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CARTE PHYSIQUE DE LA CHINE

M /O ^K \G O l^Cl E.

Courbes hypsométriques

DEUXIÈME Bassin du Peï ho : Le Petchili, Peking.

Peu de contrées en Chine sont plus charmantes que tout ce gracieux pays de collines entouré par l'amphithéâtre du Tahang ling, dont la crête, hérissée des tours de la Grande Muraille, se déroule au nord et à l'ouest de la plaine. Des rivières, des ruisseaux et des cols peu élevés divisent cette région des collines en massifs distincts, tels que le Tahing chan, immédiatement à l'ouest du Palais d'Été; le Tsingchoui tsien, aux parois bizarrement découpées; le Pohoa chaii ou la € Montagne des Cent Fleurs », qui s'élève à plus de 2 250 mètres au sud de la vallée du Tsingchoui, dans une région parsemée de petits villages habités par des Chinois convertis au catholicisme.

La banlieue de la capitale est couverte de monuments de marbre, qui pour la plupart sont des tombeaux de famille, ombragés par des massifs de pins et de genévriers : presque tous ont la forme de gigantesques tortues portant sur leur carapace une tablette revêtue d'inscriptions. Les cimetières des familles princières sont ornés à rentrée d'effigies colossales de lions en bronze ou en marbre ; çà et là des allées funéraires sont gardées par des statues d'animaux.

Les Européens visitent surtout, à l'ouest de la ville, le cimetière dit « portugais » et le cimelière « français > où reposent les corps de Ricci, de Verbiest, d'Amiot, de Gaubil, de Gerbillon et d'autres missionnaires célèbres qui contribuèrent pour une si large part à faire connaître à l'Europe la géographie de la Chine et les mœurs de ses habitants. Pendant les trente années que dura l'exil des prêtres catholiques avant la prise de Peking par les alliés, la légation russe se chargea de l'entretien de ces deux cimetières, ainsi que de la riche bibliothèque des jésuites, restituée maintenant aux missionnaires français.

Les « tombeaux des Ming d ou les Chisan ling, c'est-à-dire les « Treize Fosses », se trouvent à une quarantaine de kilomètres au nord de Peking, dans un cirque solitaire des montagnes de Tienchou, où l'on pénètre par un défilé que termine un magnifique porche de marbre. La plus remarquable, celle de l'empereur Yunglo, entourée comme toutes les autres de pins, de chênes, de sycomores, est à l'extrémité d'une grande allée de statues de marbre représentant douze hommes, fonctionnaires, prêtres ou guerriers, et douze paires d'animaux, éléphants, chameaux, lions, chevaux, licornes fabuleuses et kilin mythique, les uns agenouillés, les autres debout.

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Tous ces animaux sont taillés dans un seul bloc, il en est qui dépassent 4 mètres de hauteur; mais, disséminées sur une trop vaste étendue, sans aucune entente de la perspective, sans recherche d'aucun effet d'ensemble, ces effigies énormes paraissent grotesques. Près de la tombe, le temple des sacrifices repose sur soixante piliers de laurier nanmou, et non de tek, comme on le dit généralement, ayant chacun 13 mètres de hauteur et 3 mètres de circonférence. Le corps a été enseveli au fond d'une longue galerie, sous la haute pyramide naturelle de la montagne. Cette dernière demeure d'un potentat mort au commencement du xvi'= siècle, lui avait servi de palais d'été. Comme presque tous les monuments chinois, consacrés jadis aux morts ou bâtis pour les vivants, les tombeaux des Ming, livrés à l'abandon, luttent contre la nature et le temps, contre l'herbe, la brousse, l'intempérie, l'usure, la pourriture, « et des milliers de chauves-souris maculent de leurs fientes la tablette funéraire du très parfait ancêtre et empereur Yunglo ».

D'autres nécropoles impériales sont disséminées dans la plaine du Petchili. Les tombeaux de la dynastie des Kin, ruines informes qui datent des xii'' et xiii^ siècles, se voient près de la ville de Fangchan, au sud-ouest de Peking. Quant aux monuments élevés sur les corps de Kanghi, de Kienloung et de quatre autres empereurs de la dynastie des Tsing, nul Européen n'avait encore été admis à les voir avant l'invasion récente des alliés; ils sont enfermés dans un grand parc situé au sud-ouest de Peking, près de la ville de Yi tcheou : ce sont les Siling ou « Tombeaux occidentaux ».

Les Toungling ou « Tombeaux orientaux » sont situés à 130 kilomètres au nord-est de Peking. Des constructions temporaires, élevées dans le voisinage de la ville, gardent les corps pendant des années en attendant que les monuments définitifs soient achevés. Pour transporter les plus lourds blocs de marbre des effigies, on construit des routes temporaires et l'on se sert de camions à seize roues traînés par un équipage de six cents mulets.

Telle est, ville et banlieue, cette capitale ex-

VI traordinaire, aux violents contrastes, à la fois

CLIMAT cité, faubourg et campagne, ici prodigieusement

DE peuplée, animée, rumoreuse, là, vide, discrète,

PEKING silencieuse, en parcs, forêts et jardins; attirante

ici, là répulsive, sordide, infecte, sous un climat

difficile dont on connaît bien les éléments, grâce aux registres

DEUXIÈME Bassin du Peï ho : Le Petchili, Peking,

météorologiques tenus par les savants de l'Observatoire russe depuis 1741.

De ces registres il résulte que la capitale chinoise n'a pour moyenne de l'année que 11*^,7, soit exactement un degré seulement de plus que la moyenne de Paris, dans une ville dont la latitude est plus méridionale que celle de Naples. En moyenne, le minimum y est de— loo,2, le maximum de + 36°, 3 — d'où ulo,5 pour l'écart des variations extrêmes annuelles. Mais cet écart-là peut dépasser 60° dans les années donnant d'une part — 21°, d'autre part + 40*^.

Donc, climat extrême, où janvier est le mois le plus froid, et juillet le mois le plus chaud.

Et aussi climat sec, avec 652 millimètres seulement de pluie par année, répartis principalement sur les mois de juin, de juillet, d'août, par orages très abondants; très peu de pluie durant l'automne, peu de neige en hiver, et de nouveau guère de pluie printanière.

Enfin, malgré cette sécheresse, malgré le balayage de l'air et du sol par des vents impétueux, climat peu salubre à cause de l'imperfection du système des égouts, de la mauvaise tenue de la voirie, des microbes latents dans la boue ou la poussière des rues, de l'insouciance incroyable du peuple comme des autorités, qui permettent aux charognes de se décomposer à l'aise dans les rues, qui arrosent les chaussées avec l'eau pourrie des fossés, et qui ont adopté de gaîté de cœur le fameux : « laissez faire, laissez passer! »

Aussi les épidémies y font parfois de terribles hécatombes ; un choléra tout récent y a raflé dans une seule année de 40000 à 50000 hommes; bien plus encore d'après certains témoins.

Les enfants y meurent comme des mouches : c'est par « fournées » que les emporte vers quelque fosse commune de la banlieue le tombereau macabre chargé d'enlever les défunts, petits ou grands, des familles trop pauvres pour la somptuosité, la convenance ou seulement la possibilité des funérailles.

L'œuvre de destruction surtout en temps de choléi^a, variole, typho'ide, rougeole, épidémie quelconque, a pour principal artisan la misère physiologique d'une multitude extraordinaire de cachectiques, phtisiques, ulcéreux, cancéreux, lépreux, d'une « puissante » armée de mendiants montrant leurs plaies et leurs tares. On en a vu des centaines à la fois devant la porte de l'hôpital français à l'heure de l'arrivée du docteur de la légation.

Matignon, qui qualifie de « force imposante » la corporation des mendiants de Peking, regarde comme exagéré le

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chiffre de 100 000 miséreux qu'on attribuait à la métropole de la Chine.

Tientsin ou le « Gué du Ciel » est le port

naturel du Petchili, comme de la région septen-

vn trionale du Chansi, province riveraine du moyen

TIENTSIN fleuve Jaune, en arrière du Petchili.

C'est aussi à un certain degré et jusqu'à dépossession possible et probable au profit d'une autre ville du golfe de Liaotoung ou du golfe de Petchili, après l'exécution du réseau des chemins de fer russes de la Mandchourie, c'est également le port de la Mongolie en même temps que de la Transbaïkalie.

Grands sont les avantages dont elle jouit pour le trafic : elle n'est qu'à 125 kilomètres au S. E. de la capitale de l'Empire, 100 seulement à vol d'oiseau, à 50 kilomètres en ligne droite de la mer, sur le Peï ho, fleuve navigable, qu'on pourra rendre plus navigable encore après amélioration de sa barre, au point de départ du canal Impérial, voie de commerce qui se poursuit jusqu'au bas du fleuve Bleu. Elle a son site dans une région d'extrême fertilité, plaine interminable, couverte de coton et de millet, au lieu de convergence de plusieurs chemins naturels formés par les rivières de la contrée; malheureusement le sol est bas, çà et là marécageux, exposé aux inondations, et à certaines époques l'air y est lourdement humide : elle est à 2 mètres seulement au-dessus du niveau des mers, entre un lac Taho au nord et un lac Tapo au midi.

Ce n'était que peu de chose, presque rien, simple poste militaire il y a deux cents ans, mais par le développement de son trafic avec l'étranger, elle est devenue l'une des grandes cités de la « Fleur du Milieu » et la voici peut-être deux fois plus peuplée que la capitale de l'Empire. C'est à partir du traité, dit de Tientsin (1858), qui régla et facilita les rapports commerciaux entre les Européens et les Chinois, que cette ville, devenue l'un des « ports à traité *, a démesurément grandi, que même elle a presque quintuplé ses Tientsinois.

Elle importe principalement du riz ; puis des étoffes, de l'opium, de la quincaillerie d'Europe, qu'elle paye en laine et en coton bruts, eu peaux et en fourrures, en pailles tressées, en poil de chameau. C'est à Tientsin que le gouvernement a établi, pour tout le nord de la Chine, le dépôt général du sel, dont il a le monopole, et les magasins de céréales qui servent à l'approvisionnement de Peking. D'énormes amas de sel, de

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riz, de froment, couverts de nattes, se succèdent au bord du fleuve.

Dans le principe, lorsque Tientsin fut un des ports à traité désignés pour les rapports de trafic entre Chinois et « Bar-

Fig. 4. — Tientsin et le bas Peï ho.

E.de Greenw. n/ois-

="="=*=" Chemîn de fer. c== Route, =t== Chemin de fer projeté.

50Kil.

bares », le grand bloc de la navigation sur le Peï ho, ici communément appelé Haï ho ou « Fleuve de la Mer », appartenait aux négociants anglais, mais en peu d'années les Chinois ont réussi à conquérir la première place. Ils ont ajoutée leurs flot tilles de jonques des navires de construction européenne et possèdent même de nombreux bateaux à vapeur qui font journellement le service du fleuve, en aval et en amont de la ville.

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Si en 1873 le mouvement du port de Tientsin se résuma par 103 865 tonnes sous pavillon anglais, 99 296 sous pavillon américain, 22 022 sous pavillon chinois (plus 33 940 pour tous les autres pavillons réunis), déjà les parts respectives avaient été comme suit en 1879 : sous pavillon chinois, 263 000 tonnes, sous pavillon anglais 194 580, sous pavillon américain 25 475, et 37 930 pour tous les autres. En 1899, pour un mouvement total de 292 millions de francs, les rangs sont comme suit, avec de nouveaux rivaux en ligne : en tête les Chinois, en second lieu les Anglais, en troisième les Japonais, en quatrième les Allemands. Le pavillon français se montre très rarement à Tientsin ; le commerce russe est en ascendance, mais il y a lieu de croire qu'il se transportera vers quelque port du Liaotoung.

En aval et près de la ville, à la rive gauche du Peï ho, sur un tertre fait de main d'homme, s'élèvent les constructions du quartier européen de Tzekhoulin ou du « Bosquet de Bambous », qui n'offre plus rien de chinois. C'est maintenant une petite ville tout occidentale par le tracé des rues, l'architecture des maisons, la disposition des magasins. Presque tous les Européens que leurs affaires appellent à Tientsin résident dans ce village transformé. La ville chinoise elle-même a changé peu à peu d'aspect, et l'on y voit de grands édifices à l'eiiropéenne, notamment un nouvel hôpital. Mais la cathédrale bâtie par les missionnaires catholiques n'est plus qu'une ruine ; elle fut incendiée lors du terrible massacre de 1870, pendant lequel les sœurs de charité, les prêtres et les Français, à l'exception d'un seul, et quelques autres étrangers, furent massacrés. Les rues de Tientsin sont beaucoup plus larges que celles de Changhaï et de Canton, où les transports se font à dos d'homme, tandis que dans les villes du nord on se sert de lourds chariots traînés par des mulets ou par des bœufs.

Parmi toutes les cités du Royaume Central, Tientsin est l'une de celles oia les signes d'un renouvellement industriel sont le plus visibles : filatures de coton et autres manufactures ; lignes télégraphiques ; chemin de fer dirigé sur les mines de houille de Kaïping ; autre ligne reliant la ville à son mouillage de l'embouchure du fleuve, à Takoou; troisième voie ferrée qui l'unit à Toungtcheou et à Peking : cette ligne, commencée en 1889, ne fut livrée qu'à la veille de la guerre, un édit impérial ayant longtemps arrêté net les travaux. On a recreusé la « rivière des Transports », c'est-à-dire le Canal Impérial ou Grand Canal qui, d'ailleurs, n'a plus d'importance que pour le petit commerce, le grand mouvement d'échanges ayant pris désormais le chemin de la mer, comme il va prendre aussi

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la voie de fer, à mesure qu'avancera la ligne de Tientsin au bas Yangtze Kiang.

En vertu même de cette nouvelle direction du trafic, il a fallu s'occuper de la régularisation du bas fleuve, que peuvent remonter des bâtiments d'un tirant d'eau de 3 à 4 mètres, mais que sépare des eaux du golfe une barre offrant seulement 1 mètre de profondeur à marée basse, et 3 mètres à 4 mètres et demi à marée haute.

Mais c'est surtout en vue de la « rénovation » militaire qu'on a le plus travaillé à Tientsin et aux environs : d'ailleurs vainement, puisque cette défense n'a servi de rien en 1900 contre l'intrusion de l'Europe, et que tous les forts ont été démantelés. A Tientsin même, dans le faubourg oriental, un arsenal où l'on fabriquait surtout des fusils, des projectiles et des affûts, s'étendait sur un espace de 250 hectares. A Sintcheng, entre Tientsin et l'embouchure du fleuve, le gouvernement avait fait élever de puissantes fortifications ainsi qu'à Peitang, ville voisine de l'embouchure du Peï ho, au nord, là où se jette en mer le San ho ou Tchaou ho. A l'entrée du fleuve, les forts de Takoou, c'est-à-dire de « la Grande Embouchure », qui furent si rapidement enlevés en 1858 et en 1860 par les Anglo-Français, avaient été reconstruits, armés de canons du plus fort calibre et complétés par un vaste camp retranché et un bassin de carénage pour les canonnières chinoises. Mais les Européens en ont eu facilement raison en 1900, ainsi que de Tientsin, des autres forteresses, et de la métropole elle-même.

Les tragédies de 1858 et 1860, le massacre et l'incendie de 1870, l'inondation de 1890 qui mit la ville dans l'eau, détruisit ou disloqua des quartiers entiers, la guerre de 1900 ont fait payer cher à cette ville sa prospérité ininterrompue.

Puis Tientsin a le malheur d'être peu salubre, par sa situation dans une plaine saturée d'humidité fluviale et lacustre; un autre de ses désavantages c'est que pendant trois mois, de fin décembre à fin février à peu près, cela varie suivant les années, la glace de l'hiver scelle son fleuve et son golfe.

Plusieurs villes se succèdent au nord de

vin Peking, sur la route qui mène à Djehol par la

AUTRES porte de la Grande Muraille dite Koupeï koou

VILLES (ancienne porte du Nord). Mais la cité adminis-

Du PETCHILI trative de Yungping fou, sur cette route de la

Mandchourie, n'est pas un centre de population

considérable : elle aurait plutôt une certaine importance stra-

La Chine . livre

tégique par sa situation à l'extrémité nord-occidentale de la Chine; sa muraille d'entour a 6 kilomètres. La contrée, que parcourt le Louan ho ou Lan ho, lleuve tributaire du golfe de Petchili, est granitique, peu fertile, et les habitants envoient de nombreux pionniers chinois dans la Mandchourie où rapidement l'élément de « Han » submerge les Mandchoux.

A l'ouest du Koupeï koou, la plaine de Peï ho n'est accessible, du côté de la Mongolie, que par le Kouan koou (Porte de la Barrière). Le passage de Kouan s'appelle plus ordinairement Nan koou (Porte méridionale), du nom du village qui se trouve au bas de la rampe d'accès, il a 20 kilomètres de long, à 720 mètres d'altitude au plus haut du défilé. Il fut d'une importance stratégique capitale, et c'est par là que presque tous les envahisseurs descendirent dans la plaine : de ce passage, Djenghiz khan vit à ses pieds la capitale de la dynastie vaincue. Aussi le chemin du Kouan koou est-il l'un des plus garnis d'ouvrages défensifs : deux grandes forteresses s'étagent sur la pente méridionale et se relient l'une à l'autre par des murs et des tours que la plupart des voyageurs décrivent comme étant la Grande Muraille; mais ce n'est là qu'un ouvrage avancé du rempart, qui se développe sur la crête de la chaîne et que le chemin de Kouan koou traverse à angle droit au col dit Pata ling. Des tours de signaux construites du temps des Ming, et de nos jours partiellement démolies, se dressent à égale distance les unes des autres sur la route de Peking. Quant au chemin pavé qui remontait le Kouan koou jusqu'au col, il n'existe plus que par fragments ; les eaux torrentielles en ont détruit la plus grande partie, et les voyageurs ont maintenant à suivre des sentiers tracés irrégulièrement sur les pentes. Le monument le plus remarquable qui se voie encore sur l'ancienne route est une porte triomphale de l'an 1345, érigée à l'entrée de la forteresse du sud et portant une inscription en six langues, sanscrit, chinois, ouïgour, mongol, tibétain, niutchiou ancien mandchou : l'inscription de cette porte est la seule que l'on connaisse en ce dernier idiome. La route stratégique du Kouan koou doit actuellement sa principale importance au commerce, car c'est le chemin suivi par le courrier postal et par les caravanes russes de Kiakhta. Celles qui, avant la guerre, portaient le thé en briques, — d'usage en Sibérie, prenaient directement leur charge à Toungtcheou, sur le Peï ho, sans passer à Peking, qu'elles laissaient à l'ouest.

Dans les hautes vallées des affluents du Wen ho plusieurs villes importantes servent d'intermédiaires à Peking et à la

DEUXIÈME Bassin du Peï ho : Le Petchili, Siouan hoa.

basse plaine du Petchili pour leur commerce avec la Mongolie et les possessions russes.

Dans l'une de ces vallées, la route de la capitale à la Grande Muraille passe par ce que les Chinois appellent des villes fortes, qui le furent en effet — très fortes même — et ne le sont plus devant les volées de boulets des batteries « civilisées »; les règlements militaires y sont toujours strictement observés en ce qu'ils ont d'inutile, de puéril, en temps de paix, et dès la nuit se ferment les quatre portes ouvertes dans de majestueux remparts de soixante pieds de hauteur.

Entre autres villes cette route rencontre Kiming et Siouan hoa; elle aboutit à Kalgan.

Kiming est la station principale de poste pour tout le nord de la Chine. Les vignes des environs produisent un vin blanc des plus estimés dans toute la Chine, au moins dans la Chine septentrionale, et, qu'on trouve seulement sur la table des plus riches mandarins.

Siouan hoa, qui aurait 90 000 habitants, d'après Grant, est à l'entrée (570 mètres) d'une cluse oii s'engage la route très fréquentée de Peking à Kalgan. Elle fut la résidence d'été des empereurs sous la dynastie mongole, et de cette époque elle a gardé ses importants remparts crénelés, qui ont quelque ressemblance avec les murs du Kremlin, ses arcs de triomphe, ses grands parcs. De même que Tatoung fou, située beaucoup plus à l'ouest et plus avant dans le cœur des montagnes, à 1 300 mètres, dans une enceinte murée de 8 kilomètres de tour, elle est très bien placée pour devenir une ville de manufactures, car les vallées environnantes produisent des vivres en abondance, et de puissantes couches de charbon pourraient fournir tout le combustible nécessaire à la mise en œuvre des matières premières apportées par les Mongols, laines, cuirs, poils de chameau ; elle fait un grand commerce de tabac et de feutres. Cette ville, d'une importance stratégique et commerciale de premier ordre, ne serait déjà plus chinoise, mais russe, si l'on en croit les sourdes rumeurs venues de ces régions de la frontière. Des officiers russes auraient utilisé la période récente des troubles pour transformer Siouan hoa en une formidable citadelle, commandant tout le Petchili (Alex. Ular).

Kalgan ou Tchangkia koou (Tchantze koou), à l'une des portes de la Grande Muraille, ainsi que l'indique son nom mongol, qui signifie barrière, s'élève à 800 mètres environ d'altitude, sous un climat froid, dans un site rocheux, triste, stérile. C'est une cité aux rues nauséabondes, située en terre chinoise, à 3 kilomètres au sud d'une ville militaire sise en terre mongole; cerclée de forts et de casernes, elle s'appuie sur la

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Grande Muraille elle-même, qui dans cet endroit suit le flanc de monts assez élevés. Un certain nombre d'Européens, missionnaires protestants, commerçants russes, habitent des villas de la campagne, à côté de la ville chinoise.

La présence de ces négociants russes s'expliquait par la principale fonction actuelle de Kalgan, qui était de concentrer pendant la moindre partie de l'année, en hiver, le convoiement des caravanes de thé vers la Russie d'Asie et la Russie d'Europe. Avant 1900, Kalgan, alors extraordinairement animée, comme une ville aux jours de la foire annuelle, voyait partir caravanes après caravanes, chaque chameau portant pour sa part loO à 200 kilogrammes de la feuille aromatique pressée en briques, enfermée dans des caisses garanties des influences du dehors par une enveloppe de paille, elle-même contenue dans un épais sachet de poil de chameau. Une seule des maisons de Kalgan en employait 100 000 à 120 000 dans l'année, et l'on admet que le nombre total des convoyeurs doublement bossus ainsi mobilisés atteignait 500 000. C'était donc toute une armée de serviteurs fidèles, bien qu'un peu grognons, qui arpentait la steppe entre les plaines du Petchili et les premières villes de la Sibérie, et cette armée s'est presque entièrement licenciée, dès l'ouverture de la ligne du transsibérien, vers Vladivostok. Les nomades mongols, dont beaucoup vivaient du transport du thé, se préoccupent soucieusement de cette révolution commerciale; les Kalganais également, qui pourraient bien voir leur ville, estimée « fastueusement » à 200 000 âmes, descendre, au-dessous de ses 30 000 à 40 000 habitants réelè, desquels un grand nombre professent l'islamisme.

Les villes sont très nombreuses dans la partie méridionale de la province, qu'arrosent les divers affluents du Wen Jio et du Peï ho. La plus grande a nom Paoting fou (iSOOOO habitants), gare du chemin de fer de Peking à Canton : on l'a choisie à la place de la métropole comme chef-lieu de la province et résidence officielle du vice-roi, qui pourtant séjourne plus souvent àTientsin. Paoting est une cité régulièrement construite, mieux tenue que la capitale de l'Empire et très commerçante. Les campagnes des alentours, oîi domine la culture du millet, comme dans tout le Petchili, sont admirablement cultivées; près de Paoting, à Hoangtou bien, s'élèvent en l'honneur du mythique Yao et de sa mère, de très anciens temples entourés de cyprès gigantesques, en heureux concours de la nature, de l'art et de l'histoire.

Tchingting, au sud-ouest, « immense ville aux grandes et belles murailles », située près de la frontière montueuse du

DEUXIÈME Bassin du Peï ho : Le Petchili. Paotin^*

Chensi, aux escarpements couverts d'herbes médicinales appréciées, est aussi une cité industrieuse, mais déchue, où ne vivent qu'une dizaine de milliers d'hommes; ses ouvriers fabriquent avec le fer de Chaiïsi des images de Bouddha pour tout le nord de la Chine. Les idoles en bronze de ses temples sont parmi les plus remarquables de l'Empire, l'une d'elles a 24 mètres de hauteur : ainsi donc elle dépasse en élévation l'obélisque de Louqsor.

Plus au sud, la ville de Taïming est l'un des principaux marchés des contrées voisines du Hoang ho.

Quant à Toungtcheou, on pouvait à la rigueur, avant sa destruction presque complète par les alliés, regarder cette ville, d'une centaine de mille hommes alors, comme un faubourg de Peking. Située à 17 kilomètres seulement à l'est des portes de la « capitale des Jaunes », sur le fleuve Peï ho, dans une plaine trop visitée par les inondations, sur le chemin de fer de Peking à Tientsin, c'était une cité fort curieuse pour ceux qui « débutaient » en Chine et, sur la route de Tientsin à Peking, y voyaient pour la première fois une agglomération chinoise du « vieux modèle », car Tientsin est une place moderne, quelque peu européanisée. Un corselet de murs antiques, des rues très étroites où se pressait un peuple affairé, du grouillement, des écriteaux en caractères hiéroglyphiques qui sont les enseignes des marchands, des pagodes en foule, une architecture, une sculpture, une « peinture » auxquelles l'Européen n'est pas accoutumé, tout cela ne manquait pas de ressemblance avec l'aspect de Canton, la grande ville du Sud de la Chine.

Chan haï kouan ou la « Barrière entre mont et mer », n'est qu'une petite ville voisine de la frontière du nord-est, mais son nom a souvent retenti dans l'histoire des invasions de la Chine par les « Barbares » du Nord.

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