FÉVRIER
KCART
Canton
Macao
Calcutta
Honolulu
La Havane
De mai en septembre, quand souftle la mousson du sudouest, apportant les pluies, les chaleurs sont aussi fortes dans la Chine méridionale que dans les villes hindoues également distantes de l'équateur; mais dès le mois d'octobre, quand régnent les vents polaires du nord-est, qui cheminent parallèlement à la côte et aux montagnes dans les sillons intermédiaires, la température descend rapidement. Quoique ayant
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traversé sur une grande partie de leur parcours des espaces océaniques, ces vents peuvent, en se réchauffant sous des latitudes plus méridionales, se charger d'une plus grande quantité de vapeurs sans pour cela la laisser retomber en pluie ; ils paraissent très secs, comme les vents qui soufflent sur la Mongolie.
Pendant le mois de janvier, il pleut rarement; les nuits sont toujours claires et parfois de légères gelées flétrissent les feuilles des arbres : on a même vu sur les eaux de Canton se former des pellicules de glace, qui disparaissent aux premiers rayons du soleil. Pourtant l'alternance des vents humides de l'été et des vents secs de l'hiver n'est pas toujours d'une régularité parfaite, et les courants atmosphériques sont diversement infléchis par le relief et la forme du littoral; c'est ainsi que la mousson du sud-ouest devient un vent du sud-est à Canton. Autour de la haute montagne de Lantao (930 mètresi. des orages s'amassent presque journellement pendant des mois entiers. Dès que le soleil a disparu derrière l'horizon, les nuées s'enroulent au sommet du pic, des tourbillons s'élèvent dans les airs et les éclairs jaillissent du ciel noir.
Ce qu'il y a de tropical malgré tout dans le climat de la conque du Si kiang, sa chaleur parfois si lourde, son humidité, ses brusqueries de température, en font une des régions les moins salubres du € Milieu » ; la dysenterie, le paludisme, et autres affections débilitantes y sévissent, et d'autant plus qu'on s'éloigne de la mer, de ses brises salines, pour s'enfoncer dans les vallées renfermées, privées des vents assainissants et réparateurs, par conséquent plus dans le Kouangsi que dans le Kouantoung.
Suivant les termes d'A. Leclère, à propos du Kouangsi, cette province est au moins aussi malsaine que les régions les plus mal notées du haut Tonkin : la statistique des missionnaires prouve péremptoirement qu'il est pratiquement impossible à l'Européen d"y faire un séjour prolongé. Les Chinois et les indigènes des régions élevées sont dans le même cas; ils périssent tous dès qu'ils descendent dans les régions basses, et redoutent d'y passer une seule nuit. Maints explorateurs ont fait pendant leur voyage une expérience complète de linsalubrité du Kouangsi.
Le contraste qui se produit de Tune à l'autre saison dans le mouvement des vents et dans l'ensemble du climat se montre aussi dans la flore.
Au temps d'hiver, quand les champs sont nus, que les mon-
QUATRIÈME Bassùi dit Si kian^.
tagnes n'ont plus que leur parure de feuillage, la nature y a le même aspect que dans les contrées situées en dehors de la zone tropicale. Mais tout change subitement avec le renversement des moussons et l'arrivée des pluies. Alors la flore du midi se révèle dans tout son éclat : on se croirait en Hindoustan.
A côté du pin de la Chine se dresse le palmier; des camélias croissent sur les monts près des châtaigniers et des chênes. Les orangers et les citronniers d'espèces diverses, les goyaviers, les bananiers, les manguiers, les litchi [nephelium litchi) se mêlent aux arbres fruitiers de la zone tempérée. Un grand nombre d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes basses que l'on tient en Europe dans les serres chaudes, prospèrent sous le ciel de Canton, embellissant la terre de leurs fleurs, emplissant l'air de leurs parfums. L'île de Hongkong, quoique bien peu étendue en comparaison du bassin que parcourt le Si kiang, est cependant assez vaste pour que les naturalistes anglais aient pu y voir comme un résumé de cette flore du midi.
Mais les espaces laissés incultes y sont trop resserrés pour que les animaux de grande taille soient nombreux; on n'y rencontre que des chevreuils et des renards. Les petites espèces, oiseaux, insectes, papillons, appartiennent pour une bonne part à la faune de l'Hindoustan : on pourrait se croire au bord de l'océan des Indes. Dans les pays de l'intérieur, la faune est représentée par quelques-unes des grandes espèces de l'Asie hindoue : on rencontre le rhinocéros dans les forêts du Kouangsi; parfois les tigres ont traversé à la nage les détroits qui séparent le continent et les îles voisines.
Il est probable que des éléments méridioiv naux, représentés surtout par les Malais, sont
PEUPLES entrés dans la population du midi de la Chine ; DU BASsix cependant, on n'en voit point les traces dans les DU SI KIANG mœurs ni dans la langue des habitants du Kouangtoung.
Leur dialecte, purement chinois, est même plus rapproché des anciennes formes que le dialecte mandarin actuel, et tous les noms de lieux appartiennent à la même souche que ceux du nord et du centre : le nombre des mots originaux qui ne correspondent pas à un signe particulier de la langue littéraire est beaucoup plus rare que ne l'admettaient les premiers sinologues.
Mais, dans rintérieur du pays, il existe encore des populations aborigènes qui ne se sont pas fondues en une seule race avec les Chinois, et que ceux-ci considèrent comme des barbares.
Ainsi des Miaotze vivent au nord-ouest de la province de Kouangtoung vers les sources du Lientchou, affluent occidental du Pe kiang; d'autres habitent le Kouangsi, où ils sont constitués en communes autonomes sur des terres que leur concéda l'empereur Youngtching, en 1730. Au xvu^ siècle, d'autres tribus miaotze auraient aussi peuplé les monts où naissent les hauts affluents du Han kiang, mais des colons chinois occupent maintenant toute cette contrée des frontières du Kouangtoung et du Fo'kien.
Dans la haute vallée du Houngchoui, les cartes indiquent aussi des Miao-tzc, dans lesquels il faudrait voir, d'après Deblenne, de véritables Ghan (Shan des Anglais) comme ceux du Laos et du haut Tonkin. Les Chinois les désignent par les termes de Tchoung ou I-kia.
Les Yao (Yiu), groupe de tribus que l'on dit d'origine barmane , parcourent un pays de montagnes au sud-ouest du Kouangtoung, non loin de la frontière d'Annam. Le nombre des Yao de divers dialectes s'élèverait à moins de 30 000 individus : aussi ne peuvent-ils songer à se défendre contre les Chinois par la violence; c'est par la ruse qu'ils ont jusqu'à maintenant réussi à sauvegarder leur indépendance. Ils offrent l'exemple, assez rare dans l'Extrême Orient, d'une population ayant gardé, comme les Tcherkesses, les Chkipetar, les Corses, la coutume de la vendetta, poursuivie de famille en famille pendant des générations entières. Mais, comme en Corse et en Albanie, les femmes restent en dehors de la lutte héréditaire ; tandis que les hommes se cherchent et se combattent, elles peuvent sans crainte vaquer aux travaux de la campagne.
Quoique appartenant, sinon à une même race originaire, du moins à une nation solidement unie par la langue et par un développement historique commun, les gens de Canton et les habitants des régions environnantes se divisent en trois groupes absolument différents : les Hoklo, les Pounti et les Hakka.
Les Hoklo (Hiolo, Hiaolo) habitent surtout la région du littoral et les estuaires des fleuves. La signification de leur nom, tel qu'il est représenté dans l'écriture chinoise, est celle d' « Anciens par l'Étude », ce qui semblerait impliquer une
QUATRIÈME Bussm du Si kiang.
civilisation antérieure à celle des autres habitants ; mais c'est précisément parmi les Hoklo que se rencontrent le moins d'individus voués aux professions littéraires. Toutefois ils sont également connus sous le nom de Fo'lo ou « Anciens par la Prospérité»; or ces noms de llok et Fo', « Étude » et « Prospérité», sont ceux qui entrent dans l'appellation de la province de Hokkien ou Fo'kien. On peut donc supposer que le vrai sens de Hoklo est celui de « Gens du Fo'kien ». Le dialecte hoklo diffère peu de celui d'Amoï. D'après la tradition chinoise , c'est au xiv« siècle qu'aurait eu lieu l'immigration des Hoklo dans le Kouangtoung.
La population de bateliers qui occupe, par dizaines de milliers, les canaux de Canton, comme les estuaires du delta du Si kiang, se rattache plus intimement aux Hoklo qu'aux autres éléments du midi et on leur attribue également une origine fo'kiennoise. La différence du genre de vie en a fait une caste spéciale, non moins méprisée que celle de la rivière de Foutcheou, et désignée également par des termes grossiers. A Canton, comme à Foutcheou, les gens appartenant à cette caste ne seraient pas accueillis sur la terre ferme; de père en fils, ils vivent sur des barques, errant le long des rives, groupés en villages flottants. Dans la rivière de Canton, les lieux d'ancrage deviennent des propriétés héréditaires, et quand une barque tombe en morceaux, on en construit une nouvelle au même endroit.
Les Pounti ou « Racines de la Terre » sont les habitants les plus nombreux des provinces du sud et se glorifient du titre d'autochtones.
Issus probablement d'un vieux mélange d'immigrants du nord avec les populations aborigènes, ils se considèrent comme les maîtres naturels de la contrée, et même, dans le Yunnan, ils se refusent à prendre le nom de Chinois : ils veulent être tenus pour une race à part. Représentant l'aristocratie du midi, les Pounti traitent avec mépris la foule plébéienne des Hakka et des Hoklo, et même les habitants du nord, qu'ils surpassent en élégance et en raffinement de moeurs. Leur dialecte, qui est le beau langage cantonais, a été surnommé pe hoa, c'est-àdire la « langue blanche », dans le sens d'idiome par excellence; un assez grand nombre d'ouvrages littéraires ont été écrits dans cet idiome.
Les Pounti ont la majorité numérique à Canton et dans les alentours, mais ils sont menacés par les Hakka prolétaires, descendants de colons qui s'établirent d'abord dans la partie
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nord-orientale de la province de Kouangtoung. Suivant leur dire unanime, ces Hakka, dont le nom signifie « immigrants », eurent pour première patrie un village ou un district du Fo' kien occidental, dont ils partirent il y a, plus ou moins, un millier d'années.
Le dialecte dont ils usent, très différent de celui des Pounti comme de celui du Fo'kien, la province dont pourtant ils sont originaires, se rapproche beaucoup plus de la langue mandarine, du kouan hoa, que des patois du sud : il a tout l'air d'être un dialecte de la « langue vraie », c'est-à-dire du parler de Nanking, mais il s'est approprié un nombre assez considérable d'expressions et de tournures pounti.
Hakka ou Ke kia, les « immigrants » ou les « familles en visites », sont les représentants les plus purs des Chinois proprement dits dans le nord-est du Kouangtoung d'abord, dans le bassin de la rivière « des Prunes », affluent du fleuve Han, puis dans le Kouangsi, car ils se répandent beaucoup et partout autour d'eux. Presque tous agriculteurs, ils ne reculent devant aucune fatigue, d'autant qu'ils ont été dès longtemps habitués aux plus durs travaux, leur seconde patrie de la rivière des Prunes étant une région dure, montagneuse et peu féconde. Leurs femmes n'ont pas l'horrible coutume de faire de leurs pieds des moignons, mais parmi elles les exemples d'infanticide sont encore assez nombreux.
C'est dans l'ensemble des Hakka et, comme on l'a dit ailleurs, parmi les gens du Fo'kien que se rencontrent surtout les travailleurs auxquels les Européens donnent le nom hindou de coulis.
Les émigrants chinois, qui se portent en foule vers Formose, Java, Saigon, Bangkok, la péninsule malaise, les îles Sandwich, le Pérou, la Californie, sont des Hakka; c'est leur dialecte qui se parle dans les villages chinois essaimes de par le monde. Continuant ce mouvement de conquête pacifique par le travail qui les a menés, il y a des siècles, de la vallée du Yangtze, puis du Fo' kien, dans celle du « fleuve Occidental », ils débordent maintenant sur la Terre. Si méprisés qu'ils soient par les orgueilleux Pounti, c'est à leur initiative qu'est due principalement l'œuvre de la nation chinoise dans l'ensemble du labeur humain hors de Chine.
Au total, chinois ou chinoise, le Kouangtoung se rattache étroitement au reste de l'Empire et de la race ; mais dans le Kouangsi la civilisation, la langue des « fils de Han » domine beaucoup moins. Dans cette province, évidemment la moins chinoise des dix-huit, on estime aux sept dixièmes de la popu-
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Bassin du Si kiang.
lation le nombre des « barbares », des pré-chinois, qui ne se sont pas encore assimilés : Toujen ou « hommes du sol » (les I-kia du Koeïtcheou méridional), apparentés aux Laotiens, aux Chans, aux Thos de l'Indo-Chine ; Yao-jen, au nord du Si kiang, jusque vers Koëiling; Miaotze, etc.; tous se mélangeant, à vrai dire, et malgré tout, de plus en plus, aux représentants de la « race supérieure ».