DE CULTURE
Cette méthode est d'autant plus commune que cultures chinoises ont ordinairement moins d'étendu Les populations des campagnes étant très-nombreuses, main-d'œuvre abondante et à bon marché, le laboure industrieux, laborieux et sobre, les limites des héritag très-restreintes, le sol est l'objet de soins incessants minutieux. II n'est pas rare qu'on le passe à la claie au crible, qu'on l'émiette avec les doigts, qu'on le foui qu'on le triture, qu'on l'aplanisse sous la lente pressic^^ des pieds ; aussi n'est-il pas soumis à la méthode d^^ assolements et produit-il, sans repos, dans les provinco^ du sud et du centre, jusqu'à 3 récoltes par an : deux de viz pendant l'été, une de blé et de légumes au commencement du printemps. Rarement on sème surplace. Il est d'usage de disposer en lignes les végétaux que l'on transplante et de laisser, entre ces lignes parallèles, des espaces assez grands pour qu'ils puissent être utilement occupés par des cultures différentes ou réservés pour recevoir, un peu plus tard, les végétaux de même es-
Morcellement dasol.
DE L'AGlIGULarURE ST aU COMMERCE #7
.^è00 ^ doivent founûr la seconde i4oolte. Quand les
ràrëales sont mûres on les ooupe à la faucUlet i'usiage
de la fauK étant ineonnu dans l'empire, Gbaque'YÎUage Aires conummei.
possède une ou plusieurs aires où les cultivateurB i^eï^
nent battre successivement leurs moissons. Ce sont des
espaces, plus ou moins étendus dont les surfa^oes, parfais
taoïent unies, sont recouvertes d'un mortier de sable et
de chaux imperméable et tràs^dur. On emploie la paille usages de la paiiie
1 \, et da chaume.
et le chaume pour tresser 4e6 nattas et divers tistenjs^iles de ménage, pour couvrir ies cabands oul^sl^aQgars, pour la nourriture des buffles, pour la c(mfeetion des engrais.
On voit dans les provinces septentrionales oii la terre est moins féconde et moins habitée, des liâmes de qudque étendue; ma^^ les grandes propriétés, d'ailleurs fort rares, sont presque toujours divisées eii ^petites locatures et la plusgrande partie du sol fertile de l'empire e$t morcelé^ à l'infini, aitre un nombre immense de propriétaii«s qui cultivent eux-mêmes. Nous savons (page 297) que, d'après la législation chinoise, Latotalité de l'héritage paternel est transmis nominalement au fils aîaé, mais qu'en réalité des arrangemeoits de &miUe, eonsacmis par l'usage, le divisent par portions égales -enftre les frères. U doit en résulter, dans un pays où la population s'accroît rapidement, que les biens rurauK sur lesquels résident les membres d'une marne famille, «eomprennoit une multitude de p^ites propriétés. <La valeur des terrains augmente et la culture se perfectionne à mesure que le nombre des habitants s'aecrolt. >L'heetare de bonne terre à riz se vend en moyenne, dans les provinces centrales, de â à 3,000 francs. U est beaucoup plus <ïher dans le voisinage des grandes villes. Au reste, la maind'iceuvre est k bon compte, le salaire du journalier œn nourri ne dépassant guère 80 centimes* En général, les fermiers sont des celons tpartiaires* Ils ioumiflBeBtt îl'eu-
Condition des feimierSi
tillage agricole ainsi que les bestiaux et abaDdoDnent,suivant les stipulations du bail, une certaine part des fruits à leurs propriétaires^ lesquels se chargent d'acquitter l'impôt.
CULTURES AUHSNTAIRSS.
CoUnre da riz.
Les principales cultures alimentaires sont celles du riz, du blé, du maïs, du millet, du blé noir, de l'igname, de la canne à sucre^ du thé. On cultive le mûrier, le coton, le sorgho, diverses espèces de chanvre, le pois jaune (Houang-tao), le tabac, le bambou, le pavot, l'indigo, l'arbre à cire, le gingembre, la rhubarbe, le sésame, le ricin, le camphrier et diverses espèces d'arbres à épices, pour les besoins de l'industrie et les usages de la médecine.
Deux sortes de riz croissent sur le sol de l'empire. L'une, dont le grain nourrit la plus grande partie des populations de la Chine proprement dite, germe et pousse dans l'eau ; l'autre, presque inconnue des Européens, convient, à ce qu'il paraît, aux sols arides et montueux. Avant de semer la précieuse céréale que l'on cultive dans les rizières, on laisse séjourner quelques jours la graine dans une auge remplie d'eau. Lorsqu'elle s'est un peu ramollie et gonflée sous l'action de l'humidité, on l'imbibe d'engrais liquide pour la préserver des insectes, puis on la sème très-drue sur un petit champ dont on a façonné, nivelé, fumé la superficie avec le plus grand soin et que l'on inonde ensuite. Quelques jours après, les jeunes pousses se montrent à la surface de l'eau. Il s'agît alors de les arracher avec précaution et !de les repiquer dans le terrain où le riz doit achever de croître et de mûrir. Cette transplantation s'eflfectue par plusieurs hommes, dont chacun a sa tache spéciale, avec une méthode très-remarquable et beaucoup de rapidité. Chaque» petit trou, creusé à la cheville, reçoit d'ordinaire 6 jeu^ nés plants et on a soin de ménager, entre les touffes.
des distances ^ales d'environ 8 pouces. Trois hommes peuvent planter 1 hectare en 2 jours. Le niveau de la surface liquide dont on a soin de recouvrir le champ, dès que l'opération est finie, doit s'abaisser et se relever au gré du cultivateur^ afin qu'il puisse donner à ses rizières les binages et sarclages nécessaires, ou préparer la seconde culture (voir page 426) en temps opportun. Elles se tarissent graduellement vers l'époque de la première récolte qui a lieu, dans le sud, vers juillet, et on les remplit de nouveau pour favoriser la croissance de la seconde qui se fait en octobre ou novembre. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, le riz est coupé à la faucille. Lorsqu'on l'a battu sur l'aire commune et vanné, on le soumet à la pression successive de deux forts pilons qui, fixés à un levier horizontal et mus régulièrement par les dents d'un cyUndre que fait tourner soit la main de l'homme, soit une roue hydraulique, sépare le grain de la tenace pellicule dont il est enveloppé. En moyenne, le riz donne 10 pour 1 et les bonnes terres eu produisent 36 hectolitres à l'arpent.
Il est rare que les autres céréales dont se nourrit la population chinoise, le blé, le maïs, le millet, Torge, le sarrasin, soient semés sur place. Le mode du repi* quage est généralement suivi dans toutes les provinces; il offre ce grand avantage qu'entre les planches ou les sillons régulièrement plantés et convenablement espacés, d'autres cultures, également nécessaires, peuvent être introduites. Celle de ï igname , entre autres, est trèscommune et très -productive. Cette belle dioscorée [Dioscorea Batatas)^ dont le rhizome farineux est plus gros et plus délicat que celui de la pomme de terre, exige un terrain riche, humide, profond et de puissants engrais. On sait que M. de Montigny l'a introduite en France, il y à une dizaine d'années.
C'est principalement dans les provinces du sud et du
Gontame dn repiquage.
Goltoro de l'igname.
Guitare de la canne k sucre.
400 L'EMPIRE DU MILIEC
sud^est que croit la canné à sacre. Les Chinois sont trèsfriands do ses jeunes pousses^^ qui se vendent par tronçotiB d«m les rues des ville» e^ des bourgs^ Quand les tiges saccharifères ont atteint leur croissance^ elles sont placées entre deux cylindres de pierre dure qui les broient en tournant. Le suc de canne, recueilli dans des réservoirs, subit une première cuisson et est ensuite livré
au raffineur.
Du thé. Sur les collines qui couvrent, de leurs ramifications
doucement inclinées, le Fo-kien, le Tche*kiang, le Kiangsou et le Sé-tcfaouen, les habitants de ces provinces cultivent le précieux arbuste dont la feuille parfoméef fournit à tous les Chinois un breuvage aussi agréaUe que salutaire et peut être considérée^ dans tout l'empire, comme le plus utile auxiliaire de l'hygiène pubR» que» en même temps qu^elle est uii des plus fécondât Ses caractères aliments du commerce natronall Le thé^ dont les Anglais et les Français ont emprunté le notn aux dialectes dtf Fokien (page 338), mais que là race aux cheteux noirs, comme la plupart des autres nations du globe, désignent ordinairement par le mot Tcha, est un arbrisseau à feuillage persistant dont le genre, qui fait partie du groupe des Ternstrœmiacées^ se rattache plus spéciale-^ ment à la tribu des Camelliées. Par là disposition de seaf feuilles sombres, luisantes et dentées, par la forme et la composition de ses fleurs aux blancs pétales, inodores et solitaires, par sa taille et par son port, il ressemble au type du genre camélia dont il ne serait, sui' vant l'opinion de plusieurs botanistes, qu'une variété modifiée quelque peu par la culture. 9àtt fruit'consiste en une capsulé épaisse et triloculaire, renfermant des amandes grosses comme des noisettes qui fournissent, en abondance, une huile essentielle fort acre. Il s'appehdf autrefois Tu, et il n'y a guère plus de tnille ans qu'il est devenu* Pobjet d'une cbnsommation àtrssi générale. On
botaniques.
sait que de récentes tentativest déjà couronnées de auccèsy l'ont introduit aux Indes anglaises et au Brésil^ Dans TAssam, où il végète à Tétat sauvage, il atteint, dit-on, la hauteur de 30 pieds. En général, il se plaît sur le flanc des montagnes dont le sol est particulièrement siliceux; mais il croit aussi dans les plaines. On ne le trouve pas dans les districts du Tclii-li et du Chan-si qui bordent, au nord^ le plateau central.
Gomme la plupart des végétaux qui reçoivent, en Sa cnitnre. Chine, les soins de la culture^ le thé n'est pas placé immédiatement dans le terrain où il doit croître et mourir. Les jeunes boutures restent en pépinière pendant huit ou dix mois jusqu'à ce qu'elles aient atteint la hauteur d'un pied, puis on les transplante et on en forme des lignes parallèles, séparées par de larges bandes qui nourrissent des légumes de toutes sortes. Soumis, dès son enfance, à des élagages répétés qui multiplient ses rameaux en déformant sa tige, dépouillé quatre fois par an de son feuillage, l'arbuste à thé meurt d'épuisement avant sa vingtième année. On commence à le tondre dès l'âge de trois ans et les quatre récoltes qu'il produit pèsent en moyenne un peu plus d'une livre. Il a été observé, comme un fait curieux, que des rejetons empruntés à une même souche, cultivés dans le même champ, ont parfois des arômes tout à fait dissemblables, tant la plante est impressionnable et recueille avidement les sels terrestres.
Au commencement d'avril, quand les bourgeons «i- Récolte. trfouvrent à peine leurs follicules que recouvre encore un duvet blanchâtre , ils sont impitoyablement séparés de leurs tiges. C'est le moment de la première récolte, dont les produits, plus tendres et plus délicats, sont infiiûmentplus estimés que ceux des trois dernières. Cellesci ont lieu nécessairement dans les premiers jours de mai) quand les feuilles sont entièrement épanouies, vers
PrAptntton da tfaènolr.
le miliea de juillet et à la fin d'août. La secondet à laquelle se consacrent tous les bras disponibles et dont les charmes ont été souvent chantés par la poésie nationale, est beaucoup plus abondante que les trois autres. Elle fournit, ainsi que la première, la plus grande partie des thés destinés à l'exportation. Quant aux deux autres, elles abmeutent principalement la consommation inté* rieure. Ou donne à la dernière le nom de Tsiau4ou (rosée de l'automne).
La préparation du thé noir est compliquée, délicate laborieuse. Après avoir procédé au triage qui consiste faire la part du déchet, c'est-à-dire à choisir soignei ment et à mettre de côté toutes les feuilles flétries
PrèpAration da thé vert.
jaunies, on étend les autres sur des claies de bambou o elles restent plusieurs jours exposées au grand air quand elles ont acquis un degré suffisant de siccité, les roule avec la paume de la main, sur une table d et lisse, de marbre ou de bois, jusqu'à ce qu'elles aie pris une teinte rougefltre. Elles sont alors placées d de grands bassins en fer auxquels l'action du feu a coi muniqué d'avance la température voulue, et que V secoue violemment pour qu'elles puissent toutes parti per à la chaleur que dégagent leurs parois. Aussitôt qu bruit sec et crépitant commence à se faire entendre, qui indique qu'elles ne renferment presque plus d'hamidité, ou les roule de nouveau avec la main, et cette seconde pression, plus puissante que la première, en extrait une huile verte et très-âcre. L'opération est alors aux trois quarts terminée. Étendues une seconde fois sur des claies, puis replacées dans des bassins de fer, elles sont constamment agitées dans ces nouveaux récipients, un peu moins chauds que les premiers, jusqu'à ce qu'elles se crispent et se tordent sous l'action lente et continue de la chaleur.
Tel est le système suivi pour la préparation des thjs
noirs de première qualité. Les espèces moins précieuses ne sont séchées et roulées qu'une seule fois. Quant aux thés verts dont les Chinois eux-mêmes usent très-rarement^ ils sont imprégnés de cette teinte bleu verdâtre qu'ils communiquent aux liquides par une méthode spéciale. Au lieu de les faire griller une seconde fois dans des bassins de fer, on les sec^ue/jusqu'à parfaite siccité, dans des bassins de tôle au-dessus d'un feu de charbon que recouvre une mince couche de cendre. Mais ce procédé ne suflBt pas ordinairement pour donner à l'ensemble une couleur uniforme; on le baigne quelquefois dans un mélange liquide, et d'ailleurs inoffensif, de safran, de plâtre, de bleu de Prusse et d'indigo. N'ayant été grillé et roulé qu'une seule fois, conservant ainsi un peu de son huile essentielle, le thé vert a des propriétés violemment excitantes que ne possèdent point les thés noirs. Il est principalement destiné à l'exportation.
Au reste, les méthodes de préparation que nous ve- ParAunaffe. nons d'indiquer, ne sont pas observées rigoureusement dans tous les districts oii croît le précieux arbuste. Si quelquefois on colore ses feuilles, il arrive bien plus fréquemment qu'on les parfume, soit en y mêlant certaines fleurs odoriférantes (voir page 172), soit en les pénétrant de la fumée que l'on obtient en faisant brûler, sur un feu doux, des plantes aromatiques. Les Chinois ne Moded'infasioD. mêlent à leur thé ni sucre, ni lait, ni crème, et ils le font infuser généralement dans la tasse même où ils le boivent. Les Mongols le pétrissent en boules avec du beurre, afin de pouvoir le transporter plus aisément dans leurs pérégrinations continuelles. Ces boules, plus ou moins grosses, acquièrent une grande dureté. Pour en faire usage, on les coupe par tranches que l'on délaye dans un liquide bouillant.
En raison de leurs provenances, de leurs propriétés, DiTewes aorte»
dethè.
Lieux de production.
Expédition à l'étranger.
OU de leurs formes, les thés ont reçu des noms diffé. rents. Parmi les noirs, le Péko (en chinois, Pi-ka-va^ pointes blanches] dont on distingue plusieurs espèces et entre autres le Pe-ko orange; — le Bohea (du nom des collines où on le cultive) ; — le Congou; — le Sou-chong, remarquable par la petite dimension de ses feuilles ; — le Pou-choug (variété de Sou-chong particulièrement estimée), sont les plus connus. Il faut citer parmi les verts : Le Hy-son (fleur du printemps); — le Younghyson^ plus délicat que le précédent; — le Hyson-skin, (déchet des autres hysons) ; — le Hyson-tchoulan (hyson parfumé artificiellement avec les feuilles de TOléa fragrans); — la poudre à canon (Siaou-tcheou^ petites perles) dont les infusions ont un parfum ambré; — le thé impérial {Ta-tcheou, grandes perles) dont la saveur est particulièrement aromatique. Les provinces maritimes fournissent tous ceux que consomme l'Europe occidentale. La Russie est approvisionnée presque toute entière par le Se-tchouen. Certains districts, dont les produits sont renommés pour leur exquise délicatesse, ont rhonneur de les expédier directement à la cour. Plusieurs millions d'individus sont occupés en Chine à la culture, à la récolte, à la préparation du thé, ainsi qu'à la confection de ces innombrables caisses, garnies intérieurement d'une épaisse feuille de plomb soudé, dans lesquelles on l'envoie par bâtiments de commerce aux nations étrangères. Ces caisses, auxquelles on donne les dimensions demandées par les négociants, sont fermées, clouées, collées avec le plus grand soin. Les plus minutieuses précautions sont prises pour prése^ ver leur contenu des pernicieuses atteintes de J'/iumidite qui en détruit le parfum et le détériore.
cuLTUBEs Sous le rapport de l'importance, de l'utilité, de l'éten-
industriku.es. due, la culture du coton et du mûrier ne le cède
guère à celle du thé et du riz. Le riz donne à la plupart des habitants de la Chine une nourriture abondante et saine. Le thé leur fournit un breuvage salutaire et fortifiant. Le coton et le mûrier leur procurent les bonnes et solides étoffes, les tissus brillants et souples avec lesquels ils confectionnent leurs vêtements.
Le coton croît dans toutes les provinces, mais prin- coton, cipalement dans le bassin du Yang-tze-kiang où l'on trouve la variété jaune avec laquelle est fabriqué le nanking *. Soumis préalablement, vers la fin de Thiver, à deux ou trois façons successives, fécondé par toutes sortes d'engrais, poudrette, boue desséchée des canaux, résidus industriels, arrosé avec soin, le sol reçoit, vers la fin d'avril, les graines de la précieuse malvacée. Le cultivateur l'y fixe et l'y tasse en la foulant aux pieds; puis, quand elle a germé, il protège, fortifie, développe les jeunes plants par de fréquents sarclages, de copieux arrosements, des élagages attentifs et répétés. En août la fieur paraît. Dès que la fructification a lieu, ce qui se manifeste, vers la fin du mois, quand les gousses commencent à se fendiller, on s'empresse de faire la récolte. Avant d'être mis à couvert, le coton reste exposé quelques jours à l'air libre. Les graines sont séparées des coques et du duvet qui les renferment par l'action simultanée de deux cylindres mis en mouvement par une roue commune. Souvent le cultivateur file et tisse sa propre récolte. On estime qu'un hectare de bonne terre produit en moyenne 3,000 kilos de coton. Il importe que le terrain où végète lé Gossypium ne soit jamais complètement desséché, mais TeXcès d'humidité compromet la vigueur de la plante^.
i. On donne ce nom aux étoffes fabriquâmes avec le duvet du coton jaune, parce qu'il est principalement cultivé dans les environs de la capitale du Liang-kiang.
2. Le coton (gossypium) appartient au genre des hibiscées ou ketmies, lequel dépend de la gra de famille des malvacées. Son port, ses
Marier. Une précieuse compilation, écrite par M. Stanislas Ju-
lien ^, contient d'utiles et curieux renseignements sur l'art d'éleyer en Chine les mûriers et les vers à soie. Les habitants du Tché-kiang et des autres provinces de la Chine orientale, où le mûrier croit en abondance , le cultivent, soit pour aUmenter leurs vers à soie, soit simplement pour se nourrir eux-mêmes de ses fruits. Après l'avoir extrait de leurs pépinières, ils le disposent en rangées parallèles» ayant soin de laisser, en tous sens, entre les jeunes baliveaux, des planches larges de deux mètres où poussent des légumes de toute espèce. Rarement ils permettent à l'arbre d'atteindre toutes ses dimensions. Leurs soins tendent, en général, à le garantir, par de fréquentes lotions vénéneuses ou très-amères, de l'attaque des insectes, à augmenter le nombre et le volume de ses feuilles par des ébranchages et des pincements qui lui donnent la forme d'un trident «t maintiennent la sève dans les courtes ramilles du triple rameau. Quelquefois on greffe une variété délicate, mais plus estimée, sur l'espèce la plus vigoureuse. La maladie du ver à soie est peu connue en Chine, sans doute parce que les agriculteurs, élevant eux-mêmes les insectes que sustentent leurs mûriers, le peu d'étendue des magnaneries permet de donner des soins minutieux aux éducations.
3hanvre et ortie. De très-bons tissus, résistants et serrés, les uns épais
et rudes, les autres auxquels les Anglais donnent le nom de Grass-cloth, fins et transparents comme nos plus belles batistes, quoique toujours un peu raides, sont fabriqués, soit avec les fibres du Chanvre dont on ren-
grandes fleurs blanches, rouges ou jaunes, ses feuilles arrondies et découpées rappellent beaucoup la grande mauve. Leffossypium herbaeeumh Varboreum et le religiosum sont les plus connus. Le nanking appartient à cette dernière espèce.
i. Résumé des principaux traités chinois sur la culture des mûriers et rédttcation des vers à soie. (Stanislas Julien, 1837.)
contre de nombreuses plantations dans le Fokien et les provincel centrales, soit avec deux sortes d'orrte: VUrtica nivea et la Sida tiliœ folia, qui croissent partout, principalement au nord et au nord-est de la Chine centrale. Les toiles de chanvre et d'ortie sont d'un usage moins commun que les cotonnades et les soieries (voir ïe chapitre suivant).
Dans le courant du mois de novembre, on récolte les ^^^^ * ^uif . fruits du célèbre Arbre à suif (Croton sebiferum) qui fournit une substance fort employée pour la fabrication des chandelles. L'arbre se rapproche du tremble par sa taille et l'apparence de son feuillage. Ses graines pen-. dent en grappes ; ce sont de petites amandes enveloppées d'une couche stéarique d'un blanc pur et contenues dans une capsule qui s'entr'ouvre à l'époque de la maturité. Les paysans des provinces orientales plantent les arbres à suif sur les bords de leurs chemins et sur les Umites de leurs champs. Pour séparer les graines de leurs enveloppes, ils les soumettent à l'action émolliente et délayante de la vapeur d'eau et les écrasent sur un tamis. La pulpe stéarique^ débarrassée ainsi de ses noyaux, est épurée, puis coulée dans des moules. Les chandelles chinoises sont ordinairement teintes en rouge.
L'arbre à casse (Laurus cassia, Cassia fistula) croît, Arbre à casse. au contraire, dans les chaudes et humides vallées du Koueï-tchéou et du Kouang-si. Ses produits, objets d'un commerce étendu, alimentent la pharmacie, la parfumerie et la cuisine. On extrait, par la dessiccation, de ses pulpes charnues (canefices) et des parties les plus délicates de son écorce, le purgatif doux auquel nous donnons le nom de Casse, tandis que ses fibres et son feuillage fournissent, par le procédé de la distillation, une huile délicate et comestible avec laquelle on fabrique des essences pour la toilette.
Camphrier.
PrèpantioB
Piv«ft.
Une autre espèce de laurier (Laurus camphara), remarquable par son port noble et élevé qui rappelle celui du tilleul» par son feuillage sombre et luisant qui ressemble à celui du hêtre, et surtout par le parfum que le frottement d^age de toutes ses parties, est commun dans le Kouang-si, le Fo-kien et surtout à Formose. La menuiserie fait un grand usage de son bois dur et agréablement veiné qui prend un beau poli, et passe pour incorruptible ; la chimie extrait de ses rameaux et de son feuillage cette précieuse résine, amère, aromatique, antiseptique dont la médecine tire un si bon parti. On l'obtient par un procédé simple et primitif conmie tous ceux auxquels a recours, ordinairement, l'industrie chinoise. De grands vases de fer, à moitié pleins d'eau et placés sur un feu ardent, sont remplis de feuilles et de petites branches firaîchement cueillies. Lorsque l'eau a bouilli pendant plusieurs heures et qu'elle est pleinement saturée de camphre, on retire les débris qu'elle renferme, on la transvase et elle se change, par le refroidissement, en une gelée assez compacte. On introduit celte gelée dans de grands vases de terre, en ayant soin de F alterner par couches successives avec du sable tin passé au tamis, puis on fait chauffer les récipients. Le camphre se volatilise, s'épure en traversant les couches de sable qui le recouvrent et va se condenser dans des cornues où il forme des cristallisations plus ou moins transparentes.
On lit dans le PoiêH-tsao. dont le laborieux compilateur écrivait il va 209 ans. qu'autrefois Topium était à peine connu dans Tempire, où la médecine l'employait rarement. Il est probable quelAssam, où il est venu de riude et dont les habitants le fumaient depuis plusieurs siècles, en a enseigné l'usage, puis la fabrication aui Chinois. Aujourd'hui, après l'avoir repoussé pendant quatre ans par ses décrets, ses armes et sa diplomatie,
Sa eulture.
comme un des pires ennemis de Thygiène publique et des mœurs nationales, le gouvernement le tolère; ses douanes, dans plusieurs ports de commerce, perçoivent un droit élevé pour son importation ; on voit, dans quelques provinces du centre et du sud, notamment dans le You-nan et le Koueï-tchéou, de vastes plaines dont le sol disparaît, tout entier, sous la glauque verdure du pavot somnifère. Ces plaines sont divisées en platesbandes par des sillons profondément creusés que Ton a soin de remplir, aux époques des grandes sécheresses, avec Teau d'un réservoir. La terre, qui reçoit en novembre la graine du pavot, a été façonnée plusieurs fois et minutieusement nettoyée. Au mois d'avril, pour récolter lé jus de la plante, on pratique de petites incisions dans la capsule ovoïde où ^ont renfermées ses semences et Ton racle chaque matin, avec une lame mince et flexible, le su€ brun, épais, vireux qui en a coulé pendant la nuit. Quand la tête du pavot prend une couleur blanchâtre, c'est la preuve qu'elle est épuisée.
Avant de livrer l'opium aux riches consommateurs, soit qu'il arrive des Indes anglaises, pétri en boules et renfermé dans des caisses imperméables, soit qu'ils le fument sur le sol même qui l'a produit, on lui fait subir plusieurs préparations. Après qu'il a bouilli trois fois, il est soigneusement filtré et chauffé, jusqu'à, dessiccation, sur un feu ardent dont l'action dégage ses vapeurs les plus acres. On le délaye alors avec un peu d'eau, puis il est filtré une seconde fois et placé dans des vases de fer sur un feu doux où on l'agite lentement jusqu'à ce qu'il ait pris la consistance de la mélasse. Dans cet état, la drogue est prête pour le fumeur et on la conserve dans des cornes de buffle jusqu'au moment où elle lui est vendue. Les déchets sont cédés à bon compte aux pauvres.
L'Indien avale l'opium, le Chinois se contente de le Effets de ropiam
Préparation de l'opiam.
fumer. Les deux habitudes se valent. La seconde a peutêtre de plus funestes résultats que l'autre parce qu'elle agit directement sur le cerveau. Un mace (5 grammes environ) est, au début, la dose quotidienne du fumeur modéré. Elle suffit pour dompter les plus robustes constitutions, pour produire ces vagues langueurs, ces oublis coupables des réalités, des peines et des devoirs de la vie, ces torpeurs indolentes, ces ravissantes ivresses qui trompent Tâme et le corps. Brisées peu à peu par ces énervantes influences sans cesse renouvelées, les forces physiques diminuent insensiblement et les facultés intellectuelles s'émoussent. L'inappétence, l'émaciation, l'hébétement se manifestent. Bientôt, pour vaincre le fatal abattement qui domine ses sens, pour rappeler les phénomènes agréables dont la répétition périodique le charmait, le fumeur double et triple sa dose. II lui faut fumer, fumer encore, fumer toujours pour alléger, ne fût-ce que momentanément, le poids de l'abrutissement qui l'écrase. Au bout de quelques années, les jouissances du fumeur d'opium traînent après elles un lamentable cortège de misères repoussantes et se terminent avec sa vie. S'il peut arriver, comme affirment très-patriotiquement des écrivains anglais, que certains tempéraments d'une vigueur exceptionnelle supportent longtemps, jsans fléchir, Tusagede ce funeste narcotique,demémequenous voyons en Europe de vieux buveurs d'eau-de-vie d'une florissante apparence, ces heureuses exceptions, dont pour notre compte nous n'avons jamais remarqué une seule, sont, à coup sûr, infiniment rares. On peut affirmer, sans hésitation, que l'usage quotidien de la fumée d'opium en appelle infailliblement l'abus et que cet abus conduit infailliblement à la mort. Il est arrivé que, <;édant aux avis de nos missionnaires et à l'irrésistible insistance de leur charité, des chrétiens chinois, adonnés à cette fatale habitude, y ont renoncé complètement. Mais il a fallu
un an desoins assidus et de précautions incessantes pour les guérir. Si^ au lieu de diminuer avec une progressive lenteur leur ration quotidienne, ils l'eussent supprimée brusquement, ou réduite tout d'un coup de moitié, la dyssenterie ou le tétanos les eût certainement fait mourir.
Pour fumer l'opium, le Chinois s'étend sur un lit de repos. Près de lui sont placés une lampe qui brûle constamment, une petite boite qui contient la pâte narcotique et une spatule d'or ou d'argent. Sa pipe est un tuyau long de 2 pieds environ et muni, à Textrémité, d'une petite coupe en terre dont l'étroit orifice est de forme elliptique. Avec la spatule il puise dans la boîte une petite quantité d'opium, grosse environ comme une lentille, et l'applique sur Torifice qu'il approche de la lampe. Une simple aspiration, longue et profonde, lui suffit ordinairement pour l'absorber. La fumée séjourne quelque temps dans la bouche du fumeur ; il l'expulse par ses narines, et il a recours, plusieurs fois, à la petite boîte qui contient sa chère drogue, jusqu'à ce qu'il ressente les premiers symptômes delà douce torpeur qu'elle lui procure.
Beaucoup plus innocent que l'usage de l'opium, celui du taf^ac est aussi plus généralement répandu. Toutes les provinces le cultivent, toutes les classes le fument ou le prisent. La poudre qu'emploient les priseurs est presque toujours mélangée de quelque parfum. Plus mince que le tabac belge, le tabac à fumer aurait un goût agréable si, pour l'empêcher de tomber en poussière par l'effet de la dessiccation, on ne l'arrosait d'une substance huileuse qui lui communique une saveur acre et nauséabonde. La Chine commence à rouler en cigares les feuilles de la nicotiane, mais ses habitants n'ont pas encore pris l'habitude de la mâcher.
Très-riche en propriétés oléagineuses, le sésame (Tchou-
Comment sefomeropiom.
Tabac.
SéMme.
M L'EMPIRE DQ MILIEU
ma), dont la fleur rappelle celle dé la digitale et dont les graines nombreuses, noirâtres^ ovoïdes, fournissent en abondance, tant à la cuisine qu'à la parfumerie, une huile excellente qui ne se fige jamais, est Tobjet de soins minutieux. Les jeunes plants que l'on obtient, soit de semis, soit de boutures, et que l'on transplante quand ils ont atteint la hauteur d'un pied, sont cultivés sur le bord des eaux, dans un terrain frais, léger, profond, et garanti contre le souffle aride des vents du nord, par des nattes sans cesse humectées. Le sol où ils sont repiqués doit être recouvert d'une couche d'engrais animal de six pouces au moins d'épaisseur. Les graines grillées ou broyées en farine donnent aussi un aliment agréable et sain.
ART A vrai dire, les bras consacrés aux travaux des champs
DO JARD»A6E. ^^^^^ très-uombreux et la propriété foncière se trouvant
presque partout divisée à l'infini, on peut comparer la plus grande partie du sol des dix-huit provinces à un vaste et fertile jardin occupé par les plus utiles et les plus luxuriantes cultures. La Chine ne possède point, si ce n'est aux environs de sa capitale et dans les domaines impériaux, ces vastes parcs où nos dessinateurs savent grouper avec art les arbres séculaires, les pelouses charmantes, les brillants massifs de tieurs. La science et le goût de son jardinier paysagiste n'ont à leur disposition, ni ces grands effets de la nature, ni ces contrastes enchanteurs. Nous avons vu qu'il cherchait avant tout le capricieux, le tourmenté et le bizarre, dédaigneux, soit par instinct soit par calcul, de tout ce qui paraît naturel et simple. De là ces décorations capricieuses des jardins chinois, ces ponceaux, ces bassins, ces rocailles aux structures étranges et contournées, ces arbres qui pourraient surpasser en hauteur les plus beaux chênes de nos forêts et auxquels la serpette taille
formes rabougries et ridicules. Au reste, jusqu'au siècle dernier, l'horticulture chinoise était incontestablement plus habile, plus adroite, plus industrieuse que la nôtre. Les procédés de la greffe, du bouturage, du provignage, du palissage lui sont connus de temps immémorial; elle sait multiplier et perfectionner les espèces, obtenir des variétés par les semis, augmenter, par la combinaison des engrais, la dimension des plantes, la largeur de leurs feuillages, l'éclat de leurs fleurs, et si les jardiniers européens emploient maintenant des méthodes plus savantes, on reconnaîtra qu'ils ont reçu de la Chine de précieux végétaux et d'utiles enseignements.
Divers fléaux, dont nous avons rarement sous notre ciel tempéré à subir les atteintes, menacent en Chine les agriculteurs. Souvent les pluies torrentielles du printemps inondent et ruinent leurs récoltes, ou les sécheresses prolongées de l'automne frappent leurs champs d'une lamentable stérilité. Les fleuves et les rivières, gonflés par la fonte des neiges ou violemment refoulés par l'irrésistible souflle des typhons, rompent leurs digues et noient les campagnes avoisinantes. D'autres fois, particulièrement aux époques des grandes sécheresses, des nuées immenses de grosses sauterelles (Hoangtchong, insectes jaunes), s'abattent sur les moissons déjà mûres et les dévorent, laissant sur le terrain complètement dénudé des détritus organiques de toutes sortes, dont la prompte décomposition dégage des miasmes putrides. Leurs légions ailées obscurcissent l'horizon et volent avec un bourdonnement formidable. Dès que les paysans les aperçoivent, ils se réunissent en troupe, poussent de grandes clameurs, et frappent à coups redoublés sur leurs gongs et leurs tambours. Il arrive que le nuage vivant, étonné de ce bruit eff*royable, s'arrête et se détourne, et que les cultures sont ainsi sauvées.