‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 23 sur 93 · THIBET · texte numérisé non relu

THIBET

Séparé par d'immenses chaînes des régions cîrconvoisines et presque aussi vaste que Tlli, le Thibet occupe la partie méridionale du grand plateau asiatique. Limites. Le Ko-ko-nor et le Tien-chan-nan-lou le limitent au nord, le Setchouen à Test, les Indes au sud, le Ladak à Touest. Ses. habitants lui donnent les noms de Bod^ ms par lesquels Bod-Yotil (Terre de Bod), Poué-ko-tchim (Terre neî-

mle désigne. ^^^^^ j^ ^^^^.j^^ j^^^^^ (p^yg j^^ j^^y^ j.^j^ y^^ ^

fait, par corruption, Thoubet et Thibet. Les Chinois rappellent simplement Si-tsang (confins occidentaux). Montagnes. De nombreuses montagnes, dont quelques-unes^

comme le mont /Laï-/a-«a,qui a 25,000 pieds de hauteur» atteignent une prodigieuse altitude, ceignent de toutes parts et hérissent en tous sens le sol thibétain. Ce sont, au nord, à Touest et au sud-ouest, les Koulkoun^ les Tsoun-ling (voir page 8), les Himalaya^ qui bordent les plaines arides et désertes connues sous le nom de Katsi ou Korkatchi. Vers le centre du Thibet, prennent naissance plusieurs chaînes dont les masses imposantes, abruptes, toujours glacées, convergent vers Test et se rapprochent, sur les frontières du You-nan et du Setchouen ou elles prennent le nom de Youn-ling^ au point de former les étroits bassins de quatre grands fleuves. Rivières. Ce vaste système montagneux dont la neige couvre

perpétuellement l^s cimes, déverse sur les plaines de TAnnam et de l'Inde de puissantes masses d'eau qui ahmentent les plus grandes rivières de l'Asie méridionale. VIndus et son affluent la Selledje, le Brahma^

I . C'est le nom d'une nombreuse peuplade qui s'établit dans le Thibet au VI* siècle.

pofitra, le Gange, le Salouen^ Vltraomdtj (voir page 99) , le Méi-kong prennent leurs sources dans le Thibet ou près de ses frontières. 11 est traversé, de Touest à Test, dans toute sa partie méridionale, par le Ozang-bon ou Yarou-dzang-boUf qui sort des monts Tam-tchouk^ une des chaînes de Y Himalaya, et se jette probablement dans le Brahmapoutra, après avoir reçu au nord plusieurs tributaires.

Sêê principaux lacs, dont nous avons déjà parlé,

sont : le Tmg-kiri, le plus grand de tous, à 45 lîeueâ

nord de Lassa ; — le Bouka et le Kara d'où sort le

Salotien, situé au nord du précédent ; — le Yamorotik

ou Yarbrokiôu (au sud -ouest de Lassa), qui enveloppe

éomme un anneau une grande île au centre de laquelle

s'élève le temple de la Semence-Sacrée, le plus beau de

totit le Thibet ; — le Manassa-raona et le Ravan-rad,

qui occupent un plateau très-élevé des monts Himalaya,

et dont les eaux profondes sont les sources sacrées du

Gange. Les cartes chinoises donnent à ces deux derniers

lacs les noms de Mapam-dalaï et de Langga-nor.

Le Thibet jouît d'un climat tempéré dans les plaines ^t inéme chaud dans les vallées, bien qu'il soit toujours ^lacé sur les montagnes. Le ciel s'y montre constamrnent pur et serein, pendant le printemps et l'été; mais l*înfluence des vents chauds qui soufflent du désert produit des effets semblables à ceux du simoun. Quand ils c^nt régné pendant quelques jours, la sécheresse devient t^Ile que les feuilles des arbres tombent en poussière, les ttleubles craquent, les charpentes se fendent et se lurîsent si l'on n'a pris le soin de couvrir les toitures et les entrées des habitations d'une épaisse couche de ooton mouillé; aussi le territoire thibétain diffère-t-il essentiellement des riches campagnes du Népaul et du fioùtan, où l'œil contempje, avec ravissement, la plus VuMriônfô végétation. Au Thibet, les arbreâ sont rares

Ltcs*

CUmaU

ProdacUons.

136 L'EMPIhE DU MILIEU

et rabougris et le sol se montre, en général, rebelle à la culture. Les vallées produisent de Torge, un peu de riz, quelques légumineuses, de la rhubarbe et de Tassa-fœtida, de la garance, du gingembre et presque tous les fruits de l'Europe méridionale; mais les grandes plaines qui occupent les plateaux ne renferment que de maigres pâturages. On y rencontre d'immenses troupeaux de moutons et de chèvres dont le fin pelage est envoyé aux Indes pour la fabrication des cachemires ; des buffles; des chevaux dont le poil est si long qu'on les dirait revêtus d'une fourrure ; et une précieuse espèce de ruminants, le yak, que l'on vient d'introduire en Europe; sa chair est excellente, son lait abondant; on l'emploie cotiime béte de trait et de somme ; son poil long, épais et laineux sert à tisser une étoffe grossière. De nombreuses espèces de poissons peuplent les rivières et les lacs du Thibet. Beaucoup d'animaux sauvages, appartenant surtout à la race féline, de grands rapaces, des cerfs, des daims musqués, dont l'apparence ramassée et trapue ressemble beaucoup à celle du cochon, hantent les flancs déserts de ses montagnes. Son règne minéral est très-riche ; l'or est commun dans ses rivières. Le plomb, l'argent, le cuivre, le soufre, les pierres précieuses abondent dans ses mines; le fer y est plus rare. On recueille du borax sur le bord de quelques-uns de ses lacs.

Industrie Les Thibétains tissent, avec le poil de leurs moutons

et de leurs chèvres, de très-belles étoffes de laine, et fabriquent, avec leurs pierreries, de charmants bijoux délicatement ciselés, qui sont en grande réputation dans l'extrême Orient. Us font avec les Chinois, à Si-ning^ dans le Kan-sou, et à Pa-tang, dans le Setchouen, un commerce d'échange assez actif. La Chine fournit des soieries, du thé, de la porcelaine, du tabac et des ins* trumenls de musique au Thibet qui lui vend des laines^

et commerce.

des bijoux, de la poudre d*or, des pierres précieuses, du ^

musc, des pelleteries. Il entretient aussi des relations commerciales de moindre importance avec le Ladack, Je Boutan et les Indes.

Bien que divisés, d'après leurs géographes, en cinq ^^» peuples distincts*, et un peu déviés de leur type primitif par suite de leurs relations séculaires avec les pays circonvoisins, les habitants du Thibet, trapus et musculeux, bruns de peau, anguleux de visage, indolents de caractère, appartiennent évidemment à la race mongole.

Aucune nation du monde n'a les instincts plus Mœurs et reUgion.

profondément religieux , n'est plus attachée à ses

:K*ites ni plus soumise à son clergé. Il n'existe pas une

famille au Thibet qui ne fasse entrer deux ou trois de

^es membres dans la puissante hiérarchie des lamas,

cJont le chef suprême, le dalaï, est en même temps le

jDremier magistrat de la nation. Le boudhisme est la

^religion universelle. Toutefois, il se divise en deux sectes

cSont l'une porte des bonnets jaunes et l'autre des

lx>nnets rouges. Cette dernière, de beaucoup la moins

^nombreuse, admet le mariage des prêtres. Les lamas

gouvernent, jugent, administrent, instruisent le peuple

^t président aux cérémonies des funérailles, qui consti-

l uènt le plus important de tous les actes civils et religieux

du Thibet. On brûle les corps des lamas après les avoir

]>lacés dans l'attitude contemplative des statues de

X^udha. Ceux des Thibétains qui n'appartiennent point à

leur hiérarchie, sont simplement exposés dans des cime-

"•rières dont toutes les portes restent ouvertes et où les

si^nimaux sauvages viennent les dévorer • Les prêtres

l>oudhistes n'interviennent pas dans les mariages. On ne

séquestre point les femmes comme en Chine, et le choix

1. Ils résident dans le Klam ou Thibet antérieur, le Tsang ou Thibet ^Vtérieur, les déserts du Kor-Katchi, le Boutan et le Petit Thibet,

L'EMPIRE Dlî MILIEU

des époux est laissé libre. Une fois entrée dans le Ut conjugal, après l'échange des présents d'usage et Taccoraplissement de quelques rites d'une grande simplicité, la jeune fiancée devient la femme de tous les frères de son mari ; elle est obligée de tenir leur maison et ne peut repousser leurs tendresses. La décroissance de la population thibétaine, que les statisticiens chinois ont constatée, est due, sans aucun doute, à la polyandrie et au célibat des prêtres.

Heureusement doués pour les arts d'agrément, aimant avec passion la musique, dont le clergé fait une étude spéciale, la danse et les exercices du corps, les Thibétains ont, en général, peu de goût pour les études sérieuses. Leurs mœurs sont douces et polies, et leur civilisation, très-inférieure sous le rapport des sciences, de l'industrie, de la politique, à la civilisation chinoise, l'emporte de beaucoup sur celle des autres peuples âsia* costame national, tiques qui appartiennent à la race mongole. Dé longues

robes taillées suivant la mode chinoise et recouvertes d'étoffes de laine ou de fourrures, de grandes bottes en cuir, des bonnets de soie fort élevés, jaunes ou rouges suivant la secte religieuse, constituent le costume national qui varie très-peu pour les deux sexes. Les femmes se parent volontiers de bijoux, et ornent avec des perles leur longue chevelure dont elles forment trois tresses avant leur mariage; elles n'en portent plus que Architecture, deux lorsqu'elles subissent le joug conjugal. Les habi* tations particulières sont à deux étages, gfossièrellleitt construites en pierres non cimentées, percées de fenêtres très- étroites, pavées de marbre ou de briques, recouvertes d'une toiture en chaume très-plate que surmontent de petits drapeaux ou des branches d'arbres destinées à défendre les habitants contre l'influence des mauvais esprits. Elles ont ordinairement l'apparence de grands fours à briques; mais les temples, les monas*

lères, les tombedtix affectent des formes qui ne sont dépourvues ni de grâce ni de majesté, et Tarclntecture tbibétaine est en réputation dans TÂsie centrale. On re* marque principalement dans la ville de Téchon-lambou td mausolée d'un célèbre lama qui mourut à Péking. Ce beau monument, dont les parois intérieures sont tendues de riches étoffes et décorées de nombreux portraits représentant des moines boudhistes en prières, ressemble autant à une pagode chinoise qu'à un temple hindou. Le corps du moine boudhiste y repose dans un cercueil d'ûi* massif. Il date de la fin du dernier siècle. • Le mouton, Torge et le thé composent le fond de la nourriture du peuple thibétain. Les heures de ses repas ne sont point réglées; il mange lorsque la faim le lui conseille. La chair des animaux est simplement exposée à l'air et au soleil jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement desséchée et ne subit en général aucune autre préparation culinaire. Le thé ne se boit jamais pur ; on en pré* pare, à peu près comme dans la Mongolie, un mélange fortifiant et assez agréable en le faisant bouillir avec de la farine d'orge, du beurre et du sel. Les Thibétains fabriquent avec l'orge fermenté les boissons enivrantes dont ils font usage. L'hydropisie, les rhumatismes, la petite vérole et la syphilis sont les plus communes de leurs maladies. Ils redoutent surtout les deux dernières comme étant éminemment contagieuses, et il n'est pas rate qu'on laisse mourir d'inanition ceux qui en sont atteints^ lorsque les premiers remèdes administrés par la médecine chinoise, ne les ont point guéris. Cette singulière nation parle plusieurs dialectes qui se rapportent au même idiome. Il est alphabétique, s'écrit de gauche à droite, et paraît être une des branches de la langue sanscrite, bien qu'il renferme un nombre de coDSOnnea beaucoup plus considérable. Les signes convevniontieli avec lesquels on l'exprime^ sont dé deux

Alimentation.

Langue.

Divisions Imioistralives.

Villes principales.

sortes : ceux qu'emploie rimprimerie se nommeni outchen; on appelle onmin récriture courante. Un voyageur hongrois, Ksoma de Koros, qui a séjourné quelque temps dans la ville de Ladak, au commencement de ce siècle, a composé une grammaire et un lexique de la langue thibétaine. Les pittoresques récits du Père Hue et les savantes études des frères Schlagintweit ont complété les notions qu'il avait données à l'Europe sur les mœurs étranges du pays de Bod.

Le Thibet est divisé administrativement en deux provinces d'une étendue à peu près égale : le Thibet antérieur (Tien-tsang) à l'est, et le Thibet ultérieur (Hao-tsang) à l'ouest. Le Thibet antérieur a pour capitale Lassa (29« 30 latitude nord, 79« 20 longitude est), située sur la rivière Dzang-îsou^ un des tributaires du Yarou'tsang-hou ^ au centre d'une vallée fertile qu'environnent de belles collines disposées en amphithéâtre; 23,000 habitants ; garnison chinoise ; séjour du dalaîlama et de son grand conseil, le koutouctou dont relève toute la hiérarchie des prêtres boudhistes disseminés dans le Thibet et la Mongolie; beaucoup de couvents et d'établissements religieux dont les plus célèbres sont les quatre grands et riches monastères de Séra^ Bre^ boiing, SamyéeiGaldan. Ledalaï habite aux environs delà ville, sur le mont Botala, un beau et vaste palais dont le dôme principal a 317 pieds de haut. Lassa, ou résident les commissaires chinois chargés de la surveillance du pape boudhiste et de son grand conseil, est la métropole de tout le Thibet. Elle fut prise et pillée par le khan des Songars, Arabdan (voir page 133), au commencement du dernier siècle. Ce fut Kang-hi qui restaura le pouvoir du dalaï-lama en lui prêtant l'appui do sa protection intéressée.

TéchoU'loumbou ou Zikatsé, dans la vallée de Lassa, et à 10 lieues ouest de cette dernière ville, est la capi-

taie du Hao-tsang et la résidence du téchou-lama qui occcupe, après le dalaï, le premier rang dans la hiérarchie boudhiste ; 300 ou 400 maisons ; beaucoup de couvents et de monastères; magnifique tombeau duTéchou qui mourut à Péking en 1781. Le Thibet ultérieur renferme six départements dont le Yarou^ fsang-bou baigne les capitales fortifiées.

Deux hauts commissaires chinois résidant à Lassa et surveillant, par un mutuel contrôle, les actes de leur direction suprême ; deux grands-prétres, le dalaï et le téchou-lama, assistés chacun d*un conseil, administrant, sous la haute juridiction des commissaires, Tun le Thibet antérieur, l'autre le Thibet ultérieur, exerçant le pouvoir par l'intermédiaire d'olBciers laïques (deda) ] de commandants militaires (karpon) et de certaines autorités locales (vazir)^ qui se prêtent un concours réciproque : telle est la forme extérieure du gouvernement thibétain.Les deba et les karpons reçoivent des deux grands prêtres Tinvestiture de leurs pouvoirs qui leur sont confirmés par les résidents. Ceux-ci administrent directement, sans intermédiaire des lamas et avec l'aide des karpons, les tribus nomades de l'ouest et les postes fortifiés que Kien-loung construisit après l'invasion de 1792, sur les frontières méridionales des deux Thibets, pour eontenirl'humeur belliqueusedeshabitants duNépaul.Doux et inoffensifs, lesTliibétains sont faciles à gouverner.

Les faits les plus saillants de l'histoire du Thibet, telle que nous l'ont fait connaître, très-incoraplétemeut d'ailleurs, l'ouvrage de l'historien mongol Sanang-setsen et les récits des missionnaires catholiques, furent successivement, à partir du iv^ siècle avant notre ère : la réunion de toutes les tribus nomades qui habitaient le pays sous le sceptre unique de Seger-sandiloutou-kagan-toul» esm et l'introduction des doctrines boudhistes parmi les

Système administraUf.

Principaux faits

de rhistoirenationalf

I4S L ËMPIKE DU MILIEU

sujets de ce monarque ; — la fondation de Lassa, en 630, par SroHg-zan-gambo et l'invention de Talpbabet sous son règne; — la soumission, par la dynastie chinoise des Tang, de la plus grande partie du Tbibet, qui ne tarda pas à secouer son joug; — les luttes sanglantes que soutint, au commencement du x^ siècle, contre les tentatives eovahissantes de Tislamisme, le culte de Boudba qui resta définitivement victorieux ; — la conquête du Tbibet par Gengis-khan au xai° siècle (il resta soumis à la dynastie mongole des Youen, tant qu'elle régna sur Tempire chinois, recouvra son indépendance au moment de son expulsion, et se divisa alors en plusieurs principautés sur lesquelles régnèrent des souverains indépendants jusqu'à la chute de la dynastie chinoise des Ming) ; — la tolérance accordée par un de ces souverains, le prince de Cogoué, aux missionnaires catholiques qui furent favorablement accueillis en 16261 sa cour et admis à discuter publiquement leurs doctrines avec les prêtres boudhistes ; — l'agrandis-^sement progressif de Tinfluence des lamas dont le chef ou dalaî finit par s'emparer, vers le milieu du xvii^ siècle, de la souve* raineté temporelle; — la soumission du Tbibet, h la même époque, au sceptre victorieux d'Arabdan, le grand chef des Songars (voir page 133); — les troubles qui divisèrent ses successeurs et d'où sortit la conquête de tout le Thibet par les premiers souverains de la dynastie mandchoue. L'un d'eux, Kien-Iong, après avoir noyé dans le sang une tentative de révolte qui eut lieu vers 1750, fit construire des forts dans toutes les parties du Thibet, auquel il donna l'organisation politique et militaire dont nous venons de parler.

Outre les vastes contrées que nous avons décrites, les TRIBUTAIRES géographcs chinois, dominés par un sentiment de vanité DB l'empire, nationale, comprennent encore dans les limites officielles

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