontière septentrionale du Léaotong. Mac-Cullock calcule que la grande muraille et les fortifications dont nous venons de parler se développent sur une longueur approximative de 300 lieues.

De tous les travaux publics accomplis en Chine pen- Grana canal. dant les siècles passés, le canal, en chinois Tcha-ho (rivière des écluses) où Youn-ho (rivière Youn), qui unit le Hoang-ho au Yang-tze-kiang et fait communiquer la capitale, par le moyen de leurs, affluents, avec les prin^ cipales villes de l'empire, est, sans contredit, le plus important et le plus utile. Sa longueur est d'environ 260 lieues et sa largeur, constamment irrégulière, varie de 20 à 60 mètres. Il commence^ au sud, près de Hangtchao, capitale du Tché-kiang, par le SO"" degré de lati-

tude nord, se dirige vers le nord-ouest, contourne le Ta-hou (grand lac), entre dans le Yang-tze-kiang, par plusieurs bouches dont la principale est située, à Test de Tchin-kiang-fou, non loin de Tîle d'Or, passe près du lac Hong-tsi avec lequel il communique, côtoie un instant le fleuve Jaune après Tavoir traversé, s'infléchit vers le nord-est, à Lin tsing-tchao où il reçoit la rivière Youn-ho et aboutit au Peï-ho, près de Tien-tsin, par le 39« parallèle. Son cours, dans le Chan-tong et le Tchi-li, est tortueux, et sir John Davis qui Va remonté, en se rendant à Pé-king, n'hésite pas à croire qu'il suit, pendant plus de 100 lieues, le thalweg agrandi et contenu d'une ancienne rivière. IJ baigne des régions accidentées, en sorte que son niveau est fort inégal et qu'on a dû, pour le rendre navigable, le munir de nombreuses écluses. Rien de plus primitif que leur construction. Dans des coulisses de pierre on superpose des madriers, munis de câbles à chaque bout, que les éclusiers soulèvent, l'un après l'autre, à force de bras, pour livrer passage aux bateaux. Tantôt le lit du grand canal a jusqu'à 70. pieds de profondeur; tantôt il assainit des campagnes noyées et se confond avec les marécages;, tantôt au contraire, principalement entre les deux grands fleuves, il domine de plus de 30 pieds les pays environnants, et son cours, qui menace des villes importantes, comme Hoaï-ngan-fou, de continuels périls, a dû être renfermé dans de puissantes digues de 100 pieds de largeur. Elles sont revêtues d'un épais parement de pierres de taille et construites en argile battu dont on maintient la cohésion en y mêlant les tiges desséchées d'une sorte de millet gigantesque qui croit en abondance dans le pays. Les eaux du canal ne sont pas stagnantes ; elles obéissent à des courants continuels dont la direction n'est pas identique et dont la vitesse, entre les hautes berges de Hoaï-ngan-fou, atteint trois nœuds à l'heure.

Près de Ling-tsing-tchao, dans le r4hang-tong, elles acquièrent leur niveau le plus élevé. C'est là qu'elles reçoivent le Youn-ho et que l'on a construit un temple en rhonneur du dragon King^ le génie du grand canal. Au pied même de ce temple, se forment, en sens inverse, deux courants dont le Youn-ho est la source commune et qui se dirigent, Tun vers le nord-est, l'autre vers le sud-ouest. Ce fut Hong-vou^ le premier des Ming, qui conduisit, à grands frais, les eaux de la rivière Youn dans le canal impérial pour débarrasser son lit du limon qui l'obstruait. On raconte que cette vaste entreprise fut terminée en 7 mois et qu'il y employa 300,000 hommes. *

La construction du canal lui-même a été l'œuvre de plusieurs dynasties. Au vn® siècle de notre ère, les empereurs Tangf unirent les deux grands fleuves; au xiii«les souverains mongols firent creuser la partie de la rivière, qui fait communiquer le Hoang-ho avec Tient-sin ; la dynastie Ming acheva cet immense travail dans le xiv", en le prolongeant vers le sud, depuis le Yang-tze-kiang jusqu'à Hang-tchao.

La Chine est sillonnée d'un grand nombre de canaux Routes. qui servent en même temps, pour la plupart, à l'assainissement des marais, à l'irrigation des rivières, au transport des voyageurs et des marchandises. Les routes de terre y sont rares et elles consistent uniquement, au centre et sud de l'empire, en d'étroits sentiers pavés de dalles qui relient entre eux les canaux et les villages et cil deux palanquins ont souvent peine à passer de front. En deçà dufleuve Bleu, l'usage des chariots ou des voitures est à peu près inconnu. Au nord, les routes sont plus larges et quelquefois plantées d'arbres. On les a dallées dans le voisinage de Pékin. Toutefois, on peut dire qu'elles sont partout fort mal entretenues. Véritables fondrières pendant la saison des pluies, elles deviennent, en été, des fleuves de poussière où on ne -

peut voyager sans danger de perdre la vue* De Guignes, dans ses l*elations de voyage^ les apprécie avec assez d'indulgence^ mais il ne faut pas oublier qu'au temps oîi il visita la Chine^ celles du continent européen ti'étaient point meilleures. Ce n'est pas que, dans l'origine, les routes chinoises aient été construites avec négligence ou sans art. Celles qui traversent les monts Peh-ling dansleSe-tchouen,etles Mei-ling datis le Kouang-toung, ont exigé des travaux qui égalent en hardiesse ceut du Simplon. La première gravit une haute montagne par un immense escalier taillé dans le roc, œuvre de plusieurs générations. Seulement, il n'est rien en Chine qui n'obéisse, depuis un siècle, à la loi fatale de la décadence et de la ruine.

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