CHAPITRE SEPTIEME
LES CHINOIS
I. DIVERSITÉ DES CHINOIS. Il II. ORIGINE DES CHINOIS. Il III. LES CENT FAMILLES OU FAMILLES DES BAK. Il IV. ANTIQUITÉ DES CHINOIS.
CE peuple chinois, tellement différent des Occidentaux, cette nation singulière, si remar- DivERSiTÉ quable en tout, celle qui, parmi toutes les autres, DES a su le mieux modifier sa llore et sa faune, forme,
CHINOIS nous ne dirons pas une race, mais un groupe
absolument distinct.
On en faisait auparavant le représentant essentiel de la race dite « mongole », bien qu'il contraste suffisamment avec les tribus nomades de ce nom; mais cette expression, à laquelle on attachait autrefois une valeur précise, n'indique plus aujourd'hui que les rapports de voisinage entre les nations de l'Asie orientale.
La population chinoise est évidemment très mélangée, et les types les plus divers se rencontrent dans l'immense étendue de l'Empire, de Canton à Moukden et du Chantoung au Setchouen ; mais c'est précisément le type envisagé sous le nom de mongol que l'on trouve le moins souvent représenté parmi les € Enfants de Han ».
En essayant de reconnaître dans les immenses foules du Royaume Central quels sont les Chinois moyens, considérés comme types de la prétendue race, on voit apparaître des individus de taille médiocre, assez gracieux de formes et grêles de membres, portés quelquefois à l'obésité, surtout dans les provinces du Nord.
La Chine. livre
Ces Chinois « typiques » ont le visage rond, les os maxillaires élevés; la saillie des pommettes semble s'être développée aux dépens des os propres du nez, qui sont larges et aplatis, de manière à ramener vers le bas l'angle interne des paupières : de là ces yeux obliques et petits, qui sont un des traits caractéristiques des Chinois. Disons ici que, d'après Imbault Huart, les « fils de Han » naissent avec un nez qui ne diffère pas de l'européen ; mais « il faut souffrir pour être beau » : on comprime donc, on presse, on écrase patiemment, des mois durant, les os et cartilages tendres jusqu'à parfaite « beauté » de ce trait principal du visage. « Quand elles ne sont pas surveillées de près, les nourrices chinoises font la même chose aux enfants des étrangers . aussi y a-t-il beaucoup de blancs nés en Chine de parents européens ou américains, qui ont le nez légèrement aplati. » Les cheveux, de même que les yeux de Jean le « Chinois », sont toujours noirs, mais grossiers et rudes; la barbe est rare, surtout parce qu'il est d'usage de s'épiler jusqu'à l'âge de trente ans, et l'on entrevoit à travers les poils le fond blanc, jaune ou brun de la peau, suivant les climats. La forme générale du crâne est allongée, principalement chez les citadins, tandis que les Mongols ont d'ordinaire la tète beaucoup plus arrondie. La plupart des Chinoises sont petites et menues; celles qui s'occupent aux travaux les plus pénibles gardent la délicatesse de leurs formes. Différentes à cet égard des femmes d'Europe surmenées de travail, elles ne perdent ni la souplesse du corps ni la grâce des allures; seulement leur teint se brunit par le soleil et le grand air.
Déjà dans les anciens livres et dans les discours de Confucius il est question des contrastes qu'offrent les traits physiques et les caractères moraux entre les différentes populations de la Chine : celles du nord seraient composées de braves ; les hommes du midi auraient la sagesse et la prudence en partage; ceux de l'est se distingueraient par la bienveillance et l'humanité; ceux de l'ouest se recommanderaient par les mœurs fidèles et sincères.
Les voyageurs, observateurs, auteurs de ce temps-ci notent également, de province à province, les différences qui les frappent dans le type et le caractère des habitants.
Au-dessus des divergences locales, il paraît bien démontré que les Chinois septentrionaux ont plus de calme, de douceur, de politesse, de tenue, qu'ils font moins grise mine aux étrangers; que les Chinois méridionaux, surtout les Cantonais, l'emportent en énergie, en audace, en rudesse, comme ils l'ont toujours prouvé, comme ils le prouvent encore dans la guerre
PREMIER Les Chinois.
et dans la paix qui, pour beaucoup d'entre eux, les pirates, était ou est encore la guerre.
On s'accorde à donner la palme aux gens du Chantoung pour la valeur physique et morale. Les hommes du Chantoung, dit à peu près Archibald Colquhoun, dans sa China. In tran^formation, les hommes du Chantoung l'emportent sur le reste des Chinois. La marine de l'Empire en tire ses meilleurs matelots, et sur terre ils ont diversement montré leur prouesse comme pionniers plus ou moins brigands et comme colons dans le Liaotoung et la Mandchourie. A la subordination de la Mandchourie la Russie ne gagne pas seulement des territoires précieux, mais surtout le peuple guerrier, industrieux, intelligent, assimilable des émigrés du Chantoung.
Quelles que soient toutes leurs vertus, et aussi leurs défauts, il est et demeure donc certain que les Chinois des diverses provinces contrastent nettement les uns avec les autres. Ce qui fait le lien national, c'est la civilisation commune et non la race, car les éléments aborigènes du peuple se sont mêlés diversement avec des Tibétains, des Turcs, des Mongols, des Mandchoux, des Barmans, des Malais, et de nombreuses peuplades encore à demi sauvages, Si fan et Miaotze, qui n'ont pas même de désignation ethnique.
Mais voici déjà quatre ou cinq dizaines de siècles que les cultivateurs de toute origine vivant dans la vaste région naturelle du Hoang ho et du Yangtze kiang ont les mêmes destinées historiques, parlent les dialectes d'une même langue et sont devenus une même nation. Peu à peu, par l'effet du temps, maint contraste s'est effacé entre les races primitives. Mais l'opposition subsiste encore avec une singulière vigueur dans quelques provinces du midi, notamment dans le Fo'kien et le Kouang toung : les habitants de ces pays forment, pour ainsi dire, comme deux nations plus ou moins entremêlées suivant la vallée ou la montagne.
Où naquit cette civilisation première qui, II d'éléments nombreux, finit par constituer, d'une
ORIGINE part, la grande nation chinoise, tandis que, DES d'autre part, d'après maints anciens auteurs
CHINOIS dont l'erreur est désormais démontrée, elle aurait fourni à la race blanche même ses premiers éléments de culture?
A cette question le Chinois peut répondre en toute vrai-
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semblance que c'est du nord-ouest que lui vint la lumière, à travers le désert du Gobi, « qui, à ce moment-là, peut-être, n'était pas un désert ».
Il est très probable en effet que cette vaste région de la « terre jaune », située principalement au nord du Hoang ho, exerça une influence capitale dans l'histoire de la civilisation des peuples de la Chine. Nulle part dans le monde il n'existe en un seul tenant une aussi grande étendue de terres d'une culture facile : sur un espace égalant en superfîcre une fois et demie la France, le sol est partout léger, friable, propre à la culture des plantes nourricières; seulement les sommets de quelques montagnes apparaissent au-dessus de cette terre jaune, que la charrue pourrait transformer entièrement en un champ de céréales tel qu'il n'y en aurait pas de pareil au monde.
Ainsi des millions, et encore des millions de paysans ont trouvé facilement leur subsistance dans cette ample contrée, où de plus ils avaient l'avantage d'être protégés contre les nomades des alentours par les ravins et les défilés d'érosion, qui font de la contrée un labyrinthe inaccessible aux étrangers. Cette région de la terre jaune, Hoang tou en chinois, était donc des plus favorablement situées pour une société se développant normalement en paix.
A mesure que se desséchaient les lacs de l'Asie centrale et que le désert empiétait sur les cultures, les populations, refoulées des pays de l'ouest, où elles s'étaient trouvées en rapports continus avec des Chaldéens, des Hindous, des Persans, descendaient vers le Hoang tou. portant avec elles leurs connaissances et leurs industries. Chaque vallée fluviale devenait un chemin pour la civilisation du peuple d'agriculteurs; de proche en proche, la culture, le langage, les mœurs, les arts se propagèrent du nord au sud dans toute la contrée qui est devenue la terre chinoise.
Si, parmi les points cardinaux, les Chinois donnent la prééminence au sud, si leurs chars d'honneur sont tournés vers le midi et s'ils cherchent leur méridien magnétique en regardant vers le pôle austral de leurs boussoles, la raison en est peut-être à ce que le mouvement de migration et la marche de la civilisation chinoise se sont faits principalement dans ce sens.
C'est ainsi qu'aux États-Unis les progrès incessants de la colonisation à l'occident des Alleghanies avaient donné à l'horizon du couchant une sorte de supériorité mystique ; « C'est à l'ouest que nous guide l'étoile de l'Empire ! » répétèrent longtemps les Américains du Nord.
PREMIER Les Chinois.
La science vient de le démontrer, sans con- /// testation possible : non seulement la civilisation
PROVENANCE chinoise n'a pas fourni le germe de la civilisation OCCIDENTALE occidentale; mais tout au contraire c'est l'Occi- DE LA dent, en ce cas spécial, l'Occident de l'Asie, notre CIVILISATION « Asie Mineure », qui donna le levain de fermencHiNoiSE : tation à la communauté du Hoang ho destinée à LES devenir le Grand et Pur Empire.
CENT FAMILLES Le uom de Bak Sing, que les Chinois attri-
buent aux fondateurs de leur Royaume Fleuri, se traduit unanimement chez eux par « les Cent Familles », mais il signifie tout aussi bien « les Familles des Bak ».
Et ici nous touchons au vif des origines de la civilisation chinoise, dont Terrien de la Couperie a définitivement démontré la provenance occidentale dans des ouvrages d'une science sûre, d'une pénétration merveilleuse — œuvres d'ailleurs de forme incohérente, de style diffus et confus.
Les chroniques de la Chine, dans leur partie semi-historique, semi-mythique, ne remontent guère au delà de quarante siècles, à l'époque de l'empereur Yu, auquel on attribua naturellement, comme à un Hercule, toutes les actions héroïques, tous les faits mémorables, et toutes les inventions, comme à un Dieu ou demi-Dieu. Ce dut être à peu près à cette époque-là que les émigrants occidentaux, porteurs de l'avenir, firent leur entrée dans le Royaume Fleuri par les frontières du nord-ouest, lis y trouvèrent probablement des villes, des tribus, des nations, des richesses, tout comme les Romains en Gaule.
Donc, Bak Sing, les Cent Familles ou les Familles des Bak, les Chinois appellent ainsi les fondateurs de leur histoire, de leur société. « Cent Familles » peut-être, parce que les nouveaux venus se groupèrent en communes analogues aux tîundreds des Anglo-Saxons.
Mais, d'après Terrien de la Couperie, le nom des Bak est vraiment un nom propre. Il représente un peuple des Bak, qui vivait autrefois en Chaldée, sur le bas du fleuve de l'Euphrate, et qui, dans ses diverses stations sur la route de l'Orient, aurait laissé son ethnique à un grand nombre de villes et de lieux. Tels Bag-dad, Bag-istoun ou Bisoutoun, le lieu de la fameuse inscription trilingue de Darius, fils d'Histaspas, Baktyari, Bac-tros, Bac-triane. Les Bak seraient le même peuple que les Sag-gigya ou les « Hommes à tête noire » dont parlent aussi les annales chaldéennes, et dont le nom se retrouve en Chine dans celui de Limin, « race à cheveux noirs » que les Chinois s'appliquent volontiers.
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Suivons l'itinéraire que Terrien de la Couperie trace aux Bak de la plaine potamique de Chaldée.
Ils seraient, ou ils sont d'abord montés dans la Susiane, où ils seraient ou sont restés longtemps sous la puissance de rois portant le titre de Nakhonte.
Puis ils auraient ou ont émigré plus à l'est, dans le pays qui aurait ou a reçu d'après eux le nom de Bactriane.
Ensuite et enfin, par petits groupes ils auraient ou ils ont franchi les Pamir pour redescendre dans le pays des Cinq Fleuves, la Kachgarie de nos jours, et gagner peu à peu la contrée qui est maintenant la province du Kansou : la nature du climat, vraisemblablement plus humide alors qu'aujourd'hui, aurait ou a facilité le mouvement de migration.
Le nom du chef Nakhonte sous lequel se serait ou s'est accompli cet exode se retrouve en chinois sous la forme de Naï Hoangti. Et c'est quarante-deux siècles exactement qui se seraient ou se sont écoulés depuis que le peuple de la Mésopotamie occidentale aurait ou a pénétré dans le bassin de la Mésopotamie orientale.
11 est certain que les savants peuvent contester les détails et les dates précises, l'itinéraire du voyage et le sens des mots transcrits par Terrien de la Couperie; mais ce que l'on ne saurait contredire, c'est le fait même de l'immigration de nombreux colons venus des bords de l'Euphrateà ceux du Hoang ho et portant avec eux une civilisation qui se greffa victorieusement sur la civilisation nationale. A cet égard les preuves recueillies ne peuvent laisser aucun doute : c'est par centaines que Terrien les énumère. En voici quelques-unes.
L'écriture chinoise dont on se servait à cette époque n'était autre que l'écriture cunéiforme telle qu'on la retrouve sur les monuments de Ninive et sur la haute paroi de Bisoutoun. L'expression dont on fit usage dans le Royaume Fleuri pour désigner ces caractères est le terme de « griffes d'oiseau ». Les signes furent d'abord identiques, mais la différence des matériaux employés leur fît bientôt changer de forme : au lieu de graver sur la pierre, les Chinois apprirent à peindre sur des fragments de bambous, et peu à peu les lettres eurent à subir une évolution c]ui les transforma entièrement; mais on a constaté toute la série des transitions, aussi bien dans la forme que dans le sens des lettres.
Les apports les plus évidents, où l'on ne saurait voir l'effet d'une simple coïncidence dans l'évolution générale, se retrouvent dans les connaissances mathématiques et astronomiques des Chinois. Les anciens Bak avaient appris des
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Chaldéens à préciser la longueur de l'année solaire; ils la divisèrent comme eux en douze mois et en quatre saisons, auxquels ils donnèrent des noms d'un symbolisme analogue. Ils partagèrent ainsi qu'eux les mois en subdivisions de sept jours et de cinq jours et leurs heures firent aussi quotidiennement deux fois le tour du cadran. Ils connurent également la période astronomique du nombre d'or, des dix-neuf ans, période indiquant le retour d'une coïncidence de marche entre le soleil et la lune, et que l'on crut longtemps avoir été découverte par les Grecs — mais que l'on sait maintenant être du fait des Chaldéens.
Et que d'autres ressemblances intimes! Les Chinois observèrent les étoiles à leur passage méridien au moyen d'instruments analogues à ceux des astronomes de Chaldée, et ils professèrent les mêmes théories au sujet des planètes qu'ils symbolisèrent par les mêmes couleurs; ils surent calculer le retour des éclipses et leurs annales astronomiques signalent une éclipse de soleil qui eut lieu il y a quatre mille cinquante ans. Les uns et les autres désignèrent par des synonymes les Pléiades, l'Étoile Polaire, la plupart des signes du Zodiaque. Ils usèrent des mêmes poids et mesures, ils eurent la même échelle de musique, les mêmes systèmes décimal et duo-décimal, les mêmes nombres sacrés pour les calculs de magie et les cycles d'années, enfin les mêmes i)oints cardinaux, mais disposés d'une autre manière, comme si l'on avait fait tourner la rose des vents, le nord se trouvant toujours placé à l'endroit où nous avons l'habitude d'indiquer l'ouest : or, les découvertes récentes des assyriologues ont montré que diverses populations de la Mésopotamie déplaçaient de la même façon leur table des points cardinaux.
En admettant donc, ce dont il ne convient plus de douter, que les Bak modifièrent le peuple du Hoang ho comme les Grecs l'Italie, et les Romains la Gaule, les dits Bak n'apportèrent pas avec eux l'écriture et les sciences seulement, mais aussi les arts et les métiers. Ils connaissaient les métaux nobles et savaient les fondre; ils fabriquaient des bateaux de cuir, ils harnachaient deux chevaux de front à leurs chariots de guerre, ils reproduisaient des figures sur leurs poteries et leurs vases de métal. Tout cela ils l'apprirent aux Chinois.
Ils leur apportèrent aussi, naturellement, des légendes que les « fils de Han » accommodèrent à leur manière, notamment celle du déluge.
Enfin ils arrivèrent avec le plus précieux des grains, avec le froment nourricier.
Ainsi l'histoire du monde est redevable à des savants péné-
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trants, et à Terrien de la Couperie plus qu'à n'importe lequel d'entre eux, de ce fait capital dans les annales de l'humanité : les deux plus grandes civilisations des hommes, si diverses, et même à un certain point contradictoires entre elles, ont toutes deux une même origine, au pays des Chaldéens contemplateurs du ciel étoile.
Comme celles de l'Europe, les populations
IV de la Chine ont eu leurs âges de pierre, de
ANTIQUITÉ bronze, de fer, et les collections de l'Extrême
DES Orient renferment des instruments et des objets
CHINOIS de toute espèce, semblables à ceux des périodes paléolithique et néolithique de l'Occident. Sladen a rapporté du Yunnan plusieurs haches en jade. Comme en Europe, ces armes d'autrefois sont des « pierres de foudre », des traits lancés par le dieu du tonnerre. Les Chinois ont divisé les âges antérieurs à la civilisation actuelle en trois époques correspondant à celles de nos archéologues : « Pu hi, disent-ils, fabriquait des armes en bois; celles de Thin ming étaient en pieri'e, et celles de Chi yu en métal » ; mais lorsque les armes de fer étaient déjà connues, les flèches de pierre étaient encore considérées comme ayant une vertu symbolique, et dans les mains du souverain elles étaient tenues pour un insigne de la royauté. Jusqu'au xii"^ siècle de l'ère ancienne, les empereurs de Chine recevaient en tribut des tètes de flèches en pierre, et longtemps encore après cette époque, les tribus sauvages qui vivent à l'occident de l'Empire se servaient d'armes de cette espèce. Les Chinois ont encore dans leur écriture un caractère particulier qui signifie « pieri'e à fabriquer des pointes de traits ».
La nation chinoise a passé par une série de progrès correspondant à ceux des nations civilisées des autres parties du monde; seulement, ces premières évolutions ont été terminées plus tôt dans le « Royaume Fleuri », après qu'il eut reçu du peuple errant des Bak le principal ferment de sa civilisation.
Ces habitants de l'Europe occidentale, aujourd'hui très outrecuidante, et comme folle d'elle-même, étaient encore en pleine sauvagerie lorsque les Chinois, il y a quatre mille ans, écrivaient déjà leur histoire.
En dépit des pauvretés de style et de pensée, malgré le fatras des redites, le corps des annales chinoises est le monument d'histoire le plus authentique et le plus complet que possède l'humanité. Pour l'ancienneté des chroniques et la cer-
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titude des faits qu'on y rapporte, aucun peuple ne possède un trésor comparable à celui que les historiographes ont légué au peuple chinois, encore que jadis l'empereur Tsin-chi Hoangti, « voulant que le monde commençât avec lui, que tout le passé fût enveloppé dans un oubli éternel », ait condamné au feu tous les livres gravés jusqu'à son avènement, sauf, dit-on, ceux qui traitaient de la divination, de l'agriculture et de la médecine. Mais l'ordre du souverain ne put être exécuté ex œquo dans tout l'Empire, et nombre de volumes, d'une manière ou de l'autre, échappèrent à la proscription.
Vicissitudes politiques, phénomènes de la nature, événements de toute espèce sont également enregistrés dans ces chroniques du temps passé de la Chine, et la science doit utiliser avec d'autant plus de confiance ces annales régulières et précises que des observations astronomiques, faites à diverses époques et racontées dans ces documents, permettent d'en contrôler les dates sous les vingt-deux dynasties auxquelles a obéi ce grand pays durant les quatre mille années de son histoire à nous connues.