‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 63 sur 93 · TOILES · texte numérisé non relu

TOILES

ET

GRASS-CLOTHS.

ÉT0FFI8 DB LAIMI.

NDfJSTRIB DES CUIRS.

:i^TCRBRIB.

sent sur le métier après qu'on a séparé, trié et nettoyé, à la main, les fibres des plantes qui en fournissent la matière première. Ces plantes, comme nous l'avons déjà vu, sont deux sortes d'orties : Vurtica nivea et la sidatiliœfolia qui croissent dans presque toutes les provinces de l'empire. Le chanvre, dont la culture est commune au Fo-kien et dans la Chine centrale, fournit des toiles plus grossières.

Avec les laines et les poils que donnent les moutons, les chèvres, les chameaux, les yacks, l'art du foulon fabrique, au moyen de procédés primitifs, des feutres dont on confectionne les chapeaux d'hiver, les sçmelles et les tapis. On tisse, dans le nord, avec des fils de laine diversement colorés et habilement entrelacés, des bures épaisses dont la trame imite de grossières figures d'animaux et dont on fait des tapis ou des couvertures. Quelquefois le tisserand, pour les rendre plus solides ou plus jolies, y mêle des poils et des cheveux. — > La Chine reçoit de l'étranger, particulièrement de la Russie, tous les draps dont elle fait usage.

Pour la confection des harnais, des selles, des brides, des carquois et pour la protection des semelles, dont toute la partie supérieure est en feutre, on emploie les cuirs de buffle, de veau et de cheval. La qualité des cuirs chinois est décidément très-inférieure à celle des cuirs européens. Us sont secs, .durs, cassants, spongieux et exhalent une odeur désagréable. La tannerie leur donne, avec de l'alun, de l'urine et du salpêtre, une bonne préparation, mais la corroierie ne sait ni les assouplir, ni les lisser, ni les étirer convenablement.

Nous ignorons presque absolument, ainsi que nous l'avons dit plus haut (voir page 385j, les méthodes dont se servent les chimistes de la Chine pour composer et fixer ces belles couleurs dont l'Europe admire, avec raison, la variété, la persistance et l'écjat. L'art du

teinturier chinois a beaucoup appris par l'expérience et a reçu de ses leçons un développement très-remarquable. C'est particulièrement aux végétaux qu'il emprunte la matière colorante. Deux plantes appartenant l'une à la famille des renouées, le Polygonum tinctorium^ l'autre au genre des pastels, Y Isatis indigotica, et croissant, la première dans les provinces méridionales, la seconde dans celle de Test, fournissent le bleu céleste et le bleu foncé. On emprunte à une espèce de Nerprun, le Rhamnus utilis^ ce vert naturel, que nos savants, entre autres M. Persoz, ont tant de fois aiïalysé pour en découvrir la composition et que l'industrie européenne envie, depuis si longtemps, à la Chine ^.

Celle-ci lui fit un don plus magnifique et plus industrie précieux lorsqu'elle lui apprit, il y a deux cents ans, giêbamiquk. l'art de fabriquer la porcelaine 2. On ne peut guère douter qu'elle ne le pratiquât elle-même depuis bien des siècles, puisque ses archives historiques établissent, par des documents dont Tauthenticité semble certaine, qu'elle le tenait déjà en honneur sous la dynastie des Han, vers le commencement de Tère chrétienne ^, Toutefois, lestra-

1. Il serait possible d'acclimater en France le RhamnHS utilis, mais l'opération par laquelle on en extrait le vert végétal est si délicate et la quantité produite par chaque arbuste si minime qu'à moins de simplifier la méthode d'extraction el de multiplier l'arbuste à l'infini , notre industrie ne pourra point tirer grand parti de ce produit précieux.

2. On appelle les produits céramiques : porcelaine, du mot porceU lana. C'est le nom que les Portugais donnent à la coquille brillante d'un mollusque marin et par lequel ils désignèrent les premières coupes de porcelaine qu'ils aperçurent en Chine, au commencement du XVI' siècle. Ils crurent d'abord que leur pâte, légère et trans parente, était un composé de coquilles d'œufs, de colle de poisson et de poudre d'écaillés. 11 paraît que le trésor royal de France possédait déjà, depuis un siècle environ, plusieurs spécimens de l'art céramique des Chinois que le Soudan d'Egypte on de Babylone, dit l'historien Mathieu de Coussy, avait envoyés à notre roi Charles VII.

3. La découverte que crut faire, en 1834, le savant Rosselini, d'un

ditions nationales dont il n'y a pas lieu, gëiiéralemeiii, de auspeoter la modestie, ne font pas remonter au delà du vu® siècle de notre ère l'époque du ferfeetionnêmerU de son art céramique.

Ses priodHoz C'est à Kiug^tek'tchk^, dans le Kiang-si, sur les rhes *WiUt8«nent». orientales du lac Po-yang (voir page 61), que fonotionne, depuis huit cents ans^ l'établissement oélè)>re qui a fabriqué les plus belles porcelaines de la Chine. U met en œuvre, nuit et jour, un million d'ouvriers et plus de cinq cents fours. K%ng4eh occupe, à i5 lieues environ de YaO'tcHéùu-fou, qui est le grand entrepôt de ses produits, le centre d'une vaste plaine qu'entourent de hautes collines. L'une d'elle porte le nom de Kao-ling (haut pont). C'est de sa base que l'on extrait le feldspath^ sorte de boue onctueuse qui, mélangée, suivant des proportions variables, avec la poussière du Pé-Um-tse et durcie à l'ardente chaleur des fours, devient la pâte céramique. Le feldspath, qui porte sin^ plement en Chine le nom de kaa-ling^ est un mélange de silice, d'alumine et d'eau ^. Le P44ùn4M est du quartz presque pur, dont le meilleur se rencontre près deJFfotiîtchéou dans le Ngan-hoeï. On le réduit en une poudre très-fine par des procédés aussi pénibles que coûteux, puis, pour en faciliter le transport, on le mouille et on en pétrit des gâteaux qui reçoivent la marque du fabricant. Lorsque l'objet dont le mélange céramique dcHt constituer et perpétuer la forme, a été convenable-

flacon de porcelaine chinoise enlbui dans une tombe égyptienne du temps de Psamménit (500 ans avant le Christ) , n'avait, en réalité, ancune signification. On découvrit en effet, quelques années plus tard, que l'inscription peinte sur ce flacon reproduisait des vers composés par un poëte du viii^' siècle de notre ère, en sorte que TégyptologoA pisan avait été évidemment l£^dupe de ses guides arabes.

1. Ce mélange est ainsi composé : silice 43, alumine 36, eau 19 poar cent. On y trouve aussi quelque peu de magnésie et de carbonate de chaux.

ment moulé, il est livré aux décorateurs qui n'exécutent chacun qu'une seule partie du modèle^ suivant l'invariable méthode des peintres chinois. On le recouvre ensuite d'un enduit onctueux, composé de cendres de fougère et de poudre de Pé-ton-tse^ dont la vitrification s'opère sous l'action de la chaleur et produit ce vernis dur, brillant, incolore qui doit protéger sa sur?face et ses teintes brillantes. Puis on l'introduit dans le four où le feu, en le durcissant, achève de le fabriquer. En mélangeant avec la pâte céramique un peu de hochtchiy pierre de lard, ou de tchi-kao (albâtre), on obtient, dit-on, une porcelaine moins résistante, mais plus blanche, plus transparente et plus fine que les produits jordinaires des établissements de King-teh. Une des grandes villes du Kouang-tong, Tchao-king, située à l'ouest de Canton, fabrique une porcelaine moins belle et moins estimée qui approvisionne tous les magasins de la capitale des deux Eouangs.

Le gouvernement chinois n'a jamais cessé de protéger publiquement les vastes ateliers de King-te-tchin. Vers le milieu du siècle dernier, l'empereur Kien-long fit étudier et reproduire sur les lieux mêmes, par une commission officielle de savants et d'artistes^ les méthodes et les modèles dont on y a fait usage depuis l'époque de la fondation. Cette intéressante collection, ornée de planches nombreuses, forme un ouvrage très-considérable. L'établissement possède aussi son histoire rédigée en quatre gros volumes. On y lit qu'à l'origine, les ouvriers n'ayant pu réussir, malgré leurs efiforts réitérés, à imiter la finesse d'un ancien modèle proposé par l'empereur, Tun d'eux, saisi de désespoir, se précipita dans un des fours. La pâte que l'on en retira ensuite ayant été trouvée parfaite, l'empereur décréta qucj les mânes de ce misérable recevraient les honneurs divins. Le dieu des fournaises de King-te 4e vin); }e 4i?u 4^ la porcelaine.

Protection accordée par

le gouvernement

aux

établissements

céramiques.

Importance

historique

de la céramique

chinoise.

Indépendamment de la gracieuse élégance de leurs formes, de la brillante variété de leur coloris, dé l'antiquité vénérable de leur matière, les produits de la céramique chinoise ont, au point de vue historique, comme toutes les ruines illustrées, une incontestable valeur. Sur les surfaces brillantes de ces millions de vases, de coupes, de statuettes, de figurines de toutes formes, de toutes couleurs et de toutes tailles, qui portent la marque spéciale de leur fabricant, que les amateurs chinois payent des sommes énormes quand ces marques sont anciennes et authentiques et que les collectionneurs ont classées en catégories nombreuses ^ ; sur ces surfaces brillantes, disons-nous, sont retracées en traits pour ainsi dire indébiles, par le pinceau du décorateur, des maximes philosophiques ou religieuses, des strophes poétiques, des scènes empruntées aux romans d'histoire qui répandent et perpétuent, de génération en génération, des souvenirs nationaux fort intéressants pour le patriotisme des Chinois et précieux, à plus d'un titre, pour les érudits. Malheureusement, Fart chinois est, dans toutes ses branches, Tesclave de la discipline, de la formule et de la règle ; malheureusement aussi, la fabrication des faux antiques est l'objet, dans l'Empire du Milieu, d'une industrie assez répandue *, en sorte

1 . L'érudition des collectionneurs a classe les produits de la céramique chinoise en plusieurs catégories fondées sur les différences de couleurs, de décorations, de finesses, de transparences qui les caractérisent aux diverses époques pendant lesquelles ils ont été fabriqués. Cette classification, plus ou moins sûre, reconnaît deux familles de porcelaine dure : la verte et la rose. Elle distingue aussi la belle porcelaine bleue des Tsin (265-419 ap. J.-C); — la porcelaine verte des Soui (581-618); —les fonds blancs du vii© siècle; - les bleus cé'fstes dux« ; — les bleus pâles qui leur succédèrent; — puis les g!is clair et les blancs purs. Elle fait un cas tout particulier des porcelaines d xiv siècle et considère cette époque, d'où date les craquelés, comme 1 plus brillante et la plus pure de la céramique nationale.

2. La grande et opulente ville de^ou-tchéou fabrique, en grand, l faux antiques et en trafique ouvertement.

que ces curieux vestiges ne sauraient être ni très-variés, ni très-naturels, ni très-sùrs.

Houang-tii Tempereur Jaune, qui tenait la Chine sous son sceptre 2,700 ans avant le Sauveur, inventa, suivant la tradition, Tart de fabriquer la brique et la poterie, et fut ainsi le précurseur de l'industrie céramique. La faïence fut trouvée plus tard, L'Empire du Milieu confectionne, depuis bien des siècles, d'excellentes briques très-dures et très-denses pour la construction des murs et des maisons, quantité d'ustensiles de ménage en terre de pipe, des fourneaux, des plats, des vases, des tasses, des théières de formes souvent élégantes et de différentes couleurs qui varient du rouge brun à la teinte neutre, ainsi qu'une multitude de poteries vernissées dont on se sert pour la cuisine ou Tornementation des jardins et des temples : tels que des terrines, des jattes, des vases à fleurs, des sièges en forme de tambour, des balustrades, des lions, des chimères, des idoles; elle fabrique aussi de bonnes tuiles revêtues quelquefois d'une couche vernissée, jaune ou verte. La terre de pipe dont font usage les potiers est en général de qualité supérieure; ils la préparent à merveille, et les produits qu'ils en obtiennent par la cuisson se font rejDarquer, tant par la finesse de leur grain que par la [beauté de leur poli.

Faïences et poteries.

Parmi les arts industriels que cultivent les habitants de l'empire , celui de la verrerie est assurément un des moins répandus et des moins perfectionnés. On ignore Ja date exacte de son origine. Les miroirs chinois, ver. dâtres, mal polis, d'une densité souvent inégale, reflètent très-imparfaitement les images, et le gouvemesuent a fait venir d'Europe les belles glaces qui ornent les résidences impériales. A Canton fonctionne, depuis Ijine c|[uarantaine d'années, un établissement qui fabri-

VERBBRIE.

qu^i 60 quantités aases considérables, des vitres, des verres de lampes, des verres à boire, des flacons, mais ses produits sont presque toujours difformes ou tachetés.

'"•oW- D'autres verreries, moins importantes, disséminées dans les provinces, copaposent le kiaoU^ substance vitrée de couleur verdàtre qui imite le jade et avec laquelle on confectionne des bijoux à bon marché : tels que bagues

Lunettes. et bracelets. Il n'y a pas bien longtemps que les Cihinois connaissent les lunettes en verre. Celles qu'ils employaient le plus communément sont formées de deux petites plaques en cristal de roche dont l'opticien modi* lie l'épaisseur, par le moyen du tour, afin de l'accominoder aux yeux du myope ou du presbyte. Pour cou-^ per le verre, ou trouer la porcelaine qu'ils excellent i raccommoder, il font usage, presque toujours, du diamant ou du corindon; mais les vitriers ont recours quelquefois à un moyen beaucoup moins expéditif* Us dessinent sur les feuilles de verre, avec un pinceau enduit de graisse, la forme exacte de la vitre dont ils ont besoin, puis ils promènent lentement une mèche allumée le long du trait que ce pinceau a décrit. L'action de la chaleur fait fendre la feuille de verre, et la fente correspond exactement aux contours suivis par le trait. Au reste, les joailliers se contentent de dégrossir le diamant» et de le polir quelque peu, ne sachant pas le tailler.

LAQUES, Aiyourd'hui que nous fabriquons, avec infiniment

d'habilité, les soieries et la porcelaine, nous n'avons plus rien à envier à Tindustie chinoise, si ce n'est, peutêtre, les belles laques si polies, si brillantes, si joliment peintes qu'elle confectionne, depuis plusieurs siècles, par des procédés si patients et si délicats. Ces procédés diffèrent beaucoup, suivant les diverses espèces de laques. S'agit-il des laques fines? on a recours au vernis précieux que fournit une espèce de sumac, le rhm t?er«

nix, arbrisseau de la famille des anacardiacëes, au Uqaes fines. troiicli^se, au feuillage grisâtre ^. Lorsque l'objet qu'il faut laquer et qui doit présenter ordinairement des surfaces planes, table, fauteuil, paravent, boite, coffre ou petit coffret, a reçu trois couches d*un enduit plus ou moins épais, composé de chaux, de papier bouilli et dégomme, on le recouvre de deux autres couches d'une pâte moins consistante qui n'est autre que du vernis teint de noir, de rouge, de brun, de brun clair ou de vert. Cette pramièr^ préparation se tpou^ vaut terminée, c'est-Wire les enduits appliqués sur l'objet étant parfaitement secs, on le confie au peintre qui en décore les surfaces apparentes de ces paysages légers et fantastiques, de ces gracieux feuillages exécutés av€c une finesse de touche et un cachet tout particulier. Véritablement inimitable. On le glace ensuite ^n lui donnant deux ou trois couches de vernis clair, qui doivent sécher lentement dans une chambre parfaitement obacure. Les peintures appliquées sur les laques, sont communément dorées ou vermillonné^. Planées, en géaëraly sur les laques modernes, elles sont ai relief sur les Anciennes. On sait, d'ailleurs, que les produijts laqués du Japon l'emportent sur ceux de la Chine par la solidité de leur vernis, l'éclat de leurs inscrustations nacrées el la brillante variété de leurs décorations.

Pour les laques communes on substitue à l'essence Laque commune. rare et coûteuse du rhus vernix, différentes huiles fabriquées avec les graines de plusieurs est>èces d'euphor-r l^i^cées (jatropha, croton, etc.)* Mélangées avec delà çraîe ^, dissoutes dans un peu d'essence de térébenthine

i. Le Uhux vernix atteint, au Japon, 10 on 15 mètres de hant. Sa ^çdUe en Chine ne dépasse guère 15 pieds. Pour obtenir la précieuse substance qu'il fournit, on l'incise profondément aux époques les plus chaudes de l'année. Elle s'écoule de son tronc pendant la nuit.

%. Dans la proportion d'une onee de craif pour une livre d^uile.

et teintées de diverses couleurs, ces huiles sont employées en peinture et fournissent une substance trèspropre à enduire les objets que Ton veut laquer grossièrement.

SCULFrUBE

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