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PROVINCES

Étendue. — Limites. -^ Divisions naturelles. — Divisions politiques. — Notions géographiques. — Climat. — population.

Des trois grandes divisions politiques de l'empire que itTF.w»oi nous avons indiquées à la fin du premier chapitre de cet ouvrage, la première, Chik-pah-sengy est la seule que l'on connaisse en Occident sous le nom de Chine et qui soit habitée par des peuples de race purement chinoise. Elle est située sur le versant oriental du grand plateau de l'Asie et occupe toute la partie sud-est de l'ancien continent. Pour l'abondante fertilité de son sol» la variété de ses productions, la salubrité de son climat, le nombre et l'étendue de ses fleuves, Tadmirable variété et la beauté pittoresque de ses aspects, elle n'est surpassée par aucun autre pays du monde. Les géographes chinois lui donnent, en y ajoutant les contrées désertes qui forment la partie septentrionale du Kan-sou et du Tchili-li, une surface qui ne comprendrait pas moins de 5,000,000 de kilomètres carrés. Mais si l'on adopte les calculs de Mac-Culloch et de Malte-Brun, en réduisant ces deux provinces à leurs limites naturelles, on trouve que la Chine proprement dite forme un im-

L'EMPlilL DU MlLliil

rnense rectangle qui a 2,300 kilomètres de hauteur sur 2,180 de largeur, dont les deux diagonales, du sudouest au nord-est et du sud-est au nord-ouest, mesurent, l'une 2,680 kilomètres, l'autre 2,480, et dont la superficie, sept fois plus étendue que celle de la France, quinze fois plus grande que celle de l'Angleterre, à peu près égale à la moitié de l'Europe, renferme environ 4,500,000 kilomètres carrés. L'Amérique du Nord n'a pas une étendue beaucoup moindre et, pour peu qu'on la compare à la Chine, qu'on étudie leurs configurations respectives., leurs productions et leurs climats, on est frappé des ressemblances géographiques qui existent entre ces deux vastes régions.

LIMITÉ». La Chine proprement dite est bornée, au nord, par le

pays des Mandchoux et des Mongols dont elle est séparée^ en partie, par la grande muraille; Tlli, le Tsing-haï, leThibet la Umitent à Touest; au sud-ouest, elle confine à l'empire des Birmans, au pays de Laos et au Tonkin ; la mer de Chine, le détroit de Formose, la mer Jaune, les golfes de Pé-tchi-Ii et de Leaotong la baignent au sud et à l'est. Elle est comprise, en y ajoutant les districts occidentaux du Kan-sou qui s'avancent dans le désert du Gobi plus de 100 lieues au delà des frontières .naturelles de cette province, entre les 90 et 120® longitudes est, les 20 et 45® latitudes nord.

DIVISIONS NATUnELLES.

Les deux chaînes de montagnes qui la traversent de Test à l'ouest (les Nanling et les Pe-ling mentionnés au précédent chapitre) forment trois bassins de configuration tiès-irrégulière, arrosés par trois grands fleuves, le Hoang-ho, le Yang-tze-kiang et le Tchou-kiang. Mais, si l'on considère l'aspect général das dix-huit provinces, si l'on étudie leur sol et leurs productions, on voit qu'elles se divisent naturellement en trois parties, les

montagnes, les coltines, la plaine, dont la première renferme tout le pays situé à Touest du méridien de Canton (le m^ degré de latitude); la seconde, les provinces comprises entre ce méridien à l'ouest et le Yang-tzekiang au nord^ tandis que la troisième embrasse tout le nord-est de la Chine. De ces trois divisions, la première est la plus étendue; la dernière est, sans contredit, la plus prospère, La plaine s'étend, sur une hauteur moyenne de 100 lieues, entre la grande muraille au nord, le méridien de Canton à Touest, la mer à l'est et le Yang-tze-kiang au sud. Sa superficie, sept fois plus grande que celle des pays lombards, dont le climat et les produits ont quelque analogie avec les siens, mesure 340,000 kilomètres carrés. Le grand canal la traverse dans toute sa largeur. Il assainit les parties basses situées entre les deux grands fleuves, et fertilise les plateaux du nord-est. Au sud-ouest, le Kiang-sou et le Ngan-hoeï produisent la soie, le coton, le blé, le tabac. Dans les districts du nord-est qui comprennent le Pe-ichi-li et le Cbantoung, dont le climat est plus froid, le sol moins humide et plus léger, on cultive en abondance le millet, l'orge, les plantes légumineuses. La plaine est, eu égard à son étendue, le pays le plus fécond et le plus peuplé du monde; on y compte 177 millions d'habitants, les deux tiers de la population européenne.

Nous avons indiqué plus haut les grandes divisions politiques de Fempire chinois, et nous avons fait connaître administratites le système des distributions administratives. La Chine proprement dite se subdivise politiquement, d'après les dispositions adoptées, il y a un siècle, par l'empereur Kien-Ioung, en dix-huit provinces qui sont classées par les géographes officiels de Tempire dans l'ordre suivant : le Tchi-li^ le Chan-toung^ le Chan-si et le Ho-nan, au nord; \e Kiang-sou, le Ngan-hoei^ \e Kiang-si^ le Tc^é"

3tS L'EMPIUK bV MILIEU

kiang et le Fo-kien, à l'est; le Hovpé et le HotHian, au centre; le Chen-si, leKan-sou et le Sé-tchoiien, à l'ouest ; le Koiiangtoung, le Konang si, le You-nan et le Koueitcfiéou^ au sud. Antérieurement à Kien-Ioung, deux de ces provinces, le Kiang-sou et le Nganhoeï n'en formaient qu'une seule sous le nom de Kiang-nan; le Houkouang comprenait tout le pays que renferment aujourd'hui le Houpé et le Hou-nan ; le Kan-sou, qui ne fut qu'un démembrement du Chen-si^ n'existait pas. Il n'y avait en tout que quinze provinces.

Dans leur complète ignorance de tout ce qui concerne TRATAuz les nations étrangères et leur prétention à la science GéOGBAPBiQUES universclIe, les Chinois se sont forgé sur le monde occi- DBS CHINOIS, (jgjjtal les idées les plus ridicules*. Mais ils ont étudié, avec un soin admirable, leur propre pays, décrit, avec une minutieuse exactitude, leurs villes, leurs fleuves, leurs montagnes, leurs vallées, recueilli et enregistré d'âge en âge, avec une patience infinie, tous les récits, toutes les traditions qui s'y rapportent. C'est par milliers de volumes qu'il faut compter les œuvres de leurs historiens et de leurs géographes. Certes, ce n'est point une

1. On les Iroiivo exposées dans un petit nombre d'ouvrages dont les plus remarquables sont inliiulés : Recherches sur VOrient et l'Occident (six volumes dcrils au xvi® siècle et illustrés de cartes grossières); — Études sur les mers (un volume composé par Yang-Ping-nan, d'après les relalions d'un matelot chinois naufragé) ; — Bécits sur les nations étrangères (deux volumes imprimés, il y a un peu plus d un siècle, et accompagnés d'une curieuse carte des côtes chinoises); — Notes sur les tribus étrangères (quatre volumes publiés du vivant de Tempereur Kien-Ioung); — Cartes descripliocs du ciel (ouvrage plus sérieux et plus méthodique écrit sur la géographie et l'aslroiiomie par le cantonnais Tsinglaï, d'aprùs les indications fort incomplètes, d'ailleurs, que lui ont fournies ses entretiens avec les missionnaires). Lin-tsé-tsu, qui a rempli à Canton, en 1809, les hautes fonctions de commissaire impérial, a fait traduire en chinois et imprimer, à ses frais^ une partie des œuvres géographiques de Murray. (Voir Wells Williams, vol. I, chap. 2.1

tâche facile que de chercher à découvrir la sobre vérité au milieu de ces innombrables informations souvent contradictoires et presque toujours confuses, ou parmi ces puériles légendes. Toujours est-il qu'en y puisant avec prudence et en les soumettant au contrôle des appréciations plus véridiques de nos voyageurs et de nos missionnaires, on peut, sans doute, en tirer des notions assez exactes sur la géographie de l'empire. Nous allons résumer ici ces notions en commençant par les dix-huit provinces qui forment la Chine proprement dite.

La province ou se trouve située la capitale de l'empire tchi-u. se nomme Tchi-H (gouvernement immédiat) et s'appelait autrefois Pé-tchi-H (Tchi-li du Nord), lorsque la cour, sous les premiers empereurs de la dynastie Ming, résidait dans le Kiang-nan. L'empire avait alors deux capitales^ Pe-king (la ville principale du nord), Nan-king (la ville principale du sud). Le Tchili est plat, principalement du côté de la mer. Il renferme quelques collines de peu d'élévation qui le sillonnent vers le nord et l'ouest ; avant la réorganisation politique dont nous avons déjà parlé et qui eut lieu il y a un siècle, il était borné, au nord, par la grande muraille. Kien-loung lui fit franchir cette limite en réunissant à son territoire le pays des Mongols-tsakars ^ peuplade guerrière, particulièrement dévouée à la dynastie régnante.

Limites. — Au nord, la Mandchourie et la Mongolie, à l'est, le golfe de Tchi-li ou de Pétchi4ij à l'ouest, le Chan-si, au sud le Honan.

Rivières et lacs. — Plusieurs lacs sans importance, dont le principal, le Pe^hou^ situé dans la partie méridionale de la province, communique avec le Peï-ho (fleuve Blanc) rcMi . par un de ses tributaires, le Hii-ti. Le Peï-ho et ses affluents qui coulent de l'ouest à l'est, arrosent tout le Pétcbi-li ; il reçoit les eaux du grand canal , passe à quelques

9d L'EMFÎRE DU MILIEU

lieues de Pë-king qu'il relie à toutes les villes importantes de l'empire, et se jette dans le golfe de TchiJi par plusieurs embouchures dont la plus profonde n'a pas plus de trois pieds sur la barre à marée basse. Près de la mer, ses rives sont plates et fangeuses; mais plus au nord, son cours lent et paisible domine parfois, comme celui du grand canal, les régions arides qu'il traverse. Les approches du Peï-ho sont protégées par plusieurs forts dont les principaux qui défendent la petite ville de Ta-kou, ont été brillamment enlevés par les troupes anglo- françaises Djé-ho. en 1858 et 1§60. Le Djé-ho (rivière chaude), qui coule du nord au sud et baigne la résidence d'été des empereurs, se jette également dans le golfe de Pé-tchi-li, un peu au nord de Ta-kou.

Pé-king. Villes principales. — Pë-king, capitale de Tempire,

nommée d'abord Choun-tien (ville soumise au ciel), lorsque Koublaï-khan y établit sa cour en 1282, puis, sous ses successeurs, Khan-palik (ville du Khan), dont on a fait Cambalu, puis enfin, au temps des empereurs Ming^ Pé-king (capitale du nord) *.

Son enceinte Cette grande ville s'élève au milieu d'une plaine sa-

blonneuse, par la latitude de 39** 54' nord, et la longitude 114^ 20' est. Son enceinte mesure environ 40 ki-» lomètres et renferme près de 2,000,000 d'habitants. Une des branches du Peï-ho alimente les vastes fossés qui l'entourent et les canaux qui la traversent. Ses murs, revêtus de briques, ont 10 mètres de hauteur, 8 mètres d'épaisseur à leur base, 4 seulement à leur sommet, à cause de la grande inclinaison de leur face intérieure. Ils sont flanqués, tous les 60 mètres, de tours carrées qui forment des saillies de 36 pieds sur le parement extérieur de la muraille. Chacune des seize portes de la ville est défendue par deux tours semblables ; ces

I. Les géographes chinois la désignent souvent par les termes King-iz (capitale de la cour).

extérieure.

portes, qui sont voûtées et fort épaisses, constituent au-» tant de petites forteresses semi-circulaires surmontées d'une construction en bois à plusieurs étages et munies de canons. Le front est plein ; on pénètre dans l'enceinte par un des côtés du fort. A l'est de la ville coule le Peï-ho, auquel vient aboutir une route pavée et assez bien entretenue, de 3 lieues de longueur, qui unit Tong-tchéou à Pé-king, Rien n'indique au voyageur qui la parcourt l'approche d'une grande ville. Les mu- Sou aspect. railles de Pé-king, plus hautes que ses maisons et audessus desquelles ne se montre aucun monument public, en dissimulent pour ainsi dire l'existence. On dirait de loin un vaste campement établi au milieu d'une grande forêt, tant les jardins de plaisance qui environnent la ville sont nombreux et boisés. L'intérieur d^ Pé-king n'offre rien de remarquable sous le rapport de Tarcbitecture. De grandes voies droites, larges de 100 pieds, non pavées, affreusement boueuses l'hiver, couvertes pendant Tété d'une abominable poussière, comntuniquent entre elles par des rues étroites et sont bordées de maisons basses dont les façades se ressemblent toutes. Les couleurs brillantes et variées des toitures, les mâts ornés de flammes qui indiquent l'entrée des résidences officielles, les enseignes éclatantes des magasins, quelques beaux groupes d'arbres relèvent un peu cette monotouie qui donne à la capitale de l'empire l'apparence d'un immense village. Pé-king est formé de deux grandes en- Ses euceinies ceintes à peu près égales : la cité tartare au nord, la cité chinoise au sud, dont chacune a la forme d'un rectangle, avec cette différence, toutefois, que la première est beaucoup plus large que longue, et la seconde, au contraire, plus longue que large. La cité tartare (Noiii-tching) a neuf portes, deux au nord, deux à Test, deux à l'ouest, et trois au sud. Celles-ci ont accès sur la cité chinoise. Le Noiii-tching renferme une troi-

sième enceinte, la ville impériale ou ville Jaune [Hov^ngtching)({\x\ en comprend, elle-même, une quatrième appelée la Ville interdite (Kin-tching), ritie interdite. L^ Kin-tching se trouve divisée par deux murs qui la coupent parallèlement, du nord au sud, en trois parties à peu près égales. Celle du milieu ou on pénètre par la porte dite du Méridien et par une suite de ponts en marbre ornés d'assez riches sculptures, est spécialement affectée à la résidence impériale. On y voit un beau monument de marbre dédié à la Paix universelle, sorte de plate-forme à laquelle on monte par cinq escaliers et où le souverain^ dans les occasions soleimelles, reçoit les hommages de ses courtisans; — les palais de Tempereur et de l'impératrice; — le harem et son jardin de fleurs ; — les différentes salles où l'empereur traite les ambassadeurs, reçoit les candidats aux fonctions élevées de l'empire, préside son conseil, inspecte tous les ans, aux époques fixées, les instruments agricoles. — Dans la partie de l'est, se trouvent les bureaux de la maison impériale; — la trésorerie du palais; — la salle des Pensées profondes^ où l'on sacrifie à Confucius et aux autres sages de l'empire; — la bibliothèque impériale; — les palais des princes; — le Foung-sien^ où l'empereur honore les mânes de ses ancêtres. Celle de l'ouest comprend plusieurs édifices publics et aussi quelques résidences privées. On y rencontre la salle dite des Souverains, hommes d'Etat et lettrés illustres ; — l'imprimerie; — les bureaux chargés du contrôle des dépenses de la cour; — et le Tchingouàng-miao (temple protecteur de la cité). La ville interdite s'étend sur un espace d'environ 3 kilomètres carrés. Le mur qui l'entoure est presque aussi épais que l'enceinte extérieure de Péking. Il est flanqué de quatre tours et muni de quatre portes surmontées chacune d'un petit fort. Les briques vernissées qui revêtent ses parements

et les tuiles jauues qui le recouvrent lui donnent, quand il est frappé par les rayons solaires, un aspect resplendissant. La population du Kintching est presque exclusivement mandchoue.

La Ville impériale (lîouang-tching), qui renferme la viiio impériale. Ville interdite et qui est elle-même comprise dans la cité tartare, affecte, comme cette dernière, la forme d'un carré plus large que long. Elle a quatre portes : une sur chaque face du carré, et son mur d'enceinte, haut de 20 pieds, mesure environ 10 kilomètres. Personne n'y peut pénétrer sans autorisation. La porte du sud, appelée t Porte du repos céleste, » est précédée d'un vaste espace de forme réguhère, clos de murs . et oïl il n'est pas permis d'entrer à cheval sans une licence particulière. Il communique, vers le midi, avec la ville tartare, par la porte dite de « la grande pureté. » Une large avenue le traverse d'un bout à l'autre. Le long de cette avenue, à l'est et à l'ouest, se trouvent situés le Taï-miao (grand temple des ancêtres impériaux), cil les membres de la famille régnante rendent hommages aux mânes de leurs parents, et dont l'enceinte n'a pas moins de 1,000 mètres; — le Chieh-tsitan (autels des divinités de la terre et des céréales), curieux monument de forme bizarre devant lequel l'empereur accomplit seul, chaque année, à l'automne et au printemps, les antiques cérémonies destinées à fléchir ces divinités; — le ministère de la justice et ses dépendances; — les bureaux de cinq autres départements; — le collège des censeurs et celui des médecins employés au service du gouvernement; — \e Han-lin-youen (académie nationale) ; — le ministère des colonies et beaucoup d'autres édifices publics d'une moindre importance. La partie orientale du Honang-tching renferme de vastes magasins militaires, — le collège russe, — les spacieux établissements des lamas, — quelques temples dédiés

4t L'EMPIRE DU MILIEU

aux divinités inférieures de la mythologie chinoise, -— et la résidence de Tévôque catholique^. Au nord est h Montagne artificielle (King-chan), sorte de Jardin des Plantes, entouré de murs, comprenant cinq collines* hautes de 150 pieds et surmontées de pavillons d'où Ton domine toute la cité. Ces collines sont ornées de beaux arbres et peuplées d'animaux de toute espèce. On considère le King-chan comme une des merveilles de Pé^king. Il a été construit avec la terre et les pierres extraites des fossés de la ville. A l'ouest de la ville impériale on remarque le Si-youen (parc occidental), grands jardins arrosés par deux bras du Tonghoui et qui renferment un beau lac ayant 2 kilomètres au moins de longueur, une végétation magnifique, des grottes et des bosquets d'une fraîcheur charmante, des parterres de fleurs, des ponts de marbre, des collines et des rochers artificiels, une résidence d'été pour Tempereur, la salle où ont lieu, en présence du souverain lui-même, les examens militaires, le temple où l'impératrice offre tous les ans des sacrifices à Youenfi, la femme illustre qui découvrit le ver à soie, enfin une immense statue de Boudha, en cuivre doré, ayant cent bras et soixante pieds de haut. Le Si-youen présenterait un ensemble vraiment curieux si la funeste négligence avec laquelle on l'entretient, ne lui donnait un aspect misérable qui attriste le regard.

1. Ce prélat habile une assez vaste maison entourée d'un beau jardin. II y avait autrefois à Péking, dans la cité lartare, quatre églfeff catholiques «pf^^lée^ temples do I Est, de l'Ouest, du Nord et du Qlidi (Tong-tang, Si-tang. Pe-tang, Nan-tang), en raison de leurs situation» respectives. Les trois premières ont clé détruites à la suite des pef^énitions. Le Nan-tang fut conservé et devint plus tard l'église porttrgaise. En vertu des nouveaux traités, legauvernemenl chinoisa roatituë aux mis>ions la demeure aciuelle de l'évoque, j.insi que les terrains sur lesquels s'élevaient les quatre églises et les emplaoements des deux cimetières catholiques situés dans la campagne, un peu à Touest de Pôidps. Le Nan-tang a été restauré en grande partie au3t fraii 4e aotra gouvernpment.

Parmi les édifices publics de la cité tartare, il convient de faire remarquer, à Test, l'observatoire dont Kang«hi avait confié autrefois la direction à des missionnaires catholiques; -^ la salle des examens littéraires ; -— l'église russe de l'Assomption ; — le temple de la Paix étemelle, le plus vaste de Pé-king, appartenant aux lamas qui y ont établi un collège où ils enseignent le thibétain; — les palais des ambassadeurs étrangers; — au nord, les quartiers du général mandchou, dit général de$ Neuf-Portes, chargé spécialement de maintenir le bon ordre dans la cité tartare, et^ non loin de ces quartiers, une tour fort élevée munie d'une grosse cloche pesant 120,000 livres et d'un vaste tambour avec lesquels on annonce les heures de la nuit; — à l'ouest, la Mosquée, centre d'un quartier important où réside toute la population mahométane de Pé-king ; — V église du Seigneur du Ciel, construite autrefois par les Jésuites, tombée plus tard presque en ruines et restaurée, depuis i860, par les soins des missionnaires catholiques, avec le concours du gouvernement français; — le temple dans lequel sont suspendues les tablettes des plus célèbres souverains de la Chine et de leura plus illustres ministres auxquels l'histoire a donné le nom de Kouoh-tchou (Pi* Kers de TÉtat) ; — le temple de la Pagode Blanche^ construit par Koublaï au xiii^ siècle et rebâti en 1819 ; — au sud, l'enceinte murée qui précède la porte de la Grande Pureté; — les temples et les ministères qui boi'dent l'avenue par laquelle on pénètre dans la ville impériale, et que nous avons déjà mentionnés.

La cité chinoise, dont l'étendue égale, à peu près, celle de la ville tartare, est, en général, moins bien cons* truite. Le Tien tang (temple du Ciel) et le Sien-noung' tang (temple dédié à l'agriculture) sont ses principaux édifices. Ils occupent, avec leurs dépendances, un espace très considérable, et sont situés en face l'un de l'autre,

Cité Urtare.

Cité chlnuise.

U L'£MP1HË DU IdlLlËU

le premier à l'est, le second à l'ouest de la grande rue qui conduit à. la porte sud de la cité larlare. Le Jtentatiy^ où l'empereur offre lui-même des sacrifices annuels aux divinités célestes, à l'époque du solstice d'hiver, consiste en une terrasse ronde à trois étages, haute de 30 pieds, entourée de balustrades et pavée de marbre. A quelques pas de son enceinte murée, qui a près d'une lieue de tour, se trouve le temple de ï Abstinence. C'est là que le souverain doit résider trois jours avant de sacrifier au Ciel. Le Sien-noung-tang renferme quatre autels dédiés à la terre, à certaines divinités célestes, spécialement à la planète Jupiter et à l'empereur CAinnong qui passe pour l'inventeur de l'agriculture. Chaque année, à féquinoxe du printemps, l'empereur, accompagné des membres du ministère des rites, laboure luimême une des enceintes du temple. Un peu à l'ouest de cet édifice, on voit le lac du Dragon Noir {He-loung taiii)^ près duquel les souverains accomplissent différentes cérémonies expiatoires aux époques d'inondation ou de sécheresse, ucn-ming-youen Une des merveilles de l'empire, le palais et le délicieux parc du Youen-ming-youen^{le brillant jardin à la forme arrondie) que les flammes, allumées par l'ordre de lord Elgin, ont presque entièrement détruit en 1860, est située au nord-ouest de Pékin, à trois lieues environ de l'enceinte tartare. Les récits de nos diplomates et de nos soldats ont fait connaître les richesses qu'ils renfermaient et dont nous avons pu voir, nous-mêmes, la plus grande partie exposée en Angleterre ou en France, au retour de notre glorieuse expédition. Un grand parc bien planté et dessiné avec un art infini; des accidents de terrain et de nombreux contrastes habilement ménagés; de beaux groupes d'arbres; une infinité de ruisseaux, de bassins, de cascades, de ponts, de rochers; un palais construit pour l'empereur sur une base de

granit, entouré d'un large péristyle à colonnes, ayant cent pieds de long sur quarante de large, orné de découpures charmantes et bizarres et renfermant les plus magnifiques produits de l'art chinois ; une trentaine de jolies maisons disséminées sous les ombrages du parc oii elles formaient comme autant de kiosques charmants, — tout ce remarquable ensemble eût fait du Youenmingyotien une des plus ravissantes résidences que Ton pût imaginer, s'il avait été entretenu avec plus de soin que le Si-youen.

L'administration de Péking est l'objet d'une des plus PoUce. vives sollicitudes du gouvernement impérial. Les fonctionnaires qui l'exercent ne sont nullement subordonnés aux autorités provinciales et relèvent directement de l'empereur. La ville est divisée en deux arrondissements, dont les magistrats fonctionnent sous les ordres d'un des ministres d'État et d'un maire [Foii-ijouen), La police est nombreuse et sévère. Tous les soirs, les principales rues sont fermées et chaque quartier forme ainsi une sorte de forteresse. Dans ce vaste empire, si puissamment centralisé, la tranquillité des provinces dépend, avant tout, de la paix qui règne dans la capitale, et ce n'est point chose aisée que de maintenir le bon ordre dans une ville immense où résident des populations de mœurs et de religions distinctes, rivales ou même hostiles, et parfois turbulentes, qui ne possède aucune fabrique, aucun établissement industriel, et où pullulent, pendant l'hiver, quand les travaux des champs sont interrompus, des bandes de misérables, mourant de faim od de froid, toujours prêtes à mettre au pillage les greniers publics.

Pao-ting-foUy sur la grande route du Chan-si, à cent vi.us principales trente kilomètres sud -ouest de Péking, capitale du «'"Tciu-i!. Tchi-li, résidence des autorités provinciales, chef-lieu d'un département populeux et fertile, abondamment arrosé par plusieurs tributaires du Peï-ho.

46 L'EMPIRE DU MILIEL'

Tien^tsin (préfecture), à cent kilomètres sud -est de Péking, située à rembranchement du Peï-ho et du grand canal. L'un des ports les plus fréquentés de la Chine, malgré la barre qui obstrue en partie Tembouchure du Peï-ho, Tien-tsin est rentrépôt de la capitale de l'empire. Sa population est active et industrieuse. Cette grande Tille, que les troupes anglo-françaises ont occupée, à deux reprises différentes, en 1858 et 1860, a un aspect misérable, bien quMl faille la considérer, en raison de sa situation et de son important commerce de transit, comme une des riches cités de la Chine. Elle est située au milieu d'une plaine fangeuse et stérile qui s'étend à perte de vue. Ses maisons sont construites en terre durcie et en bois. Ses rues boueuses ne sont pas pavées. On lui donne cinq cent mille habitants. Elle est ouverte, depuis 1858, au commerce européen.

Tong4chéoUy sous-préfecture, sur le Peï-ho, à quinze kilomètres est de Péking, auquel on Ta relié par une route pavée suffisamment entretenue. Tong-tchéou est, à proprement parler, le premier port de la capitale. C'est là qu'eut lieu, en 1860, le combat qui ouvrit aux alliés les portes de Péking.

Siouan-hoa^ cent trente kilomètres nord -ouest de Péking, préfecture sur le Sang-kan^ un des affluents du Peï-ho, ville fortifiée avec toutes les ressources de l'art chinois et peu peuplée. Timkowski, qui Ta visitée en 1820 et décrite dans ses relations de voyage, raconte que l'aspect de ses hautes murailles crénelées et de ses triples portes bastionnées ressemble un peu à celui du Ki'emlin.

Prodnction. Le sol du Tchi-li , principalement dans la partie

orientale de la province où il contient beaucoup de nitre, est en général assez pauvre. Il produit du millet, de l'orge, beaucoup de plantes légumineuses, plusieurs variétés de fruits et un peu de riz. On y trouve de la

houille ' que les habitants emploient pour leur chauffage^ en la mélangeant avec une sorte d'argile; du marbre; du granit ; quelques pierres précieuses ; de la terre propre à la fabrication de la brique et de la porcelaine. Le Tchi^li renferme vingt-neuf millions d'habitants, d'après le recensement de 1812, dix-sept départements et cent quarante-quatre arrondissements. La province est administrée par un vice roi résidant à Paotin^.

Popttlatfon

et

gouvernement.

Le Chûn-toung (pays à l'est des collines) passe pour une des plus illustres provinces de Tempire, soit parce qu'elle a été le théâtre de grands faits historiques, soit parce qu'elle a donné naissance aux deux plus célèbres philosophes de la Chine, Confucius et son disciple Mencius. Le tombeau, de Confucius, qui mourut à Kiu-fao (quatre cent soixante-dix-neuf ans avant le Christ), est un beau monument construit au milieu d'un bois touffu. Il n'est pas un habitant du Chan-toung qui ne s'enorgueillisse d'être le compatriote du fameux philosophe.

Bornée à l'est par la mer Jaune, au nord par le golfe de Pé-tchî-li, à l'ouest par le Tchi-li, au sud par le Ho-nan et le Kiang-sou, cette province forme, en s' avançant dans la mer, un cap immense qui a toute l'étendue d'une presqu'île. Ses côtes, trois fois plus longues que celles du Tchi-li, offrent de nombreux et assez bons mouillages, mais ne possèdent aucun port de quelque importance, si ce n'est Tang-tchéou^ dont nous parlelx)n8 plus bas. Au reste, le commerce maritime du Chan-toung est à peu près nul. La presqu'île orientale 'cst très-accidentée; elle renferme un des plus hauts pics ^e la Chine, le Ta-chan (la Grande Montagne), dont les

1. Les bassins houillers du Tchi-li paraissent tr^s-riches et s*ëten« dent au nord-est de Péking, sur une longueur considérable. Leurs produits, dont le gouvernement se réserve l'exploitation, lont d'«x6eIlonte nature.

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