‹ L'empire du milieuChapitre 3 sur 157 · E EXTRÊME ORIENT · texte numérisé non relu

E EXTRÊME ORIENT

I. l'extrême orient. Il II. l'extrême orient comparé a l'extrême occident. Il III. ISOLEMENT GRADUEL DE CES DEUX PÔLES DU VIEUX MONDE. Il IV. RELATIONS AVEC L'INDE. il V. RELATIONS AVEC LES EUROPÉENS. Il VI. LA RUSSIE ET LA CHINE. Il VII. ANTAGONISME DE l'ORIENT ET DE l'OCCIDENT.

L'ASIE est la plus vaste des cinq parties du monde, même quand on en extrait l'Europe, / qui s'y rattache en appendice.

L'EXTRÊME Elle sc divisc nettement en grands compar-

ORIENT timents géographiques isolés les uns des autres

par de puissantes barrières.

L'immense territoire russe, Sibérie, Turkestan, Steppes, comprend les dépressions aralo-caspiennes et le versant septentrional des systèmes de montagnes qui se prolongent de l'Alaï et des monts Célestes aux chaînes côtières de la Mandchourie.

Au sud et à l'ouest du continent, les deux péninsules des Indes, le plateau d'Iran, l'Asie antérieure ne sont pas moins bien limités par des remparts de monts neigeux, par des golfes et par des mers.

Enfin, tout au bout de l'orient, avec la Corée et les archipels voisins, parmi lesquels on admire le superbe Japon, la Chine forme comme un monde à part qu'enserre un amphithéâtre de plateaux et de montagnes d'un pourtour de 10 000 kilomètres.

La Chine. livre

De la Mandcliourie au nord-nord-est, sous les latitudes de la France et des Pays-Bas, jusqu'à la tropicale Indo-Chine au sud-sud-ouest, le Chanyan alin, le Dousse alin, le Khingan, le Kenteï, le Tannou ola et l'Ektag Altaï, le Thian chan, le Tsoung ling, l'Himalaya, les monts sauvages que traversent les fleuves de la péninsule Transgangétique, toutes les hautes saillies du relief continental se succèdent en demi-cercle autour de ce quart du continent d'Asie qui est devenu l'empire des Chinois.

Sans doute la voisine de la Mandchourie, la presqu'île de Corée, se nomme réellement Tchaosien ou « la Sérénité du Matin », c'est-à-dire le Côté de l'Aurore, et un archipel, le Japon, a pris le nom de « Pays du Soleil Levant ■» ; mais, relativement à l'ensemble de l'Ancien Monde, la Chine aussi regarde vers l'Orient; sa pente générale, indiquée par le cours des fleuves, est tournée vers l'océan Pacifique. La Chine et le Japon ont reçu à bon droit des Occidentaux le nom d'Extrême Orient, qui s'étend aussi à l'Indo-Chine, aux Philippines et à « l'égrènement » des îles de la Sonde.

Si beau qu'il soit, l'Extrême Orient n'est pas // parfait. Il y a du « contre » à son désavantage,

L'EXTRÊME commc du « pour » à son profit, quand on le ORIENT compare impartialement aux pays de sa « contrecoMPARÉ histoire », à l'ensemble des régions qu'on peut ^ appeler « l'Extrême Occident », c'est-à-dire à

L'EXTRÊME l'ensemble de presqu'îles et d'îles qui se détaocciDENT chent nettement de la masse continentale au bout de l'interminable plaine russe, continuant elle-même la plaine sibérienne à l'ouest : ensemble péninsulaire auquel on peut joindx^e l'Asie antérieure ou Asie Occidentale, qui a tant contribué à la civilisation de l'Europe, et probablement quelque peu, sinon beaucoup, à la civilisation de l'Asie. Entre cet Occident et cet Orient, le contraste le plus frappant est celui que présentent les rivages maritimes. Du côté de l'Asie Mineure et de l'Europe, les terres sont découpées en de nombreuses presqu'îles se ramifiant en articulations secondaires dans les eaux de la Méditerranée et dans celles de l'océan Atlantique; en outre, de grandes îles et des archipels prolongent les péninsules ou sont parsemés au devant des côtes; tellement que l'Europe a pu être comparée par Cari Ritter et d'autres éminents géographes à un corps organisé bien pourvu de membres. Le continent semble se mouvoir, pour

PREMIER V Extrême Orient.

ainsi dire, s'agiter en dehors de la lourde masse de l'Ancien Monde.

Il s'en faut que la nature ait doué la Chine de cette étonnante variété de contours.

Du septentrion au midi, des côtes de la Mandchourie russe à celles de la Cochinchine, une seule péninsule d'étendue considérable, la Corée, se détache du tronc continental, et un seul golfe méritant à peu près le nom de mer pénètre dans l'intérieur des terres : c'est le Hoang haï, notre Mer Jaune, continuée par le golfe du Petchili, comme celui-ci parle golfe de Liaotoung.

Il convient d'ajouter que deux vastes îles, Formose, Haïnan, et le magnifique archipel du Japon animent les eaux du Pacifique au large de la côte chinoise.

Mais que sont donc cette presqu'île et ces îles de l'Orient asiatique, les Philippines et la « Sonde » à part, en comparaison des Cyclades et des Sporades, de la Grèce et de l'Italie, de la péninsule Ibérique, de l'Armorique, des îles Britanniques, de la Scandinavie, et, à vrai dire, de toute l'Europe ellemême vaste péninsule où pénètre partout le souffle de la mer apportant ses pluies et son atmosphère tiède?

La haute civilisation à laquelle le peuple chinois s'est élevé ne s'explique donc pas par la richesse de son territoire en articulations extérieures : elle est due principalement à ses fleuves.

Si l'ensemble delà Chine proprement dite est d'un pourtour peu dentelé, les grands cours d'eau navigables qui l'arrosent et la divisent en îles et en presqu'îles intérieures par leurs ramifications et leurs canaux, lui donnent quelques-uns des avantages que possède l'Europe pour la facilité des communications : le Hoang ho, notre Fleuve Jaune, le Yangtze kiang, notre Fleuve Bleu, ont remplacé la mer Egée, la mer Tyrrhénienne, et l'on peut dire jusqu'à un certain point la Méditerranée pour le transport des denrées, des hommes et ont servi, comme notre « mer entre les terres », au rapprochement, à la civilisation réciproque des peuples. Et, dès une haute antiquité, un réseau touffu de canaux de navigation a sillonné l'orient du pays, les grandes plaines, « l'immense polder », et relié le nord de la Chine à son centre, et, à un degré moindre, à son midi.

Jadis, par un autre et magnifique privilège, la Chine possédait le plus vaste territoii'e de culture qui existât en un seul tenant sous un climat tempéré; l'Amérique du Nord et l'Europe, qui ont actuellement une aussi grande surface de terres en rapport, étaient encore à une époque récente cou-

La CJiiiie. livre

vertes de forêts qu'il a fallu péniblement abattre. Il est certain qu'elle a maintenant un peu partout de redoutables rivales, le Terreau Noir des Russes, le pays des Grands Lacs et du Mississippi, la Pampa platécnne, toutes régions plus amples que la plaine chinoise, mais aussi, dans leur ensemble, moins douées par la nature.

Car on ne peut qu'envier au Grand Empire l'immense étendue, la fécondité de sa i Terre Jaune » qui est la région par excellence pour l'agriculture et où devaient se développer naturellement les habitudes paisibles que donne le travail des champs. A cette région se rattachent dautres territoires agricoles ayant un autre sol, un climat différent, des formes animales et végétales distinctes, et c'est ainsi que de proche en proche la vie civilisée a pris possession du vaste domaine qui s'étend des solitudes de la Mongolie aux rivages du golfe du Tonkin. Une grande variété a pu s'introduire dans les cultures; les échanges se sont faits de province à province; toutes les améliorations partielles ont profité à l'ensemble du pays ; de conquête locale en conquête locale, la civilisation de tous s'est accrue facilement chez les Chinois eux-mêmes et dans les régions limitrophes.

En comparant l'Asie Orientale au monde occidental, on voit sur-le-champ combien la Chine proprement dite se distingue de l'Europe par l'unité géographique; des terres jaunes du nord aux plaines que le Yangtze traverse, et de ces plaines aux frontières de rindo-Chine, les populations ont un centre de gravité commun. Leur civilisation ne pouvait donc manquer de se développer largement dans cette « Fleur du Milieu » d'où elle a été portée plus tard par mer au Japon et à Formose, tandis que, par terre, elle s'infiltrait au nord vers la Corée et la Mandchourie, au sud vers des pays qu'elle a transformés assez pour qu'on les réunisse sous le nom commun d'Indo-Chine, nom équitable, faisant égale part à deux grandes influences historiques.

En opposition, combien plus distinctes, plus individuellement constituées les diverses régions de notre monde occidental, de l'Asie Mineure à l'Angleterre et à l'Irlande! La Grèce, que des montagnes longtemps restées presque inconnues séparent du reste de l'Europe ; l'Italie, si bien limitée par le rempart des Alpes; la péninsule Ibérique, encore mieux close au nord par la barrière des Pyrénées; la France, au double versant atlantique et méditerranéen; la Grande-Bretagne, qu'entourent les flots tièdes et les brouillards, ne sont-ce pas là autant d'individualités géographiques ayant dû chacune

PREMIER L'ExLrême Orient.

élaborer sa civilisation spéciale avant que pût se former une culture supérieure à laquelle ont collaboré toutes les nations européennes?

Sans être presque insurmontables comme des Himalayas, des Kouenlun. des Karakorum,les obstacles naturels sont plus grands entre les divers pays de l'Europe, qu'ils ne le sont entre les territoires de la Chine orientale, et ce sont, pour une bonne part, ces obstacles mêmes qui, en empêchant la centralisation politique, tout en permettant les relations de pays à pays, ont maintenu l'initiative des peuples de l'Occident et en ont fait les instructeurs des autres races. C'est ainsi, par exemple, que le morcellement extrême de la Grèce y fît naître une foule de républiques turbulentes, passionnées, dont une, Athènes, influa « prodigieusement » sur l'avenir des hommes.

Mais si, dans la zone du littoral, à l'est des

/// monts Tsingling, les communications étaient

isoLEMENi faciles de la Chine du nord à celle du centre —

GRADUEL et l'on peut dire que la nature mena ici l'homme

DE CES comme par la main, à travers la Terre jaune —

DEUX POLES faciles aussi, mais moins, du centre au midi, — et

DU si les populations de la grande terre pouvaient

VIEUX MONDE cingler sans trop de peine vers Formose et le

Japon par les étroites avant-mers du Pacifique,

en revanche le monde de l'Asie Orientale apparaît presque

entièrement fermé du côté de l'ouest; fermé présentement,

mais il ne semble pas qu'il en ait toujours été de même aux

siècles antérieurs.

11 n'est pas douteux que, dans l'antiquité préhistorique, les ancêtres des Chinois, des Hindous, des Chaldéens, des Arabes durent être les voisins les uns des autres et se trouver en relations fréquentes, puisque ces divers peuples ont hérité des mêmes conceptions astronomiques et que la coïncidence des observations et des vues se poursuit jusque dans les détails. Mais ces rapports de voisinage, impliquant une civilisation commune, ne peuvent avoir eu lieu qu'à une époque de plus grande humidité dans l'Ancien Monde, quand les régions actuellement desséchées et désertes de l'Asie centrale permettaient aux populations des versants opposés de se rapprocher davantage, quand le bassin du Tarim, qu'assiègent maintenant les sables et dont les oasis ne renferment qu'une faible population, appartenait encore au monde aryen et que la civilisation de ses habitants se rattachait à celle de l'Inde, tandis qu'au delà des

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monts où ce Tarim commence, les plaines de la Bactriane faisaient partie du monde occidental.

Depuis ces temps vraiment antiques, les nations groupées sur les deux pentes des Pamir, « Toit du monde *, ont dû, par force, leur climat devenu plus sec, leur ciel plus aride de siècle en siècle, descendre toujours plus avant dans les plaines, cellesci vers le Levant, celles-là vers le Couchant.

Alors se sont élargies, de l'une à l'autre, des unes aux autres de ces nations, les zones désertes, les steppes que traversent seulement les pasteurs ; les foyers de civilisation se sont écartés ; le centre vital de la Chine s'est graduellement rapproché du Pacifique, tandis qu'un mouvement analogue s'accomplissait en sens inverse vers l'occident de la Babylonie, vers l'Asie Mineure et la Grèce.

De la sorte, très lentement sans doute, l'isolement se fît des deux côtés, et, pendant de longs siècles, les relations de commerce se firent plus rares, il y eut dès lors très peu d'échanges d'idées entre le versant oriental et le versant méditerranéen du grand continent d'Asie.

Seulement, de temps à autre, de lointaines rumeurs apprenaient aux populations des deux extrémités de l'Ancien Monde que d'autres nations habitaient par delà les fleuves et les lacs, les plateaux, les montagnes, les forêts et les déserts, et l'imagination transformait les hommes de ces pays si éloignés en monstres bizarres ou terribles à affronter.

Et, par une conséquence naturelle, les deux civilisations se développaient des deux côtés du continent, sans se connaître, sans avoir d'influence réciproque, suivant des évolutions parallèles et pourtant aussi distinctes l'une de l'autre que si elles étaient nées sur deux planètes différentes.

Tellement qu'il y eut peut-être une époque où la Chine méridionale eut plus de rapports avec certaines îles éparses de la mer du Sud qu'avec les régions de l'Occident auxquelles elle est réunie par une masse continentale : des traits de race prouvent que, du côté du midi, il y eut certains mélanges entre les Chinois et les tribus, malaises ou non-malaises, qui peuplent des terres dispersées dans l'océan des Indes.

Cependant le rempart de plateaux et de montagnes qui entoure le monde chinois n'est pas tellement continu qu'il n'offre de larges brèches ; les unes s'ouvrent vers les contrées du midi, les autres dans la direction du nord; en outre, les chaînes de monts neigeux ne sont point inaccessibles. Altaï, Thian chaû, Tsoung ling, Kouenlun, Nan ling, sont tous traversés de sentiers où se hasardent les marchands, bravant les

PREMIER L'Extrême Orient.

fatigues, les froids altitudinaires, les neiges, les vents glacés des cols de difficile ascension.

Les pentes de ces hauteurs et même les plateaux, jusqu'à 3 000, voire 4 500 mètres d'élévation, ont aussi leurs habitants et l'on peut se rendre de l'un à l'autre versant en retrouvant partout soit des hommes, soit des traces de leur séjour ou de leur passage. Mais les populations des montagnes ajoutent, par la barbarie de leurs mœurs et leur état politique, un nouvel obstacle à celui que les aspérités du sol opposent aux relations de peuple à peuple.

C'est pourquoi, quand les Occidentaux n'étaient pas encore entrés directement en rapport par la navigation avec les riverains des mers orientales, pour constituer ainsi de façon définitive l'unité de l'Ancien Monde, c'est à de rares époques seulement, lors des grands ébranlements de l'humanité asiatique ou bien lorsque la puissance de l'État chinois était dans toute sa force d'expansion, que des relations directes purent s'établir entre le bassin du Yangtze et celui de l'Amou Daria, l'antique Oxus, à travers les populations barbares qui vivent sur les plateaux intermédiaires. C'est ainsi que. par l'effet d'une forte tension, l'étincelle peut s'élancer du métal vers le métal, malgré l'épaisse couche d'air qui l'en sépare. Mais combien rares ont été jadis ces jets de lumière, qui ont révélé les peuples les uns aux autres!

Ils n'ont eu qu'une bien faible influence sur la vie de la nation chinoise. Pendant des milliers d'années, elle s'est développée seule, ne puisant que dans son propre fonds, complètement isolée du reste de l'humanité, trop repliée, trop « accroupie » sur elle-même pour ne pas s'ankyloser un peu, et ne profitant jamais des expériences des autres : d'où de singuliers retards de civilisation, justement après qu'elle eut acquis, il y a mille et deux mille ans, sur tous les autres peuples du monde, une avance qui aurait pu sembler définitive.

La première grande révolution intérieure de

IV la Chine à nous connue qui ait eu son centre de

RELATIONS vibration en dehors des frontières de 1' « Empire

AVEC jaune » se manifesta lors de l'introduction des

VL\DE religions hindoues.

Si peu commode qu'il soit d'interpréter l'ancienne doctrine de Lao-tze, l'un des grands philosophes du « Milieu », l'on ne peut guère douter qu'elle ne renferme des emprunts faits à l'Hindoustan. Quelques-uns de ses préceptes

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sont identiques par la forme à ceux des livres sacrés des Hindous, et tous sont pénétrés du même sentiment d'humanité et de mansuétude universelle. D'ailleurs Lao-tze ne cite jamais de personnages de l'histoire chinoise comme des modèles de vertus ou comme des exemples à suivre : en contradiction flagrante avec les leçons de Confucius, autre grand sage, l'ensemble de ses doctrines ne tient au passé de son pays par aucun lien traditionnel. La légende unanime, à une époque où l'on ne peut guère encore parler d'histoire positive, fait voyager Laotze dans les régions situées à l'occident de la Chine, et c'est des montagnes du pays de Khotan que ses disciples le virent emporté vers le ciel.

Une influence bien autrement large et bien autrement profonde que celle du brahmanisme de l'Inde, ce fut celle du bouddhisme, religion partie également de la terre du Gange.

La barrière que les montagnes, les plateaux et les populations barbares élevaient entre la Chine et l'Hindoustan était si difficile à franchir, que les communications de l'un à l'autre pays se faisaient par un détour dans le bassin de l'Oxus. La religion bouddhique ne se propagea pas par la voie directe, c'est par les frontières de l'ouest, et non par celles du sud, qu'elle pénétra dans l'Empire. Dans ses périodes de puissance et de domination paisible, la Chine comprenait le bassin du Tarim et commerçait librement avec le bassin de l'Oxus par les passages des Pamir. Les négociants suivaient alors la fameuse « route de la Soie » que connurent aussi des marchands grecs, et c'est par cette voie, de même que par la route « du Jade », au sud des Pamir, ou d'autres chemins du plateau que s'introduisaient quelques-unes des précieuses denrées de l'Asie méridionale et que se transmettaient en même temps des récits, des légendes de la merveilleuse contrée du Gange. C'est aussi par là qu'entrèrent les pèlerins apportant les rites du culte de Bouddha. Après trois siècles de propagande religieuse, la nouvelle foi s'établit définitivement dans la patrie de Confucius et reçut, en l'an 63 de l'ère vulgaire, l'approbation officielle émanant de l'empereur, chef de la famille, père de la patrie, gardien des traditions et des rites.

Le bouddhisme plut au peuple chinois par la pompe de ses cérémonies, les riches ornements de ses temples, la poésie de cette fleur symbolique du lotus s'épanouissant au milieu des eaux; il plut aussi parce qu'il ouvrait au monde chinois une perspective vers ces beaux pays du Midi que leur avaient cachés jusqu'alors les crêtes des montagnes neigeuses et les plateaux intermédiaires.

Mais, au fond, le culte de Bouddha ou le fo-hiao changea

PREMIER V Extrême Orient.

peu de chose à la vie des Chinois. Si le cérémonial fut modifié, le fond resta le même : quelles que soient les images sacrées, la religion qui s'est maintenue dans la « Fleur du Milieu », c'est toujours celle des rites en l'honneur des ancêtres; c'est aussi la conjuration des esprits malveillants, etpar-dessus tout la rigoureuse observance des formules, traditionnelles de siècle en siècle chez les « Enfants de Han », ainsi qu'on désigne souvent le peuple innombrable des Chinois.

Du moins les relations qui s'étaient établies entre la Chine et l'Hindoustan pendant la période de conversion au bouddhisme ne furent-elles jamais complètement interrompues, et, depuis cette époque, la Chine n'est plus tout à fait pour les Européens en dehors des bornes du monde. Des communications s'établirent par mer entre l'Inde et la Chine méridionale, surtout par le golfe du Tonkin. Déjà, deux siècles avant l'ère vulgaire, un empereur avait envoyé toute une flotte pour aller dans les îles du Sud, cueillir la « fleur de l'immortalité ». Plus tard, d'autres navires, équipés pour de moindres conquêtes, allèrent chercher à Ceylan des reliques, des livres sacrés, des statues de Bouddha et en rapportèrent de riches étoffes, des bijoux, des pierres précieuses, qu'ils payaient avec leurs soieries, leurs porcelaines, leurs vases émaillés. Ce chemin était également suivi par les ambassades, entre autres celle que les annales chinoises disent être venue du Grand Thsin, c'est-àdire de Rome ; ambassade envoyée par l'empereur An-toun, deux syllabes où transparaît Aurelius Antoninus, en l'an 166 de l'ère des chrétiens.

Au VIF siècle, lorsque l'Empire Chinois, après une série de désastres et de révolutions intestines, reprenait sa puissance, sa force d'expansion et brillait de toute sa gloire, précisément à l'époque où l'Europe, devenue barbare, était dans sa période de plus grand abaissement, les voyages d'exploration devinrent nombreux, et c'est à la Chine qu'appartint alors linitiative dont elle s'est singulièrement désaccoutumée dans la suite.

Le pèlerin Hiouen-thsang, dont l'itinéraire dans l'Asie centrale n'a été égalé depuis que par celui de Marco Polo, était un véritable explorateur, dans le sens moderne de ce mot, et ses récits, incorporés dans les annales de la dynastie Thang, ont pour la géographie de l'Asie centrale et de l'Inde au Moyen âge une très grande valeur, d'ailleurs bien appréciée par les savants européens. Ceux-ci, grâce aux documents chinois, ont pu retrouver d'une manière à peu près certaine tout son itinéraire, même dans ces « Montagnes des Glaces » où les voyageurs sont exposés aux attaques des « dragons », animaux

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mystiques dans lesquels il faut voir peut-être les tourmentes de neige. De même que les autres pèlerins bouddhistes de cette époque, Hiouenthsang contourna les plateaux du Tibet, où la religion bouddhique venait à peine de s'introduire, et il pénétra dans l'Inde par les plaines de l'Oxus et les sauvages défilés de l'Afghanistan.

Vingt ans seulement ajtrès le retour d'Hiouen-thsang dans ses foyers, en 667 et 668, des armées chinoises traversaient déjà le Tibet et le Népal, pour descendre directement dans l'Inde, oii elles s'emparaient de plus de six cents villes. A cette époque, l'Empire Chinois comprenait, avec les pays tributaires, non seulement toute la dépression de l'Asie orientale, mais aussi tous les versants extérieurs des monts et des plateaux qui l'entourent, jusqu'à la Caspienne : c'est alors que la Chine fut en relation avec la « Grande Grèce », la « Javanie » ou lonie de la Bactriane.

Fait à noter : c'est aussi pendant cette période de l'histoire du « Milieu » que des missionnaires nestoriens introduisirent le christianisme dans l'Empire.

Les progrès de l'Islam à l'ouest de l'Asie et V sur les rivages de la Méditerranée durent néces-

RELATioNS sairemcut isoler la Chine et rendre pour long- AVEC temps impossible toute communication avec LES l'Europe; mais, dans les régions du nord, au

EUROPÉENS milieu des steppes de la IMongolie, des tribus guerrières, véritables centaures, partaient pour de vastes conquêtes, pour d'immenses razzias qui les conduisirent jusqu'au fleuve du Dniepr, et même au delà. Ces Mongols et ces Turcs ouvrirent ainsi, du fait même de leurs violences, des routes aux voyageurs d'Orient en Occident, et d'Occident en Orient, à travers tout l'ancien monde non latin, grec, méditerranéen.

Fait connu de presque tous, c'est afin de se protéger contre les peuplades des frontières septentrionales que les empereurs de Chine avaient dressé, puis reconstruit et doublé d'autres murs parallèles le prodigieux rempart de la « Grande Muraille » qui se prolonge entre la steppe et la région des cultures sur des milliers de kilomètres de distance. Retenus par cette barrière érigée entre deux natures différentes et deux sociétés hostiles, les nomades s'étaient portés vers l'ouest, où l'espace s'ouvrait largement devant eux, et de proche en proche toutes les populations avaient fini par s'ébranler en marche tumultueuse à

PRECHER L'Extrême Orient.

travers les grandes plaines de la steppe, dans la direction du soleil couchant.

Déjà, au iv« et au v^ siècle, un ébranlement général avait poussé vers l'Occident ces hordes conquérantes auxquelles on a donné le nom de Huns; au xii^ siècle, un mouvement analogue entraîna des « bannières » de Mongols commandés par un nouvel Attila.

Ayant en son pouvoir les brèches de la Dzoungarie, par lesquelles on passe si facilement du versant oriental de l'Asie dans le versant occidental, Djenghiz khan aurait pu s'élancer tout d'abord vers les contrées de l'ouest; mais il ne voulut point laisser d'obstacle derrière lui, et ce n'est qu'après avoir franchi la Grande IMuraille et s'être emparé de Peking qu'il entraîna ses armées à l'assaut des royaumes de l'Occident. Lorsque l'Empire mongol, le plus grand qui ait jamais existé d'un seul tenant, avant l'empire russe actuel, comprenait à la fois toutes ses rapides conquêtes, il s'étendait des rivages du Pacifique jusqu'aux steppes de la Russie.

Les Européens apprirent à connaître l'existence du monde chinois grâce à ces nouveaux venus de l'Orient, avec lesquels ils entrèrent en relations, non seulement par les conflits armés, mais aussi par les ambassades, les traités et les alliances contre l'ennemi commun, qui était alors l'Islam. C'est même sous le nom tartare de Cathay, encore employé par les Russes sous la forme de Kitaï, qu'ils désignèrent longtemps l'Empire de l'Asie orientale. Des envoyés du pape et du roi de France se mirent en route pour aller visiter le Grand Khan dans sa cour de Karakoroum, en Mongolie, et Plan de Carpin, Longjumel, Rubruk, d'autres encore, racontèrent les choses merveilleuses qu'ils avaient vues dans ces pays lointains. Des ouvriers d'Europe, des marchands avaient précédé ces ambassadeurs à la cour des khans mongols, et Rubruk en rencontra plus d'un, notamment le jardinier Guillaume. Puis 1' « immortel Vénitien », un négociant animé de l'esprit d'aventure si commun à cette époque, Marco Polo, devint pour l'Europe le véritable révélateur de la Chine. Ce qu'il raconta des villes immenses de ce pays, de sa richesse, de sa politesse, de ses mœurs, parut incroyable aux Européens, alors peu nombreux et pauvres — exactement comme aujourd'hui le Chinois ne croit pas à ce qu'on lui dit des merveilles de l'Europe, — mais tout ce que nous savons aujourd'hui du « Milieu > montre combien le grand voyageur italien respecta la vérité. Avec lui s'ouvre une ère nouvelle : la Chine entre définitivement dans le monde connu et commence à faire partie du concert de l'humanité.

La Chine. livre

Marco Polo avait atteint et parcouru la Chine par la voie de l'Occident, en suivant d'abord les routes battues qui partent des bords de la Méditerranée. Colomb, plus hardi, voulut toucher les rivages de Cathay, aborder aux mines d'or de Zipango, en cinglant sur la rondeur du globe, en sens inverse du chemin suivi par le Vénitien; mais, arrêté dans sa route par les côtes du Nouveau Monde, il n'atteignit ni le Japon, ni la Chine, quoique jusqu'à sa mort il voulût croire et faire croire au succès de son voyage vers l'Asie orientale. Puis dautres continuèrent l'entreprise de circumnavigation commencée : del Cano, le compagnon de Magellan, revint à son point de départ, à Sanlûcar de Barrameda, en laissant après lui le sillage de son navire sur la circonférence du globe. Toutes les mers étaient conquises, et, du cap Hoorn aussi bien que du cap de Bonne-Espérance, les navigateurs pouvaient se donner rendez-vous dans les ports de la Chine.

Dès lors, et quels que pussent être les efforts de résistance du gouvernement de Peking contre l'intrusion des étrangers, la Chine était virtuellement ouverte aux entreprises, disons plutôt aux « excès, sévices et injures graves » des Occidentaux.

La première tentative, celle que les Hollandais, alors dominateurs des ports de Formose, se permirent, en 1622, sur la côte du Fo'kien peut être considérée comme non avenue : le petit peuple audacieux n'était pas encore en mesure de faire grand mal au vaste empire de l'Extrême-Orient. Mais au milieu du xix'' siècle, moins de deux cent cinquante ans après la conquête définitive de l'Océan par la grande navigation, à voiles d'abord, puis à vapeur, la Chine et le Japon, qui d'ailleurs n'ont cessé d'être régulièrement visités par des marchands d'Europe, sont obligés d'ouvrir largement leurs ports de commerce, de concéder même sur leurs rivages des lambeaux de terrain où les nations d'Europe plantent leurs pavillons et bâtissent des cités d'architecture occidentale. On peut dire que les concessions — c'est le nom de ces établissements des Européens sur le littoral — ont commencé la conquête du t Grand et Pur Empire ».

Déjà la puissance des Européens sur le territoire de la Chine s'est clairement manifestée à tous les yeux : une première fois par une expédition anglo-française, l'occupation temporaire de la capitale et le pillage des palais impériaux que les Chinois révèrent comme des lieux sacrés, presque divins; puis, et plus visiblement encore, par l'appui que les deux gouvernements confédérés, surtout les aventuriers d'Eu-

PREMIER U Extrême Orient.

rope et d'Amérique, fournirent à la dynastie «jaune » contre la formidable ébullition des Taïping.

Tandis que les Européens renversaient les forts du Peï ho, occupaient Tientsin, obligeaient l'empereur de Chine à s'enfuir de Peking, d'autres Européens repoussaient les rebelles Taïping des portes de Changhaï et leur fermaient toute issue vers la mer. En même temps les Russes mettaient garnison dans Ourga pour contenir les Dounganes. C'est peut-être grâce à l'appui des puissances de l'Occident que fut sauvée la dynastie des Tsing, qui d'ailleurs n'est point nationale, en tant que dynastie, non de Chinois, mais de Mandchoux.

L'unité de l'Empire a donc été maintenue, mais parce que les Européens y trouvaient leur intérêt : ils n'avaient qu'à se croiser les bras pour que la Chine se brisât en deux, peutêtre en trois ou quatre fragments, Chine du midi, du centre, du nord et de l'ouest.

Depuis lors, des événements se sont passés qui ont singulièrement accru l'antagonisme entre l'Europe et l'Orient, et les Chinois, de plus en plus conscients d'eux-mêmes, disent et surtout pensent plus que jamais : « l'Européen, c'est l'ennemi!»

Enfin, et non moins clairement, la coalition

VI des Blancs contre les Jaunes, en l'année 1900, a

LA RUSSIE prouvé que la Chine, en eût-elle encore plus le

ET désir et la volonté, ne peut plus « s'abstenir » de

LA CHINE l'Europe.

Car maintenant, avec le siècle finissant et le siècle commençant, l'Europe affirme une troisième fois, et plus violemment encore, la force, juste ou injuste, de sa prépondérance. Une coalition, bien plus puissante que celle des Français et des Anglais, dicte ses lois à la Chine, de Péking même, conquise de nouveau; elle comprend, on peut dire, toute la race blanche, moins les nations faibles et les latins de l'Amérique du Sud; quoique poursuivant en secret sa politique propre, le Russe prend part à cette coalition avec l'Anglais, le Yankee avec l'Italien, l'Allemand avec le Japonais. En effet, le Japon, qui récemment encore ébranlait la Chine à la faire crouler, s'est uni à l'Europe pour dépouiller «Jean le Chinois »; mais il ne le dépouillera pas autant que les Blancs, et sans doute il regrette amèrement ses victoires passées, car il n'en a tiré d'autre profit que l'île de Formose et il a certainement hâté l'avènement de la suzeraineté des Russes.

Quoi que prétendent les diplomates des nations qui visent à

La Chine. livre

hériter du Grand et Pur Empire, l'intégrité du « Milieu » pourrait bien n'être avant longtemps qu'une chose du passé; et surtout la puissance qui grandit au nord de la Chine propre comme de la Chine tributaire, pèse visiblement d'un poids de plus en plus lourd sur les frontières du Nord et de l'Ouest.

La Russie est limitrophe du territoire chinois sur une longueur développée d'environ 8 000 kilomètres, et plus de la moitié de cette ligne est tracée en des contrées soumises autrefois au « Fils du Ciel >. Tout ce que le Tsar blanc, ainsi que les nomades appellent l'empereur de toutes les Russies, s'est annexé temporairement dans le pays de Kouldja appartenait à la Chine, il y a quelques années, et ce n'est pas sans en garder un fragment que la Russie a bien voulu consentir à rendre le dépôt confié.

La Transbaïkalie fut également territoire chinois, ainsi que toute la vallée de l'Amour jusqu'aux pâturages où les Toungouses du nord paissent leurs troupeaux de rennes. Maintenant tout le territoire de la rive gauche, plus grand que la France, fait partie intégrante de la Sibérie, depuis tantôt quarante ans, et la rive droite également, à partir de la rencontre de rOussouri. Ainsi, la côte de la Jlandchourie jusqu'aux frontières de la Corée est devenue russe, et ses ports méridionaux, d'où les flottes à vapeur peuvent atteindre en deux jours les rivages du Japon, ont reçu le nom de « golfe de Pierre le Grand », comme pour rappeler à l'Europe que du côté de l'Orient l'Empire des tsars songe à s'agrandir aussi bien que du côté de l'Occident.

Rien plus encore : à la suite de la brusque intervention des Allemands dans les affaires de la Chine et de la prise de possession par eux d'un précieux rivage de la province du Chaiîtoung, la Russie s'est assuré pour quatre-vingt-dix-neuf ans, ce qui veut dire : pour toujours, dans le langage diplomatique de 1900, le magnifique Port-Arthur, au bout de la presqu'île de Liao toung, à l'entrée du golfe du Petchili; et personne, bien sûr, ne les en délogera, pas même les Anglais, qui se sont installés, en vertu de la même fiction diplomatique, à Wei haï Weï, sur la rive opposée, dans une baie méridionale de la très large passe qui de la Mer Jaune mène les navires à ce même golfe de Petchili.

Ce n'est pas tout, ce n'est même rien que tous ces avantages, ces acquisitions de domaines, ce port voisin de Péking dans une mer libre de glaces, à côté de la force irrésistible que va donner, dans deux ans au plus, le chemin de fer transsibérien à la nation dont les vagons rouleront jour et nuit, sur

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10 000 kilomètres de rails entre la frontière de l'Allemagne et l'Océan de Chine et Japon.

Ce transsibérien, puissant « instrume7itum regni », sera, probablement à brève échéance, suivi d'un « transasiatique » ou d'un « grand central » également russe : autre organe de domination qui mènera de la i Terre Noire » à la « Terre Jaune » par le chemin que prirent en sens contraire les antiques invasions des « Barbares », des Huns, des Mongols, celui qui conduit sur l'argile durcie des steppes, du pied de l'Oural au haut de l'Irtîch ou dans le val de l'ili : l'irtîch, l'un des deux constituants du « vaste » Ob', fleuve sibérien; l'Ili, tributaire du Balkach, lac sans déversoir. De l'un comme de l'autre des brèches de la montagne, des « portes dzoungares » s'ouvrent comme à deux battants entre l'Asie occidentale et l'Asie centrale : l'une d'elles, celle de l'Ili, n'est même pas à 250 mètres d'altitude. Arrivée sur les plateaux turcs et mongols la route, se déroulant vers le sud-est, atteint le Kansou mongol, d'où elle descend dans le Kansou chinois à Lantcheou, capitale de la province; et de là rien de plus aisé que de gagner Singanfou, l'ancienne métropole de la Chine et la résidence actuelle de l'empereur (1901). S'il est une voie ferrée facile à tracer de l'Europe au cœur du « Noble Empire », c'est bien ce « Grand central » de Moscou à Haiîkoou par la Steppe, l'une des portes de la Dzoungarie, Lantcheou et Singan.

Bientôt, « et qui qu'en grogne », suivant la rude expression du vieux français, ce que la Russie voudra, sera : tout au moins dans la Chine du nord et sur les immenses plateaux de l'Asie intérieure. Turkestan, Mongolie, Mandchourie, même Tibet, Corée, tout lui semble dévolu; et ce n'est ni le Japonais, ni l'Anglais qui pourra mettre le holà! telles sont les px-obabilités du très prochain avenir.

Et plus tard, ce poids terrible, qui manque d'écraser le nord de l'Empire, pourrait bien fatiguer, et finalement aplatir le reste de la Chine.

Sans prévoir trop à l'avance, il est et reste certain que dès aujourd'hui, lorsque la Russie, son transsibérien étant achevé, son Port-Arthur devenu un Sébastopol imprenable, jugera le moment venu d'en finir avec la résistance de la Chine septentrionale et d'annexer les steppes sans bornes à l'occident de la Grande Muraille, personne ne sera de force à la contraindre au recul; ou si elle recule une fois, elle ne battra pas deux fois en retraite!

Les Russes n'ont pas seulement pour eux cette ligne de Pétersbourg à Port-Arthur, et une puissance militaire terrible doublée de l'impénétrabilité de leur énorme Empire, leur force

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de colonisation est immense, et c'est par des paysans slaves et des allophyles russifiés, Turkmènes, Kalmouks, Bouriates, autant que par des escadrons de Cosaques, de Turcomans, de Kirghiz qu'elle confrontera quelque jour avec les masses profondes de la Chine rurale.

Bien que la Russie ne soit pas riche, que la foule des Russes vive dans une misère profonde et que certaines provinces subissent périodiquement la disette ou la famine, cependant les ressources de l'État sont employées de manière à lui donner une grande force offensive. Sa puissance militaire, même à 8 000 kilomètres de la capitale, est bien supérieure à celle de la Chine dans ses propres mers et sur son propre territoire.

Peking n'est pas moins à la merci future des Russes qu'elle ne le fut, dans le passé, à celle des Anglo-Français, surtout, s'il est vrai, comme il est probable, que les ingénieurs militaires de la Russie aient déjà fortifié au profit de leur empire les défilés de Kalgan, à la descente du plateau mongol dans la Chine proprement dite.

La position de Peking est des plus exposées : tant que cette capitale avait à craindre seulement les incursions des Mongols ou les soulèvements de la population chinoise, elle occupait une excellente situation stratégique, dans le voisinage des montagnes fortifiées qui la protègent au nord-ouest, près du Grand Canal, qui lui apportait ses approvisionnements, et non loin des tribus mandchoues qu'un signal faisait accourir au secours de leurs compatriotes menacés.

Mais aujourd'hui, les Mandchoux, les Mongols, les Taïping, les Musulmans révoltés, qu'est-ce que tout cela en comparaison du danger « slave » et, pour employer un mot plus compréhensif, du danger européen?

Peut-être avant qu'il soit bien longtemps, le nom de Chine deviendra-t-il une simple expression géographique, comme récemment encore le nom d'Italie, et présentement le nom de l'Inde.

Ce qui préservera peut-être l'Empire pendant de longues années, ce sera, comme dans le cas du Maroc, par exemple, les jalousies et les ambitions des gouvernements européens, jusqu'au jour où les forces russes seront devenues insurmontables.

Quant à dénationaliser l'Empire aux trois ou quatre cents millions d'hommes, il n'y faut pas songer. Pour longtemps encore ou pour toujours la Chine est incompressible; ou plutôt elle le serait sans l'immutabilité relative de sa langue et de son

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écriture qu'elle sacrifiera peut-être un jour, à tort ou à raison, sur l'autel des intérêts matériels.

Quelles que soient les destinées politiques et militaires de la Chine et du Japon dans leurs rapports avec les puissances européennes, une chose est certaine, c'est que les nations de l'Orient et de l'Occident sont désormais solidaires, et qu'elles le seront de plus en plus, avec une intensité croissante, comme la boule de neige, qui, do simple flocon, devient avalanche.

Par les échanges des denrées et des marchandises, par les voyages des blancs civilisés dans l'Asie mongole, des Chinois et des Japonais en Europe et en Amérique, par les émigrations et les immigrations permanentes, les civilisations se pénètrent mutuellement. Ce que le canon n'a pas fait, la liberté des échanges commence à le faire d'une manière plus efficace.

Si des quartiers européens se construisent dans les cités de la Chine et du Japon, des villages chinois s'élèvent en Amérique, au Pérou, en Australie, et des comptoirs chinois s'ouvrent à New-York et à Londres. A ces changements extérieurs correspondent des modifications profondes : les idées s'échangent aussi bien que les marchandises; Orientaux et Occidentaux arrivent à se comprendre, et par conséquent à savoir ce qu'ils ont de commun. Le monde est devenu trop étroit pour que les civilisations puissent se développer isolément, en des bassins géographiques distincts, sans se mêler en une civilisation supérieure.

Les peuples de l'Europe et de l'Asie orientale vivaient autrefois comme des mondes séparés. Maintenant les États- Unis d'Amérique se sont peuplés d'émigrants qui en ont fait une autre Europe, et c'est entre deux Europes, celle de l'ancien continent et celle du nouveau, que se trouve enserrée la nation chinoise; un courant continu se meut, de peuple à peuple, sur toute la rondeur de la planète, à travers tous les continents et toutes les mers.

La période historique dans laquelle vient

vu d'entrer l'humanité, période définitive, — s'il y

ANTAGONISME a du définitif au monde — nous menace d'événe-

DE ments formidables.

L'OBiENT De même que la surface de l'eau, par l'effet

ET DE de la pesanteur, cherche à se niveler, de même

L'OCCIDENT les conditious tendent à s'égaliser en toutes les

contrées possibles.

En réalité, l'homme considéré comme simple possesseur

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de ses bras, est lui-même une marchandise, ni plus ni moins que les produits de son labeur. Les industries de tous les pays, entraînées de plus en plus dans la lutte de la concurrence vitale, doivent produire à bon marché en achetant au plus bas prix qu'il se peut la matière première et les « bras » qui la transformei'ont.

Mais oîi donc, malgré Canadiens-Français, Irlandais, Italiens, Allemands, Polonais, les puissantes manufactures comme celles de la Nouvelle-Angleterre trouveraient-elles des travailleurs plus dociles, plus habiles, et plus sobres, c'est-àdire moins coûteux, que ceux de l'Extrême Orient? Où les grandes fermes agricoles, comme celles du Minnesota et du Wisconsin, véritables usines pour la production du blé ou de la viande, trouveraient-elles des chiourmes d'ouvriers plus soumises, plus soigneuses, moins exigeantes que celles des bords du Si kiang ou du Yangtze? Où les constructeurs de chemins de fer des terrassiers, piocheurs, brouetteurs, tâcherons plus exacts et plus diligents?

Les ouvriers de la Chine, comme ceux du Japon, ne cessent d'émerveiller les voyageurs européens par leur activité, leur compréhension rapide, leur esprit d'ordre et d'économie. Dans les usines et les arsenaux des ports, on peut confier aux ouvriers chinois les travaux les plus délicats, ils s'en tirent toujours à leur honneur. Quant aux paysans de l'empire du Milieu, ils sont, d'après le témoignage unanime de ceux qui les voient à l'œuvre, plus intelligents, plus instruits, moins routiniers que les campagnards des contrées de l'Europe où règne le dur régime de la grande propriété. Et si, dans le voisinage des factoreries du littoral, les jardiniers chinois n'ont point modifié leurs cultures, c'est que l'étranger ne pourrait leur enseigner à faire mieux : un atavisme de plusieurs milliers d'années en a fait des ruraux perfectionnés.

La lutte entre le travail des .Taunes et celui des Blancs, ce conflit industriel qui menace de mettre aux prises les deux moitiés du monde, a déjà commencé sur quelques points de la Terre, en des contrées nouvelles où se rencontrent des émigrants d'Europe et d'Asie. En Californie, dans les colonies australiennes de la Nouvelle-Galles du Sud, de Oueensland et de Victoria, les travailleurs blancs ont dû disputer la plupart de leurs métiers aux ouvriers chinois, et les rues, les boutiques, les fermes, les mines ont été fréquemment ensanglantées par des meurtres, ayant pour cause, moins la haine de race que la rivalité des salaires. Pourtant les « Anglo-Saxons » ne sont pas des plus accommodants et par la force des préjugés les

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Chinois sont antipathiques aux blancs, et les blancs aux Chinois. Il y a des exceptions, bien entendu; ainsi les « enfants de Han » et les Irlandais fraternisent volontiers et de l'un à l'autre peuple se concluent parfois des mariages, soit d'amour, soit d'intérêt.

Poursuivie depuis deux générations bientôt, cette guerre des « travailleurs » entre eux a coûté plus de vies humaines qu'une bataille rangée ; elle devient même de plus en plus acharnée, en proportion du péril que courent les ouvriers blancs. Jusqu'à maintenant, ceux-ci ont eu le dessus en Californie et dans les colonies australiennes. En grande partie maîtres des législatures, les grands industriels, les employeurs moyens ou petits ont tout intérêt à ne payer que de faibles salaires, et ils ont imposé des lois qui rendent l'immigration des coolies chinois très difficile et en font une classe à part, opprimée et sans droits.

Mais la guerre a ses alternatives. Vaincus sur un point, les ouvriers chinois peuvent vaincre sur un autre, grâce à l'appui de capitalistes et des corps délibérants. Et que signifierait l'entrée des ouvriers jaunes dans les usines à la place des ouvriers blancs, si ce n"est pour ceux-ci la misère et la mort, jusqu'au jour où par l'effet du nivellement général les salaires se seront équilibrés dans le monde, ou jusqu'à ce qu'il y règne un ordre nouveau que nous ne pouvons guère prévoir, étant de nature courts de vue et mauvais prophètes?

D'ailleurs, il n'est pas nécessaire que les émigrants chinois trouvent place dans les manufactures d'Europe et d'Amérique pour qu'ils abaissent la rémunération des ouvriers blancs : il suffit que des industries similaires à celles des lainages et des cotons, par exemple, se fondent dans tout l'Extrême Orient, ce qui est déjà grandement le cas, et que les produits chinois (ou japonais) se vendent en Europe même à meilleur marché que les objets de production locale. La concurrence peut se faire de pays à pays à travers les mers, et n'a-t-elle pas commencé déjà pour certains produits au détriment de l'Europe?

Économiquement parlant, le rapprochement définitif entre les deux groupes de nations est donc un fait d'importance capitale. Sans doute l'équilibre se produira tôt ou tard, et l'humanité saura s'accommoder aux nouvelles destinées que lui assure la prise de possession en commun de toute la planète; mais, pendant la période de conflit, de grands désastres sont à prévoir. Il s'agit d'une lutte où plus d'un milliard d'hommes sont directement engagés. Par le nombre des combattants, le monde civilisé de l'Europe et de l'Amérique et celui de l'Asie

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orientale sont à peu près égaux; ou plutôt ils l'étaient, mais ils ne le sont plus depuis le développement puissant de la double Amérique, et (à un bien moindre degré) depuis Taccession de l'Afrique tempérée à la civilisation de l'Europe. Maintenant le nombre des Européens dans les deux mondes croît bien plus € impétueusement » que celui des Chinois, Japonais, Coréens et Indo-Chinois.

Mais c'est en vain que le monde oriental lève un nombre d'ouvriers de plus en plus inférieur à celui que suscite contre lui le monde occidental, il n'en reste pas moins ceci que, des deux côtés, des centaines de millions d'individus se dressent en face les uns des autres, poussés par des intérêts opposés et bien éloignés de comprendre encore les bontés et les beautés de la solidarité commune.

C'est que l'opposition de l'Orient et de l'Occident n'a pas son unique raison d'être dans l'antagonisme des intérêts immédiats, elle provient aussi, et pour beaucoup, du contraste des idées et des mœurs. Entre ceux des Chinois et des Européens qui ont les uns et les autres le respect de leur personne, l'idéal n'est pas le même : ils ont chacun leur conception du devoir, sinon contraire, du moins différente, et ce contraste moral se retrouve sous une forme plus ou moins consciente dans les deux nations elles-mêmes, la blanche et la jaune. Leur alliance, devenue plus intime par les échanges, par l'instruction, et çà et là par les croisements, neutralisera partiellement ce contraste; les civilisations s'influenceront mutuellement, non par leurs seuls côtés extérieurs, mais aussi par leurs tendances et par les idées qui en sont le véritable mobile.

On a, combien de fois! dit et répété que les Occidentaux regardent en avant, tandis que les Chinois regardent en arrière.

C'est là certainement une affirmation trop générale, car dans tous les pays du monde la société se décompose en deux groupes, l'un qui se renouvelle sans cesse en travaillant pour améliorer sa destinée, l'autre qui, par crainte de l'avenir, se réfugie dans la tradition.

Les nombreuses et vraiment plus que terribles guerres civiles de la Chine, notamment la récente insurrection des Taïping ou « Grands Pacificateurs », prouvent qu'au-dessous du monde officiel, fidèle observateur des pratiques anciennes, et cherchant son âge d'or dans les siècles passés, se meut une société ardente qui ne craint pas de se lancer dans les aventures de l'inconnu. La révolte des Musulmans, non moins « pacificatrice » et qui a coûté des millions d'hommes, elle

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aussi, n'a pas été seulement affaire de religion, mais surtout conflit d'idées et d'idéal.

Si le gouvernement chinois a réussi depuis des siècles à se maintenir dans les formes traditionnelles, si les désastres amenés par les conquêtes tartares et les rébellions intérieures n'ont changé que peu de chose au cadre extérieur de la société, il n'en est pas moins vrai que pour les masses profondes des peuples orientaux il s'agit maintenant d'apprendre de la civilisation européenne, non seulement des formules et des pratiques industrielles, mais surtout une conception nouvelle de la culture humaine ; il faut qu'elles s'orientent autrement : leur existence même est à ce prix.

L'idéal des civilisés de race blanche ne se déplacera-t-il pas en même temps? Quand deux éléments se rapprochent, l'un et l'autre sont modifiés à la fois. Lorsque deux fleuves unissent leurs courants, celui qui roule de l'eau pure se salit aux boues qu'entraîne l'autre fleuve, et les deux flots mélangés coulent ensemble sans jamais recouvrer leur couleur primitive : au-dessous de Genève, l'Arve n'est plus l'Arve, et le Rhône est encore moins le Rhône. Sans décider ici, question dure à résoudre, lequel vaut le mieux de l'esprit chinois ou de l'esprit européen, leur rencontre, leur pénétration ne pourra point ne pas les modifier tous les deux.

Le contact des deux civilisations aura-t-il pour résultat d'élever les uns pour abaisser les autres? Sera-t-il progrès à l'Orient et à l'Occident? Les générations qui viennent sontelles destinées à subir une période semblable à celle du Moyen âge, qui vit s'obscurcir la civilisation du monde romain, tandis que les barbares naissaient à une lumière nouvelle?

Des prophètes de malheur ont déjà poussé le cri d'alarme. Après avoir parcouru pendant des années les provinces de la Chine, après avoir traversé partout des foules humaines, se refermant autour d'eux comme les flots de l'Océan, des voyageurs tels que Richthofen, Armand David, Vasilyev, se sont effrayés de ces formidables multitudes foisonnant dans l'immense Empire.

Les derniers événements ont encore augmenté le pessimisme des Européens qui redoutent le « guêpier du Céleste Empire ».

La guerre sino-japonaise ne les a certes pas enthousiasmés pour la puissance militaire des Chinois, mais ils ont été violemment stupéfaits et comme épouvantés par la précision, la rapidité de mouvements, la discipline, les victoires terrestres et navales des Japonais, qu'on range aussi dans la race « jaune »

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et qui sont sinon des frères, au moins des cousins « charnels » des « Enl'ants de Han » en même temps qu'ils en sont intellectuellement les fils.

A voir ce peuple de petits hommes glabres tailler de pareilles croupières à l'ennemi, suivant les meilleures méthodes européennes, on a cru assister à la naissance d'une nouvelle doctrine de Monroe : « L'Asie aux Asiatiques », et vraiment les Japonais, dans l'ivresse de la victoire, ont entonné un pœan oîi des menaces contre l'Europe se mêlaient au chant de triomphe; ils se sont promis de régénérer la Chine, de la discipliner, de l'encadrer, de la ranger, front contre front, devant l'Occident pour toutes luttes d'influence, de commerce, d'industrie, de civilisation, et même au besoin, pour toutes batailles de terre et de mer.

En prévision de cette grande alliance « extrême-orientale » de 430 millions d'iiommes, on s'est demandé avec crainte ce que feront ces foules quand des conquérants les auront disciplinées et s'en serviront contre le monde européen. Ne recommenceront-elles pas sous une autre forme les invasions mongoles quand, munies des mêmes armes que les nations européennes, et plus unies, elles obéiront à la main de fer d'un autre Djenghiz-khan?

C'est trop d'effroi, semble-t-il. Une nouvelle invasion des « Barbares » n'aurait pas raison de l'Occident, si formidablement armé, quand même nos instructeurs et nos ingénieurs disciplineraient tout l'Orient de la Chine et des grands plateaux. L'avance prise par le monde blanc est telle que le monde jaune doit se résigner pour un très long temj^s à l'infériorité guerrière. 11 est plus que probable que la Russie seule, avec sa formidable expansion et ses millions de « baïonnettes », est de force à contenir la Chine, voire à la soumettre, autant qu'on peut conquérir trois cent cinquante à quatre cent millions d'hommes ayant mêmes idées, mêmes lois, même grammaire, même orientation d'esprit, même histoire depuis quatre ou cinq dizaines de siècles.

D'autres, plus craintifs encore, et logiques dans leur crainte, demandent que pour éviter la défaite dans la « lutte pour l'existence » les Européens désertent dès maintenant le champ de bataille et que les puissances occidentales s'entendent au plus tôt pour revenir sur l'œuvre accomplie, qu'elles referment les ports ouverts et tâchent de repousser les Chinois dans leur ancien isolement et leur sereine ignorance du reste des nations.

D'autres s'applaudissent que l'opium endorme la nation chinoise et l'empêche de connaître sa force. « N'était l'opium,

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dit Vasilyev, la Chine envahirait tôt ou tard le monde entier, elle étoufferait l'Europe et l'Amérique dans ses embrassements. » Mais l'opium n'assoupit que la moindre partie des « Enfants de Han » ; de même la tabagie ne narcotise et n'épuise qu'une minorité d'Européens.

Il est trop tard maintenant pour essayer de séparer de nouveau l'Orient et l'Occident. A l'exception du Tibet, de la Corée et de quelques régions écartées des montagnes, l'Asie orientale fait désormais partie du monde ouvert. Quels seront pour l'humanité tout entière les résultats de cette annexion d'un demi-milliard d'hommes au mouvement général de l'histoire?

Il n'est pas de question plus grave : on ne saurait donc accorder trop d'importance à l'étude de l'Orient asiatique et de ces peuples « jaunes », si utiles et même indispensables à la civilisation future.

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