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définitive jusqu'à la construction des chemins de fer qui rattacheront directement la Chine centrale à la Russie d'Europe.
C'est à Hankoou que doit aboutir la route du haut Irtîch au Yangtze par le Kansou : des négociations ont eu lieu déjà entre les deux gouvernements pour l'ouverture de cette chaussée carrossable que remplacera tôt ou tard le tronc du chemin de fer trans-asiatique direct. De grands travaux d'art seront
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nécessaires pour la traversée des montagnes, entre la vallée du haut Hoang-ho et celle du Weïho, puis entre la vallée du Weïho et celle du Haù.
Une voie ferrée de très haute importance, celle de Peking à Canton, la « ligne vitale » du « Milieu » desservira aussi Ilankoou, celle-ci sous brève échéance, car, déjà livrée de la capitale jusqu'au fleuve Jaune, elle s'approche incessamment du fleuve Bleu.
Quant au commerce direct de Haiîkoou avec l'étranger par la voie de mer, on peut juger de son importance par ce fait que le tonnage du commerce « maritime » était représenté dans cette ville de l'intérieur, à 1 100 kilomètres de l'Océan, par un mouvement de plus de 1500 navires, il y a vingt ans; et en 1899 par plus de 3 000 navires et avec un chargement de 2 600 000 tonnes, sous pavillon anglais, pavillon chinois ou pavillon japonais, sauf rares exceptions. Les navires de 4 000 tonnes, venus d'Europe, viennent charger directement devant les quais de Hankoou. Le vaisseau-amiral français Charner mouillait dans les eaux de Hankoou en 1901.
La plupart de ces bateaux que l'on voit amarrés en plusieurs rangs devant les quais de Hankoou viennent de ports qui se succèdent sur les bords du Han, en remontant bien loin la rivière, jusque dans la province de Chensi, jusqu'à la ville de Hafitchoung fou qui, située au midi des Tsin gling, à 470 mètres d'altitude, dans une vallée riche en froment, en coton, en tabac, en soie, fut en son temps capitale de la Chine; très déchue, il lui reste peut-être pourtant 80 000 âmes, d'après le missionnaire David.
Le Han est même quelquefois navigable jusqu'aux aciéries de Sinpou wan, à 1 895 kilomètres de Hankoou, non loin de la source du fleuve; mais la ville que l'on considère comme la tète de navigation sur le Han est Tchitchiatien, cité de 12 kilomètres de tour, dont une garnison surveille avec rigueur la population remuante et où se trouvent de vastes entrepôts appartenant à des négociants du Fo'kien et de Canton.
En descendant ce précieux Han des origines de sa navigation en batellerie, on rencontre, alors qu'on a passé du Chensi dans le Houpé, la ville de Laoho koou ou « Bouche de la rivière Lao », et d'après une autre traduction, « la Gorge du Vieux fleuve » ; elle passe pour avoir 200 000 âmes, mais, suivant leur coutume, les Chinois ne lui donnent pas le titre de ville, parce que ce n'est pas une place murée. Port d'expédition très animé, chargeant surtout des balles de coton pour Hankoou, les bateaux à vapeur pourraient remonter jusque-là dans la
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saison des hautes eaux : à plus forte raison pourraient-ils le faire jusqu'à la ville double de Siangyang et Fangtchang, à 90 kilomètres en aval.
Siangyang fou est la cité murée de la rive droite, et Fang tcheng l'entrepôt commercial de la rive gauche : à elles deux elles compteraient 140 000 résidents. Ce qui fait leur importance, c'est, à une petite distance en aval, le confluent du Han et de la Rivière du Nord, de l'homonyme du fleuve du Petchili (Peï ho) comme de la rivière du Kouangtoung (Pe kiang). Le Peï ho, grossi du Tang ho, mène au nord, par des cols aisés, dans les riches plaines du Honan et sur les bords du Hoang ho ; c'est une rivière couleur chocolat, de par les parcelles dont ses torrents dépouillent la terre jaune; il baigne Nanyang, ville à laquelle Hermann Michaêlis accorde 100 000 âmes, et son tributaire le Tang effleure Chikiatien, à laquelle ce même voyageur fait la même libéralité.
En se mêlant, large d'environ 150 mètres, au Han, le Peï ho l'élargit à 500 mètres, et peu à peu ce Han dont Hafikoou a tiré son nom écarte de l'une et de l'autre rive les monts qui l'enserraient jusque-là; elle devient un méandre dans la grande plaine de Chine; elle laisse à 6 kilomètres à gauche la ville de Nganlo, qu'on suppose peuplée de 50 000 à 60 000 habitants, avec le vaste enclos du tombeau d'un empereur de la dynastie qui a précédé celle des Mandchoux; puis à 15 kilomètres de sa rive droite. Chayang qu'habiteraient 40 000 à 50 000 hommes. C'est là que le fleuve tourne brusquement vers l'est pour se rapprocher du fleuve Bleu, à travers champs de riz, de blé, de tabac, de coton, plantations de mûriers, entre lacs, lagunes et palais, en passant devant de gros bourgs et une cité d'environ 30 000 habitants, qui a nom Tsienkiang hsien. A moitié chemin de Fang tcheng à Hankoou, le port de Chayang tchen est aussi très commerçant: Richthofen y vit plus de 500 grosses barques réunies.
Le Hounan, c'est-à-dire « le Pays au sud du
vn lac » (le Toungting), est déjà comparativement
DANS au Houpé une région sinon vraiment méridio-
LE HOUNA'S. nale, du moins une contrée dont les plantes, le
siANGTAN climat, les aspects annoncent l'approche du
Midi.
Limité au nord par ce Houpé, à l'est par le Kangsi, au
sud par le Kouangtoung et le Kouangsi, à l'ouest par le Koeï-
tcheou et le Setchouen, il se déroule du haut des Nan ling à
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la rive droite du grand fleuve et appartient presque entièrement au bassin du Toungting ho, qui est le court déversoir du Toungting hou : ho, comme on ne l'ignore pas, c'est fleuve, rivière; et hou, c'est lac.
Vaste de 210 000 kilomètres carrés (approximativement), il passe pour contenir 21 millions d'hommes, soit 97 au kilomètre carré, peuple vivant presque exclusivement de l'agriculture — ainsi que dans toute la « Fleur du Milieu » — sur un sol fécond dans les vallées, infécond sur les pentes déboisées. Mais il est à supposer que dès l'établissement du réseau des chemins de fer, l'industrie s'emparera de celte province très heureusement pourvue en trésors miniers : comme houille d'abord, en un bassin évalué à 56 000 kilomètres carrés qui déborde au sud dans le Kouang oriental (Kouangtoung); le fer, le cuivre, l'étain, et les métaux de moindre usage abondent.
Les a Hounanais », réduits en nombre par la rébellion des Taïping, qu'on trouve à l'origine de tant de ruines, ne sont pas tous de race et de civilisation chinoises; il y a parmi eux beaucoup de Yao jen, de la nation des Miaotze, principalement autour des cols des Nan ling.
Tous les voyageurs s'accordent à dire que les gens du Hounan sont les plus Européanophobes de tous les « Enfants de Han ». Cela vient de ce que, ainsi que la plupart des habitants du midi de la Chine, ceux bien entendu qui n'appartiennent pas aux aborigènes non chinois, ils se regardent comme de meilleure souche que leurs frères du nord, en tant que n'étant croisés ni de Mandchoux, ni de Mongols. En conséquence, ils estiment qu'ils ont pour devoir de conserver dans toute leur intégrité, les idées, mœurs et traditions de l'Empire; de cette persuasion à la haine des étrangers, le pas est facile à franchir.
L'existence dans le Hounan d'une puissante aristocratie terrienne, enrichie par le commerce, explique la proportion exceptionnelle des mandarins natifs de cette contrée, que l'on rencontre dans toutes les parties de l'Empire, et pour le plus grand mal de l'Empire.
La capitale du Hounan, Tchangcha, borde le Siang, qui est avec le Yuen le principal tributaire du grand lac Toungting. Le Siang n'est pas une rivière médiocre : parti de la province de Kouangsi, il parcourt 700 kilomètres et finit par avoir au delà de 500 mètres d'ampleur moyenne. Trois cent mille habitants, suppose-ton, vivent dans la cité murée, de près de 9 kilomètres de tour, et dans les faubourgs qui la débordent. En face, sur les pentes d'une colline, s'élève le collège de Yolo, un des plus célèbres de la Chine, où plus de mille jeunes gens
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
de vingt-deux à vingt-cinq ans étudient en particulier, se bornant à questionner leur professeur, quand ils se heurtent à quelque difficulté dans leurs études.
En aval de Tchangcha, un chaînon de granit, que traverse le Siang, a donné une certaine importance industrielle à la contrée : la pierre est utilisée pour la fabrication de dalles et de mortiers que l'on expédie au loin, et les argiles du granit décomposé sont employées dans les nombreuses poteries de Toungkouan, où l'on fabrique des tuiles vernissées de toutes couleurs et couvertes de dessins bizarres, qui servent pour les toitures des temples et des maisons particulières dans le Hounan et les provinces voisines.
Plus bas, un peu en amont de l'embouchure du Siang, Siangyin est le port supérieur du lac. Yotcheou, où le lac se déverse dans le fleuve, a pris de l'importance comme escale et entrepôt, mais n'est pas aussi considérable que pourrait le faire présumer son heureuse position au point de rencontre de deux voies commerciales telles que le Yangtze et le Siang. Dans cette région, le marché de Hankoou attire tout le mouvement des échanges. Toutefois l'ouverture du port de Yotcheou au commerce direct avec l'étranger ne peut manquer d'accroître l'importance de cette ville si bien située.
L'activité commerciale, aux parages du lac Toungting, est tout à fait extraordinaire. Comme l'explique un des rapports de la Mission Lyonnaise, on est effrayé en songeant au nombre de jonques qui circulent sur les canaux du grand delta formé par les rivières qui se jettent dans le lac. C'est par milliers que l'on chiffre les jonques, par centaines de milliers la gent batelière, par millions de kilogrammes le tonnage effectif de marchandise, circulant dans tous les sens. On dirait que c'est pour mieux noyer les éléments de calcul que les grandes artères de la province convergent dans l'étroit chenal de Lingtse keou, en y amenant leur énorme contingent de navires, et le riz, le bois de construction ou d'ébénisterie, le charbon, le sel, le sucre, le coton brut ou filé, les cotonnades indigènes, les huiles fluides ou concrètes, les graines oléagineuses, le thé, l'opium, les « médecines », les fibres de palmier, les cordages, les métaux, la matière tinctoriale, tous les objets si variés de l'industrie chinoise.
Si au lieu de le descendre on remonte le Siang à partir de Tchangcha, l'on arrive à l'une des métropoles de la Chine, à l'une de ces villes auxquelles on attribue, presque toujours à tort, au moins un million d'âmes.
Siangt'an est située, ainsi que son nom l'indique, sur un rapide de la rivière Siang, que peuvent néanmoins remonter
La Chine. mvre
les barques : des jonques portant un chargement de 25 à 30 tonnes ancrent par milliers devant la ville. La cité murée borde la rive gauche sur une longueur de 5 kilomètres, mais ce n'est pas là qu'est le siège du commerce : la vie s'est portée dans les vastes faubourgs qui rayonnent dans tous les sens, le long de la berge et des routes.
Le grand privilège de Siangt'an est d'occuper à peu près le milieu du Hounan oriental, de beaucoup la partie la plus riche de la province, et d'être par sa rivière le lieu d'arrêt et l'entrepôt nécessaire des voyageurs et des marchandises qui vont et viennent entre les provinces centrales et méridionales, par les trois passages Koeï ling, Tche ling et Meï ling. Le vaste triangle formé par les trois cités de Tchoung tcheng, Hankoou, Canton, a Siangt'an pour centre.
La routine commerciale a fait aussi de cette ville l'entrepôt des médecines et des drogues de toute espèce pour la Chine entière. C'est là un élément de trafic très considérable dans un pays où les remèdes, racines, pilules ou tisanes, sont plus en honneur que chez tout autre peuple : sur les routes des alentours, on rencontre des caravanes composées uniquement de coulis et de bêtes de somme portant des caisses de drogues médicinales.
De même que dans les autres villes de l'Empire, presque tous les riches négociants et les banquiers sont des immigrants du Chansi, les « juifs » du Royaume Central : partout, sur le penchant des collines, on aperçoit leurs gracieuses maisons de campagne bien ombragées et entourées de terrains que font valoir des fermiers.
La révolution commerciale qui s'est accomplie depuis l'ouverture des ports aux négociants étrangers et l'arrivée des bateaux à vapeur sur le fleuve Bleu auraient eu pour conséquence inévitable de diminuer l'importance relative de Siangt'an, laissée en dehors des grands chemins du trafic, si justement la plus grande voie commerciale de l'Empire, celle de Peking à Canton par Hafikoou, n'avait pas choisi son tracé par la vallée du Siang.
Et pour tout dire, Siangt'an ne peut pas ne pas prendre dans l'avenir une grande valeur industrielle grâce aux gisements houillers du Hounan , qui ne sont pas inférieurs en puissance à ceux de la région du Hoang ho. Sans doute les charbons bitumineux de la région voisine de Siangt'an sont peu appréciés, mais les anthracites de Louiyang, dans le bassin du Loui, l'un des affluents supérieurs du Siang, sont parmi les meilleurs qu'on connaisse : ils sont d'ailleurs exploités fort activement, et des milliers de bateaux sont employés au trans-
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port du charbon de Louiyang à Siangt'an et au Yangtze. Même Haûkoou et Nanking reçoivent de ce charbon pour les bateaux à vapeur du fleuve. Richthofen évalue à 150 000 tonnes au moins la quantité d'anthracite extraite annuellement des gisements du Loui ho.
Le Yuen ou Yuan, l'autre maître affluent du Toungting, dans la direction du sud-ouest, est plus long que le Siang, et arrive à près de 1 000 kilomètres, avec 500 ou 600 mètres de largeur dans le bas de sa course.
En remontant ce « kiang », parti du Koeïtcheou oriental, on reconnaît au premier aspect qu'il n'a pas la valeur commerciale du Siang, qu'il est moins aisément praticable et beaucoup moins fréquenté. La plupart des embarcations ne dépassent pas à la montée Tchatcheou ibu, le principal marché du Hounan occidental; et ceux qui demandent un fort tirant d'eau ne vont pas au delà de Tchangta fou, ville accessible en tout temps aux lourdes embarcations, peu éloignée du lac, à GO kilomètres en aval des premiers rapides de la rivière.
Dans ce Tchangta ou Tchang-to, ville « somptueuse », s'entreposent les marchandises pour une partie du Koeïtcheou et pour le pays des Miaotze. Tchangta a été à peine el'fleurée par l'insurrection des Taïping : « ainsi s'explique, dit Fr. Garnier, le luxe surprenant des ponts, des quais et des routes ». Les deux grandes villes de la province, Tchangtcha et Siangt'an, ont été assiégées par ces bandits pendant quatre-vingts jours, mais elles ont résisté victorieusement.
Par sa situation à la droite du Yangtze, son vni déroulement vers le midi jusqu'au faîte des
DANS Nan ling, son climat demi-méridional, son lac LE Poyang, si pareil au Toungting, le Kiangsi, c'est-
KiANGSi à-dire le « Pays à l'ouest de la rivière », ressemble absolument au Hounan; seulement son lac ne reçoit qu'un seul grand cours d'eau, contre les deux qui trouvent leur repos dans le Toungting : ce cours d'eau se nomme le Kia kiang ou Tchang.
Ce territoire confronte : du nord au Houpé et au Nganhoeï, de l'est au Tchekiang et au Fo'kien, du sud au Kouangtoung, limites entre lesquelles on lui accorde 180 000 kilomètres carrés, le tiers de la France, avec 24 600 000 habitants, contre 26 500 000 en 1842.
Encore que fortement hypothétiques (et c'est le cas pour la population de toutes les provinces) ces nombres indiquent
La CJiine. livre
par leur comparaison que les malheurs, malaises, massacres, famines, typhus et maladies ont lait ici aussi leur œuvre dans la seconde moitié du xix« siècle.
Si le Kiangsi possède réellement 24 600 000 personnes sur 18 millions d'hectares, il entretient 137 individus au kilomètre carré, bien près du double de la densité de population française.
Mais il se peut que la province ait beaucoup moins d'habitants que le nombre admis : elle a beau développer d'admirables plaines dans ses vallées basses et autour de son lac Poyang — terres d'ailleurs çà et là légèrement insalubres par excès d'eau sous un climat chaud-humide, — elle est chargée de montagnes tantôt sylvestres, tantôt nues et peu ou point labourables ou « jardinables »; ces monts, il est vrai, sont veinés d'or, d'argent, de fer, d'étain, de plomb, mais on n'exploite guère ces trésors.
11 n'y a pour ainsi dire pas d'autochtones, de pré-Chinois en Kiangsi : en quoi ce territoire diffère singulièrement de plusieurs de ceux qui l'avoisinent. D'après le docteur Deblenne, de la Mission Lyonnaise, il y a probablement dans le Setchouen un septième de non-Chinois, soit 6 500 000 sur 45 000 000; dans le Yunnan, deux tiers, ou 5 000 000 sur 8 000 000; dans le Koeïtcheou, la moitié, donc 3 500 000 sur 7 000 000 ; dans le Kiangsi, les sept dixièmes ou 5 000 000 sur 7 000 000 — ces nombres comprennent les métis de Chinois et d'autochtones. 11 s'en faut, on le voit, que l'assimilation ait fini son œuvre dans la Chine méridionale.
La capitale du Kiangsi, Nantchang, s'est établie à l'origine du delta dont le Kia kiang a diminué le lac Poyang, dans une campagne de fertilité renommée. Comprise dans une enceinte de près de 10 kilomètres, elle n'a point pris place parmi les cités peuplées ou surpeuplées du « Milieu », quoiqu'elle ait de grands avantages comme lieu de convergence des routes d'une vaste contrée; mais ses communications avec Canton sont difficiles, à cause de l'àpreté des montagnes.
Le Kia kiang admet les bateaux à vapeur légers jusqu'aux murs de Nantchang, mais comme on embarque surtout le thé et la porcelaine, les deux grands produits de la contrée, dans les ports de la rive orientale du Poyang, cette ville n'a pas grand trafic. Elle manque aussi d'édifices curieux, si ce n'est des pagodes et des arcs de triomphe élevés en l'honneur de veuves devenues fameuses par leurs vertus; mais elle se distingue par la régularité et la propreté de ses rues : à cet égard, elle ressemble à la capitale du Setchouen.
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En remontant la vallée du Kia kiang au-dessus de Nantchang on la voit admirablement arrosée par des appareils élévatoires en bambou, très soigneusement cultivée, très habitée et, dit Wells Williams, égale à n'importe quelle autre au monde pour la densité de la population, la richesse et la variété des produits, la diligence de l'agriculture. On rencontre Lin kiang, qui vend beaucoup de plantes médicinales, et Kingan que suivent les « dix-huit rapides », interrompant la navigation durant les eaux basses, au sein d'un admirable paysage rocheux. Puis vient Kantcheou, cité murée fort commerçante avec une multitude de bateaux, des fabriques d'encre de Chine et du vernis fait du suc des « arbres à vernis » de la contrée (Rhus vernicifera). La navigation ne s'arrête tout à fait qu'à Nangan, au bas du fameux col de Meï ling, au faîte entre Yangtze et Si kiang. C'est à Nangan qu'on s'embarque pour Peking, voyage de quatre cents lieues en ligne droite, huit cents par rivières et canaux, « dans des barques longues, pi'ofondes, qui ont des nattes de jonc pour voiles s.
Yaotcheou, sur une haute falaise de la rive du Poyang, est une ville forte de 6 kilomètres d'enceinte, d'où des escaliers partant de « portes triomphales » descendent à un port encombré de jonques pour l'expédition des porcelaines : celles-ci viennent principalement de Kingte' tchen, à 65 kilomètres au nord-est.
Au siècle dernier, plus de 500 fabriques de porcelaine étaient groupées près de cette ville, que surmonte un nuage de fumée, noir pendant le jour, illuminé de jets de flamme pendant la nuit. Un million d'hommes habitaient alors ce pays de fabriques; mais il est certain que la population a diminué depuis. C'est de l'an 1004 de notre ère que date la porcelainerie de Kingte' tchen, qui créa tant de merveilles, chefsd'œuvre les plus réputés du monde. Il n'en sort plus de pièces « miraculeuses », mais, toujours fort estimée en Chine, elle donne lieu à un très grand commerce, qui se concentre principalement autour de Yao-tcheou, près du bord oriental du Poyang: le port de cette ville est toujours encombré débarques et de jonques, qui viennent prendre le précieux chargement. En réalité la porcelaine de Kingte', qui pendant tant de siècles fut sans rivale, est maintenant bien inférieure aux porcelaines d'Europe, pour la pâte, la forme et le dessin: les usiniers de Kingte' tchen ont vainement essayé d'entrer en concurrence avec les fabricants étrangers. C'est la province de Ngan hoe'i, voisine de Kingte' tchen, qui fournit à cette ville ses deux espèces de terre à porcelaine.
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A l'est et au sud-est, vers les frontières du Fo' kien, s'ouvrent des vallées qui produisent des thés exquis, auxquels la ville de Hokoou donne son nom. Au nord-est, s'élève le Sônglo chan, où se découvrit l'art d'utiliser les feuilles du précieux arbuste.
Les deux grands « emporia » de la province bordent la rive droite du Yangtze : Kiukiang un peu en amont du large déversoir du Poyang, et Houkoou à ce déversoir même, sur sa rive droite.
Kiu kiang ou la « Ville des Neuf Fleuves », sur l'étroite péninsule rocheuse qui sépare le lac Poyang du Yangtze, a de l'importance comme lieu de passage des denrées de la province de Kiangsi, surtout des tabacs et du thé noir, auquel les négociants étrangers ne reprochent que d'être trop apprécié en Chine même, de sorte qu'ils ne peuvent faire de bénéfices en Europe sur le prix de cette denrée. Un quartier européen, protégé comme celui de Haùkoou par une forte digue, s'est élevé, depuis qu'un traité a ouvert la cité des Neuf Fleuves au commerce européen, qui s'y « escrime » sur une foule d'objets : opium de l'Inde, cotons et cotonnades, allumettes de l'Inde et du Japon, thé, ramie, indigo, suif végétal. Le mouvement de la navigation y a porté en 1899 sur 3 389 vaisseaux et 2 866 196 tonnes, contre 1 421 170 tonnes en 1880. On prétend que Kiu kiang avait 500 000 âmes avant sa prise par les Taïping en 1857 : il lui en resterait 50 000. ou même seulement 35 000; 70 000 d'après Marcel Monnier.
Selon la plupart des marins et des négociants, c'est Houkoou qu'on aurait dià choisir plutôt que Kiukiang comme ville de commerce international. Certainement sa situation au débouché naturel, fatal, de tout le Kiangsi dans la vallée du Yangtze, devrait lui valoir une suprématie commerciale qu'elle n'exerce aucunement; pas plus que Yotcheo, semblablement placée au débouché de tout le Hounan. Cité de beaucoup la plus peuplée du Kiangsi, Houkoou passe pour contenir 300 000 habitants.
Le Nganhoeï (An-houi, An-hui) suit le Kiangsi
IX sur le cours du fleuve Bleu.
DANS Très poétique est le nom de cette province
LE au cas oîi il signifierait « les Bourgs pacifiques » ;
nganhoeï mais des sinologues professent que Nganhoeï
réunit simplement le premier monosyllabe de la
désignation de ses deux maîtresses villes : Nganking et Hoeïhou.
Elle a pour bornes : à l'ouest, le Houpé et le Honan ; au nord et à l'est, le Kiangsou et le Tchekiang; au sud, le Kiangsi; frontières entre lesquelles son aire atteint environ 142 000 kilo-
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mètres carrés, soit un peu plus du quart de la France, et la place pour dix millions d'habitants au plus, au taux de densité de la population française. Mais on suppose que le Nganhoeï entretient 21 millions d'hommes, soit 148 personnes au kilomètre carré. Et la foule des hommes y était bien plus pressée avant le milieu du siècle dernier, du moins à en croire le recensement de 1842, qui donna 3G 600 000 individus, ou 258 par 100 hectares, sans doute plus que la vérité; mais il y a toute certitude que la révolte des Taïping a lourdement pesé sur le pays des Bourgs pacifiques.
Fort bon pays, même excellent avec son opulente vallée du Yangtze, ses vastes plaines autour du lac Tchao et le long du Hoaï ho; mais, contre l'ordinaire des provinces chinoises, il n' « exhibe » aucune ville vraiment grande.
La capitale, Nganking (Anking), assez belle cité de la rive gauche du Yangtze, n'aurait que 40 000 habitants.
Plus bas, Tchitcheou fou, sur la rive droite, s'enferme en une enceinte de 5 kilomètres, en des campagnes couvertes d'arbres à thé, non loin de Tatoung, qui est une cité très commerçante surtout en sel, houille, thé, chanvre et riz.
Plus bas encore, Wouhou (Ouou, Hoeï hou) la grand'ville du Nganhoeï, forte de près de 100 000 habitants, est un des ports du fleuve depuis longtemps ouverts à l'Europe. La valeur des échanges internationaux s'y est élevé à 40 millions de francs en 1890, et le tonnage du port en vapeurs et en jonques y dépassa dans la même année 5 875 000 tonnes. Ville d'industrie, sa ficelle rouge est connue dans tout l'Empire, et depuis deux siècles on vante ses couteaux et autres objets en acier, pourtant bien inférieurs à ceux qu'on importe d'Europe. Dans une vallée des environs on fabrique l'un des meilleurs papiers de la Chine pour l'écriture et le dessin : l'écorce de l'arbre à suif, le liber du mûrier et la paille de froment sont les matières premières qu'on y emploie.
Des « Bourgs pacifiques » le Yangtze passe
X dans les « Coulées du Fleuve » : c'est ce que
DANS veut dire le nom de Kiangsou : à moins qu'il n'y
LE ait tout simplement dans ce mot, d'après Wells
KIANGSOU : Williams, la première syllabe de Kiang ning (ou
NANKiNG Nanking) et celle de Soutcheou, la première de
ces villes étant capitale de la province et la
seconde une des principales cités chinoises.
La Chine. livre
Le Kiangsou, l'une de six provinces littorales de la Chine, longe à l'orient la mer chinoise; du nord il confronte au Chaiitoung, de l'ouest au Nganhoeï, du sud au Tchekiang.
Long de 600 kilomètres environ de nord-nord-ouest en sudsud-est, mais n'en ayant que 170 à 2o0 dans le sens opposé, ses 100 000 kilomètres carrés seulement le mettent en état de grande infériorité comme étendue de territoire : l'unique Tchekiang est au-dessous de lui, de par ses 9o 000 kilomètres carrés, pas plus.
Mais il n'y aurait pas moins de 21 millions de Chinois sur ces 10 millions d'hectares — 210 individus au kilomètre carré, ce qui en fait ou en ferait le plus densément peuplé des dix-huit territoires du « Milieu ».
Môme, cette surpopulation aurait été bien supérieure encore : le dénombrement de 1842 fournit, à tort sans doute, le nombre « fantastique » de 39 646 92b personnes, soit près de 400 par kilomètre carré. Les assassinats de la guerre des Taïping, puis les maladies et famines vidèrent plus qu'à demi la province, qui s'est à nouveau colonisée, comme le Nganhoeï et autres territoires également « raréfiés » de population, par une immigration arrivée d'un peu partout en Chine : c'est de là que vient la fort grande diversité de types des résidents du Kiangsou.
Que ce pays ait tant de villes et de bourgs, tant de paysans et d'urbains, son heureuse situation, sa prodigieuse fertilité le comportent, encore que sa surface utile soit très inférieure à ce qu'on attendrait de ses dix millions d'hectares : aucun pays du monde ne pourrait probablement montrer autant d'eau courante ou stagnante, coulées du grand fleuve, rivières, lacs, étangs, canaux en tous sens. C'est une Hollande aussi tirée que possible du marécage primitif, mais encore très imprégnée d'eau, et pourtant salubre, malgré le soleil de ses latitudes qui, dans le sud, approchent du 30« degré.
La capitale du Kiangsou, en même temps que la résidence du vice-roi du Kiangnan, c'est-à-dire de l'ensemble des deux provinces de Kiangsou et de Nganhoeï, Nankinglou Kiangning) fut jadis la métropole de la Chine entière, de 317 à 582, et de nouveau de 1368 à 1403; longtemps aussi ce fut la plus populeuse cité du monde. Même, lorsque la résidence impériale eut été transférée à Peking, la cité des bords du Yangtze resta sa rivale par le nombre des habitants et sa supérieure en industrie et en commerce.
En l'an 1853, Nanking reprit son rang comme résidence d'un chef d'État, le « roi Céleste » ou souverain des Taïping ;
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mais le nouvel Empire ne devait pas avoir une longue durée, et Nanking, après un siège meurtrier qui ne dura pas moins de deux ans, fut prise en 1864 par l'armée impériale : ce qui restait des défenseurs fut passé au fil de l'épée et la ville changée en un amas de ruines. Après le passage des exterminateurs, quelques milliers de mendiants faméliques errant parmi les décombres, gîtant dans les fossés sous des huttes de branchages, étaient toute la population de la « Résidence du Sud ». La paix a permis à Nanking de renaître de ses cendres, mais l'espace enfermé par l'énorme enceinte de 30, on dit même 35 kilomètres, comprend encore bien des champs et des décombres, où l'on chasse la bécassine, le faisan, même le gros gibier.
C'est pourquoi l'on a pu comparer la Nanking des Empereurs « jaunes » à la Rome des Césars pour les vastes solitudes, les ruines et les débris, la gloire envolée; mais son fleuve est autre que le Tibre et elle ne couvre pas sept collines et leurs intervalles de vallée.
Elle est à la rive droite du Yangtze, à 900 kilomètres sudsud-est de Peking à vol d'oiseau, à 1 075 par les routes; à 1 150 nord-est de Canton par la ligne droite, 1 220 par les chemins ordinaires.
Si à la revenue de nombreux fugitifs et à l'arrivée de familles des diverses provinces elle a récupéré de cent à deux cent mille habitants, au lieu des huit cent mille d'avant 1853, elle a perdu tous les édifices qui faisaient sa gloire, sauf son enceinte flanquée de tours. La pagode dite « de porcelaine », ou plutôt la tour « en pierres précieuses vitrifiées », jadis si fameuse, fut réduite en débris pendant la guerre des Taïping, et les tuiles vertes de ses toits, les porcelaines coloriées de ses murs sont déjà devenues rares dans les monceaux où vont fouiller les visiteurs anglais pour emporter des « souvenirs » ; les débris de la tour ont servi à construire les ateliers d'une fabrique d'armes. Cette paongan tah, construite de 1411 à 1430, devait avoir treize étages et 100 mètres à peu près, mais on l'arrêta à 80 mètres en neuf étages; à ses toits pendaient des cloches, au nombre de 150 en tout. Elle dépassait donc singulièrement les cent pieds environ de hauteur audessus desquels un édifice incommode le feng-choui. Mais aussi c'est justement une question de feng-choui qui a causé sa perte : quand les Taïping la détruisirent en 185(3, c'est parce qu'ils craignaient l'influence « géomantique » de la tour pour le succès de leur cause. Donc faite de briques, et revêtue de porcelaines vertes, rouges, jaunes, blanches (et d'autres couleurs encore), mais avec prédominance du vert, « elle était sur-
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tout belle et icaie quand elle reflétait le soleil. Au temps de sa « jeunesse » 14U lampes l'éclairaient, la plupart suspendues au dehors, et l'écrivain chinois disait d'elle : « Quand ces lampes sont allumées, elles éclairent les 33 cieux; elles découvrent le bien et le mal i)arnii les humains, et elles détournent à jamais les misères de l'homme ». Que des Chinois aient jeté par terre un pareil édifice rien que pour ne pas contrarier une idée saugrenue, c'est assez pour nous faire comprendre pourquoi la Chine manque totalement de beaux ou vieux édifices dignes dï'ternels hommages, comme un Parlhcnon, un Colysée, une grande cathédrale romane ou gothique. — Telle était cette tour, plus célèbre en Europe que tout le reste des choses chinoises quand nous en étions encore dans l'ère des « Chinois de paravent. »
Le gouvernement chinois a construit l'un de ses arsenaux militaires tout près de la ville, divisée comme toute autre capitale de province en cité chinoise et en cité tartare, et l'industrie privée y a fondé des établissements divers, tels que fabriques d'encre, de papier, de fleurs artificielles, de soie, de crêpe et de ces étoffes de coton, qui, sous le nom de « nankins », ont servi jadis de modèles aux tisseurs d'Europe. Les plus beaux satins chinois proviennent aussi de cette ville, qui a repris son rang de métropole du beau langage des belleslettres; jusqu'à 12 000 jeunes gens viennent y subir les examens annuels. De grandes bibliothèques se sont reconstituées à Nanking, et des imprimeries nouvelles s'y sont ouvertes avec un matériel chinois et européen. Parmi les immigrants de la cité restaurée, les mahométans sont nombreux : on les évalue à une cinquantaine de mille.
De même que la i Résidence du Nord », la «c Résidence du Sud » a dans ses environs immédiats, à quelques kilomètres vers l'est, un enclos funéraire impérial, mais un seul « podestat » y dort du dernier somme, le second empereur de la dynastie des Ming, mort à la fin du xiv^ siècle. Il repose, au bout d'une longue avenue, « sur la plate-forme d'un énorme cube en maçonnerie de 20 mètres de haut sur 100 mètres de côté »; tout autour, dans le parc consacré aux mânes du tout-puissant défunt, se dispersent les ruines des temples et des palais détruits par les rebelles ; et tout au long de l'avenue veillent des effigies colossales d'hommes et de bêtes : hommes officiels comme princes et mandarins, hommes de guerre « tels que cavaliers la lance au poing » ; animaux réels « comme chameaux ou éléphants armés en guerre » ou fantastiques tels que « dragons rampants ou dressés » ; de distance en distance, de grandes tables de pierre, vastes dolmens chinois, s'appuient sur des
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
piliers de roches. En pleine nature, ainsi que les autres « Saint- Denis ï de la Chine, cette avenue, ces vieux arbres, ces gigantesques serviteurs muets veillant aux deux bords de l'avenue sur la tranquillité de l'Ombre impériale, cette nécropole d'un seul donne au visiteur une impression de grandeur mélancolique. Dans la campagne environnante s'élèvent quelques buttes de volcans.
L'activité commerciale du Kiangsou s'est concentrée principalement dans la ville de Tchingkiang, située à l'est de Nanking, également sur la rive droite du Yangtze kiang, mais en face de l'entrée méridionale de la rivière des « Transports » ; en outre, des canaux naturels et artificiels la font communiquer avec Ghanghaï; Tchingkiang se trouve donc à la croisée de voies commerciales d'extrême importance. Aussi s'est-elle relevée des deux désastres qui l'ont frappée pendant ce siècle. En 1842, l'armée anglaise y remporta la victoire qui lui permit de dicter à la Chine le traité de Nanking, mais elle ne trouva que des morts dans Tchingkiang; les défenseurs mandchoux avaient égorgé les femmes et les enfants et s'étaient tués à leur tour pour ne pas subir la domination détestée des « Barbares aux cheveux roux ». En 1853. elle fut prise par les Taïping, et, quatre ans après, la population fut massacrée par les Impérialistes : c'était mourir deux fois. Comme à Xanking, il ne resta que des murs, et çà et là quelques malheureux gîtant dans les décombres.
Remontée à 130000, 150000, 175 000 habitants — on n'ose guère affirmer aucun de ces nombres, — Tchingkiang est un des ports du fleuve ouverts au commerce des étrangers. On supposait que le trafic s'y développerait très vite, mais on n'avait pas réfléchi qu'elle est maritimement trop près de Changhaï, tluvialement trop près de Haiikoou, pour accaparer les transactions de cette région de la Chine. Puis l'extrême délabrement du Canal Impérial lui a nui; d'autant que le « tribut du riz », c'est-à-dire le transport des riz du sud dans les provinces du nord, a pris de plus en plus la route de mer, bien plus rapide, bien moins coûteuse que la voie de navigation intérieure. Cependant le commerce extérieur de Tchingkiang s'est élevé en 1898 à 90 millions de francs, et le mouvement du port vraiment prodigieux, à 5 794 000 tonnes, dont 8 250 000 tonnes pour les vapeurs et 3 544 008 tonnes pour les jonques: les étrangers étaient en 1900 au nombre d'une trentaine à Tchingkiang; en face de la ville, au milieu du fleuve, se montre l'île charmante dite Tsias-chan ou « montagne d'Argent », parsemée de pagodes bouddhistes.
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De l'autre côté du fleuve se trouvait autrefois la cité considérable de Koatclieou, où le gouvernement avait établi son principal dépôt de sel sur les bords du Yangtze. Parfois dixhuit cents jonques se pressaient dans la rade pour y prendre leur chargement; mais les érosions du fleuve ont emporté peu à peu la ville, et maintenant il en reste seulement quelques maisons.
A peu de distance au nord, sur les bords du Grand Canal, Yangtcheou, place commerçante, passe pour contenir 3G0 000 habitants : c'est l'ancienne capitale du royaume de Yang, qui, d'après quelques étymologistes, aurait donné son nom au Yangtze kiang; c'est aussi la « grande et noble cité » de Yanju, que Marco Polo, fraternellement accueilli par les Chinois, gouverna pendant trois années; elle avait alors \ 500 000 âmes, nous dit la chronique.
Le port de Changhaï, le plus rapproché de
l'entrée du fleuve, est formé par le Hoang pou,
XI coulée qui s'y réunit à la coulée du Vousang ou
CHAXGiiAÏ, Wousoung, et s'ouvre à 21 kilomètres en aval
souTCHEOu. sur la rive droite de l'estuaire du Yangtze.
Changhaï, qui se traduit en français par « la Haute Mer », est maintenant la plus commerçante des places maritimes de l'Empire, et sous ce raj^port deux villes seulement, Hongkong et Bombay peuvent rivaliser avec elle dans toute l'Asie.
Pourtant, lorsque les Anglais firent choix de cette position, en 1842, pour y établir leurs comptoirs, il semblait difficile qu'ils pussent jamais réussir à faire de la ville du Hoang pou une rivale de Canton ou d'Amoï. Il est vrai que Changhaï, port de la cité considérable de Soutcheou et de tout le riche district environnant, avait déjà d'importantes relations commerciales, et de plus il avait le grand avantage géographique de commander l'entrée du fleuve navigable qui traverse entièrement l'Empire de l'ouest à l'est. Mais il fallait lutter contre les difficultés du sol et du climat, consolider et exhausser les terrains, les couper de canaux, assécher les mares, purifier l'air de ses miasmes; en outre, il fallait nettoyer et baliser le chenal de navigation, pour maintenir un libre accès aux navires arrivés de la haute mer.
L'assainissement du sol a été mené à bonne fin, du moins autant qu'il est possible de le faire dans une campagne aussi humide; mais la partie la plus importante de la tâche, au point
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables
de vue commercial, est loin d'être achevée. Une barre dangereuse sépare l'estuaire et le Hoang pou ou fleuve des « Eaux Jaunes », sur lequel est située Changhaï. Même dans les trente dernières années, cet obstacle a grandi ; tous les ans des bateaux s'envasent dans les bancs, les navires d'un fort tirant évitent de remonter jusqu'à la ville. Il n'y a plus aujourd'hui que 4 mètres et demi d'eau à marée basse sur la barre du Hoang pou-Vousang. Si les négociants étrangers n'avaient récemment imposé au gouvernement chinois d'entreprendre tous les travaux nécessaires pour le curage de la passe, il eût été à craindre que Changhaï ne restât tôt ou tard perdue dans l'intérieur des terres, sur le bord d'une crique marécageuse.
Ce ne sera qu'un petit changement géologique de plus sur un sol que se disputent les alluvions du Yangtze et les flots de la mer. D'après les traditions chinoises, Changhaï avait été bâtie au bord de l'Océan, dont elle se trouve actuellement éloignée de 40 kilomètres. Le « vent jaune », c'est-à-dire le courant atmosphérique du nord et du nord-ouest, chargé de la poussière du désert, le créateur de la Terre jaune, souffle fréquemment à Changhaï.
Le commerce des denrées locales enrichit les premiers négociants européens établis à Changhaï, dont la prospérité spéciale eut pour cause les désastres nationaux. La guerre des Taïping fît refluer les fugitifs en multitudes sur les terrains concédés aux étrangers. Lorsque la ville de Soutcheou fut détruite, en 1860, Changhaï lui succéda comme grande cité de la contrée; on y voyait les maisons s'élever du sol comme par enchantement. Mais, les rebelles ayant été repoussés de Changhaï et de son district, puis exterminés, le reflux de la population se fit vers l'intérieur, et d'un demi-million le nombre des résidants chinois descendit à 65 000. Il est présentement de 450 000 à 500000 dont au-delà de la moitié dans l'enceinte des concessions européennes.
« Le pli était pris », les habitudes commerciales aussi, et déjà les lourds palais des négociants étrangers bordaient le fleuve, au nord de la ville murée des Chinois, qui est une cité assez sale, peu engageante, comprise dans une muraille de près de 5 kilomètres de tour, précédée d'un fossé boueux, suivant l'usage.
Aussi Changhaï ne tarda guère à devenir le port central d'oîi les marchandises d'Europe sont réexpédiées vers les autres marchés de l'Empire. La « concession » anglaise, dont les habitants gèrent librement leurs intérêts, est la « colonie modèle, la république du Hoang pou », Whampoa en anglais.
La Chine. livre
Le territoire coaccdé aux Américains, au nord de la rivière de Soutclieou, est réuni depuis 18G3 à la municipalité britannique, et déjà toute la partie occidentale de la banlieue, autour du champ de courses, est couverte de constructions d'aspect européen. La concession française, qui est autonome aussi, donne asile à 40 000 « fils de Han » et à 444 blancs. L'ensemble de ces colonies étrangères, la « ville européenne » de Changhaï, s'étend sur 730 hectares, presque le dixième de Paris sans les faubourgs.
On y remarque d'énormes hôtels, clubs et palais, le monument de « l'armée toujours triomphante », qui, faite d'Anglais, de Français, de Chinois, battit les rebelles Taïping en maintes rencontres, de 1862 à 1864, et deux statues d'Anglais : celle de Gordon, l'illustre condottiere qui avait mis son énergie au service du gouvernement chinois dans la lutte contre les Taïping; et celle de Margary, massacré dans le Yunnan. Le nombre des « diables étrangers » y est d'environ 6 000, dont 3 000 Anglais; après quoi viennent des Yankees, des Allemands, des Français, des Portugais et uu nombre croissant de Japonais. Ces « barbares », roux ou autres, se plaignent parfois du climat brusquement changeant de la ville, au passage de l'une à lautre de ses saisons contraires, d'hiver à été, d'été à hiver : alors ils y contractent facilement des bronchites, des pneumonies et des rhumatismes.
Au midi de la ville chinoise de Changhaï se prolonge le faubourg de Tongkatou, tandis qu'à l'est, sur la rive opposée du fleuve, s'étend Pountoung, appelée souvent la « Petite Europe »,en raison des nombreux Chinois chrétiens qui l'habitent. Les campagnes qui entourent Pountoung sont défendues contre les inondations de la mer et des eaux courantes comme le sol de la Néerlande : du côté de l'Océan, cinq levées concentriques bordent le littoral.
Le thé de Chine, qui s'en va de plus en plus en Russie, de moins en moins en Angleterre et aux États-Unis, a cessé d'être « l'âme » du commerce de Changhaï. C'est surtout l'importation des cotonnades et lainages, de l'opium, des mille et un objets de l'industrie européenne, la plupart « mauvais, mais pas chers », suivant la formule, qui donnent au port l'ampleur de son trafic et recouvrent la rivière Hoang pou d'une forêt de mâts. A l'exportation, c'est la soie grège expédiée aux États- Unis, en France, en Angleterre — pour 160 millions de francs en 1899, — le coton envoyé en Angleterre et au Japon, les étoffes et les filets de soie manufacturés à Changhaï même, où se sont déjà construites maintes usines copiées sur celles de l'Occident.
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En ces dernières années, avant la guerre sino-européenne, la valeur du commerce annuel de Changhaï était de 600, de
Fig. H. — Changhaï et les bouches du Yaxgtze.
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700, de 800 millions de francs, un milliard : ainsi, en 1898, on arrive à 1030 000 000 francs, dont plus de deux tiers à l'importation. En 1896, avec un commerce moindre d'un tiers,
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le mouvement du port avait été de 7 002 bâtiments et de 7 9G4 036 tonnes. Le pavillon anglais et le pavillon chinois flottent sur la plupart des navires : l'anglais sur près des deux tiers du tonnage, le chinois sur un septième, la France sur 3 pour 100; on signale un acroissement du tonnage allemand et du japonais.
Il va sans dire que des services réguliers de bateaux à vapeur ont leur siège à Changhaï, qu'ils mettent en relations avec le reste du monde par mer et avec les provinces du Yangtze supérieur par la voie du fleuve. En 1901, ces lignes de navigation étaient au nombre de dix : cinq anglaises, deux japonaises, deux allemandes, une chinoise.
C'est dans les entrepôts de la rivière de Changhaï que les navires débarquent les cadavres des Chinois morts à l'étranger. C'est dans son faubourg de Pountoung, sur la rive droite du Hoang pou, que des ouvriers chinois construisent des navires de commerce sous les yeux d'ingénieurs européens ; navires dont un grand nombre (ceux qui remontent le fleuve) se servent de la houille indigène, qui, avec le charbon japonais, remplace de plus en plus le charbon d'importation étrangère dans les entrepôts de Changhaï.
Des chemins de fera traction de chevaux, ou autre mode de propulsion, traversent la ville; de belles allées contournent le champ de courses à l'ouest de Changhaï et vont jusqu'au « Bouillant », le Bubbling well des Anglais, et le Haï yan des Chinois ou « l'OEil de la mer », fontaine doù s'échappent des gaz d'hydrogène sulfuré. Au delà, de larges routes empierrées rayonnent jusqu'à une dizaine de kilomètres, vers les maisons de plaisance des négociants chinois et étrangers, mais le gouvernement n'a pas encore permis de continuer ces routes jusqu'aux cités de l'intérieur.
Une mésaventure bien plus grave est arrivée à propos de la ligne de chemin de fer, longue de lo kilomètres, qu'une compagnie anglaise avait fait construire entre Changhaï et son avant-port de Wousoung, sur le Yangtze. Cette voie ferrée, alors la seule de Chine, ne subsista que seize mois, quoiqu'elle rendît les plus grands services au commerce local et que les wagons fussent toujours remplis. Le gouvernement en ordonna la destruction, et les rails furent transportés à Formose, sur une plage où le flot de la mer les recouvrit bientôt : des fortifications armées de canons de siège et protégées par des blindages en fer ont remplacé la gare et les entrepôts de Wousoung.
Plusieurs prétextes furent mis en avant pour justifier la destruction de ce chemin de fer; la principale raison en était
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
certainement la crainte qu'avaient les mandarins de voir les résidents étrangers, déjà souverains dans l'enceinte de leurs municipalités, et très influents même dans les affaires chinoises par l'institution du tribunal mixte, s'emparer peu à peu du pouvoir et devenir les maîtres du pays plus que le gouvernement lui-même.
Le gouvernement de Peking n'étant plus maître chez lui, il lui faut bien se résigner à la reconstruction du chemin de fer de Wousoung et à la construction de maintes lignes dix ou cent fois plus longues que celle de Changhaï à Wousoung. Nul doute que dans peu d'années le grand port du Hoang pou sera réuni à Peking par une voie ferrée qui gagnera Tchingkiang, et de là, suivant le parcours du canal Impérial, ira traverser le Hoang ho et atteindra la métropole après avoir traversé beaucoup de « terre jaune »; à Tchingkiang se détachera la ligne qui remontera le Yangtze jusqu'à Haùkoou, ofi elle tombera sur le chemin de fer de Peking à Canton; enfin, une ligne unira Changhaï à Hangtcheou et à Ningp'o : sans compter d'autres lignes encore.
Dans l'immense jardin qui entoure Changhaï et que des canaux d'assèchement découpent dans tous les sens, les bourgades et les villes populeuses s'élèvent de toutes parts. Un de ces bourgs, que signale de loin une pagode voisine, la tour de Long-houa, est Zikaveï (Sukia hoeï), qu'on peut considérer comme appartenant encore à Changhaï, dont il est éloigné de 7 kilomètres au sud-ouest. C'est là que se trouve le collège des Jésuites, fondé au xvii" siècle, rétabli au xix° et pourvu depuis 1840 d'un observatoire météorologique, fondé par la France et où se trouvent les meilleurs instruments, grâce aux subventions des États-Unis : les jeunes gens qui sortent de ce collège peuvent se présenter aux examens du mandarinat comme les étudiants des écoles indigènes. On doit de récents et précieux travaux géographiques et cartographiques aux « pères » de cette mission de Kiangnan, car tel est son véritable nom, qui fait revivre l'ancienne province de Kiangnan, dont on a tiré le Kiangsou et le Nganhoeï.
Les campagnes de Changhaï, Hollande très coupée de canaux, sont d'une extraordinaire fécondité. Les villes y sont légion, dans toutes les directions : vers le nord, oîi les îles du Yangtze ne sont pas moins populeuses que la terre ferme, et oîi la péninsule de Tsoungming est couverte de cités, de bourgs, de villages défendus contre les tempêtes du large par d'épais rideaux de bambous; vers le sud, où les villes se pressent jusqu'à la baie de Hangtcheou ; vers l'ouest, à travers le pays à demi lacustre qui mène à Soutcheou fou.
La Chine. livre
Dans la riche contrée du Kiangsou méridional, le premier rang pour la population et l'industrie appartient toujours à la fameuse cité de Soutcheou, la « grande et noble » Suju, que Marco Polo décrit avec admiration. Sans doute la ville n'a plus « soixante milles de circuit » ; « six mille ponts de pierre, assez hauts pour laisser passer les galères », ne traversent plus ses canaux, et les habitants qui se pressent dans les rues et dans les barques de Soutcheou ne seraient plus assez nombreux pour « conquérir le monde » ; mais la Venise chinoise, reconstruite après le passage des Taïping, a repris un certain commerce, et sa population se distingue par l'intelligence et la sûreté du goût.
Suivant le dicton, « tout ce qui est beau vient de Soutcheou : tableaux, sculptures, tamtams, soieries et femmes ». Et : « pour être heureux, dit un proverbe, il faut naître à Soutcheou, vivre à Canton, mourir à Hangtcheou », car les plus beaux hommes sont ceux de Soutcheou, la vie la plus riche et la plus aisée est celle de Canton, et les meilleurs cercueils sont ceux de Hangtcheou.
Mais il s'en faut encore de beaucoup que les pertes causées par la guerre civile aient été réparées : Soutcheou, dit-on, ne rivalise plus avec Peking pour la beauté de ses livres, et la supériorité pour les soieries lui a définitivement échappé.
Que reste-t-il ici du million d'hommes d'avant les Taïping, certains disaient même deux millions, vus sans doute à travers la lentille grossissante? 500 000, croit-on, sur un réseau de canaux, dont le Canal Impérial lui-même.
Ces canaux unissent cette autre Amsterdam au Yangtze au nord, à la mer à l'est, au Tahou ou « Grand Lac » à l'ouest. Le Tahou, que traversait jadis un bras du grand fleuve, est une véritable mer intérieure sur laquelle vivent des populations de pêcheurs voguant au large des côtes; un million de Chinois se presseraient sur ses rives ombragées de mûriers, plantées de ramies, et dans ses 70 îles, dont une peuplée de 200 000 habitants.
Le Tchekiang, l'une des six provinces litto-
A7/ raies du Grand et Pur Empire, donne à Test sur
DANS la mer de Chine, dite ici, en chinois, Toung haï
LE TCHEKIANG : OU « mer Orientale » ; au nord il a le Kiangsou,
HANGTCHEOU à l'oucst le Nganhoeï et le Kiangsi, au sud le
Fo'kien.
C'est la moindre des dix-huit provinces, avec 95 000 kilo-
TROISIÈME Villes et Lieux remarquahles.
mètres carrés seulement, plus du sixième, moins du cinquième de la France, environ quinze de nos départements ; mais le territoire y est si beau, si bon, si riche, qu'on évalue son nombre d'habitants à douze millions, ou 126 personnes au kilomètre carré.
Même, si l'on pouvait accorder quelque créance aux recensements antérieurs, le Tchekiang aurait entretenu plus de vingt-six millions d'hommes en 1812, plus de trente en 1842 : dans le premier cas, près de 275 individus au kilomètre carré, dans le second, près de 320. Exagérations sans doute, mais il est de toute évidence que la population y a fortement diminué dans la seconde moitié du xix« siècle : les Taïping ont passé par là.
Ils ont été plus ravageurs que le mascaret, la barre de la baie dont la province aurait pris son nom : la baie de Tchekiang ou du « Fleuve destructeur », ou encore du « Fleuve roulant », du « Fleuve tortueux » : d'après certains, ce fleuve tortueux serait une rivière du sud du territoire. Faut-il pourtant admettre avec Richtholen que cette plus atroce des guerres civiles de Chine et d'ailleurs n'a laissé debout que le trentième de Tchekiangais?
Le Tchekiang offre un heureux assemblage de gracieuses vallées, de coteaux modérés, de petits monts qui sont le terme oriental des Nan chaiï ou monts du Sud ; aucun grand fleuve ne peut se développer en un aussi petit pays, mais le val de la rivière de Hangtcheou, le Tsientang, est peut-être « le plus beau de la Chine par la grâce des paysages, l'éclat de la verdure et des fleurs » ; plus au sud le fleuve de Ouentchen arrose de charmantes campagnes.
Comme climat, comme plantes, c'est ici la transition entre la Chine du nord et la Chine du sud; mais il reste sousentendu que, malgré la situation de la province sous les latitudes de la basse Egypte, on n'y souffre point de torridités africaines.
Comme population, le Tchekiang, recolonisé par des immigrants de diverses provinces, n'est plus en possession d'un type individuel bien caractérisé. Comme idiome, la plupart des habitants comprennent la langue officielle, le dialecte mandarin, mais l'idiome populaire se rapproche du parler du Fo'kien et de la langue du sud.
Pour résumer, agréable et belle contrée peu minière, très agricole, suffisamment industrielle et fort commerçante.
La capitale du Tchekiang, Hangtcheou, située près de l'extrémité orientale de la grande baie de Tchekiang ou de Hang-
La C/iine. livre
tcheou, à l'issue du Tsientang, rivière navigable, occupe en même temps l'embouchure méridionale du Grand Canal, que l'on croyait à tort avoir remplacé un ancien cours du Yangtze : la bouche du grand fleuve s'ouvrit ailleurs dans la mer à l'est du lac Tahou.
Un heureux climat, un sol des plus fertiles, ne pouvaient manquer d'assurer à Hangtcheou une importance de premier ordre. Elle fut la capitale de l'Empire méridional, quand la dynastie nationale des Song fut chassée de la ville impériale de Kaïfoung par les conquérants tartares. Après avoir été expulsée de la Chine du nord, et du val du Hoang ho, il lui fallut abandonner aussi le Yangtze kiang : cest alors que Hangtcheou devint résidence impériale pendant environ cent cinquante années, jusqu'à sa conquête par ces mêmes Tartares, en 1275. De cette époque elle garda pendant des siècles le nom de Kingtze, sous lequel elle fut connue, au Moyen âge, des voyageurs arabes et européens. Marco Polo parle de Kingtze (Quinsay) en termes d'admiration qu'aucune autre ville ne lui avait inspirés. Dans ses voyages à travers l'Asie orientale, rien ne l'étonna comme la « nobilissime cité, sans faille la plus noble et la meilleure qui soit au monde »; toutefois les détails qu'il donne sur cette capitale sont tels, qu'on peut s'expliquer sans peine les railleries par lesquelles ses récits furent accueillis en Europe.
D'après lui, elle aurait eu cent milles de tour, seize cent mille maisons, trois mille bains, douze mille ponts de pierre assez élevés pour laisser passer des flottes, et gardés chacun par un poste de dix hommes; les douze corporations ouvrières auraient eu chacune douze mille maisons pour leurs industries. Les autres voyageurs d'autrefois parlent de Quinsay en termes à peine moins enthousiastes.
Oderic de Pordenone la dit aussi la « plus grande cité du monde » ; Ibn Batouta raconte qu'il faut trois journées de marche pour la traverser en entier. Même au xvii"^ siècle, alors que Hangtcheou avait depuis longtemps perdu son rang de capitale, Martinus Martini lui donnait encore cent milles italiens de tour, même plus, en comptant les faubourgs, qui se prolongent à d'énormes distances : on pouvait cheminer en ligne droite dans la ville l'espace de 50 li, sans voir autre chose que dos maisons pressées les unes contre les autres.
n est certain que la ville, encore très vaste, puisque son enceinte a 20 kilomètres de tour, couvre une superficie beaucoup moindre qu'autrefois; au sud-ouest, des restes de murs et de constructions marquent l'emplacement de ce qui fut un
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palais impérial, et de tous les côtés se voient les ruines de temples. Le grand lac que les auteurs du Moyen âge décrivent comme enfermé dans la cité, est de nos jours en dehors de l'enceinte; mais les constructions de toute espèce qui s'élèvent sur les îles et les plages, pagodes, kiosques, tombeaux, tours, maisons de plaisance, en font encore une dépendance de l'agglomération urbaine. Ce Si hou ou « lac Occidental » n'a plus sa forme primitive. Sa nappe d'eau était jadis à peu près circulaire, si ce n'est à l'ouest, où les vagues, poussées par le vent de la mer, avaient fait surgir en travers du lac une levée légèrement infléchie, que les hommes ont remaniée en faisant la « chaussée des six ponts » ; une grande île a été aussi rattachée à la terre ferme par des digues et des ponts de marbre; chaque promontoire, chaque îlot s'est frangé de jetées. Ces édifices de fantaisie, qui se reflètent dans l'eau avec les bosquets environnants, appartiennent à la belle époque de l'architecture chinoise, et l'élégance de leurs formes, l'éclat de leurs couleurs, la variété infinie qu'ils donnent au paysage font des bords du Si hou une région célèbre.
« Ce lac, dit A. Vissière, a une réputation de beauté sans égale dans l'Extrême-Orient. Célébré à l'envi par les poètes, son renom a franchi les mers, et tel souverain asiatique, imbu de culture chinoise, soucieux, à une époque de gloire et de prospérité, d'embellir sa capitale, n'a pas manqué de prendre d'abord modèle sur Hangtcheou. 11 a voulu aussi imiter ce lac qu'il savait entouré de montagnes, de palais, de temples, parcouru sans cesse par des barques de plaisance et sur les bords duquel un poète chinois a pu se demander si les chants et la danse y cesseraient jamais. C'est ainsi que nous avons à Hanoï, capitale du Tonkin, notre ville française d'aujourd'hui, un « lac Occidental », un Si hou, — - en annamite on dit 0-taï, — où les empereurs d'Annam se plaisaient à voir le pendant du lac de l'ancienne capitale des Song et que les bardes annamites ont, à leur tour, exalté dans leur classique admiration. Le site est resté et restera beau à Hangtcheou, mais l'implacable révolte des « Rebelles à longs cheveux » y est passée comme un vent de tempête, détruisant sur son passage la plus grande partie de ce que la ville et ses environs devaient à la science, à l'art et à l'industrie des hommes. Ce sont donc, en réalité, les restes d'un passé brillant qu'on vient ici visiter en pèlerinage, en s'efforçant de reconstituer, à tout moment, ce qui avait fait l'orgueil de la Chine et l'admiration des étrangers. »
La vue de ce lac enchanteur, l'horizon de la baie et de la mer, le charme de la vie et la bienveillance des habitants, ont
La Chine. livre troisième
mérité à Hangtcheou fou le nom de « Paradis » des Chinois. « Le Ciel est en haut, Soutcheou et Hangtcheou sont en bas! » dit un proverbe fréquemment cité. Les étrangers eux-mêmes, si bizarres et si contraires au goût que leur paraissent certains ornements symboliques, parlent tous du Si hou et de ses îles comme d'un lieu de merveilles, où l'art se marie admirablement à la nature.
Comme Tchingtou fou en Setchouen, Hangtcheou a reçu des Européens le nom de « Paris de l'Orient ». C'est la ville gaie par excellence, celle où les mandarins les plus soucieux de leur dignité ont le droit de s'amuser comme de simples mortels, et le pays environnant passe pour l'un des « jardins de la Chine ».
La principale industrie locale est celle des soieries ; soixante mille personnes sont occupées au tissage de ces étoffes, et dans les villes voisines, Houtcheou, Kiahing et les bourgades environnantes, cent mille autres ouvriers s'emploient au même travail délicat. Il y en avait bien plus avant les « funèbres » Taïping.
Les Mahométans sont relativement très nombreux à Hangtcheou, qu'on peut regarder comme une des citadelles de l'Islam en Chine; tandis que, à quelques lieues vers l'ouest, dans les Tienmoun chan ou Monts des « yeux du Ciel », les bouddhistes vont « pèleriner » à une foule de temples, pagodes et couvents, au sein d'une admirable nature.
Entre Hangtcheou et la frontière du Kiangsi au nord, Kiahing, sillonnée de canaux, est une « Venise » comme tant d'autres en cette région des « polders » chinois. Les barbares « aux cheveux noirs », les Taïping en firent un monceau de ruines, et si la ville extérieure, les faubourgs ont beaucoup de vie, d'animation, la ville entre murs est à moitié vide, avec ruines et décombres. Célèbre par ses crêpes et ses foulards, elle a été longtemps le centre de la fabrication des soieries, et c'est dans son voisinage que se trouve Nantsin, le principal marché des graines de vers à soie. Le gros bourg d'Azé, situé à une trentaine de kilomètres au sud de Kiahing, est l'endroit où se prépare la belle couleur vert d'eau dite lo kao, que les teinturiers français, avant les recherches de Guimet, avaient vainement essayé de reproduire.
Du côté méridional de la baie de Tchekiang, Chaohing, à laquelle on accorde 500 000 habitants, est le centre commercial et industriel d'une plaine des plus fertiles, probablement celle de la Chine où les hommes se pressent en aussi grandes multitudes.
Fis. 12. — Le Ta )iou et la Baie de Hangtcheou.
... E.de Greenvvich
D'après l'Amirauté Anglaise et R. A. De Villard.
Profondeurs en mètres Ë Hauteurs •■ •• L
La Chine. livre
Dans toutes les régions alluviales de la Chine de grands travaux ont consolidé, asséché le sol, mais nulle part on ne voit de constructions hydrauliques comparables à celles qui bordent la rive méridionale de la baie de Hangtcheou : c'est là que les hommes ont construit le plus long viaduc de la Terre. Même depuis le développement de l'industrie moderne, les Occidentaux n'ont pas iDâti une seule chaussée qui puisse se comparer à celle que les Chinois de la province de Tchekiang élevèrent il y a déjà plus de mille années.
Le viaduc ou « pont » de Chaohing n'a pas moins de 144 kilomètres de longueur et se compose d'environ 40 000 travées rectangulaires portant un chemin d'un mètre et demi de largeur, que défend un parapet dégradé. Entre les villes de Nirigp'o et de Yuyao, la montagne de Taying est coupée sur une hauteur de 500 mètres par d'énormes carrières, probablement les plus grandes de la Chine : c'est là qu'on a pris les blocfcs nécessaires à la construction du viaduc. Des pierres de ces 'carrières, taillées en colonnes et en statues, sont expédiées jusG'{ue dans le royaume de Siam. A son extrémité orientale, le pont s'enracine dans la forteresse en beau grès rouge qui défend la ville de Tsinhaï, à l'embouchure du Yung kiang ou rimère de Ningp'o.
■ Il est probable que ce viaduc date de l'époque où toute la liontrée n'était qu'un vaste marais salin. De nos jours, l'assé- / chement du territoire le rendrait inutile, mais il a été bâti avec une telle solidité, qu'on n'a cessé de le pratiquer comme route et comme chemin de halage pour le canal voisin. La digue, qui borde le littoral et qui a permis de conquérir sur le marais un ^ ' territoire des plus fertiles, est aussi une œuvre colossale, dont
les constructeurs sont inconnus : les chroniques ne mentionnent que les restaurateurs de cette puissante levée, qui se compose de dalles disposées en pente douce du côté de la mer et rattachées les unes aux autres par des crampons de fer et des pierres en forme de coins. Les polders défendus par la digue de cette autre Hollande, qui s'étend de l'estuaire de Hangtcheou à la rivière de Ningp'o, sont découpés de 400 mètres en 400 mètres par des canaux d'eau douce qui divisent toute la contrée en îlots d'égale grandeur, et servent à la fois à l'irrigation et au transport des denrées.
Chaohing, le chef-lieu de cette insalubre région qu'assiègent les flots de l'Océan, est une cité déchue : elle fut, il y a deux mille ans, la capitale d'un État, qui comprenait tout le territoire sud-oriental, entre Canton et Kiangsou. En dehors des murailles, on montre un tombeau que l'on dit être celui de
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
l'empereur Yu. Quoique privée de son ancien commerce, Chaohing est restée une des cités qui se distinguent par Télégance des mœurs : un grand nombre de mandarins en sont originaires. La liqueur parfumée, dite « vin » de Chaohing, quoiqu'elle soit extraite d'une variété de riz, est une boisson exquise, que les voyageurs comparent au vin de Sauterne.
Une cité murée de la rive septentrionale de la baie du Tchekiang porte encore le nom de Kanp'ou, mais on croit que l'ancienne ville de ce nom, Ganfou, Gampou ou Kanp'ou, dont parle Marco comme du port maritime de Quinsay et de toute la contrée environnante, a été recouverte par les eaux de la baie; en cet endroit, la mer a gagné notablement sur les rivages, mais elle n'est pas profonde. Dans aucune autre baie du littoral chinois, le mascaret, l'eagre ou bore des marins anglais, ne remonte avec plus de violence et n'a causé plus de désastres sur les rives. De loin, il apparaît comme un câble blanc tendu en travers de la baie; mais il se rapproche avec une rapidité de 10 mètres par seconde; on le voit incessamment grandir, et le fracas des eaux entrechoquées mugit comme le tonnerre. Deux, trois rouleaux ayant ensemble de 9 à 10 mètres de hauteur se succèdent en une cataracte remontante de 6 à 8 kilomètres de large. Les bateaux qui n'ont pu se mettre à l'abri attendent le choc du mascaret, la proue en avant, et, comme des saumons, s'élèvent par élans jusque sur le dos de la vague de marée. Quelques instants ont suffi pour changer le mouvement du courant et faire affluer les eaux en inondant les plages sur une étendue considérable.
Pour résister à ces éternels coups de bélier de la vague, il ne faut pas négliger un instant la réparation des digues. Sous le règne de Kienloung, de 1736 à 1796, les travaux hydrauliques de la baie de Hangtcheou coûtèrent plus de 50 millions de francs.
C'est depuis un temps immémorial que les riverains de l'estuaire de Hangtcheou ont inventé des « acons » ou « poussepied > semblables à ceux dont on se sert en France sur les plages molles de la baie d'Aiguillon : le pêcheur qui doit traverser les vasières pour aller visiter ses filets pose le genou sur un bouchon de paille placé dans Façon ou nimou, saisit la barre transversale et rame dans la boue au moyen de sa jambe libre. Pour le transport des voyageurs, on se sert d'un simple baquet que remorquent deux nimou.
Tous les champs du littoral, comme ceux des îles, sont protégés par des levées qui donnent aux côtes un tracé géométrique, mais sans brusques saillies, et les eaux douces sont
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retenues par des écluses, qui s'opposent aussi à l'entrée du flot lors des hautes marées. La plupart des villes du littoral sont traversées de si nombreux canaux, qu'on les a désignées sous le nom de « Venise », de « Bruges », d' « Amsterdam » chinoises.
Le bassin du Tsientang, appelé aussi la « rivière Verte », que gardent à son issue orientale les deux cités de Hangtcheou et de Chaohing, était au milieu du siècle une des contrées les plus riches et les plus populeuses de la Chine, mais en aucune partie du « Milieu » la dévastation des Taïping ne fut si complète, et c'est justement là que Richthofen, essayant d'obtenir des renseignements sur la dépopulation des villes du pays, estima qu'un trentième des habitants seulement avait échappé aux massacres, aux épidémies et à la famine. Mais la région de la rivière Verte se remplit de nouveau, et de nouveau elle exporte ses soies, ses thés, les fruits excellents de Kiutcheou, et les jambons de Kinhoa, qui sont très appréciés des gourmets de la Chine.
Lanki ou Lantchi (Nantchi), quoique simple hien, est le centre commercial de ce bassin d'une surface d'environ 40 000 kilomètres carrés. Dans le voisinage de cette jolie ville, « d'aspect presque britannique », les dernières troupes enrôlées pour la défense des Ming furent battues par les Mandchoux, et la dynastie des Tsing, qui règne encore, fut désormais maîtresse de la « Fleur du Milieu ». Lanki passait pour avoir 200 000 habitants en 1850 : il lui en reste beaucoup moins aujourd'hui, toujours du fait des Taïping.
Les vingt-neuf chefs-lieux, tcheou et hien qui se trouvent dans le bassin du Tsientang sont tous accessibles par des barques dans la saison des crues; mais les gros navires ne peuvent pas remonter jusqu'à la cité de Hangtcheou par la rivière Tsientang : ils sarrétent à Tchapou. La plupart des grandes jonques, ornées de deux larges yeux au devant de la proue, et peintes en blanc comme aux temps du voyageur Oderic de Pordenone, ne dépassent pas l'entrée de la baie.
Le grand port de la contrée, à 150 ou 160 kilomètres au sud de Changhaï, Ningp'o, s'ouvre, à l'extrémité de la péninsule bordant au midi la baie de Tchekiang, sur le Yung, qui se perd dans la rade abritée par l'archipel des Tchousan, devant le large où le Hoang haï, la mer Jaune, se confond avec la mer de Chine orientale.
Au confluent de deux cours d'eau navigables, à la jonction de canaux qui la relient aux villes du Tchekiang et du Kiangsi,
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
Ningp'o, la cité des « Vagues Pacifiques », est la gardienne des riches campagnes qui s'étendent à l'ouest jusqu'au grand Fleuve,
Tous les avantages s'y trouvent réunis, bon ancrage,
Fig. 13. — NiNGP'o ET LES Iles Tghodsax.
E.de Greenwich
D'après L'AmircuUi Anglaise et Bretschneider.
Profondeurs en mètres
Hauteurs
0 '25 50 100 Kil.
abondance d'approvisionnements, facilités de défense; nulle position n'est plus importante au point de vue stratégique dans cette région de la Chine.
Aussi le district de Ningp'o esl il fameux dans les fastes militaires de la Chine. En 1130, les Tartares furent mis en
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déroute à 8 kilomètres de la ville par des paysans chinois; en 1554, des pirates japonais, que d'ailleurs ne mentionnent pas les annales du Nippon, s'y établirent solidement, mais ils furent arrêtés plus à l'ouest, sur les bords d'un affluent du Yun"-, la rivière Yuyao, et près de la ville du même nom. Enfin,' en 1841, pendant la « guerre de l'opium », les Anglais s'emparèrent de Ningp'o, et cette ville, avec la rade de son avant-port Tsinhaï et les îles Tchousan, devint leur principal point d'appui pour les opérations qu'ils avaient entreprises contre Nanking. Mais depuis plus de trois siècles déjà les étrangers de l'Occident étaient connus à Ningp'o. Dès l'année 1522, les Portugais s'y étaient présentés pour nouer avec la Chine des relations commerciales, et l'on voit encore, près d'une porte de la ville, l'édifice oîi ils recevaient l'hospitalité : c'est la maison dite de la « Société des Bons Étrangers ». Quant à leur cité, bâtie en aval, près de Tsinhaï, elle fut entièrement détruite en 1542 par les Chinois des environs : 800 Portugais furent massacrés en même temps que plus de 10 000 néophytes chrétiens, et 25 navires coulés à fond.
On assure que Ningp'o, qu'entoure une muraille de 8 kilomètres, avait 250 000 urbains, plus à peu près autant dans ses faubourgs et sa banlieue, mais les Taïping arrêtèrent en 1861 le cours de ses prospérités et la population présente ne serait que de 150 000 à 200 000 personnes, dont un petit nombre d'Occidentaux, missionnaires ou négociants, le port étant de ceux que la Chine a consacrés par traité à son commerce avec l'étranger.
C'est l'une des villes de cette région de la Chine les plus recommandables, d'abord pour la largeur, la propreté, le bon entretien de plusieurs de ses rues, puis pour le charme et la beauté du climat, enfin par l'agrément du pays; les montagnes bleues que l'on aperçoit au sud-ouest sont parmi les mieux boisées de la Chine, et l'une de leurs gorges, dite « Vallée Neigeuse », est célèbre dans tout l'Orient par ses parois de roches blanches, ses forêts et sa cascade ondoyante. Au bas de ces hauteurs s'étendent les campagnes, classiques dans l'histoire de l'agriculture chinoise, oti l'empereur Chun, dit la tradition, tenait, il y a plus de quarante siècles, le manche d'une charrue traînée par un éléphant; on montre aussi dans la campagne son puits et son lit de pierre.
Elle a aussi le renom de ville savante, et l'une de ses bibliothèques privées, appartenant en commun à une famille dont chaque membre en possède une clef, contient plus de 50 000 volumes.
L'industrie locale est très active, et les meubles, incrustés
TROISIÈME Villes et Lieux r-emarquahles.
ou laqués, les nattes d'ortie, les tapis qu'on fabrique à Ningp'o sont exportés jusqu'au Japon. Quant au commerce direct avec l'étranger, il ne pouvait pas ne pas souffrir du voisinage de l'absorbante Changhaï. Le mouvement total des échanges, les ports chinois y compris, a dépassé quelque peu 60 millions de francs en 1897, dont plus des deux tiers pour l'importation (opium, cotonnades, sucre, métaux, pétrole, etc.), et moins d'un tiers pour l'exportation (cotonnades, thé vert, simples, drogues médicinales).
Enfin, l'une de ses supériorités marquantes, c'est sa prééminence non contestée dans le commerce du poisson, des « fruits de mer ». Aussi la plaine environnante est-elle couverte de dépôts de glace, sans laquelle il ne serait pas possible de conserver le poisson : dans ces dépôts, grâce à d'épaisses nattes de paille, des années se passent avant que la glace soit entièrement fondue.
Des villes telles que Yao, estimée à 65 000 âmes, Tsekyé ou Zkiyu, évaluée à 60 000, de grosses bourgades, sont éparses dans le pays environnant. Il y a 3S 000 âmes, suppose-t-on, à Tinghaï, qui est la capitale des Tchousan.
Tchousan, pour Tcheou chan ou « le Mont du Navire », ainsi se nomme l'archipel devant lequel entre en mer le fleuve de Ningp'o.
Il comprend avant tout Tcheou chan, dont le groupe a pris son nom, puis une foule d'îles, d'îlots, de récifs, le tout rocheux, accore, fait de roches primitives telles que le granit, le gneiss, le quartz, le feldspath, le trachyte, petit monde éparpillé dont la poussée suprême n'est que de 378 mètres audessus du niveau de la mer.
On parle d'un million d'habitants pour l'ensemble de ces îles fertiles, bien arrosées par la nature et par l'art, plus boisées qu'à l'ordinaire dans cette Chine incroyablement désarbrée par ses cultivateurs comme tant d'autres contrées l'ont été par leurs pasteurs.
Tinghaï, ville fort industrieuse, exporte des cordages, des nattes, des éventails, des manteaux fabriqués au moyen des fibres et des feuilles d'une espèce de palmier : c'est de là aussi que sont expédiés aux confiseurs de Canton les fruits du citrus olivseformis, connus en Europe sous le nom de « chinois ». Son port est profond et parfaitement abrité, mais il est difficile d'accès : aussi les jonques de pêcheurs fréquentent-elles surtout le port de Tchingkin men, situé à l'extrémité sud-orientale de la grande île.
A l'est, dans une petite île du groupe, les pèlerins boud-
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dhistes visitent les fameux monastères de Pouto (Poutou), consacrés à Kouanyin, la Déesse de la Miséricorde, la patronne des matelots.
Le nom même de Pouto est dérivé, dit-on, du nom de Potala, le temple sacré de Lassa ; le premier sanctuaire, bâti dans l'île au commencement du x° siècle, fut construit au-dessus d'une grotte où l'eau de la mer s'engouffre en mugissant, et s'échappe en embrun comme une fumée blanche. Les cent monastères de l'île, habites par deux mille prêtres environ, servent en été d'hôtels aux visiteurs étrangers qui viennent prendre les bains de mer. Les plantes et les animaux de l'île sont religieusement respectés; en outre, les détroits qui serpentent entre les îles Tchousan sont d'une extrême richesse en poissons et comprennent plusieurs centaines d'espèces. Dans toutes les mers de la Chine, l'île de Pouto est celle où les naturalistes peuvent faire les recherches les plus fructueuses. La grande industrie insulaire est la pêche. Descendants de pirates, les habitants de Tchousan ont conservé un esprit très indépendant; récemment encore, en 1878, ils ont pu repousser les soldats chinois et s'affranchir de la gabelle.
La plupart des écrivains politiques anglais regrettent que l'Angleterre n'ait pas conservé cet archipel dont elle s'était emparée en 1841, pendant la « guerre de l'opium ». Elle aurait pu, disent-ils, y installer un « Gibraltar » de plus, dans une admirable situation stratégique; car les îles de Tchousan et la presqu'île de Ning'po marquent la fin de la mer Jaune, on y dit adieu au Yangtze kiang, à ses embouchures anciennes ou modernes, et en continuant à longer le littoral du Tchekiang, on quitte la Chine centrale pour la Chine méridionale. Si l'on peut, si l'on doit ranger le Koeïtcheou, le Hounan, le Kiangsi parmi les provinces centrales, malgré leur latitude, parce qu'elles se déroulent au nord du Nan chan et aboutissent au fleuve Bleu, le versant oi'iental de ce même Nan chaii relève bien de la Chine du sud par sa nature, son climat, ses aspects, tant dans le Tchekiang méridional que dans le Fo'kien. Encore plus, au midi des monts, les deux provinces du Sikiang, le Kouangtoung, le Kouangsi sont-elles franchement méridionales; quant au plateau du Yunnan, il s'incline surtout vers les lleuves indo-chinois.