LES PAYS DISTRIBUTAIRES ET LES COLONIES
Limites, divisions administratives, mœurs, gouvernements, clifflats de la Mandcbourie, de la Mongolie, du Ko-ko-nor, de Tlli et du Thibet« — Notions historiques sur rili et le Thibet.
Les immenses régions bordées au nord par la Sibérie, à l'ouest par les Belour Tag (voir chap. i**"), au sud par le Thibet et la Chine propre, à l'est par les mers du Japon, reconnaissent la souveraineté réelle ou au moins nominale de Tempire et occupent, sur le globe terrestre, un espace presque égdft à la superficie totale de TEurope. Leurs populations ne sont pas homogènes. Elles se composent de tribus nombreuses, souvent nomades, qui n'ont parfois entre elles aucune affinité d'origine, de mœurs, de langages, bien qu'elles habitent le même territoire, et dont les perpétuelles rivalités font seule» la force de leur commun maître. Nos géographes ont coutume de les confondre sous la dénomination beaucoup trop vague de Tartane cAino/se. Elles comprennent, »ur les cartes officielles de la Chine, quatre grandes divisions qui portent les noms un peu moins arbitraires de Màndchonriey Mongolie^ Ili et de Tsing-hai ou Kokonor. Nœis résumions, dans ce chapitre, les notions très-
GÉOGRAPHIE iU
iocompiètçs et probablement très-inexactes que Ton a pu recueillir sur la Tartarie chinoise et le Thibet.
La Mandchourie, qui occupe toute Textrémité orientale du grand plateau asiatique, s'étend, depuis les cessions de territoire faites parla Chine à la russie^ entre les 42° et 53° degrés latitude nord, les 118° et 133° longitude est. Elle est bordée au nord et à l'est par l'Amour et rOusouri qui la [séparent du territoire russe, à Touest par la province d'Irkoutsk, la Mongolie et le Tchi-h; au sud par le golfe de Léaotong, la mer Jaune et la Corée. Elle renferme une population presque exclusivement nomade, que Ton peut évaluer approximativement à deux cent mille habitants. Ses principales rivières déjà citées plus haut (page 15) sont : Y Amour ^ qui forme sa frontière septentrionafe; — hSoungari^ dont l'immense bassin semi-circulaire occupe une grande partie de son territoire; — YArgoun et YOusotiri^ tributaires de l'Amour comme la Soungari; — le Léao-hOy qui arrose la province du Léao-tong et se jette dans le golfe du même nQm« Nous avons cité ses trois plus grands lacs : le HourouUy le Pir et le Hin-kaï (voir page 19), et nous Connaissons également les noms de ses montagnes : les Si-^hi'tih à l'est ; les Kolmin-chan-guin , en chinois Tchang-pe-chan (longues montagnes blanches), au sud; ies Soyortsi et les Hin-gan intérieurs ou Sialkoï à l'ouest. Ces grandes chaînes, parfaitement inconnues des Euro- ^^ns ou même des Chinois^ étendent leurs ramifications à. travers la Mandchourie. L'une d'elles prolonge vers l'est les monts Sialkoï et limite, au sud, le bassin du fleuve Amour. Une autre, qui porte le nom de Petites Mputagnes Blanches, relie les Soyortsi aux Tchang-pé'*
MAMieaoïnuE.
Limitet.
RiYièrcs.
Montagnes.
1, Elles ont éié successivement consacrées par les conventions de iWl et de 1860*
chan» Elle renferme un pic de quinze cents pieds de haut, le mont Picha^ situé près de Kirin-otoun. ciiaiat, cuitarc, Ce vaste système de montagnes et de vallées offre un ^^ ^' ensemble de terrains généralement arides et déserts, soit que les bras fassent défaut à la culture, soit plutôt en raison de la nature du sol et du climat. II fait froid en Mandchourie comme à Moscou; il n'est pas rare, au dire de nos missionnaires, que le thermomètre y des-^ cende à trente degrés au-dessous de zéro. La neige y séjourne pendant six mois de Tannée. Les districts méridionaux du Chin-king et du Ki-rin produisent du froment, de l'orge, du millet, du sarrasin et quelques légumineuses. Us nourrissent beaucoup de chevaux et de bêtes à cornes. Les grandes forêts du nord, à peine entam^ées jusqu'à ce jour par la hache du bûcheron, sont riches en bois de charpente de toutes sortes. Elles sont peuplées de bêtes fauves*, de grands oiseaux de proie et de nombreux rongeurs dont les précieuses fourrures constituent la principale richesse du pays. On trouve dans les lacs et dans les rivières beaucoup d'excellents poissons : de la carpe, de l'esturgeon, du saumon, du souchet. Le gouvernement se réserve le monopole de la pêche des perles qui abondent près des côtes ; il y emploie ses soldats qu'il charge également de recueillir, pour son propre compte, deux plantes dont la pharmacie chinoise fait un grand usage, la rhubarbe et le fameux ginseng. La vigne est cultivée en Mandchourie ; elle produit du raisin en abondance si on a le soin de la garantir contre les froids de l'hiver; le breuvage qu'on en obtient par la fermentation est plat et très-pauvre en alcool. Le mûrier ne pousse point sur ce sol glacé; mais les habitants connaissent de temps immémorial le ver à soie du chêne. Us filent ses cocons et on dit même qu'ils
1* On y rencontre le tigre, la panthère. Tours, le loup, le cerf, le daim, raigle, le faucon, le condor.
lia
le mangent. Le Mandchoux est, en général, grand chasseur, gourmand et indolent par caractère; moins industrieux, moins aclif, moins rusé que le Chinois, il ^ l'intelligence plus vaste et les instincts plus nobles. Depuis l'inauguration de la dynastie des Tsing, plusieurs Mandchoux se sont illustrés par leur dévouement au trône, leur capacité administrative, leur sens vraiment politique et leur grand caractère.
La Mandchourie renferme trois provinces : le Chinking^ le Kirin et le Tsitsikar, sur lesquelles nous donneroûs successivement quelques informations géographiques.
Le Chin-king, qui comprend Tancienne province appelée Léaotong, s'étend entre le Tchi-li et la Mongolie i l'ouest, le golfe de Léaotong et la mer Jaune au sud, la Corée à Test. Une barrière de pieux dont les 12 postes sont gardes par des soldats, forme sa limite occidentale. La rivière Ya-lu le sépare de la Corée. Il renferme deux départements dont les capitales sont Moukden et Kifi'tcheou.
Villes principales : Moukden (ville florissante), en :!^hinois Foun^tien-fou, située sur une des branches du Léao, par la 41^ latitude nord, à environ 200 lieues aord-est de Péking, capitale de la province et de toute a Mandchourie. La ville est construite sur le même rfan que Péking. Son enceinte, qui mesure environ 16 kilomètres, renferme une cité intérieure où se trouve a résidence impériale. Ancienne capitale du royaume nandchou, Moukden est restée la ville favorite des empereurs Tsing qui l'ont embellie, à diverses reprises, par les travaux considérables. L'empereur Kien-Long a i^élébré sa magnificence dans une ode célèbre qu'il a Tait imprimer sous les soixante-six formes différentes ^ue présente l'écriture chinoise.
Hin-^king^ 24 lieues est de Moukden, près de la bar-
Division administraUf».
CbiB-kiof.
SesTiUet principales.
il4 L'EMPIRE DU MILIEU
rière de pieux qui sépare le Chin-king du Kirin; gar* nison nombreuse dont le chef commande les 12 postes fortifiés de la barrière ; climat très-salubre ; population considérable. Hin-king est l'ancienne résidence de la famille mandchoue qui règne actuellement sur la Chine. Les sépultures impériales occupent les Uancs de la montagne Tzioun, située un peu au nord de la ville.
Kin-tchéou^ 40 lieues sud-ouest de Moukden, préfecture; port très-fréquenté, bien qu'il soit peu profond et peu sûr, commerce considérable de bestiaux, de légumes et de droguerie. La ville est solidement construite en pierres. Le département dont Kin-tcheou est la capitale, occupe une partie du territoire compris entre le golfe de Léaotong et la barrière de pieux. Il est assez bien cultivé, principalement sur les bords du golfe, par des Chinois du Chan-toung. Le gouvernement a fait, depuis un siècle, de fréquentes tentatives pour encourager rétablissement des colonies chinoises dans les rudes et infertiles provinces qui furent son berceau,
NiéoU'tchouang, au nord-ouest du golfe de Léactong, un des ports récemment ouverts par les traités; trafic important de légumes secs et de pelleteries.
Les autres villes du Chin-king ne sont que des bourgades fortifiées où le gouvernement entretient des garnisons de soldats mandchoux. La plus considérable est Foung-houang, à 30 lieues sud-est de Moukden, près de l'embouchure du Ya-lou-kiang, et non loin des frontières de Corée. Plusieurs foires où les deux peuples échangent leurs produits, ont lieu annuellement, sous la stricte surveillance de la police, à Foung-houang et à Ki'OU'Ouariy petite ville coréenne située sur la frontière. Les Chinois vendent des chevaux, des mulets, des ânes, du cuivre, des cornes de cerf, du cuir, des chiens, des chats, des pipes aux Coréens, qui leur fournissent du riz^ du blé, des bêtes à cornes, des cochonSy
UÉOGUAlMilE lis
de» petleterieSy du papier, des nattes, des paniers et des ustensiles de cuisine. Les opi^ations commerciales sont limitées à de certaines heures. Tous les soirs les négociants des deux pays se retirent en deçà de leurs frontières respectives.
L'immense province de 'Kirin, qui prolongeait ses Kirin.
limites, avant le traité de 1837, jusqu'aux monts Yablo- DOÏ et au jgolfe de Tartarie^ est comprise aujourd'hui entre le Sagalien au nord, le Tsi-tsi-kar, la Mongolie, le Gbin-king à l'ouest, la Corée au sud, la rivière Ou- son coaTernement sow[*i à Test. Elle se divise en trois ting ou départements militaires dont les capitales sont : Kirin^ Petuné^ Tchang • tchoun^ et renferme de nombreuics peuplades à demi sauvages que les géographes chinois , dont elles sont d'ailleurs complètement inconnues, appellent du nom générique de You-pi-ta-tsi (Tartares à la peau de poisson). Indépendantes les unes des autres, parlant des langues sestnbas. distinctes, évitant tout contact avec les Chinois dont elles abhorrent la civilisation, ces peuplades vivent uniquement des produits de leurs pèches et de leurs chasses. Elles sont répandues dans les vallées de TOusouri, de la Soungari et de l'Amour, ainsi que dans les régions cédées par la Chine à la Russie. On assure qu'en hiver elles habitent des huttes souterraines hermétiquement closes oii elles vivent, plus de six mois, des provisions qu'elles ont amassées pendant la saison chaude. 11 est douteux qu'elles payent aucun tribut au gouvernement impérial.
• Kirin j sur la Soungari, chef-lieu des trois départe- ses^uies ments militaires et métropole de toute la province, peu principales. peuplée et misérablement bâtie. Le département de Kirin renferme 8 arrondissements militaires et entre autres celui de Ningouta dont la capitale, située sur la rivière Hourkha^ à 50 lieues est de Kirin, est la plus grande ville de la province. C'est à Ningouta que rési«
dait, avant 1857, le fonctionnaire chargé de Tadminis* tration de toute la vallée du fleuve Ousouri. Le général commandant à Sansing (100 lieues nord-est de Kirin), exerçait sa surveillance sur les villes chinoises de TAmour jusqu'à la mer et sur la grande île de Tarakdt, qui appartient maintenant à la Russie.
Petune\ préfecture militaire sur la Soungari, 40 lieues nord-ouest de Kirin ; garnison nombreuse. Lieu de déportation pour les criminels du sud de Tempire, centre d*un commerce assez important pendant la belle saison.
Tchang-tchoun, capitale du troisième département, est une petite ville située au sud de Petuné et à Touest de Kirin, non loin de la barrière de pieux. Tsi-tsi-Ur. Réduit également à des limites beaucoup plus
étroites par les traités de 1857 et de 1860, le Tsitsikar^ qui s^étendait jusqu'aux Yablonoï-krebet, est bordé maintenant, au nord et au nord-est par l'Amour et les possessions russes, à l'ouest par TArgoun, au sud par la Mongolie, au sud-est par la province du Kirin. Hérissée dans toutes les directions par les hautes chaînes des Sialkoï (Hingan intérieur), soumis aux alternatives d'un climat brûlant ou glacé, le sol de cette province est en grande partie stérile et désert. Les plaines méridionales qui prolongent les flancs des Sialkoï sont assez bien cultivées et contrastent brusquement avec les solitudes arides hantées par les tribus nomades des Tartares Mongols. La rivière Nonni, une des branches de ja Soungari, traverse la province du nord au sud et baigne une vallée fertile habitée par les Mandchoux Tagouri, auxquels est venue se jondre, en 1687, une tribu de Sibériens Yacoutes. Le Tsi-tsi-kar est divisé en six préfectures militaires que les jésuites visitèrent et décrivirent au temps de l'empereur Kang-hi, mais où aucun voyageur européen n'a pénétré depuis cette époque. Leurs capitales sont Tsi-tsi-kar, métropole de la pro-
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vince, située sur la rivière Nouni, par le 47® degré de latitude el le 121® de longitude; fondée, en 1692, par l'empereur Kang-hi, qui la destinait à tenir en respect les tribus voisines; elle est devenue le centre d'un commerce assez important; — Hou-lan^ au sudest de la province, baignée par la rivière du même nom qui se jette dans la Soungari; — Poutek eiMergouen, sur le Nonni, au nord du Tsi-tsi-kar; — Hoiiroun-pir^ sur un aflluent du Kerlon, séparé des précédentes par les Sialkoï; — Sagalien ou Heloung-kiang^ sur la rive méridionale de l'Amour, poste militaire important et lieu de déportation pour les criminels.
Le gouvernement des trois provinces, confié exclusi- GoaTemement vement à des Mandchoux, a pour chef un dignitaire de»*M»nd«bourU civil qui réside à Moukden et sous la direction duquel fonctionnent cinq ministères dont les attributions répondent exactement à celles des grands départements de l'empire. Ce dignitaire a sous ses ordres trois généraux qui administrent les trois provinces. Exercé dans le Chin-king par des autorités civiles et militaires, le pouvoir est purement militaire dans le Kirin et le Tsi-tsi-kar. Les postes les plus importants sont remplis en général par des membres de la famille régnante. Outre les trois grandes divisions administratives dont nous venons de parler, la Mandchourie renferme huit clans qui se distinguent entre eux par les couleurs de leur bannières. Tout Mandchou âgé de dix-huit ans est enrôlé de droit sous la bannière à laquelle il appartient par sa naissance.
La statistique officielle de l'empire donne à la Mon- mongoue. golie une longueur de 640 lieues d*orient en occident, sur une largeurde 400, une superficie de 2,200,000 kilomètres carrés et environ 2,000,000 d'habitants. Ses frontières s'étendent entre les 35° et 42° latitude nord, les
Limites configurations.
Productions.
Montagnes.
Rivières.
80® et 121<* longitude est, et sont bornées par h Sibârie au nord et au nord-est,la Mandehourie à l'est et au sudest, la Chinepropre au sud et au sud-ouest, Tlli à l'ouest. Elle comprend un immense plateau très-élevé dont le Gobi occupe la partie centrale (voir page H), et dont le sol nu, desséché, tour à tour glacé ou brûfaBt, est presque partout rebelle à la culture. Les plaines mongoles qui avoisinent le Tchili-li sont particulièrement arides et improductives; celles que bordent, au nord, le grand désert de la Sibérie , que traversent des cours** d'eau ou qui occupent des collines, produisent le millet, Torge, le froment et pourraient devenir relativement fécondes si les tribus qui errent par ces vastes régions, dans les limites que leur a tracées le gouvernement chinois, ne tiraient vanité de leurs mœurs nomades et de leur dédain pour les soucis de l'agriculture. C'est particulièrement vers le nord, où le terrain est plus accidenté, la température moins sèche et moins extrême, que ces tribus résident, ne demandant à la terre qii'une nourriture chétive et promenant de pâturages en pâturages leurs immenses troupeaux. Hantées par des bêtes féroces de toute espèce et de grands oiseaux de proie, les solitudes effrayantes du Gobi, où il ne pleut presque jamais, où le froid est constamment très-vif pendant la nuit et la chaleur intolérable pendant le jour, sont quelquefois parcourues par des animaux carnassiei's, mais ne nourrissent aucun animal domestique.
Les Altaï qui projettent vers l'est, jusqu'aux rives de l'Amour et jusqu'au Yablonoï, plusieurs grandes chaînes auxquelles les géographes chinois donnent le nom de Tançi-nou^ de Kou-Lmi-flahan, de Khang-hai et de Kinteh^ les Aln-chan et les Inchan, qui prolongent au sudouest, à travers le grand désert, les Hincjans intérieurs, sont les principales montagnes de la Mongolie.
LUe est baignée par un grand nombre de rivières,
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dont les principales sont : au nord, le Selenga, VOrkon, le Tola qui sortent des Kou-koudaban^ se dirigent vers le nord-est et déversent leurs eaux, par une commune embouchure, dans le grand lac Bdi-kal ; VOnon et le Kerloriy qui descendent des monts Kin-teh et constituent les deux principales branches du fleuve Amour (voir page 16); Vlrtisch^ dont la source est située dans la province orientale de Cobdo ; — à Test, la rivière Non-ni et un de ses affluents, le Toro ; — au sud, le Siro-movr ren^ qui se jette dans la rivière Léao.
Les principaux lacs mongols se trouvent dans le Koko-nor et le Cobdo. Ce sont, dans la première de ces provinces, le Ko-ko-nor ou mer d'Azur, qui lui donne son nom, VOling et le Dzaring^ près des sources du fleuve Jaune (voir page 20) ; — dans la seconde, le Kousso-gol et ÏOupsa-nor à Test ; le Djai-zang et le Kizilbasch h l'ouest, Vlki-aral au sud.
Les cartes chinoises indiquent pour la Mongolie trois divisions principales, à savoir : 1® la Mongolie intérieure^ au sud-est; "i^ la Mongolie extérieure^ au nord; 3® les pays de Cobdo et d'Ouliang-haï, au nord-ouest.
La Mongolie intérieure (Noui-moung-kou) confine, vers le nord et Test, à ia Mongolie extérieure et à la Mandchourie, vers le sud et l'ouest, à la Chine propre. La barrière de pieux la sépare en partie du Chin-king et la grande muraille du Chen-si et du Kan-sou. Elle comprend 24 tribus subdivisées en 49 bannières ou Koutchoun. Chacune de ces bannières renferme environ 2,000 familles et est placée sous le commandement de princes héréditaires appelés Djassaks. Les plus considérables des 49 tribus sont : les Eleuth au sud-ouest, — les Ortous entre la grande muraille et le fleuve Jaune, — les Toumets dont les territoires s'étendent dans la partie septentrionale du Chen-si et que surveille un général résidant à Soui-youen^ sur la rive orientale du
Lacs.
Divisions géographiques.
Mongolie
intérieure.
Ses principales tribus:
Mongolie extérieure.
Ses quatre kbanats.
•on administration.
Hoang-ho ; — les Kortchin répandus entre les monts Soyorti et les frontières de Mandchou rie ; — les Tsakars^ race essentiellement belliqueuse, dont les pâturages occupent le nord du Pé-tchili et que le gouvernement chinois a placés sous le contrôle du mandarin militaire qui commande à Kalgan, un des postes fortifiés de la grande muraille. Les souverains de la dynastie mandchoue ont toujours tenu en. grande faveur ces peuplades guerrières qui les ont aidés de leur assistance à l'époque de la conquête. La plupart des princes qui les gouvernent ont contracté des alliances avec la famille impériale. Des relations fréquentes unissent la Mongolie intérieure aux 18 provinces, et, depuis deux siècles, la civilisation chinoise a jeté de profondes racines dans ce sol demeuré si longtemps sauvage.
La Mongolie extérieure [Oudi-moiing-kou), bornée au nord par la Sibérie, à Test par la Mandchourie, au sud-est et au sud par la Mongolie intérieure, au sudouest par la province de Kan-sou, à Touest par Tlli, comprend quatre grandes divisions territoriales appelées Lou^ dont l'administration intérieure est confiée à quatre princes ou khans qui prétendent descendre, en hgne directe, du fameux Gengis. Le khanat de Tsitsen occupe la partie orientale de la Mongolie extérieure; celui de Dzassactou est situé à Touest, près des frontières du Cobdo et du Kan-sou; ceux des Kalkas-Sainoin et de Tou-tché-tou occupent le centre, le premier confinant au Dzassactou et le second au Tsitsen.
Cette vaste région, dont la partie méridionale est déserte et à laquelle les géographes donnent ordinairement le nom de pays des Kalkas, est placée sous la direction politique de deux mandarins mandchoux résidant dans le Tou-tché-tou à Otirga ou Kouroun. Indépendants quant à l'administration intérieure de leurs pnncipautés respectives, les quatre khans relèvent de
GÉOGRAPHIE ill
ces deuK fonctionnaires pour tout ce qui concerne leurs rapports mutuels, leurs relations avec les pays voisins, le payement des taxes à l'empereur, Tappel de leurs décisions judiciaires. A vrai dire, l'autorité des khans est à peu près nominale et le pouvoir réside principalement entre les mains des prêtres boudhistes dont la hiérarchie puissante est dirigée par un conseil suprême, le KoutouctoUy qui fonctionne, en permanence, à Ourga. Cette ville, située sur la rivière Tola^ un des affluents du Selenga^ est la capitale de toute la Mongolie extérieure. Elle renferme, dit-on, 7,000 habitants dont 5,000 prêtres. Les khans sont tenus d'y fixer leur séjour ou d'y entretenir des otages, afin que la surveillance desdeux commissaires mandchoux et du koutouctou puisse les tenir constamment en bride. Un tribunal supérieur dont les décisions sont définitives pour toutes les matières civiles et criminelles, mais doivent recevoir la sanction des commissaires, réside également à Ourga, administre une justice prompte et impitoyable, les lois criminelles qui régissent les Mongols étant d'une horrible sévérité. Les khans payent un impôt annuel consistant en chevaux, chameaux, moutons, surtout en fourrures, et reçoivent en retour, de la muni- Fîcence impériale, dés présents souvent magnifiques, destinés à maintenir leur fidélité équivoque en flattant leur amour-propre et leurs passions rivales. On sait que Les mœurs des Kalkas sont simples et nomades comme :^lles des peuples pasteurs. Ils n'ont aucune industrie. La Chine leur fournit les armes, les instruments de labourage, tous les ustensiles dont ils font usage. Ils ne :5ultivent leur sol aride que pour ne pas mourir de faim. Leurs tentes consistent en une carcasse d'osier que recouvre de grossiers tapis de feutre. Elles sont étroites et malpropres. Les quatre khanats sont subdivisés en 80 bannières ou tribus qui errent, avec leurs trou-
t Mal-matchin.
peaux, dans les limites assignées à chacune d'elles. Kîachta Avant les conventions qui ont modifié les frontièpes
de la Russie et de la Chine, c'était principalement à Kiachta en Sibérie, et à Maï-ma-tchin^ dans le khanat de Tou-tché-tou, que les négociants des deux pays se réunissaient, chaque année, à des époques fixes et sous les contrôles de leurs autorités respectives. Ces deux marchés^ ont sensiblement perdu de leur importance. On calcule que le chiffre total des échange» dépasse encore 30,000,000 de francs par an. Les six commissaire» russes et maudchonx qui les surveillent déterminent, à l'avance, le prix de chaque denrée, laquelle est soumise à des droits de douane très-considérables. La Russie four* nit aux Chinois des étoffes de drap, de Telburs et de toile, du cuir, des pelleteries et des fourrures de toute espèce^ des armes à feu, de la coutellerie, des miroirs, et quelques articles de fantaisie. La Chine fournit acix Russes des laques, des cotonnades, des soieries, et principalement du thé ^.
Kiachta et Maï-ma-tchin sont deux misérables bourgades aux rues étroites et boueuses, bordées de maisons du plus misérable aspect. Petites, basses, et construites en bois comme des cabanes, ces maisons ne renferment jamais que deux chambres et n'ont d'autre ouverture que la porte d'entrée. L'intérieur de la chambre à coucher qui donne invariablement sur la cour et qui est faiblement éclairée par d'étroites fenêtres garnies de papier huilé ou de minces lames de mica, ne manque pourtant ni de propreté ni même d'élégance. Les marchands que
i. Une grande partie du tbë expédia à Kiachta a snbi préalablement une préparation très en usage chez les Tartares. Elle consiste à faire bouillir le thé dans du lait et à en composer une sorte de pâte que Toq p»Urit en boules. Ces boules durcissent et se conservent indéfiniment. En les délayant, par parcelles, dans de l'eau bouillante, on obtient on breuvage qui a le goût de notre thé à la crème, mais plus de force et de saveur.
les foires attirent en nombre considérable, mènent en général joyeuse vie. Mai-rna-tchin est administrée par TOI fonctionnaire mandchoux, le Dzargoutchi^ spécialement chargé de la police des marchés. On remarque dans les environs deux temples dh Boudha qui renferment cinq statues de formes colossales.
Bornés à Test et au nord par la Sibérie, au sud par te khanat de Dzassactou et le Kan-sou, à l'ouest par le Tarbagataï, les pays de Cobdo et d*Oulianghàî sont encore moins connus que les deux autres divisions de la Blongolie extérieure. On sait toutefois que les tribus Oulianghaî, qui occupent le pays situé au nord-est du dobda, entre les monts Altaï et Tang-nou, sont admîmstrées par 24 résidents militaires ; que les 1 4 tribus dte Cobdû sont subdivisées en 31 bannières dont les cheft obéissent â un prince qui porte le nom d'Amban; que ce dernier, aussi bien que les résidents militaires d'OulianghaT, sont soumis à l'autorité d'un commissaire impérial résidant à Ouliasoutaï; qu'enfin le gourernement chinois observe, dans ces deux pays, les règles àa :»égfme administratif et judiciaire qu'il a fondé dans la lHongolîe extérieure. Ouliasoutaï (bosquet de peupliers), cjapttale politique du Cobdo et des tribus Oulianghaï, est située en dehors de leurs frontières. Elle se trouve dfflfs te- khanat des Kalkas-Sîwom, sur la rivière qui porte son nom et qui le fait communiquer avec Tlkisnr»), nn des grands lacs du Cobdo. La statistique chiimse* Ittt donne 2,000 maisons. Elle est régulièrement l>ftlfie'd»ns une vallée agréable et fertile, et fait quelque commerce avec Ourga. Cobih^ un peu à l'ouest de l'ik?- ^ral, mr un des tributaires de ce lac, est le séjour de Varnban^.
GmMo et OsHtm^bal
Leurs villes principales.
Enli»e le Kan-sou et le Sc-tchouen, au nord et à l'est, Vm i l'eaest, te Tbibet au sud, la 87« et 100^ kmgitiicBe
Tsnwh-Hitf.
Limites de cette région.
Ses noms différents.
Ses fleuves et ses lacs.
Ses principales tribus.
Ses cnltares.
124 L'EMPIKE DU MILIEU
est, la 32^ et 38^ latitude nord, s'étend une vaste contrée sauvage, aride et déserte, identique aux régions précédemment déci'ites, quant à la configuration de son territoire, la nature de son sol et de son climat, les mœurs de ses habitants, et que cependant les Chinois ne comprennent point parmi les régions mongoles. Leurs géographes l'appellent, sur leurs cartes, rsingf-Aaï ou Ko-ko-nor (mer d'azur), comme le plus grand des lacs qu'elle renferme ; mais ils la nomment en général, dans leurs ouvrages, Sy-youh ou Si-yih (contins occidentaux) . Elle est désignée, par les auteurs qui ont écrit rhistoire de l'Asie centrale, sous les noms de Tangout, Sifan, Tourfan, etc. Les grandes chaînes des Bayankara, des Pé-ling, des Youft-ling, qui séparent les deux bassins du fleuve Jaune et du Yang-tzé-kiang, la traversent du nord-ouest au sud-est (voir page 9). Le Hoang-ho et le Mourous-ousou, l'une des deux grandes branches du Yang-tze, y prennent leurs sources. Elle possède plusieurs lacs presque tous salés (voir page 20) qu'alimentent de nombreux cours d'eau. Le plus vaste de tous est le Ko-ko-nor ou Tsing-haï (mer d'azur) dont les rives basses et unies sont, dit-on, bien cultivées. Les cartes oflQcielles lui donnent une longueur de 76 lieues et une largeur de 24, mais aucun voyageur européen n'a encore pu vérifier par lui-même l'exactitude de ces vastes dimensions. De nombreuses peuplades dont les cantonnements sont très-arbitrairement désignés sur les cartes de l'empire, errent dans les soUtudes effrayantes du Koko-nor (voir p. 12). Les principales sont les Tourgouths^ les Hochoits et les Kalkas^ qui hantent principalement les environs de la mer d'Azur. Elles sont divisées en 29 bannières dont les chefs reconnaissent la juridiction d'un général mandchou qui réside à Si-ning, dansleKansou (voir page 81). Le sol du Tsing-haï n'est pas complètement stérile. Plusieurs de ses rivières et de ses lacs
ont des rives fertiles où l'on cultive des céréales. Ses maigres pâturages nourrissent des chameaux, des chevaux, des moutons, des buffles, des yaks. Quelques habitants de la Chine propre et du Turkestan chinois sont venus s'éftiblir dans ses villes principales, où ils ont fondé des colonies industrielles et agricoles. Si-ning' fou, la capitale politique du Ko-ko-nor, est aussi le centre de ses relations commerciales avec les 18 provinces. Ses habitants échangent, contre les produits chinois, des pierres précieuses, des feutres grossiers, de la rhubarbe et des fourrures.
Presque aussi vastes que la Mongolie, les possessions coloniales qui portent, sur les cartes chinoises, le nom d*//t, renferment environ 360,000 lieues carrées. Limitées par les 36e et 49« latitudes nord, les 69® et 94« longitudes est, elles confinent au Kansou et au Ko-ko-nor du côté de Test, au Cobdo, à la Sibérie, au pays des Kirghis et au Kokand vers le nord et le nord-ouest, au Badakchan du côté de l'ouest, au Thibet vers le sud. Elles sont bornées, à Touestj par les monts Belour, au sud par la chaîne des JTow/fcottw (voir page 8), et traversées, de Touest à Test, par les montagnes célestes (Tien-chan) qui les divisent en deux parties : le Tienchan-pé'lou (districts situés au nord des monts célestes), et le Tien-chan-nan-lou (districts situés au sud des monts Célestes). L'Ili occupe à peu près le centre du plateau asiatique. La grande élévation de son sol, la nature de sa végétation, les mœurs de ses habitants qui sont presque tous d'origine mongole, la configuration des bassins de ses nombreuses rivières qui se déversent toutes dans de grands lacs d'eau saumâtre, lui donnent une physionomie très-semblable à celle du Cobdo et du Ko-ko-nor. I! est arrosé, au nord, par de petits cours d'eau qui ahmentent le lac Dzaï-zang, d'où sort • le
lU,
Limites etconfiguntion.
Rivières et laes.
grand fleuve Irtisli, et par Ylmily tributaire de ïAlok^ Doukoul, au centre et au sud par Vlli qui coule de Touest à l'est et se décharge dans le lac Balkach^ et fikr le fleuve Tarim dont le vaste bassin que baignent Jes rivières Khoten, Yarkandj Kachgar^ Oksou et Kaïdi^a^ occupe la plus grande partie du Tien-cban-nan-lou« Le Tarim se jette dans le Lop-nor^ un des lacs de la Chine propre, et communique avec le Bostang par le Kaï^du (voir page 19). Outre les lacs dont nous venons, de parler et dont les géographes chinois ne connaissent guère que le nom, l'Ili renferme le Timourtou ou /*««— koiil, situé au nord-est, près des frontières kirghises. Tien-cbaiHfe-ioa. Le Tien-chan-pe4ou, appelé aussi Soungari^ du nom
de la puissante tribu qui y dominait avant 1775 (Soungars ou Eleuths), s'étend entre le Cobdo et la Sibérie au nord, la Mongolie et le Kan-sou à l'est, les Kirghis k l'ouest, le Tien-channan-loH au sud ; il est subdivisé administrativement en trois commandements militaires: rili proprement dit au sud, le Kour-kara-ousou à l'est, et le Tarhagatdi au nord. Sa population, qui s'élève ii 2,000,000 d'hommes, est un mélange de Songars et de Tourgoulhs, de soldats mandchoux et mongols, de colons chinois et de criminels qu'on y exile de toutes les parties de l'empire. Son climat est froid et variable comme celui des contrées adjacentes. Il produit le fro« ment, l'orge, le riz, le millet, le tabac, le coton, plusieurs espèces de fruits et de légumes. On y trouve des mines de charbon et ses rivières sont très poisso^joeuses. Il renferme, outre la capitale de toute la région qui porte le nom d'//t, 9 villes fortifiées où le gouvernement chinois entretient des garnisons et des établissements pénitentiaires. Ses villes principales sont A'omWcAo» en chinois Houi-youen^ au centre de l'Ili proprement dit et sur la rivière qui lui donne son nom; fondée eu 1775 par l'empereur Kieu-loung, qui en fit la capitale
Administration.
Ses villes principales.
politique de tout Tlli après ses sanglantes victoires sur les Tartares Taouats; 50,000 habitants; hautes murailles de pierre; commerce considérable avec les cités du Bar-koul (voir page 81); — Tougoutchouk (en chinois Soui-Tching), capitale du Tarbagataï, située sur le versant méridional des montagnes de ce nom ; une des 9 villes fortifiées de la Soungarie; 600 maisons; garnison consid Table de troupes mandchoues et chinoises ; centre d'une région agricole; — Kour-kara-oussu (en chinois King-soui), capitale du gouvernement qui porte ce nom, située sur la rivière Kour et sur la route qui relie Oroumtsi à Kachgar (voir page 130), un des neuf postes fortifiés de IIU.
Le Tien-chan-nan-lou que Kien-loung avait appelé Tien chan-nan lou Sin-kiang (les nouvelles frontière«i) et que les géographes étrangers désignent par les noms différents de Petit Bokhara^ Turhestan chinois, Turkestan oriental^ pays des huit cités mahométanes, a pour bornes le Badakcban ii l'ouest, le Tbibet au sud, le Kansou à l'est et, au nord, les monts Célestes qui le séparent du Tiefichampé-lou. II renferme quatre commandements militaires, Harashar, Oushi, Yarkand et Khoten, centralisés entre les mains du gouverneur mandchou de Yarkand, lequel relève lui-même du gouverneur général résidant à Kouldcha dans la Soungarie. Ces quatre commande* ments comprennent les huit cités mahométanes et leus territoires oii réside une population nombreuse, plus sédentaire, par conséquent plus agricole et plus industrielle que les autres habitants de la Tartarie chinoise. Elle se compose exclusivement, si on en excepte les colons chinois et mandchoux, de tribus mahométanes, Kalmouks, Ousbecks, Eleuths, dont les mœurs sont féodales comme celles des Arabes du moyen âge.
Plus étendu, mais beaucoup plus aride que le sol de la Soungarie, le territoire du TiaU'Chanrnan lou,
GouYernement.
Culture et productions^
dont la solitude du Gobi occupe toute la partie méridionale, est infiniment moins productif. Les régions que baignent le Tarim et ses aflluents sont seules cultivées. Elles produisent tous les grains et presque tous les fruits de l'Europe méridionale, mais sont, au dire des voyageurs, entièrement dépourvues d'ombrages. Tous les animaux domestiques, excepté le cochon, y abondent. On y rencontre le chameau, dont les habitants mangent la chair et tissent le poil, le buffle, le cheval, l'âne, le mouton. Les flancs de ses montagnes ou les rives arides de ses lacs recèlent un peu d'or, de fer, de cuivre, et beaucoup de sel ammoniac, de salpêtre et de soufre. Un grand nombre d'animaux sauvages, des chacals, des tigres, des ours, des loups, des lynx, des cerfs et des daims hantent les grands sites déserts des montagnes septentrionales et les plaines du sud. Cités Les huit cités mahométanes sont^ en suivant Tordre
mahomètanes. adopté par la statistique officielle de l'empire, Harachar^ au nord-est du Nan-Iou (42^ ktitude nord, 85^ longitiTde est), grande ville fortifiée, sur la rive occidentale du lac Bostang, et sur la grande route de l'Asie centrale, chef-lieu d'un des quatre départements militaires, et capitale d'un district très - étendu dont les habitants, qui appartiennent aux tribus des Ochoits et des Tour^ beths^ sont plus adonnés à la chasse qu'à l'agriculture. Ce district possède deux villes importantes : Kourli^ sur le Kaï-dou, entre le lac Bostang et le Tarim, centre d'une région fertile, dont la population cultive particulièrement l'art de la musique, et Boukour (à l'ouest do Harachar) sur la route de l'Asie centrale, t qui pourrait » devenir une si riche et délicieuse résidence, dit un > géographe chinois, si ces fainéants et ces vagabonds » de Turcs ne consacraient tout leur temps au vol et au » pillage.» Boukour fut presque entièrement détruite en 1775, par les troupes de Kieu-long.
6ÉûttRAPHIE t 1Î9
Kautché (42% 37 latitude nord, 80% 30 longitude est) située au point de jonction des deux principales routes de TUi, celle qui traverse l'Asie centrale et celle qui conduit à Kouldcha par la passe Mouzdaban (voir page 8); enceinte d'une lieue de tour, défendue par des forts et une garnison. Sa position, qui la fait considérer comme la clef du Turkestan chinois, lui donne une assez grande importance militaire, politique et même commerciale. Ses environs, naturellement arides, ont été fécondés par des soins et une culture assidus. Le district dont Koutché est la capitale, renferme la petite ville de Chagar, que baigne la rivière Oueihan^ et qui est renommée pour la grande richesse de son territoire.
Oksou^ traversée, comme la précédente, par la grande route de l'Asie, 20,000 habitants, garnison de 3,000 soldats; nombreuses manufactures de soieries, de cotonnades, de cuirs, de faïence ; commerce d'échange auquel prennent part les tribus de la Sibérie, du Bokara et du Kokand; pays bien cultivé; mœurs douces et polies des habitants. Bat et Sairirn, toutes deux fortifiées et munies de garnison, sont situées entre Kou-tché et Oksou.
Oushi^ auquel Kien-loung avait donné le nom de Young-nang (cité de la paix éternelle), est situé sur la rivière Oksou,. par la 41%30 latitude et la 75% 20 longitude est, au nord-ouest de la précédente; 10,000 habitants; chef-lieu de l'un des quatre départements militaires et d'un district renfermant six places fortes, dont les commandants sont chargés de la surveillance des tribus kirghis, qui errent sur les frontières. Ces tribus rendent hommage à l'empereur, mais ne payent pas d'impôts. L'expédition envoyée par Kien-Iong a fait un désert des régions fertiles, dont Ou-chiest le centre.
Kachgar, sur la rivière du même nom, par la 39®,25 latitude nord, et la 73^ longitude est; garnison considérable casemée en dehors des murs; 80,000 habitants;
m L'EMPIUG DU MILIEU
célèbres manufactures de bijouterie et d'orfèvrerie, de tapisy d'étoffes d'or et d'argent, de soie et de coton ; riclies cultures ; la situation de Kacbgar sur les confins des régions caspiennes, à la jonction de quatre routes qui la relient au Kokand, à Cachmire, à la Chine propre et à la Soungari^ avait fait de cette grande ville le principal entrepôt du commerce de toute l'Asie cen* traie. Depuis la révolle de 1807 que Tao-kouang a noyée dans des flots de sang, elle a cédé à Yarkand son importance politique, et a beaucoup pei*du de sa prospé* rite industrielle ; sa population, dont les Chinois se plal* sent à reconnaître l'urbanité et le savoir-vivre, eet un mélange de musulmans, de Russes, de Thibétainft, d'Afghans et de Sikhs. Deux villes de quelque importance, Tachbalig et Yinkichar^ sont situées dans le district dont Kacohgar est la capitale.
Yarkand, baignée par la rivière qui lui donne ion nom^ au sud-est de Kacbgar, par la 38% 20 latitude i\ord, et la 74^ longitude est, capitale i)olitique du Timk* chan*nan«]ou, et la plus grande ville de toutTIli; en* ceinte murée de 5 kilomètres ; nombreux monuments publics, maisons en général bien bâties; la population excède 800,000 âmes, et la garnison renferme 7^000 soldats; beaucoup de négociants chinois sont établis à Yarkand qui, placé comme Kacbgar à la jonction de quatre grandes routes, est le centre d'un négoce très* actif; on dit ses environs bien cultivés, ses manufac» tures riches et nombreuses; les belles pierres de jade à» toutes couleurs que Ton recueille dans le lit du fleuve Yarkand, sont expédiées dans tout l'empire.
Khoten (en chinois 11-chi) sur la rivière du méixie nom, au sud*ouest de Yarkand (37® latitude nord, 7â^ longitude est), chef-lieu d'un des quatre déparlements miUtaires, et capitale d'un vaste district qui s'étend vers le désert sur les flancs septentrionaux des
del'Ili.
Koulkoun. La population de ce district est de 2,000,000 d'âmes, elle professe presque tout entière lu religion boudlû&te^ et se distingue des autres habitants du Nanlou, par ses mœurs sédentaires, ses habitudes industrielles. Le Khoten produit, de temps immémorial, beaueoup de coton^ et on croit généralement que cette plante lui doit son nom. Il renferme sisL villes fortifiées, dont les plus importantes sont : Karakach sur la route qui unit Yarkand à Ilchi, plus importante elle-même que la capitale du Klioten; Goummi sur la même route; Kirrea au sud-est d'Uchi, siur la rive méridionale du lac Yet" chilkouly entrepôt du commerce de llli avec le Thibet, dont elle n'est séparée que par les Kouikoun.
Le gouvernement de llli est confié à un général Gouvrrnemeni mandchou, résidant à Kouldcha, assisté de deux commissaires civils, et ayant sous ses ordres immédiats 34 commandants militaires ou Anibans, qui administrent ou surveillent les deux districts. Dans celui du nord, Tautorité est purement militaire. Les Pikos, chefs de tribu ou de clan, sont placés sous le contrôle immédiat des résidents. Us professent presque tous la même religion que les Mandchoux, et, comme la loi du conquérant assujettit les dignités héréditaires dont ils 90»t revêtus à l'investiture impériale, leur soumission au gouvernement chinois est assurée. Dans celui du sud, au contraire, dont les mœurs, comme nous l'avons vu plus haut, sont généralement féodales, les Begs ou chefs de dans sont électifs; ils jouissent de pouvoirs tràs* indépendants et les anibans ne font guère qu'en 'surveiller l'exercice. L'humeur des grands begs qui disposent de forces considérables, et qui commandant à des homâes dont le langage diffère entièrement de l'idiome mandchou ou chinois, étant agi'essive et turbulente, la tranquillité publique est souvent en péril. Les habitants de l'IË abandonnent au gouveriieaieat chinois k
13i LCMPII'J: DU Mi LIEU
dixième de leurs récoltes, et payent, en outre, une capi-> tation mensuelle; mais l'impôt^ irrégulièrement perçu, est loin de suffire aux frais de l'administration, en sorte que les fonctionnaires impériaux, obligés d'ailleurs à des dépenses personnelles qui dépassent leurs traitements, commettent, suivant la coutume orientale, de fréquentes et déplorables exactions. On estime approximativement à 60,000 le nombre de soldats chinois ou mandcboux dont peut disposer le gouverneur général. De telles forces, disséminées dans les nombreuses garnisons que renferme l'Ili, seraient évidemment incapables de maintenir la soumission des deux districts, si la politique du cabinet de Péking n'y suppléait par les savantes intrigues qui entretiennent les rivalités des chefs de tribus, et surtout par rétablisse^ ment de colonies agricoles ou industrielles, destinées^ comme dans le Baikoul ^voir page 82), à modifier, par Theureuse contagion de l'exemple, les mœurs des nomades habitants de ces régions, à les adoucir progressivement par le contact journalier d'une civilisation plus polie, à les fixer étroitement, par toutes les nécessités d'une existence plus douce et plus heureuse, au sol dont elle a fait, il y a 150 ans, l'habile conquête, lonqnéte de riu. ^® ^"^ ®^ 1680, SOUS le ^^ empereur de leur dynastie, que les Mandcboux commencèrent à établir leur domination au nord des monts Tien-Chan. Le khan ou galdan qui gouvernait les puissantes tribus des Eleuths et des Songars avait entrepris la conquête du pays des Kalkas. Trop faibles pour résister, ceux-ci reconnurent la souveraineté de l'empereur Kang-lii et invoquèrent son secours. La politique du cabinet de Péking fit naître à propos des prétextes de jalousie entre les Songars et les Eleuths qui se séparèrent. Les Songars se retirèrent vers le sud ; une armée mandchoue repoussa les Eleuths au delà du Barkoul ^ le galdan mourut empoisonné. Son ambition servit à merveille les desseins
OËOGHAPHIË laS
de la nouvelle dynastie, qui se trouva maîtresse, presque sans coup férir, d'une partie de la Mongolie actuelle, Kanghi fut moins heureux contre le khan des Songars, Arabdan^ qui s'empara de Tlli septentrional, expulsa les Tourgouths du Cobdo, soumit les régions qui forment aujourd'hui le Tien-chan-nan-lou et jeta ainsi, au milieu de l'Asie centrale, les fondements d'un grand empire sur les débris des États du galdan. Mais l'empereur Kien-loung, fils de Kang-hi, prit une sanglante revanchesur les succeseurs du grand khan de la Sohgari. Il parvint à fomenter des divisions entre Amoursana et Taouats qui avaient usurpé le trône d'Arabdan après sa mort, sut amener Amoursana à implorer son assistance, puis, comme ce dernier ayant vaincu son rival refusait de reconnaître la suzeraineté de l'empire, il envoya contre lui une nombreuse armée, le battit et s'empara finalement, vers 1730, de tout son territoire, après une lutte d'extermination qui détruisit presque entièrement les deux grandes tribus des Songars et des Eleuths. Ces vastes régions une fois conquises et dépeuplées, il fallut leur donner des habitants; c'est ce que fit Kien-loung en y appelant la tribu des Tourgouths qui, chassée du Cobdo par Arabdan, s'était enfuie jusqu'aux rives du Volga, et en inaugurant, dans les deux districts, Thabile système décolonisation que la Chine a suivi, jusqu'à nos jours, avec persévérance et succès. Depuis la soumission définitive de l'Ili, la paix y a été troublée par les turbulentes rivalités des begs, mais le gouvernement impérial n'a eu qu'une seule insurrection sérieuse à y combattre. Le prince Jehangir, petit-fils du kojeh de Kachgar, en fut le chef. Soutenu par l'alliance de son grand-père et l'assistance du Kokand, il parvint à se rendre maître, en 1833, de la plus grande partie du Tien-chan-nanlou. A force d'audace et d'intrigue, le gouverneur général Tchang-ling se rendit maitre de la sédition.
Jehangir, trahi et livré par le nouveau khan de Kach* gar, fut conduit à Péking, où il expira dans d'affreui supplices. Sa mémoire est restée chère à toutes les po« pulations mahométanes de Tlli, qui le regardent encore comme le martyr de l'indépendance nationale.