BASSIN DU SI KIANG
LE KOUANGSI ET LE KOUANGTOUNG
I. MONTS DU BASSIN DU SI KIANG. Il II. SI KIANG OU FLEUVE OCCIDENTAL. Il III. CLIMAT ET PRODUITS DU BASSIN DU SI KIANG. Il IV. PEUPLES DU BASSIN DU SI KIANG.
CETTE partie de la Chine, dont une moitié se trouve déjà comprise dans la zone tropicale, MONTS est l'une de celles qui, par les conditions du ou BASSIN climat, par les productions du sol et l'histoire DU SI KIANG des habitants, se distinguent le plus nettement du reste de l'Empire.
La « Cité orientale » du Si kiang a souvent appartenu à d'autres maîtres que ceux du nord, et vers le milieu du siècle, c'est là que naquit la formidable insurrection des Taïping. Proportionnellement à sa population, environ le douzième de toute celle de la Chine, la province de Kouangtoung exerce sur la politique générale de l'Empire une influence considérable, et sa capitale, que l'on croit être, en l'absence de recensements authentiques, la cité la plus populeuse de la Chine, est considérée à maints égards comme faisant équilibre à Peking. Tandis que dans le long cours de la période historique, la « Résidence » de Canton, déjà presque hindoue par son climat, entretenait les relations du monde chinois avec les îles et les péninsules que baigne l'océan des Indes, la capitale du nord surveillait les régions des plateaux mongols, où se préparaient jadis toutes les invasions.
Au nord de la vallée du Si kiang, les diverses rangées de
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montagnes que les Chinois désignent par mille noms locaux, et dont l'ensemble est compris par Richthofen sous l'appellation de Nan chaù, se présentent, comme dans le bassin du Yangtze kiang, sous forme d'arêtes parallèles orientées dans le sens du sud-sud-ouest au nord-nord-est et séparées par de larges brèches. L'une d'elles, le Ping'yi chan, s'élèverait jusque dans la zone des neiges persistantes. Ces rangées au nord du fleuve cantonais sont beaucoup plus élevées en moyenne que les chaînes qui se profdent à son sud.
Celles-ci commencent dans le Tonkin, au rivage du golfe homonyme, à cette pittoresque baie d'Along, semée de merveilleux rochers, et se dirigent également du sud-sud-ouest au nord-nord-est.
Après s'être dabord redressés dans le haut massif du Loyang, dont on ne peut atteindre, dit Martini, la cime qu'en deux jours de marche ("?), elles traversent le Si kiang. Les cluses qui se succèdent en cet endroit constituent la frontière naturelle des deux provinces de Kouangsi et de Kouangtoung; plus bas, des chaînes parallèles resserrent encore le lit du « fleuve Occidental >. D'autres arêtes de montagnes, s'alignant pour la plupart dans le même sens que le Nan chan et que tout le système sinique, occupent la région orientale du Kouangtoung et se prolongent dans le Fo'kien; l'une d'elles commence aux portes mêmes de Canton et forme le groupe pittoresque de Peïyun chan (Pak wan chan) ou la « Montagne des Nuages Blancs », dont les pentes sont couvertes d'innombrables tombeaux. Plus loin se dressent les monts Lofou, hauts de 1 200 à 1 500 mètres et couverts de forêts à l'ombre desquelles les moines bouddhistes ont bâti leurs monastères. Au delà, d'autres montagnes, qui n'ont pas encore été mesurées, vont rejoindre les rangées parallèles du Fo'kien. D'après les rapports des missionnaires , quelques - unes , notamment celles qui séparent le bassin du Han kiang de celui du Toung kiang, sont assez hautes pour se couvrir de neiges en hiver. On peut admettre, à grands traits, 2 000 mètres pour l'altitude moyenne de la rangée avoisinant la frontière du Yunnan et du Kouangsi, 1 500 pour celle qui se lève plus à l'est, venue du Tonkin, à peu près aux lieux où le Fleuve Rouge entre en Indo-Chine, 1 000 pour la suivante, au nord-nord-est de Hanoï; après quoi les cimes du Kouangsi oriental se tiennent à des altitudes très modestes, généralement au-dessous de 400 mètres. En somme le pays se présente sous forme de régions tabulaires, d'altitude très inégale, séparées par des zones de cassures parallèles, dans la grande direction des montagnes chinoises : sud-sud-ouest à nord-nord-est.
QUATRIÈME Bassifi du Si kiang.
Neigeuses ou non, ces chaînes ont été abominablement dévastées. « Les forêts, dit A. Leclère, souvent même les arbres isolés, ont complètement disparu dans toutes les régions envahies par la civilisation chinoise, qui les détruit, autant par principe que par négligence, et empêche le reboisement par l'incendie annuel des herbes sèches.... Le Kouangsi est totalement dénudé et Ton en est venu à créer auprès des moindres villages des steppes incultes destinées à produire les herbes sèches qui restent le seul combustible de ces régions désolées. Partout où le déboisement permet à la vue d'embrasser une grande étendue, dans le bassin du Si kiang (et en Yunnan et Koeïtcheou), on rencontre (en dehors des plateaux), jusqu'aux altitudes de 2 800 mètres, la structure extraordinairement accidentée dont les célèbres rochers de la baie d'Along et le parcours du chemin de fer de Phu-Lang-Thuong à Lang-Son suffisent à donner l'idée la plus exacte ; on ne peut trouver en Europe d'équivalent approximatif que dans les Alpes dolomitiques du Tirol et de la Vénétie ou dans notre région des Causses. »
Alignés ou isolés, on peut, de certains belvédères, compter jusqu'à deux cents de ces pitons coniques, dégagés de la masse par la désagrégation du calcaire.
Le Ilan kiang, fleuve du Kouangtoung
// oriental, se pourvoit dans le Fo'kien et le Kiangsi.
SI KIANG II descend du nord en ligne droite en utilisant
ou les brèches des rangées montagneuses; son prin-
FLEUVE cipal affluent, le Meï kiang ou « fleuve des Pru-
occwENTAL nicrs », suit du sud -ouest au nord-est une des
longues dépressions intermédiaires qui séparent
les arêtes, offrant ainsi un chemin transversal du Fo'kien au
bassin du Si kiang. Ce Han kiang, qui meurt dans la baie de
Swateou, ne manque pas d'abondance; c'est tout de même
un fleuve minuscule quand on le compare à son voisin le Si
kiang.
La rivière à laquelle on a donné le nom de Si kiang — Seï kong, suivant la prononciation des Cantonais, — ou « fleuve Occidental », est un puissant cours d'eau, grâce à la mousson d'été, qui apporte des pluies très abondantes sur le versant méridional du Nan chan : cette chute est évaluée annuellement à plus de 2 mètres dans la province de Kouangtoung, sur le bas de sa vallée.
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Le fleuve Occidental s'appelle aussi quelquefois du nom de Pué kiang ou « fleuve de Pué », d'après l'ensemble du pays qu'il traverse, le Pué, fait des deux Kouang, du Kouangtoung et du Kouangsi.
Il n'a point part à ces deux provinces, seulement il se forme de rivières du Yunnan, du Koeïtcheou, et quelques torrents lui viennent du Tonkin.
Il reçoit ses premières eaux du Yunnan et du Koeïtcheou, dans le pays des Chan, qualifiés à tort de Miaotze. Sa branche maîtresse, le Houng choui, coule sous divers noms avant de recevoir des Cantonais celui sous lequel il est désigné dans son cours inférieur : le manque d'une nomenclature précise a permis à chaque voyageur de considérer comme la maîtresse branche celle qu'il a visitée. Ainsi Hue et Gabet, qui s'embarquèrent au nord de la province de Canton sur la rivière naissant au pied du Meïling, croient avoir navigué sur le vrai fleuve; de même Moss, en remontant la rivière Yu kiang, affluent de droite du « fleuve Occidental », parle de son voyage comme ayant été fait sur le Si kiang.
Celui-ci commence au versant méridional des monts qui commandent au nord le lac de Yunnan, la ville capitale du Yunnan, monts d'environ 2 200 mètres de suprême surrection; il s'unit à une autre branche supérieure, qui i^art des montagnes de Toungtchouen, hautes de 2 500 mètres, plus ou moins, et point éloignées de la rive droite du fleuve Bleu. A partir de ce confluent il sépare pendant 200 kilomètres, sous le nom de Houng choui, qui succède à plusieurs autres, le Koeïtcheou (au nord) du Kouangsi (au sud), puis entre par ses deux rives dans le plus élevé des deux Kouang.
Le Houng choui est la maîtresse branche du Si Kiang comme longueur, mais pas comme abondance : la rivière la plus riche en flots de toute la conque rejoint le Houng choui par la gauche en amont de Siountcheou; elle a son origine dans le sud-est du Koeïtcheou, au pays de Koutcheou, et baigne Lieoutcheou. Ce vrai père du Si kiang se nomme le Lieou. Il porte des embarcations ayant jusqu'à 18 tonnes de capacité, tandis que le Houngchoui n'admet que de petites jonques. Aussi le Lieou est-il devenu la voie commerciale la plus fréquentée entre la vallée du Si kiang et les provinces d'outre-monts, le Koeïtcheou et le Setchouen.
Le volume considérable du Lieou et de son chevelu de rivières s'explique par le fait que la région du Koeïtcheou oîi elle prend sa source forme une sorte d'entonnoir dans lequel viennent s'abattre les pluies. Telle est aussi la raison de la pré-
QUATRIÈME Bassï/i du Si kiang.
sence de grandes forêts dans le Koeïtcheou sud-oriental, forêts qui semblent d'autant plus belles par contraste avec le Kouangsi.
Dans le bassin de Siountcheou débouche à droite la troisième branche, le Yu kiang, la grande et longue rivière de Nanning, ample souvent de 400 à 500 mètres; après quoi des rapides redoutés, séparés par des calmes, le mènent par des gorges où les eaux de crue montent de 15 à 20 mètres, à la rencontre d'un fort tributaire de gauche, le Koeï kiang ou « rivière de la Casse »,qui a rencontré en route Koucilin fou, la capitale du Kouangsi. Le lieu de cette réunion est la ville d'Outcheou fou.
Devenu désormais imposant, le Si kiang s'achemine en défilés vers la province de Kouangtoung, puis dans ce second (ou premier) des deux Kouang. En quelques endroits, des bancs de sable interrompent son cours, et, durant la saison des basses eaux, ne laissent aux jonques et sampans qu'un chenal de deux mètres de profondeur; mais en été, lors des pluies de la mousson, le niveau monte considérablement, et la marée vient soulever deux fois par jour le fleuve, tellement que le flux se fait sentir jusqu'à 300 kilomètres, dans le Kouangsi. Dans les biefs profonds du chenal, il arrive que la sonde ne touche le fond qu'à 50 mètres.
Au sortir d'une dernière cluse, où le fleuve n'a que 200 mètres de large entre des escarpements qui, de saillie en saillie, se redressent à peu près de 900 mètres, le Si kiang s'unit au Pe kiang ou « fleuve du Nord ». C'est là que commence la région du delta. De ses sources à la bifurcation des branches inférieures, le développement du Si kiang est d'au moins 1 500 kilomètres, mais le réseau navigable sur le fleuve et ses tributaires est tout autrement considérable, grâce à l'ingénieuse industrie des bateliers, qui profitent de la moindre coulée pour y faire passer leurs petites embarcations, en les traînant à force de bras au-dessus des seuils : ainsi faisaient les Peaux-Rouges en Amérique.
Le Si kiang est l'unique voie commerciale entre Canton et les trois provinces de Kouangsi, de Koeïtcheou, de Yunnan, et c'est même par cette rivière que se font en partie les échanges de cette grande ville avec les régions del'Indo-Chine qu'arrosent le fleuve Rouge et le Mékong.
Le Pe kiang est encore plus important que le Si kiang comme voie de trafic. Il fait partie de la grande l'oute de navigation qui réunit le port de Canton au bassin du Yangtze, sans autre interruption que le Mei ling ou « col des Pruniers ». C'est la voie suivie par la plupart des voyageurs européens qui ont parcouru les régions méridionales de la Chine : dès 1693, le
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missionnaire Bouvet vogua sur le Pe kiang, et, en 1722, Gaubil en dressa la carte, d'après ses observations astronomiques. De toutes les routes historiques de l'Empire, celle du Pe kiang est la plus importante, puisque sans elle toute la région du midi resterait séparée du Royaume Central. Depuis que des bateaux à vapeur longent le littoral, emportant voyageurs et marchandises, la navigation du Pe kiang a beaucoup diminué, mais le commerce entre les deux versants des monts a toujours une valeur considérable.
En aval de la jonction du « fleuve de l'Ouest » et du « fleuve du Nord », le courant se divise : on dirait que les deux cours d'eau s'entre-croisent à angle droit. Tandis que le flot principal s'écoule au sud pour se déverser dans la mer à l'ouest de l'île, un autre bras se dirige à l'est et va rejoindre le lacis des innombrables rivières qui serpentent dans les terres alluviales de Canton. A l'est, une autre grande rivière vient également se ramifier au labyrinthe fluvial du bas Si kiang : c'est le Toung kiang ou le « fleuve Oriental », dont les sources naissent au nord-est, sur les frontières du Kiangsi et du Fo'kien. C'est aussi une voie de navigation fréquentée, très importante pour le transport des sucres, du riz et autres denrées agricoles.
Quant aux rivières du delta, navigables dans tout leur vaste réseau, grâce au flot de marée, elles forment une des régions du monde les mieux pourvues de canaux naturels. Sur plus de 8 000 kilomètres carrés, le sol est coupé dans tous les sens par des voies navigables qui servent au transport des hommes et des marchandises et rendent la construction de routes presque inutile : c'est un pays de canots et de canotiers.
On comprend donc très bien que la population de la contrée soit devenue amphibie, pour ainsi dire, vivant aussi bien sur l'eau que sur la terre ferme. Non seulement le petit commerce se fait par les rivières, d'escale en escale, mais aussi de grandes foires ont lieu à diverses époques dans le delta et l'on a vu des cités temporaires de bateaux se former en des parages ordinairement solitaires. Diverses industries autres que la pèche sont pratiquées par des familles errant sur l'eau; des agriculteurs même résident en des barques mouillées à côté de leur champ.
11 est donc tout naturel que cette région soit devenue un centre par excellence du commerce de l'Empire, et qu'aux époques troublées, la piraterie ait établi ses repaires dans l'inextricable dédale des canaux du bas Si kiang. Là, des barques armées pouvaient attendre le passage des jonques, en se
QUATRIÈME Bassiii dit Si kiang.
cachant derrière chaque pointe de sable ou chaque fourré de roseaux.
Ce n'est pas sans peine que les vaisseaux de guerre européens ont débarrassé cette région des pirates qui l'infestaient; et dès qu'il y a le moindre trouble à l'intérieur, dès que pour une cause ou une autre, la surveillance, l'action de l'Europe se ralentit et que le gouvernement cesse un peu d'appesantir sa main sur contrevenants et délinquants, les « boucaniers et frères de la côte » reparaissent.
La cité de Canton s'est élevée presque à égale distance des deux tètes de delta que forment à l'ouest le Si kiang et le Pe kiang, à l'est les ramifications du Toung kiang : de cet endroit les jonques peuvent se rendre par le plus court chemin dans les deux estuaires. Celui de l'est, le plus large et le plus profond, a reçu plus spécialement le nom de « rivière de Canton », de Tchou kiang ou de « fleuve des Perles », appellation que l'on croit dérivée de celle d'un fort, Haï tcheou ou la « Perle de la Mer » : c'est la Dutch Folly, « la Folie Hollandaise » des anciennes cartes.
Les grands navires, les « transatlantiques » ne peuvent remonter la rivière de Canton jusque devant la cité. Les jonques et les bateaux à vapeur ordinaires doivent s'arrêter à 15 kilomètres en aval, au mouillage de Hoang pou (Whampoa); les forts bâtiments de guerre, même soutenus par le flot de marée, qui dépasse 2 mètres dans ces parages, restent encore bien en aval, car l'entrée du fleuve est obstruée par une barre, où l'eau a seulement 4 mètres de profondeur lors du reflux. La limite du Tchou kiang et de l'estuaire est bien marquée par des escarpements rocheux qui de part et d'autre resserrent l'embouchure, et dont les promontoires armés de forts ont été comparés par les Chinois à une gueule de tigre : d'où le nom de Houmen, que les marins d'Europe ont traduit par l'appellation de Bocca Tigris.
Des changements continuels ont lieu dans la profondeur et la forme des bancs, ainsi que dans le tracé des rivages. Dans l'ensemble, la terre ferme empiète sur la mer; là où de nouvelles plages se déposent au devant de l'ancien littoral, les riverains s'empressent de les endiguer et de semer des joncs dans la vase. Ces plantes, qui poussent avec vigueur, fournissent la fibre dont on a besoin pour la fabrication des nattes, consolident le sol, l'exhaussent et le conquièrent au domaine de l'eau douce, qui le dessale peu à peu; en quelques années, il est devenu propre à la culture, et le mandarin se présente pour mesurer les champs et les inscrire au cadastre.
Des chaînes de collines, toutes orientées du sud-ouest au nord-est, comme les montagnes du système sinique, s'élèvent au milieu des terres alluviales et servent de point d'appui aux vases que dépose le courant fluvial ou que ramène le flot de marée. La ligne de démarcation entre la haute mer et les estuaires est formée par plusieurs rangées parallèles de ces îles rocheuses, semblables aux débris d'immenses jetées à demi englouties. La rangée du nord se compose de grandes îles, dont quelques-unes sont dominées par de hauts sommets : c'est ainsi qu'à l'entrée de l'estuaire de Canton, semblent faire sentinelle les deux pics de l'île Woungkoum, mieux connue sous son nom portugais de Montanha, et de l'île Lantao ou Langtao. Les îles des Ladrones ou des « Larrons » font, de même que Hongkong, partie d'une chaîne intermédiaire, et la dernière jetée d'îlots, du côté du large, est formée par le long archipel des Kaipong et des Lema.
Le Si kiang n'est pas un voisin commode en sa vallée basse et dans les plaines de son delta ; ses crues régulières durent environ quatre mois, de juin à septembre, octobre : crues provoquées par les pluies de la mousson du sud-ouest, qui épanchent d'immenses quantités d'eau sur les campagnes plates.
A raison ou à tort, les riverains ont protégé leurs terres contre ses incursions; ils les ont ainsi garanties, sauf en cas de rupture des digues, mais ils en ont par cela même empêché le colmatement et l'incessante refertilisation. En tout cas, dit Imbault Huart, « ils ont accompli là... par le concours de plusieurs générations un immense travail, oeuvre de patience, de persévérance et de temps, dont l'origine se perd dans les brouillards des siècles écoulés ».
Quand le fleuve s'est rempli, à pleins bords, voire outre bords, à la mousson du Sud-Ouest, les bateaux à vapeur n'exigeant pas une grande profondeur peuvent remonter le fleuve jusqu'à Outcheou fou; s'ils dépassaient 4 mètres de tirant, ils resteraient en panne sur quelque banc de sable; plus haut les rapides arrêtent tout ce qui n'est pas à fond plat; en eaux basses les embarcations calant 2 mètres s'exposent à s'arrêter net sur quelque obstacle momentanément supprimé par la crue.
La marée remonte jusqu'à ce môme Outcheou fou, port ouvert au trafic étranger depuis le traité anglo-chinois de 1897, et deux compagnies anglaises font le service du fleuve au moyen de vapeurs de 400 à 800 tonnes, de Hong Kong et de Macao jusqu'au terme commun de la marée et de la navigation.
QUATRIEME
Bassin du Si kiang.
On manque encore de données précises sur les débits de ce grand fleuve ; tout ce qu'on sait d'avance, c'est que les jaugeages indiqueront un écart extraordinaire entre le volume de l'étiage, quand les vents arrivent du nord-est, et le volume de crue, quand ils arrivent du sud-ouest; le Si kiang a tous les droits au qualificatif d' « irrégulier », encore qu'il y ait dans sa conque de nombreuses « Touvres » et « Vaucluses » où reviennent au jour des eaux perdues dans les fissures du calcaire ou de la craie, « Sorgues » compensatrices, réserves pour la saison sèche. Comme longueur on peut hasarder 1 800 kilomètres, soit la Seine au bout de la Loire; et comme conque, 40 millions d'hectares.
Les deux zones de température s'entremêlent
/// dans le bassin du Si kiang. Pour le climat,
CLIMATS Canton ne se trouve que pendant une moitié de
ET PRODUITS l'année dans la région tropicale; suivant l'alter-
Du BASSIN nance des moussons, elle voyage pour ainsi dire
DU SI KIANG du sud au nord.
La température annuelle y est beaucoup moins égale qu'à Calcutta, à Honolulu, à la Havane et en maintes autres villes situées sous les mêmes latitudes ; le tableau suivant le montre :
MOYKNNE
de l'année