‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 18 sur 93 · KAN-SOU · texte numérisé non relu

KAN-SOU

Liinltos

et

onflguraiioii.

Rivières.

La conformation de cette province, l'une des plus vastes de l'empire, est extrêmement irrégulière. Elle a été formée par l'annexion de deux territoires dont l'un faisait partie autrefois du Chen-si^ tandis que l'antre a été emprunté aux solitudes mongoles. D'une étendue à peii près égale, ils sont unis par un défilé compris entre la chaîne des Ki-lian et le désert, en sorte que la forme du Kan-sou imite assez bien celle du chiffre huit. La grande muraille et la Mongolie le bornent au nord et à l'est, l'J/i à l'ouest, \eKo-ko-nor au^ sud-ouest, Je Sé-tshouen au sud, le Chen-si à Test. Les premières syllabes des noms qui désignent deux de ses principales villes Kan-tchéou et Sou-tchéou, forment le sien. Il renferme de hautes montagnes dont quelques-unes ont une altitude de 10,000 pieds. Ce sont les Ki-lian^ situés vers le nord-ouest, et les Loung-chany qui se détachent des Péh-ling, dans la partie méridionale de la province, courent vers le nord-est et séparent le bassin du Oveï-ho de celui du fleuve Jaune. Ce dernier entre dans le Kansou par la latitude de Lan-tchéov^ sa capitale, le tra-

verse dans la direction du nord-est et y reçoit plusieurs tributaires, entre autres le Ta-toung^ au nord, qui descend des Kilian, et le Tchao-ho, au sud, qui prend sa source dans les Pé-ling. D'autres rivières de moindre importance prennent naissance au nord des Kilian et coulent du côté du désert. Le climat de la province est encore plus rude que celui du Chen-si, et les habitants, dont une partie appartient à la race mongole, se revêtent de fourrures pendant l'hiver, selon la mode tartare.

Lan-tchéou-fou^ capitale, sur la rive méridionale du vnies principales Hoang-ho, près du coude que forme ce fleuve en tournant brusquement vers le nord.

Si-ning-fou , 40 lieues nord-ouest de Lan-tchéou ; résidence du fonctionnaire qui administre le Ko-ko-nor, Commerce important.

Ning-hia-fou , à 60 lieues nord -est de Lan-tchéou^ un peu à l'ouest du fleuve Jaune. La plus grande des villes chinoises situées sur les confins du désert.

Kiao-kouatij à l'extrémité ouest de la grande muraille et près du défilé qui porte le même nom. Garnison nombreuse ; commerce d'échange considérable entre la Chine civilisée et les peuplades du désert.

Au nord-ouest du défilé Kiao-kouan, s'étend le pays de Barkoul qui forme la partie occidentale du Kan-sou BaAoui. çt dont l'administration est confiée à des chefs de tribus sous la surveillance immédiate de fonctionnaires chinois. 11 renferme plusieurs villes dont les plus importantes sont : Barkoul^ Hami et Oroumtsi. — Barkoul (en chinois Tchin'Si'fou)^ un peu au sud du lac qui porte son nom, est une grande ville dont les environs sont assez bien cultivés. Elle a une garnison de 1,000 MandchouxetdeS^OOOOhinois. Hami^ au sud de Barkoul, possède un dépôt très-considérable d'armes et de munitions de guerre. Elle est le centre d'un commerce im-

L'£MPIRE DU MILIEU

Guitares êi productions.

Population t goaYemement«

portant entre les tribus mongoles qui habitent le Barkoul et le Dzassactou. De toutes les cités appartenant à la Chine propre, Oroumtsi^ que les Chinois appellent Ti'Oua-tchéou, est la plus éloignée de Pé-king; 800 lieues la séparent de la^^apitale de Tempire. En réunissant au Kan-sou le pays de Barkoul, occupé jadis par des tribu8 de Mongols nomades, la politique du cabinet de Péking a fait preuve d'une sage prévoyance dont elle a déjà recueilli d'heureux résultats. La guerre d'extermination soutenue en 1770 conjre les Eleuths révoltés, avait dé' peuplé les campagnes qui environnent Oroumtsi, Le gouvernement impérial y établit 10,000 soldats avec leurs familles, en fit un lieu d'exil pour ses sujets criminels et ne cessa d'y encourager, par des cessions de terrain, l'immigration des paysans chinois. Plusieurs établissements militaires et agricoles furent ainsi fondés, et les peuplades voisines^ attirées par l'appât des bénéfices qu'elles retirent de leurs relations commerciales avec ces colonies naissantes, commencèrent à se fixer au sol. On assure que la dynastie actuelle applique, avec succès, cet habile système sur plusieurs points des immenses frontières qui séparent la Chine propre des régions moiigoles. Hami, Barkoul et OrQumtsi sont situées sur la grande route qui relie Péking à Kacbgar et traverse ainsi toute l'Asie centrale.

On cultive le froment, l'orge, le millet et une grande variété de légumes dans la partie du Kan-sou située à l'est du fleuve Jaune. Les Tartares, qui habitent le nordouest de la province, élèvent de nombreux troupeaux. Les montagnes sont riches en métaux et en minéraux; ou y trouve de l'or, de l'argent, du cuivre, du jade*

Quinze millions d'habitants, 15 départements, 63 arrondissements; un gouverneur résidant à Lan^chéou et aduûnislrant sous la juridiction du vice-roi duChen^

GKOGKAPUiE

Le territoire du Sé-tchouen (pays des grandes rivières) la plus étendue des dix-huit provinces, a pour limites, au nord, le Kan-s(3u et le Chen-si ; à l'ouest, le Ko-ko-nor et le Thibet; au sud, le Koueï-tchéou et le You-nan; à Test, le Hou-pé. Les Youn-ling le bornent à l'ouest et étendent leurs puissantes ramifications par toute la province dont le sol, à l'exception de la grande plaine où est située la capitale, est sillonné de hautes montagnes, de vallées profondes, de défi- 'es étroits et dangereux. Le Yang-tze contourne toute la partie méridionale du Sé-tchouen, coulant d'abord vers le sud-est, à partir du point ou il y pénètre par ses frontières occidentales et se relevant ensuite près du You-nan, pour prendre ladirection du nord-est, jusqu'au momentoii il entre dans le Hou-pé. Il reçoit, dans la province, quatre principaux affluents qui l'arrosent toute entière. Ce sont à l'ouest, le Ya-loung-kiang^ dont le cours rapide et à peine navigable a 250 lieues de longueur : il passe, aux yeux de plusieurs géographes, pour la principale branche du grandfleuve; — au centre, leiWin, qui baigne Tching-tou. fou, capitale du Sé-tchouen et que les gros bateaux remontent jusqu'à cette ville; — à l'est, le Kia-ling qui vient du nord de la province et qui , alimenté par un grand nombre de petits tributaires, rejoint le Yang-tze à Tchoun-king-fou. Ces rivières descendent des Younling ou des Pé'ling ; leurs bassins, encaissés par de hautes chaînes, sont en général larges, unis et bien cultivés. On utilise principalement leurs cours pour le transport des bois de charpente que l'on exploite dans les montagnes. Le climat du Sé-tchouen passe pour très-sain. Les habitants, qui appartiennent à plusieurs races et qui ont souvent, comme ceux du Kan-sou, à souffrir de la famine, sont de mœurs rudes et turbulentes. Les brigandages, les meurtres, les insurrections sont très- fréquentes dans cette yaste province, et les tribus qui peuplent les montagnes

SK-TCHOUEN.

Confl^ntion et limites.

RiTières.

iUes principales.

•Hi L'EMPIRE DU MILIEU

de l'ouest se montrent particulièrement indisciplinées.

Tching-toU'fou : capitale de la province, sur la rivière Min, située au centre d'une vaste plaine très-fertile. Résidence du vice-roi qui administre la province. Cette ville, autrefois très-importante, souffrit beaucoup de l'invasion mandchoue. Elle a été visitée par le Père Hue qui Ta décrite dans la relation de son voyage.

Tchong-king-fou : également sur le grand fleuve, près de Tembouchure du Kialing.

Svr-tchaO'fou : à TembranchementduMinet du Yangtze.

Fertilisé par d'abondantes irrigations, le sol des vallées produit beaucoup de céréales. On cultive aussi, dans la province, le mûrier, le thé, la rhubarbe.EUe exporte du musc et des pelleteries, et possède une race de chevaux petits, mais durs à la fatigue et très-estimés. Ses montagnes possèdent des richesses minérales dont une exploitation intelligente pourrait tirer un grand parti.

Vingt-six départements, 125 arrondissements, 21 milgotttenifiment. n^j^g d'habitants. Le Sé-tchouen, en raison de son étendue, de sa situation politique et des difiScultés excessives que présente son administration, est placé sous la juridiction directe d'un vice-roi qui réside à Tching-tou-fou.

Guitares (t production

Population

CANG-TOUNG.

Configuration et limites.

Le Kouang-toung (grand pays de l'est), est compris entre le Fokien à l'est, le merde Chine au sud, le Kouangsi à l'ouest, le Hou-nan et le Kiang-si au nord. Les Nan-ling la séparent de ces deux dernières provinces. On a donné des noms différents aux principales montagnes de cette grande chahie. LeMei-ling, que franchit, par un défilé célèbre, la route du Hou-iian, est la plus connue. La hauteur moyenne des Nan-hng, dont les ramifications s'étendent, en tous sens, jusqu'aux bords de la

mer, ne dépasse pas 1,500 pieds dans le Kouang-toung.

Formé, comme nous l'avons vu , par la réunion de trois Rivières, rivières, le Si-kiang (fleuve de TOuesl) qui prend sa source dans le Younan et traverse tout le Kouang-si, le Pé-kiang (fleuve du Nord) qui descend des Meï-ling, et le Toung-kiang (fleuve de TEst), dont Terabouchure est située près de Whampoa, le fleuve des Perles [Tchoukiang) baigne Canton, capitale de la province, et se jette dans la merde Chine entre Hong-kongetMacao.Uneautre rivière, beaucoup plus petite, leHan-kiang^ arrosela partie orientale du Kouang-toung. Elle sort également des Nan-ling, coule vers le sud et se déverse dans la baie de TchaO'tchao. Les navires européens peuvent remonter le fleuve des Perles jusque sous les murs de Canton, à 30 lieues de son embouchure, et les rivières de Touest, du nord, de Test, particulièrement la première, sont navigables, dans la plus grande partie de leurs cours, pour les bateaux du pays. Le Si-kiang a 200 lieues de Iongueur, le Pé-kiang et le Toung-kiang environ 80.

Un peu moins âpres, mais non moins découpées que cotes, celles du Fo-kien,les côtes du Kouang-toung possèdent quelques rades excellentes. Leur développement entre le Fo-kien et la Cochinchine ne mesure pas moins de 240 lieues. Plus de 300 îles, en général fort peu connues, les accompagnent. Hdi-nan dont nous parlerons plus tard est la plus grande. En face de Haï-nan est située la presquîle de Lou-tchéou dont l'extrémité, que traverse la 20^ latitude, est le point le plus méridional du continent chinois.

Kouang-tchéoU'fou que les Portugais ont appelé villes principales Kamtom, du nom même de la province (Kouang-toung) et les Anglais Canton, par imitation des Portugais, capitale du Kouang-toung, située sur la rive septentrionale du TchoU'kiangj par la même latitude que Calcutta et la Havane. Les légendes la désignent sous le nom de canton.

ville des Béliers ou ville des Génies que lui donnent quelquefois ses habitants. Elle a 4 lieues de tour y compris ses faubourgs et se développe, le long du fleuve, sur une longueur d'au moins 6 kilomètres. Son enceinte mesure 2 lieues et demie et les maisons y touchent de si près, du côté de la ville ou des faubourgs, que parfois elles la dissimulent complètement. La hauteur de cette enceinte varie de 25 à 40 pieds. Revêtue de briques et appuyée sur des fondations de grès, elle a 20 pieds d'épaisseur. Un fossé, aujourd'hui entièrement à sec du côté du nord, l'entourait dans l'origine. Elle est percée de douze portes que l'on ferme tous les soirs, et dont la surveillance est confiée à une garde nombreuse. Un mur longitudinal allant de Test à l'ouest et muni de trois portes, sépare Canton en deux cités intérieures, la vieille ville et la nouvelle. Une multitude de jonques et d'embarcations, de toutes formes, de toute destination , de toutes couleurs , rangées symétriquement les unes à côté des autres , formant des rues et des places, occupent une grande partie de la rivière sous les murs de la ville. Les plus ornées sont ces fameux bateaux de fleurs, séjour des courtisanes de Canton, lieux de délassement, de réunion et de plaisirs faciles pour les riches habitants de la cité. On évalue à 1,000,000 d'àmes la population cantonnaise. Elle passe pour une des mieux douées, des plus vives et des plus turbulentes de l'empire. Les rues de Canton sont, en général, propres et bien pavées. Parmi les édifices publics qu'elle renferme et dont on compte plus de 150, il faut citer : près de la porte occidentale de la vieille ville, deux pagodes dont Tune, bâtie il y a mille ans et haute de 60 mètres, sert de temple aux mahométans, et l'autre, vieille de treize siècles, est une fort belle tour à neuf étages qui s'élève à 180 pieds; — une grande pagode de cinq étages, construite sur une émi-

GÉOGRAPiflE 87

nence près de la porte du nord et qui domine toute la cité; — un très-grand temple de Boudha, le HaU tchouang-sze^ situé sur Tlle de Ho-nan, en face de Gan* ton ; précédé d'un assez beau portique que gardent deux statues de formes colossales et bizarres; consistant en un temple carré d*assez vaste dimension où l'on voit trois images dorées de Boudha (le Boudha passé, le présent et le futur) et qu'entoure une suite interminable de cellules, de cours, de jardins; il sert d'asile à plus de 160 prêtres qui y possèdent une bibliothèque et une imprimerie, y chantent à toute heure du jour les louanges de leur dieu et se chargent d*entretenir, dans une enceinte consacrée, les cochons offerts à Boudha par la piété des fidèles; le Haï-tchouang-tze occupe, avec ses dépendances et le mur qui les entoure, un espace de 4 hectares; — deux autres temples de Boudha qui se trouvent dans la ville vieille dont l'un, le Kouang-hiaosze, habité par 200 prêtres, possède plus de 1 ,800 hectares de terrain en toute propriété ; — trois autres édifices religieux cx)nsacrés au culte de Tao; — leTchinghouang-miao , temple protecteur de la .cité , que Ton retrouve dans toutes les villes chinoises et qui est à Canton d'une grande richesse; — le Koung-youeni^itte des examens littéraires), édifice spacieux situé au sud-est de la ville vieille et contenant plus de mille cellules où sont enfermés, quelques jours avant l'examen, les candidats qui se disposent aux luttes académiques. La ville vieille renferme les résidences officielles des principaux fonctionnaires de la province. Le palais du vice-roi des deux Kouangs se trouvait dans la ville neuve. Il a été presque entièrement détruit lors de la prise de Canton par les alliés en 1857, et, sur ses ruines, ont été jetés les fondements d'une église catholique. Un peu au nord de la capitale du Kouang-toung s'étendent les collines des Nua^ ges blancs dont la hauteur moyenne est de 1,200 pieds;

elles sont arides, pelées et couvertes de sépultures. Une route bien dallée les relie à la ville. Au sud, entre l'enceinte murée et le fleuve, resserrées à Test et à l'ouest, par les faubourgs, étouffaient, il y- a huit ans encore, les factoreries européennes. Réunies au jardin commun construit à grands frais par les négociants étrangers , elles occupaient un peu moins de 8 hectares ; elles ont été incendiées au début de la guère qui a brisé nos humiliantes entraves. En face du jardin des Factoreries, Tlle basse et fertile de Ho-nan divise le Tchou-kiang en deux bras dont le plus étroit, qui est aussi le plus profond, la sépare de Canton. A l'ouest de Ho-nan, sur la rive septentrionale du fleuve, se trouvent les jardins de fleurs dont la culture, très-admirée des amateurs chinois, est aujourd'hui bien inférieure à celles de nos parterres européens. Ils fournissent des plantes au Kouang-toung et aux provinces voisines. Au sud-est et en descendant le fleuve, on rencontre successivement : une petite île dominée par un fort qu'entou- .r3nt de beaux arbres et de jolies maisons aux formes gracieuses; les Anglais l'appelle Dutch-FoUy et les Chinois lui ont donné le nom de Perle de la mer ; — l'île basse de Whampoa , à 5 lieues de Canton^ avec ses deux pagodes et sa petite ville devant laquelle mouillent tous les navires étrangers de fort tonnage qui ne peuvent remonter le fleuve jusqu'à la capitale du Kouangtoung; — un peu au delà du Whampoa, les Iles française et danoise^ où se trouvent des cimetières consacrés à la sépulture des marins étrangers. A 12 lieues plus au sud, entre deux rochers armés de batteries, un étroit et pittoresque défilé que les Chinois appellent Fa-moun (la Bouche du tigre), forme la principale embouchure du fleuve des Perles. En sortant du Fa-moun, il se développe en une baie vaste et profonde dont le pic xnajestueueux de Lantao occupe à peu près le centre.

C'est la baie de Lin-tin, à laquelle une petite île munie d'un assez bon mouillage a donné son nom. Lin^tin est célèbre par la contrebande d'opium qui s'y faisait autrefois.

Fondée deux siècles avant Jésus-Christ et parvenue rapidement à une très-grande prospérité, ruinée par les Mandchoux qui s'en emparèrent après un siège opiniâtre de onze mois et firent périr, si on en croit les annales indigènes, 700,000 de ses habitants, sortie, comme par enchantement, de ses ruines pour devenir Tunique entrepôt du commerce étranger avec la Chine, jusqu'au moment où les traités de 1844 lui eurent ouvert de nouveaux débouchés, Canton était une des plus industrielles et des plus opulentes cités de l'empire. Les conséquences naturelles des graves événements qui se sont accomplis en Chine depuis trente années, le développement de notre influence et de nos relations sur des points plus rapprochés des districts qui produisent le thé, la soie et le coton, la translation à Péking des ambassades étrangères ont affaibli progressivement l'importance commerciale et politique* de la capitale du Kouang-toung sans la faire déchoir entièrement du rang illustre qu'elle occupait, depuis un temps immémorial, parmi les plus grandes villes de la Chine. Canton fabrique beaucoup de soieries et de cotonnades ; on évalue à plus de 50,000 le nombre de ses ouvriers tisseurs.

Chao-king-fou : 25 lieues ouest de Canton, sur le Çikiang, dans une position magnifique; capitale d'un département qui produit beaucoup de thé; ancienne résidence du vice- roi des deux Kouangs et une des villes les mieux bâties de la province.

Nan-hioung-fou : sur une des branches du Pé-

!. On sait que le vice-roi des deux Kouang, résidant à Canton, était muni de pleins pouvoirs qui l'autorisaient à traiter les affaires de l'empire avec les représentants des puissances étrangères.

90 L'EMPIRE ÛO MILIEU

kiang; 60 lieues nord de Canton. Entrepôt très-actif des marchandises que le Kouang-toung et principalement Canton expédient, à travers le Kiang-si, pour le nord de la Chine. Elles sont transportées à dos d'hommes par une route qui franchit le Meï-ling et qui relie Nan yong avec Nan-ganfou. A partir de cette dernière ville, elles descendent le cours de la rivière Kan jusqu'au lac Po-yang. Ou dit que 50,000 coulis sont continuellement occupés à ce transport.

Chao-tchéoU'fou également sur le Pé-kiang, à 35 lieues nord de Canton. Les voyageurs européens qui ont remonté le fleuve du nord, vantent beaucoup, dans leurs récits, la beauté sauvage de ses rives que bordent particulièrement, entre Nan-hioung et Chao-tchéou, des montagnes abruptes et nues dont les sommets arides semblent se toucher. Ce sont des masses compactes et. calcaires de couleur sombre sous lesquelles s'étendent de vastes bancs de grès et qui récèlent des mines dt houille. On remarque sur les bords du Pé-kiang, cinq rochers de formes bizarres que l'on a surnommés les Cinq-Têtes-de -chevaux, et un temple dont les sanctuaires, les cellules, les autels et les statues Ont Jeté taillés dans un l'ocher à pic de 500 pieds de haut. C'est un lieu de pèlerinage fameux dans tout Tempirô et dédié à la déesse Kouan-Yin.

FoU'chan ou Fat chan ville considérable, située sur le'Si-Kiang à 4 heues sud-ouest de Canton, et renfermant de riches manufactures de soieries.

Parmi les îles très-nombreuses qui bordent les côtes du Kouang-toung, il faut citer particulièrement : Hainan^ Hiangchan^ Chang-tchouen^ Hong-kong.

Séparée de la péninsule de Loui-tchéon par un étroit

bras de mer que sèment de dangereux récifs, l'île de

Hai-naoL ffat-fian, deux fois grande comme la Sicile, forme un

département subdivisé en ti*eize districts. Les mers qui

renvironnent sont infestées de pirates, et soulevées, pendant la saison chaude, par de fréquentes tempêtes. Elle renferme 1,500,000 habitants, et possède plusieurs ports dont Kioun-tchéou^ situé sur la côte septentrionale est Je meilleur ^. Le centre de l'ile est occupé par la chaîne des Li-mou oii résident plusieurs tribus encore insoumises. Un pic gigantesque, le Von-tchi-chan (la Montagne des cinq doigts), se dresse à Textrémité occidentale de la chaîne qui donne naissance à plusieurs rivières. La plus considérable, le Limou-ho, coule vers le nord et se jette dans la mer près de iTiotmtchéou. Les côtes de Haî-nan ont été peuplées , en grande partie, par des émigrants Fokiennois qui y ont fondé une colonie commerçante, agricole et maritime. Elles produisent le palmier, le cocotier et d'autres plantes tropicales qu'on ne trouve pas sur le continent chinois. Ou récolte aussi à Haî-nan, du riz, des patates, du sucre, du tabac et une espèce de cire blanche fort estimée. De beaux bois de charpente croissent sur les montagnes.

Entre les deux bras principaux du Tchou-kiang, et Mtcao. au sud de Canton s'étend, sur une longueur d*environ Î5 lieues, Tîle fertile et pittoresque de Hiang-chan. Plate et coupée, vers le nord, par de nombreux canaux, qui font communiquer les deux bras du fleuve, gracieusement accidentée vers le sud, très-peuplée et admirablement cultivée dans presque toutes ses parties, elle se termine, au sud-ouest, par une presquMle longue et étroite, sur laquelle est située la ville portugaise de Macao. La petite colonie dont elle est la capitale a été fondée en 1680. Ses côtes sont élevées, arides et rocheuses, le centre de la presqu'île étant seul propre à la culture. Son territoire, qui n'a pas plus de 3 lieues de

1. En vertu des traités de Tien-tsinn, le port de KiouD-tchéou mi oayert aujourd'hui aux étrangers

tour, vient aboutir, vers le nord-est, à un isthme trèsétroit qui forme le trait d'union entre la colonie portugaise et le sol chinois de Hiang-chan. Il y a quelques années, un mur épais dont la porte était gardée par un détachement de troupes chinoises, formait la limite commune ; un magistrat chinois, placé sous la surveillance du sous-préfet de Hiang-chan, administrait les habitants chinois de Macao, et les gouverneurs portugais payaient au vice-roi des deux Kouang une redevance annuelle, que celui-ci ne manquait pas de revendiquer comme un inipôt. La persistance souvent héroïque des habitants et des autorités de la colonie Tout successivement affranchie de ces pesantes entraves. La barrière chinoise, a été renversée en 1845, à la suite de l'assassinat du courageux gouverneur Amaral, et Tindépendance de Macao qui existait, en fait, depuis ce tragique événement a été définitivement consacrée par le traité conclu récemment entre le Portugal et la Chine *. La ville de Macao occupe l'extrémité sud du territoire de la colonie. Au nord, se trouvent le bazar chinois et le port intérieur qui constitue lui-même une des bouches du Tchou-kiang, et que borde, vers le nord-ouest, l'île pittoresque de Mackérara. Il renferme un charmant îlot, (Ilha-verde), lieu de promenade et de récréation pour les habitants de la ville. Au sud-est, s étend la cité portugaise, et se développe, en face de la rade extérieure, un quai magnifique, demicirculaire, la Praya-grande. Macao est, sans contredit, la ville la mieux bâtie de la Chine; elle ne possède aucun édifice remarquable, mais ses maisons européennes, vastes, largement construites, reposant sur des assises de granit qui défient les ravages du temps, ses hautes églises, ses trois forts dont le plus grand cou-

I. Certaines difficultés s'étant produites au sujet de l'interprétation de la clause qui stipulait, dans ce traité, l'indépendance de Macao, les deux gouvernements n'en ont point encore échangé les ratifications.

ronne la cité, tout cet ensemble offre un aspect imposant et grandiose qui frappe les regards du voyageur lorsqu'il franchit le seuil de la Chine, et qui fait rêver aux grandeurs déchues du Portugal. Macao est devenu port libre depuis 1846. Délivrée deux ans plus tôt des entraves que les exigences de sa douane apportaient au développement du commerce européen, la colonie portugaise n'eût pas vu grandir, à quelques lieues de ses côtes, Hong-kong sa rivale, dont la prospérité à peine naissante en 1844, a, depuis longtemps déjà, fait pâlir la sienne; les produits de sa ferme des jeux ne seraient pas actuellement sa principale branche de revenus; elle eût dégagé l'entrée de son port intérieur des vases qui Tobstruent, et creusé un large chenal dans sa grande rade où les gros navires ne peuvent jeter l'ancre à moins de 2 lieues du rivage; rafraîchie par les brises de mer qu'elle reçoit de tous côtés, et jouissant d'un climat exceptionnellement salubre sous ce ciel de feu, elle fût restée le premier port européen de la Chine. La ville chinoise de Macao fut presque entièrement détruite par un incendie au mois de décembre 1835, et rebâtie, sur un plan nouveau, par les soins du gouverneur Don Isidoro Guimaraêns, qui fit construire un beau quai sur le port intérieur. On sait que le grand poëte Camoëns fut exilé à Macao, pour avoir écrit des vers satiriques sur le viceroi de Goa, et qu'il y composa sa Lusiade. Dans un des jardins de la ville, sous de grands arbres touffus, dont le soleil des tropiques ne perce jamais l'épais feuillage, se trouve une grotte d'une fraîcheur délicieuse, ou, selon la légende macaïste, il venait chaque jour, méditer ses strophes immortelles. On compte à Macao 30,000 âmes, dont 24,000 Chinois. Les négociants étrangers dont les comptoirs sont établis à Canton ou à Hongkong, ont presque tous, dans la colonie portugaise, des habitations de plaisance où ils vont passer les jours les

plus chauds de Tannée. Un service de steamers entretient des communications régulières et fréquentes entre Hong-kong, Canton et Macao.

Hong-kong. Hongkong ou Hiang-kiang (ruisseaux odorants),

dont la cession définitive a été faite, en 1842, au gouvernement anglais par le traité de Nanking ^, est une petite île de 8 lieues et demie de circonférence, située dans l'embouchure du Tchou-kiang^ par le 22« de latitude nord et le 112^ de longitude est, à 16 lieues est de Macao, et à 30 lieues sud de Canton. Elle est hérissée de montagnes arides, que séparent des vallées très-étroites, et dont la plus élevée, Victoria Peak, mesure environ 600 mètres. Ses côtes sont des falaises abruptes, et il a fallu conquérir en partie, sur la montagne, par d'immenses tranchées, la plage étroite et malsaine où s'est élevée la grande ville de Victoria. Mais la rade près de laquelle on Ta construite, et que protègent, au sud, les collines de Hong-kong, au nord, les grandes chaînes du continent, est une des plus vastes, des plus profondes, des plus sûres et des plus pittoresques du monde. La situation de Victoria, au nord de l'île et aux pieds même d'un grand pic, qui arrête, pendant la saison chaude, le souffle bienfaisant de la brise du sud-ouest, est malheureusement insalubre. Avant le traité de Nanking, Hong-kong renfermait une population misérable de 2,000 ou 3,000 Chinois, vivant à grand peine, des produits de leur pêche et de leur culture : on n'y compte pas aujourd'hui moins de 120,000 habitants. Sa capitale possède de nombreux édifices, un palais pour le gouverneur, des églises pour les différents cultes, des casernes, des hôpitaux, de nombreuses écoles pour les étrangers et les Chinois, un

4. Ki-cbea l'avait cédée provisoiremeiit au capitaine EUUot par la conveotioD de jauvier i84i»

beau club. A mesure que Victoria s'embellit» elle cherche des sites plus agréables et plus sains en s'étendant sur les collines environnantes que les brises d'été peuvent atteindre^et rafraîchir. En môme temps sa population chinoise, composée, aux premiers temps de la colonie, de vagabonds et de pirates, s'augmente et s'épure; ses comptoirs deviennent plus nombreux et plus riches; ses relations commerciales s'accroissent avec une rapidité prodigieuse ; on construit un champ de course, des routes magnifiques, un beau quai» Enfiny le traité de Tien-tsin cède aux Anglais un territoire fertile, situé sur le continent, au fond de la baie de Kaoulong^ et un peu au nord-est de Victoria, complétant ainsi la colonie de Hongkong, une des belles créations du génie maritime de la Grande-Bretagne. L'administration de cette colonie est confiée à un gouverneur, un grand-juge et un conseil législatif. Avant les traités de 1838, le gouverneur était investi des fonctions diplomatiques actuellement confiées au ministre anglais qui réside à Péking.

Les îles San-tchoiien ^ nommées par les Portugais Saint-Jean, sont situées à 20 lieues sud-ouest deMacao. On voit dans la plus grande, le tombeau du grand apôtre des Indes, saint François-Xavier, qui y mourut en 1532, au seuil de la Chine, où son zèle allait porter l'Évangile. Les îles Saint-Jean, Coukok^ San^chéou, Ladrone^ comme en général toutes celles qui bordent les côtes du Kouang-tong, sont des nids de pirates.

Le Kouang^ong produit le riz, la canne à^ucre, le cultures tabac, le mûrier, et renferme de nombreuses mines de ** productions. plomb, de fer et de houille. On y cultive beaucoup d'arbres à fruits et de légumes. Les montagnes qui sillonnent la province sont généralement arides, mais sur les rives des fleuves s'étendent des plaines admirablement fertiles.

Population et goayenieinent.

96 L'ëMPIHE du milieu

19,000,000 d'habitants, 15 départements, 89 arrondissements administrés par un gouverneuj* qui relèvf^ du vice-roi des deux Kouang. Ces deux hauts foîfctionuaires résident à Canton.

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