‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 67 sur 93 · POUR LES · texte numérisé non relu

POUR LES

S^ii est une nation qui possède le vrai génie du négooei aptitudes eè dont les instincts mercantiles soient admirablement^ naturelles serTis par d'inépuisables ressources, c'est as8Ui?éfnent la nation chinoise. EUle les trouve toutes sur son propre fonds. Ses côtes immenses sont pourvues de nombreux spéculations ports et de quelques rades, vastes, sûres, profondes; commbrcules. d'innombrables: cours d'eau dont la plupart sont navigables, pénètrent, en tous sens^ par leurs afflueiits jusqu'à ses extrémités et constituent^ avec les canaux: qui les unissent entre eux, un réseau de voies commerciales aussi commodes que peu coûteuses. Les populations si laborieuses et si denses qui habitent son territoire et qui vivent sous des latitudes différentes, exercent naturellement des industries ou se livrent à des cultures

OOMMERCB INTÉRIEUR.

470^ L'EMPIRE DU MILlEa

fort dissemblables, en sorte que l'abondance et l'extrême diversité de leurs besoins nécessitent incessamment les plus actifs échanges. Les qualités et les défauts de son tempérament la portent naturellement aux spéculations du commerce; elle est patiente jusqu'à l'immobilité, mais active^ quand il le faut, jusqu'à la frénésie; avide de gains, rusée et fausse ; mais aussi très-économe et très-sobre, modérée dans ses goûts, prudente dans ses procédés, de mœurs avenantes et douces, d'ailleurs si souple et si intelligente qu'en dépit de leurs inclinations naturelles, ses marchands savent être honnêtes et larges pour maintenir leur crédit ou étendre le cercle de leurs affaires. On trafique de tout en Chine. L'empereur vend lès charges de l'État ; les fonctionnaires de tout rang et de tout emploi vendent la justice ; le général vend sa poudre et ses canons aux ennemis que son prince l'a chargé de combattre ; le père opulent vend sa fille à son gendre; les indigents vendent les leujrs pour qu'on fasse d'elles des concubines ou des prostituées; les pauvres aliènent la Uberté de leurs jeunes enfants, soit qu'ils les livrent à Tesclavage, soit qu'ils les donnent, pour une modique somme d'argent, aux missionnaires assez riches pour payer leur âme. Tout est marchandise dans ce bazar immense, depuis les denrées qui alimentent la vie du peuple jusqu'aux insignes qui confèrent l'honneor et le rang. Tout s y livre au plus offrant. L'instrument même par lequel s'opère les échanges, la monnaie courante dont le type unique est le vulgaire sapèque (le Tsin qui vaut fictivement un millième de taêl), n'échappe pas à l'agiotage universel. Son cours, essentiellement variable, est coté chaque jour à des taux différents' sur tous les marchés de l'empire.

Aussi l'activité du commerce intérieur des dix-huit

i. Par rapiK)rt an taël qui est (voir page 380) Tamté monétaire <l0^ Chine.

provinces est-elle vraiment prodigieuse. Les riz, les huiles et les sucres du midi, les thés, les soies, les cotons de Test, les fourrures, les céréales, les drogues du nord, les métaux et les minéraux de Touest, les mar- . chandises importées dans les villes maritimes et destinées, soit à l'usage, soit à la consommation des habitants de Tempire, les impôts en nature recueillis par les soins de l'administration et que Ton doit convertir en argent dans la capitale par la voie de l'enchère, — s'y croisent en tous sens, transportés à dos d'hommes ou de naulets, sur les âpres sentiers des districts montagneux, par voitures ou plus souvent par caravanes, à travers les plaines septentrionales, et par des millions de barques de toute dimension, de toute forme, sur les lacs, les canaux et les rivières. On conçoit qu'il est impossible d'estimer, fût-ce même approximativement, l'importance de ce tumultueux mouvement d'affaires*. Pour l'entretenir, le vivifier, et le régler, la Chine aurait eu Banques. besoin d'une immense quantité d'argent si elle n'avait compris, bien avant l'Europe, les •avantages du crédita

'' i. Les centres principaux du commerce intérieur sont : au nord de Vempire: Péking, Tien-tsin, Tong-tchéou, Pao-ting (dans le Pe-tcbily) ; Tsi-ling, Lin-tsing (dans le Chang-tong); Taï-youen (dans le Cban-si); Kaï-foung (dans le Ho-nan); Si-ngan, Hang-tchong (dans le Chcn-si); Si-ning, Ning-hia, Kiao-kouan, Ha- mi (dans le Kan-sou et le Barkoul); Kin-tchéou, Pélun<1, Tsi-thi-har (en Mantchourie); Maïma-tsin, Ou-lia-sou-taï (en Mongolie); Si-ning (dans le Ko-ko-nor); Houi-youen, Kou-tché, Oksou, Kachgar, Yarkand, Khoten (dans THi); -• au centre . Nun-king, Sou-tchéou, Tohin-kiang, Sbang-haï (dans la province du Kiang-souV, Vou-hon (dans .celle du Ngan-hoeï); Nantchang, Kan-tchéou, Nan-gan, Yao-tchin (dans le Kiang-si); Hangtchéou, Ning-po, Tchao-king, Tcha-pou (dans le Tché-kiang) ; Foutchéou, Tsiouen-tchéou, Tchang-tchéou (dans le Fo-kien); Hon-kéou (dans le Houpé) ; Yoh-tchdou, Tcbang-tcha (dans le Hou-nan) ; Tcbington (dans le Se-tchouen) ; — au gud : Canton, Chao-king, Nan-kioung, Chao-tcbéou (dans le Kouang-tong) ; You-tchéou (dans le Kouang-si): Tou-nan (dans la province du même nom). Le livre premier de cet ouvrage fait mention de ces différentes villes.

Intérêt légal.

Monts-de-piété.

commercial et si elle n'avait su en organiser l'utile fonctionnement. Elle possède un grand nombre de banquçs-. privées établies dans toutes les grandes villes. Les directeurs de ces banques, dont aucune n'est officiellement privilégiée (le gouvernement ayant abandonné, depuis le règne des souverains mongols, le système du papiermonnaie), soutien général, des gens honorables et respectés. Ils rendent d'éminents services aux négociants indigènes, aux marchands étrangers, aux contribuables, et à radministratiqn elle-même, soit qu'ils reçoivent des dépôts dont ils payent l'intérêt jusqu'à 12 p. 100; soit qu'ils ouvrent des comptes courants et qu'intermédiaires officieux entre leurs clients et la douane, ils y comprennent les droits acquittés par leurs soins, pour le compte de ces derniers ; soit qu'ils payent leurs chè» ques à présentation; soi^ qu'ils garantissent par une marque particulière, connue des agents de Tautorité, la pureté des lingots ; soit enfin qu'ils conservent dans leurs caisses pendant un certain temps, comme dépositaires^ responsables, les taxes perçues en argent. Les avantages de toutes sortes que procurent -au commerce ces nombreux établissements de crédit, seraient plus grands encore si le crédit lui-même ne pouvait devenir en Chine un péril sérieux pour ceux qui ne craignent point d'y avoir souvent recours, à qause de l'extrême élévation de l'intérêt La loi en fixe létaux à 3 p. 100 par mois et à 30 p, 100 par, an ; l'usage le fait varier entre 30 et 15 p. 100. Payant eux-mêmes une taxe considérable à l'État qui les fait surveiller avec beaucoup de rigueur et achetant leurs brevets fort cher, les directeurs des mont-de-piétés, bien que prêtant sur gage, exigent - 36 p. 100 de leurs emprunteurs *. Dans un pays où le--

1. Toutefois, une disposition bienveillante de? règlements sur la matière abaisse ce taux exorbitant à 2 pour iOO par moi$ pendant toute la durée de Tbiver.

souverain est le maître absolu des existences et des biens de ses sujets, où le bon vouloir des agents administratifs, délégués de l'empereur, domine souvent l'autorité de la loi, où, par conséquent, la propriété, garantie essentielle du prêt, n'est pas solidement assise^ où, d'un autre côté, les prêteurs et les espèces sont rares relativement aux immenses besoins du commerce^ il estfUatUr rel qu'on ne jouisse se procurer de Targenti qja'au prijt de coûteux sacrifices.

La grande élévation, du taux de l'intérêt, n'est pas te Droit» de transit, seul inconvénient qu'ait à supporti^r le trafic intérteiw de l'empire. Habile à tirer profit de toute re$spui>ce et sans cesse besogneux, le fisc a ipultiplié ses biwe^x sur les rivières, les canaux et l^s routes, en sorte que les marchandises expédiées au loin n^^ parviennent à. des* tination qu'après avoir été frappées de droite suçcessife. qui en augmentent de beaucoup la valeur. L'ajjplication multipliée de ces droits de transit aux objets d'im* portation étrangère que les droits de douan^ et de tonnage ont déjà frappés^ est une gêne sérieuse pour te, commerce extérieur, en m^me temps qu'elte constitue une formidable protection pour l'industrie indigène. Sans pouvoir en. obtenir la suppression,, qui eût porté sans doute un coup fatal aux finances de l'État, tes représentants des puissances européennes en ont réglé l'exercice, de concert avec le gouvernement chinois, pour ce qui regarde les marchandises, importées ou exportées par leurs nationaux. II a été stipulé, en 1858, que les droits de transit qu'elles devraient acquitter, ne pourraient excéder, en aucun cas, 2 et demi pour 100 adl: valorem et qu'ils seraient payés en une seule fois, soit au port de débarquement, soit au lieu même de l'expédition, moyennant une quittance générale qui servirait de décharge pouj* tes employés de tous les bureaux de transit^.

1. Cewe. cJ^sQ, d'^e diffiçoité eut^ôja^a d^^J^^ pTat;iijitt^,,e8j r^té«| à peu prôs, à Tétat de lettre morte.

^arUdptlon is étrangers commerce iptériear.

Depuis la signature des nouveaux traités qui ont éta- Sli, entre la Chine et les autres pays de l'univers, des relations plus fréquentes et plus normales, les Chinois ne sont plus les seuls qui prennent une part active au trafic intérieur de l'empire. Non-seulement plusieurs maisons de commerce étrangères ont fondé des succursales dans quelques-unes des grandes villes arrosées par le Yang-tze-kiang, mais un service de steamers anglais et américains parfaitement organisé, fonctionne régulièrement sur le cours du grand fleuve. Les produits indigènes, les objets de toute nature que fabrique l'industrie nationale, les habitants eux-mêmes circulent sous pavillon étranger au cœur même de la Chine. Ses riches marchands organisent par actions, sur le modèle des sociétés européennes et avec le concours des capitaux européens , des compagnies de remorquage et de cabotage à la vapeur. Leur passion pour le commerce et leur âpreté au gain commencent à saper, avec une irrésistible vigueur, ces éternelles murailles que ne pouvaient entamer les efforts réunis de nos diplomates et de nos missionnaires. C'est toute une révolution.

GOIOIBRGE EXTÉRIEUR.

Part active fl'y prennent es étrangers.

Il y a longtemps déjà que les négociants île la Chine ont compris les avantages de toute nature que leur offre le transport des marchandises à bord des navires étrangers et qu'ils en profitent largement. L'ignorance Jes matelots indigènes, la fréquence des sinistres maritimes, la pesante lenteur des jonques, l'audace croissante de la piraterie , la détestable organisation et les habitudes factieuses des équipages, dont les hommes, plus ou moins intéressés dans la cargais<>n, supportent diflScilement le frein de la discipline, constituaient, pour le cabotage^et pour le commerce extérieur 'des Chinois, autant de périls dont ils ont cherché à s'affiranchir en faisant appel au concours intéressé de la marine étran-

gère qui leur offrait, en outre, la salutaire garantie des assurances. Tandis qu'autrefois une multitude de jonques, profitant du souffle périodique des moussons, sillonnaient les mers entre les principaux ports de la Chine *et ceux du Japon, de Tarchipel indien, de Siam, de la Cochinchine, ce sont aujourd'hui des bâtiments de commerce anglais, américains, espagnols, portugais qui fournissent à l'Empire du Milieu les riz des îles Luçon, les laques et les porcelaines du Japon, les nids d'hirondelles, les areks, les holothuries , les épices et les bois industriels de Batavia et des détroits, ou qui transportent dans ces divers pays les porcelaines, les soieries, les sucres, les drogues et les thés de la Chine. A de trèsrares exceptions près, on ne voit plus de jonques appareiller pour ces lointains voyages.

Sous l'empire d'aussi favorables circonstances, en même temps que sous la féconde impulsion des progrès toujours croissants de l'industrie européenne, le commerce étranger a pris en Chine un très-remarquable essor.

On peut en diviser l'historique en trois périodes bien distinctes qu'il est utile de connaître pour tous ceux qui jettent un regard intéressé ou simplement curieux sur l'extrême Orient. Nous essayerons de les esquisser à grands traits, nous réservant d'en retracer, en quelques lignes, les événements principaux au dernier livre de cet ouvrage, quand nous présenterons le bref récit des relations du monde civilisé avec l'Empire du Milieu. — La plus ancienne s'étend depuis le début même de ces relations jusqu'au traité conclu à Nanking en 1842, le premier acte international qui les ait fixées* — La seconde commence à la date de ce traité et finit en 1860, à l'époque où furent échangées, dans la métropole chinoise, les ratifications du traité de' Tien-.

COMMEBCE ÉTBANGER.

Historique

du commerce

étranger.

Iiiig8anteiil84a.

tsin. '» — • La troisième dure depuis cette époqjai». Pieirière période Pendant la première de ces trois périodes que L'oUr

pent faire remonter jusqu'à l'ambassade envoyée, en iS6, par l'empereur Marc Aurèle au pajrs qui produi*^ sait la soie, le commerce européen prend Baiseance en, • Chine et s'y développe avec des alternatives fréquentes* de bonne et de mauvaise fortune. Les annales historiques de Tempire le montrait établi à Canton,, à partir du 2* siècle de notre ère» et mentionnent cette ambassade. U faut admettre que Rome faisait venir de Chine la soie et le coton, par navires de comçierce ou par caravane, et que les nestoriens y pénétrèrent probablement à la suite d'une expédition mercantile. On ne peut douter que les Grecs du Bas-Empire n'aient emprunté à la Chine, par la voie d'un trafic assez étendu, des soieries, des cotonnades, des gommes et la feuille aromatique dumalabathrum dans laquelle on doit reconnaître le bétel ou le thé. Au i&® siècle, le voyageur arabes Âbuiaîd qui visite le Royaume du Milieut afiGurme qufaprèa la prise de Canfou ', l'armée victorieuse exerça- de sanglantes représailles et égorgea plus de cent mille négociants juifs, musulmans, chrétiens et parsis. Nous savons de source certaine, par les récits non moins curieux qu'authentiques de Marco-Polo et du diplomate arabe Ibn-Batouta, envoyé en mission par le sultan de Delhy, que, pendant les xm® et xiv^ siècles, la Chine était complètement ouverte, que, munis de passe-ports.

à . Ces traités ont été conclus à Tien-tsin en 1858. On sait qse réchange des rectifications a eu lieu à Pëking en 1860 et qu'il a été précédé d'éyënements militaires d'où sont sortis, pour les alîiés , de nouveaux succès diplomatigues.

2. Canfou ou bien Canp&n, dont on voit lesfuines près de Tchapoii, dons le Tchékiang, était le port florissant d'une des grandes villes de la Chine, Hang4chéou, aujourd'hui capitale de cette province. L'anéantissement de ce grand marché ne contribua pas peu, sans doute, à Uàtt de Caaton le prinoq^l eotrepit da eomneroe ^«nuif^-eft

des frontières.

DE L'A6R1CULT(3RE ET DU COMMBRGE 477

obtenus d'aîlleure sans difficulté, les marchands ou les iroyagwirs franchissaient librement ses frontières, parcouraient librement ses provinces, s'établissaient librement dans ses villes. Ce fut'un peu plus tard, sous !e règne des <emp^eurs mandchous, que les étrangers se rendirent suspects au gouvernement indigène par l'insolence de leur arttitude, la licence de leurs mœurs, la vio- Iwice de leurs procédés et qu'^elle opposa systématiquement à leurs entreprises commerciales ces formidables entraves qu'il a fallu briser à coups de canons.

Il est évidemraeent impossible d'apprécier, avec quel- cominercc que exactitude, la nature ou l'étendue du commerce général des frontières, lesTwtions authentiques quiper- •mettraient de les fixer faisant presque entièrement défont. Nous savons que les produits, échangés sur les confins de l'empire, entre ses haletants et les <;ontrées voisines, ysont apportés,soitpar les caravanes qui parcourent le nord €t le centre de l'Asie, soit par les barques qui remontent ou descendent les fleuves de l'Inde septentrionale; que ces produits sont assez peu Taries et que les marchés sont rares, attendu le petit nombre de routes commei*ciales. La Chine donne aux régions qui la limitent, vers le sud et le sud-ouest, du thé, des laques, ^es porcelaines, du coton, de la soie; les Annamites et les Indiens lui envoient de l'opium et du riz. Elle reçoit du Turkestan des chevaux, quelques denrées agricoles, des tapis, des marocains, des pierres précieuses e^ leur fournit surtout des étoffes. Les contrées sibérien" nés échangent leurs précieuses et rares fourrures contre son argent, et la Russie ses draps, ses velours, ses cou* tils de lin, ses cuirs, ses pelleteries contre ses thés, ses soieries, ses lainages, sa quincaillerie, son sucre, son riz, son tabac et ses drogues. Les plus riches entrepôts de ce trafic extérieur sont, depuis plusieurs siècles, TofJHtanrfou, au sud ; Yarkand et Kashgar, à l'ouest;

Houù^auen et ifa{*iita4cAtfi, au nord. Prte de cette dernière ville est située, sur le territoire sibérien, celle de Kiachta, le principal entrepôt du commerce russe

GoouBeree raise. ^^^ 1^ Chine.

Ce furent les traités de 1689 et de 1728 gui réglèrent les relations mercantiles des deux empires. Il fîit d'abord convenu que leurs gouvernements en conserveraient le monopole. Tous les trois ans, une caravane russe devait apporter à Péking et y échanger, en franchise de tout droit, des pelleteries appartenant à la couronne contre des marchandises chinoises. Vers la fin du dernier siècle , la Russie abandonna complète- . ment ce privilège. Dès lors, ses négociants purent fiûre A Péking des expéditions pour leur propre compte, en acquittant les droits de douane, et comme ils jugèrent avantageux, pour éviter des frais inutiles et pour supprimer la concurrence frauduleuse que leur faisaient, sur les frontières, leurs propres compatriotes, d'y transporter le centre de leur négoce, Kiackia, par où pas- Aaient leurs caravanes, et où avait été signé le traité de 1729» en devint naturellement l'entrepôt ^. Un terrain neutre, large d'un demi- kilomètre, sépare Kiachta du bourg de Maï-ma-tchin où s'établit le marché chinois. Pendant près d'un siècle, le commerce international . dont la valeur atteignait, en 1840, près de 40 millions . de roubles^ fut astreint, par les règlements, aux plus gênantes entraves. Non-seulement l'usage de la monnaie lui était strictement interdit, mais les marchands russes et les marchands chinois ayant formé, chacuns de leur côté, une coahtion pour la défense de leurs intérêts réciproques, toutes les affaires se traitaient par l'iutei^ médiaire de deux commissions auxquelles avait été

1. Kiachta est un bourg de 4 à 500 habitants, distant d*une lieue environ de la ville de Troitskosav ks, laquelle est située par le 60* 21 latitude nord et le i03o 34 longitude est.

DE L'AGKICULTUHË iùT DU GOMMËiJGE 479

confiée cette défense et dont tous les efforts tendaient naturellement à faire hausser les prix. Nous verrons plus tard que ce déplorable système, dont le moindre inconvénient était d'entraver sans cesse le mouvement des affaires, fut sagement modifié en 1855, alors qu'une fâcheuse expérience en eut surabondamment démontré les nombreux désavantages.

En 1537, au prix de beaucoup d'efforts et d'humiliations, les Portugais parviennent à jeter sur la presqu'île aride et rocheuse qui porte le nom de Macao, les humbles fondements d'une colonie tributaire de la Chine. Ces persévérants et aventureux navigateurs pren* nent bientôt une part active au commerce maritime de l'empire. Leurs hardies lorchas sillonnent en tous sens les mers qui l'entourent. Ils établissent des factoreries à Tchin-tchéou et à Ningpo ; ils sollicitent, par cinq ambassades successives, des privilèges que le gouvernement indigène, effrayé de leur audace, leur refuse obstinément. Ce dernier les fait expulser de Ningpo et 4e Tchin-tchéou vers la fin du xvi*^ siècle. Au xvui®, leurs affaires sont en pleine décadence ; ils ne jouent plus qu'un rô!e très-modeste sur la scène commerciale, où sont apparus depuis cent ans déjà les Anglais, leurs puissants et intelligents rivaux. Ceux-ci, en organisant par le moyen des receiving-ships, la contrebande de l'opium, qui avait imprimé, pendant quelque temps, une vigueur nouvelle au trafic portugais sur les côtes de la Chine, lui portent, au début du siècle actuel, un coup décidément fatal.

Les Espagnols ne lui firent jamais de sérieuse concurrence. Deux ambassades qu'ils envoyèrent à la Chine, en 1575 et 1580, n'eurent aucun résultat. Il est vrai qu'en récompense des services qu'ils avaient rendus au gouveruement impérial contre la piraterie, ils obtinrent et conservèrent, jusqu'en 1842, le monopole du négoce

Commerce . portagais

Commerce espagnol*

Commerce bo-llandais.

Commerces

français et américain.

étranger dans le port d'Âmoy. Mais ce négoce, qui se bornait à l'échange de quelques cargaisons de riz envoyées de Manille, contre deux ou trois chargements de pacotille chinoise, eut toujours fort peu d'importance. Une colonie chinoise nombreuse et active réside^ depuis deui siècles au moins, dans File de Luçon, où elle est . assujettie à des règlements fort sévères. $es besoins et ses ressources ont fait naître et alimentaient, en grande partie, le commerce d'échange dont nous venons de parler.

Inauguré, en 1655, par une ambassade qui fut accueillie dans la métropole impériale à force de générosité et de soumission, limité d'abord/ en vertu d'une convention officielle^ à l'envoi périodique de quatre navires qui devaient apporter en Chine» tous les huit ans, de nouveaux présents pour l'empereur, le commerce des Hollandais prit quelque essor à la suite de la restitution qu'ils firent» dix années plus tard» aux autorités indigènes de la cité d*Âmoy, conquise par leurs armes sur le pirate Ko-ching-a. On le trouve bientôt relégué à Canton, où la Compagnie des Indes orientales* entretient un agent consulaire, et où il subsiste péniblement jusqu'en 1842, soumis aux entraves et aux humiliations que la méfiance du gouvernement impose à tous les négociants étrangers.

Elles ne furent épargnées ni aux Français qui entretinrent à Canton, depuis la fin du xvi® siècle, un consul et une factorerie assez active, mais qui n'envoyèrent jamais d'ambassade à Péking,ni aux Américains, dont les premiers efforts commerciaux en Chine datent seulement de 1784. Le cabinet dé Washington avait constitué à Canton un agent consulaire qui ne parvint pas à entrer en relation oflScielle avec le gouvernement impérial.

i. Fondée à la Haye en 1602.

DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 48i

Malgré les jalouses manœuvres des autorités portu- commerce gaises, celui-ci, contraint par la force, avait permis, en ^^ 1837, à la puissante Compagnie des Indes de fonder une succursale à Canton. Les bâtiments qu'elle y avait envoyés furent sommés d'abord de reprendre le large et n'obtinrent Tautorisation de débarquer leurs mar- • chandises qu'après avoir fait feu sur les forts de Bocca- Tigris. Le commerce britannique avait débuté en Chine par un coup de force. Il se maintint à Canton pendant les deux siècles qui précédèrent la conclusion des traités de Nanking, à travers mille difficultés et mille péripéties, prenant chaque année un nouvel accroissement; surveillé d'un œil méfiant et perfidement exploité par l'administration indigène ; forcé par les circonstances à prendre une part plus ou moins directe à la contrebande de l'opium, et surmontant les périls de ce détestable trafic; tantôt suspendu, soit par l'ordre des autorités anglaises qui le contrôlent en le protégeant, soit par suite des exigences du gouvernement chinois; tantôt rétabli et reprenant avec courage le cours de ses brillantes affaires ; associant d'ailleurs à ses revers ou à ses succès, comme les astres entraînent fatalement avec eux leurs satellites, le sort des négociants de tous les pays que leur fortune avait fixés à Canton. Les faits suivants, qui seront exposés plus loin avec quelque détail, dominent tous les événements de cette longue période.

La Compagnie fait en vain d'énergiques tentatives, yaines tentative: par l'expédition directe de navires marchands ou par delà Compagnie

des Indes*

Tenvoi d'ambassadeurs à Pékingi, pour former des établissements de commerce dans les ports orientaux de la Chine. La première date de la fin du xvii® siècle; elle eut lieu tant à Amoy qu'à Formose où régnait alors le pirate Kochinga, On y fonda des factoreries

1. Missions de M. Flint en 1755, des lords Macartney et Amherst en 1792 et 1816.

L'£MPiRË DU MILIEU

Exigences

do gouTeniemeat

indigèoe.

Go-bong.

Suspensions daconuneree*

Institation

d'im

agent officiel

dont la prospérité, d'abord brillante, ne fut pas moins éphémère que la fortune du fameux pirate. La dernière échoua en 1832.

Une commission de consul est envoyée, en 1699, au président du conseil de surveillance et de direction institué par la Compagnie à Canton. Ce dernier devient ainsi l'agent officiel de la couronne britannique.

De nombreuses et intolérables exigences entraven sans cesse les affaires commerciales. Les droits d^ douane, toujours fort élevés, sont extrêmement variables. Le privilège de faire exclusivement le commerça avec les barbares et le soin de traiter avec les autorité» locales toutes les affaires qui les concernent, sont confiés à un corps de marchands, le Co-hong^ qui payent fort cher leur monopole. Us sont tenus pour solidairement responsables de la conduite des étrangers vi^-à-vis de leur gouvonement, et des dettes contractées par l'un oa plusieurs d'entre eux vis-à-vis des étrangers. Cette ingénieuse combinaison, dont profite largement le fisc impérial et qui épargne beaucoup de soucis à ses employés, amène mille difficultés et mille entraves. Elle est modifiée, en 1828, à la suite de nombreuses faillites, pour ce qui concerne la mutuelle responsabilité des marchands hongs envers le commerce étranger; mais ceux-ci conservent tous leurs privilèges jusqu'au nou* veau régime inauguré par le traité de Nanking.

Les suspensions momentanées des relations commerciales, suspensions auxquelles ont recours tantôt les autorités indigènes, tantôt les agents anglais pour obteuir la réparation de leurs mutuels griefs, deviennent de plus en plus fréquentes et déplus en plus désastreuses à mesure que l'importance du commerce grandit.

En 1834, les privilèges de la Compagnie ayant pris fin, le conseil institué par elle à Canton est remplacé par un comité de surveillance auquel le gouvernement

Jbritanniqne substitue, deux ans plus tard, un seul agent politique et commercial.

Cependant la contrebande de l'opium, qui avait pris contrebande naissance vers le milieu du xvui® siècle et qui versait à deropiam. peine sur les côtes de l'e^lpire, en 1767, 1,000 caisses de ce pernicieux narcotique, grandit et s'organise puissamment. Exercé d'abord par les Portugais, elle passe presque toute entière entre les mains des Anglais, dès qu'elle devient largement fructueuse. Ceux-ci établissent des entrepôts flottants, qu'ils nomment Receivingship» au fond des criques étroites et profondes qui découpent les côtes orientales de la Chine et repoussent, i coup de canon 9 les légitimes agressions de la douane impériale. Le gouvernement chinois essaie sincèrement» mais en vain, de prévenir par des mesures vigoureuses, l'introduction de l'opium, et rejette imprudemment les judicieux avis de l'un de ses fonctionnaires qui lui conseille d'en légaliser le trafic au profit du trésor, en le frappant de droits très-élevés^. La contrebande est, pour tous, une source de mille périls; les autorités anglaises encouragent, par une secrète tolérance, des abus qu'elles blâment et qu'elles désavouent publiquement; l'administration indigène les réprime mollement, soit que ses représentants fassent usage eux-mêmes du narcotique, soit que les fraudeurs achètent leur coupable connivence, ou bien sévit contre eux avec des redoublements de violence, quand elle reçoit de Péking des instructions plus sévères. Le commerce autorisé, souffre grandement d'une situation pleine d'embûches et d'incertitudes, qui entretient les esprits dans un perpétuel état d'alarmes, de méfiance et d'irritation. Elle prend un aspect plus sombre en 1830, après l'arrivée du commissaire impérial Liurtse-tsUf honnête, mais

1. Leprésident de la cour des sacrifices Hu-nai-tsi qui avait rempli à Canton les fonctfpns de jage et de commissaire des ^els.

484 L'£MPIRE DU MILIEU

inflexible exécuteur des instructions de son souverain. Ses injonctions n'ayant pas été ponctuellement obéies, malgré le bon vouloir du surintendant Elliot, il se fait livrer, par menace et par violence, tout Topium que renfermaient les Receiving-ships . 20,000 caisses lui sont renûses et leur contenu est entièrement détruit par ses ordres. Les résidents anglais se réfugient à Macao et à Hong-kong. La querelle s'envenime; le commerce bri^ tannique est rigoureusement interdit sous tous les ^pavillons, et la guerre est déclarée.

Denziène

période Mstoriinie L' admission des étrangers dans quatre nouveaux ports :

Amoy^ Fou-tchéou^ Ningpo et Shang-haï ; — la réglemen-

àTantages obtenu tation d'un tarif établissant *, pour les navires anglais, parles traités une taie uniforme de 5 maces par tonneau, et pour les marchandises des droits qui dépassaient très-rarement 5 pour iOO ad valorem ; — la délimitation, autour des cinq ports, d'une zone assez étendue, dans laquelle les résidents étrangers pourraient circuler librement, et, dans cette zone , de certains espaces sur lesquels ils pourraient faire, en invoquant au besoin, l'appui des autorités locales, des acquisitions foncières ou se construire des demeures ^; — la suppression des Hongs et des linguistes dont l'intermédiaire obligé était une source de mille désagréments et de mille entraves ; — l'organisation du pilotage; — l'assimilation hiérarchique des fonctionnaires chinois aux fonctionnaires britanniques et, par conséquent, TaboUtion des privilèges offensants que s'étaient réservés les autorités indigènes; — la concession, en toute propriété, de Hong-kong à la couronne d'Angleterre; — en un mot, le commerce anglais affranchi, étendu, fixé, protégé : — tels furent les fructueux avantages stipulés par la convention de Nan-

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