LIVRE QUATRIÈME VUlcs ct Lieux remarquables
ethnologique du Fo'kien, la principale cite de commerce est Chachantoou ou Chatoou, que les étrangers appellent Swateou (Swatow), Chotoou, Chataou.
Swateou n'était vers 1840 qu'un village de pêcheurs, mais son heureuse position sur un estuaire où aboutit un lleuve navigable, le Han, à l'issue d'une plaine de fertiles alluvions, ne pouvait manquer d'attirer des trafiquants.
Bien avant que les traités eussent autorisé les Anglais à s'établir dans la contrée, des commerçants de cette nation s'emparaient d'une île située à l'embouchure du Han, nommée par eux Double Island, et en faisaient un entrepôt d'opium et de marchandises de toute espèce; des pirates et des contrebandiers constituaient autour d'eux, surtout dans l'île de Namoa ou Nangao et sur les côtes voisines, une sorte de république, et comme une Nouvelle Angleterre où n'osaient se présenter les mandarins.
Mais les Européens de Double Island ne se bornaient pas aux opérations du commerce interlope; ils « exerçaient » en tout genre, et allaient jusqu'à voler des hommes pour les vendre dans le Nouveau Monde en qualité d'engagés.
Aussi furent-ils mal accueillis à Swateou lorsque l'accès de ce port leur lut ouvert en 1858, et à grand'peine trouvèrentils un emplacement pour leurs maisons et leurs entrepôts. Grâce à la colère des gens du pays contre les négociants étrangers, il a été facile aux marchands chinois de s'emparer ici du commerce extérieur. Presque tous les comptoirs de cette place maritime appartiennent à des Cantonais ou bien à des immigrés de Singapour : ceux-ci ont su même former une sorte de « hanse » qui, sous le nom de « guilde de Swateou », dicte ses conditions aux commerçants européens dans les autres ports du littoral.
A marée haute, le port, situé à 8 kilomètres de la mer, donne accès à des navires calant 6 mètres ; le village des pilotes est resté à l'entrée du fleuve, là où se trouvait le campement des contrebandiers européens, au « repaire » de Double Island.
Swateou est l'une des villes salubres du littoral, mais elle a beaucoup à souffrir des ouragans, et c'est pour mieux résister à la force du vent que toutes ses maisons, bâties en pisé, sont couvertes de toits plats.
Malgré ses grands avantages naturels, cette ville n'a guère qu'une quarantaine de mille âmes. Elle est trop voisine de Hongkong et de Canton, comme aussi d'Amoï, pour prospérer à son aise. Bien que place ouverte au commerce étranger, les
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transactions n'y augmentent pas, et le nombre des émigrants qui en partent, des dizaines de milliers par an, presque tous pour Singapour, est en voie de diminution. Elle exporte principalement du sucre, des arachides, les produits de son industrie en bois et en laque, les éventails; elle importe surtout du riz, de l'opium, des cotons et cotonnades, des lainages, du pétrole, des tourteaux de haricots, achetés en Mandchourie et servant à la fumure des champs de cannes à sucre qui recouvrent tout le delta du Ilan, de Swateou à la capitale du district, Tchaotcheou fou. Cette ville du Royaume Central produit aussi le meilleur camphre.
A 115 kilomètres vers le nord-ouest de Swateou (comptés à vol d'oiseau), Kiyingtcheou, sur la rivière des Prunes, est la métropole des Hakka.
L'anglaise Hongkong, Macao la lusitanienne,
gardent les abords des embouchures du Si kiang,
// le fleuve qui mène à la grande ville de la Chine
CANTON méridionale, en même temps qu'à une des notables cités du monde, à Canton. Celle-ci n'est pourtant que depuis une époque récente la capitale du « Vaste Orient » comme du « Vaste Occident » : les deux Kouang n'ont en effet qu'un seul et même gouverneur, qui résidait auparavant à Chuhing.
Les annales chinoises parlent de Canton depuis vingt-trois siècles. A cette époque, elle portait le nom de Nanwou tcheng ou « Cité guerrière du sud », et certes elle mérita cette appellation par ses révoltes fréquentes.
En l'an 250 de l'ère vulgaire, elle réussit à chasser les Chinois du nord et resta complètement indépendante pendant une cinquantaine d'années. Au commencement du x" siècle, elle devint la capitale d'un État distinct ne se rattachant à l'Empire que par le payement d'un tribut annuel; mais soixante ans après elle fut reconquise par le fondateur de la dynastie des Soung.
En 1648, elle s'insurgea contre les Mandchoux, au nom de la dynastie des Ming, et résista au delà d'une année : plus de 700 000 Cantonais périrent pendant le siège, prétendent les chroniqueurs, et la cité, livrée au pillage, fut changée en un amas de ruines.
Canton ou Kouangtcheou, c'est-à-dire la « Grand'Ville », < 4i8 )
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Chentcheng dans le patois local, est une des cités les plus chinoises du Royaume Central, quoiqu'elle se trouve sur les confins méridionaux, regardant, pour ainsi dire, vers les îles malaises et les péninsules indiennes. Comparée aux autres grandes cités de TEmpire, elle leur est également supérieure par l'originalité de l'aspect et la fidélité au type caractéristique d'une capitale chinoise. Elle n'a pas, comme Peking, ces larges rues poussiéreuses, ces maisons en forme de tente qui rappellent le voisinage des steppes mongoles; elle ne s'impose point à la vue, comme Changhaï ou Hankoou, par ces nouveaux quartiers où tout est européen, maisons, jetées, bateaux et gens; elle n'a pas dû se renouveler comme Hangtcheou fou et tant d'autres cités de la Chine renversées par les rebelles « aux longs cheveux ». Elle se montre encore telle qu'elle était, il y a plus de cinq cents ans, lorsque les Européens la virent pour la première fois.
Elle a ceci de fort intéressant qu'elle a grandi de ses propres forces, en vertu de causes naturelles, sans être une capitale d'Empire, une résidence de souverain, sans la vie factice que produit l'appel des fonctionnaires, des courtisans, des employés et sinécuristes, des domestiques et des fournisseurs. Ainsi se distingue-t-elle des autres métropoles, telles La Haye, Bruxelles, Madrid, Saint-Pétersbourg.
Vers l'embouchure du Si kiang il ne pouvait pas ne pas naître une grande cité, parce que là se trouve un des points vitaux de la planète. La profonde indentation du littoral, la richesse des alluvions fluviatiles, la jonction des routes naturelles, profitant de la convergence des vallées, la multitude des chemins d'eau qui découpent en archipel de plaines la région du delta, la richesse des produits appartenant aux deux zones qui s'entremêlent dans la région, tous ces avantages devaient attirer une population pressée.
Canton doit surtout sa grandeur à la route du sud au centre de la Chine, qui remonte le Pekiang, c'est-à-dire le « Fleuve du Nord », sillonné de jonques et de bateaux, puis, quittant le versant du Si kiang, change d'horizon au fameux col dit Meïling, ou « passe des Pruniers » — route qu'on peut comparer en importance à celle du centre au nord de l'Empire, de Hankoou à Singan par la vallée du Haîi kiang.
Canton est évidemment un site élu, sur le chemin de l'Inde et de l'Insulinde.
Cette ville, «unique au monde », se révèle d'abord à l'étranger par son quartier flottant, où sont ancrés des bateaux de toute espèce, disposés en îlots comme les maisons de la terre ferme et séparés par des rues d'eau, que sillonnent incessamment
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les barques : large de plus d'un kilomètre en cet endroit, le fleuve disparaît sous cette flotte de bateaux, où la foule des marchands, des industriels, des restaurateurs, des gens de plaisir n'est pas moins animée que dans la ville de la terre ferme.
La cité proprement dite, bâtie sur la rive septentrionale du Tchou kiang, est entourée d'une muraille et, suivant la coutume chinoise, divisée par un autre rempart en deux villes distinctes. La population se presse dans cet espace de quelques kilomètres carrés : les rues sont étroites et tortueuses; les planches laquées et dorées des enseignes, suspendues au devant de chaque magasin, rétrécissent encore la voie; en maint passage, des nattes sont tendues de maison à maison, et dans une pénombre discrète, entre les riches magasins largement ouverts, glisse sans bruit la foule bariolée des piétons, qui s'ouvre çà et là pour laisser passer le palanquin d'un grand personnage.
En dehors de la ville, de vastes faubourgs se prolongent à droite et à gauche, le long du fleuve; en face, sur la rive méridionale, la ville de Honan s'élève dans l'île du même nom. tandis qu'au sud-ouest, dans une autre île, s'étend Fàti ou Hoati, le « Champ des Fleurs », habité par des jardiniers, qui s'occupent surtout de la culture des arbres nains et de celle des chrysanthèmes. Des pagodes et des tours à l'épreuve du feu dans lesquelles sont renfermés les objets confiés aux prêteurs sur gages dominent les agglomérations des maisons basses.
Récemment encore on attribuait de 1 500000 à 1 800000 âmes à cette « Ville des Génies », à cette « Cité des béliers », deux noms ou surnoms qui proviennent de deux légendes; et làdessus pas moins de 300 000 pour le peuple « aquatique » vivant sur les bateaux.
Or, un recensement de 1895 n'a compté que 500 000 Cantonais, dont 20 000 pour la population « flottante », dans la véritable acception du mot, celle qui a ses demeures sur les sampans, bateaux, batelets et jonques. Avec les faubourgs, on arrive à 600 000 habitants au plus : le tiers du plus grand des deux nombres admis à la légère.
11 faut dire que Canton est une des villes les plus insalubres du « Milieu », n'ayant pas moins de 8000 aveugles, de 5 000 lépreux et des centaines de milliers de laids visages ou, si l'on veut, de figures absolument contraires à l'idéal que nous, les Occidentaux, nous nous faisons de la beauté : les faces repoussantes y sont légion.
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Et, d'autre part, la grande cité n'a plus l'importance commerciale majeure d'il y a quelques dizaines d'années, alors que Hongkong n'était rien et que les ports, ouverts aujourd'hui à l'Europe, nous étaient encore fermés. Mais, s'il y a eu diminution d'habitants, il reste certain que Canton n'a pas perdu plus de la moitié, sinon les deux tiers de son peuple. En comptant à vue de nez, à la volée, on avait très mal compté et compté trop fort suivant l'usage.
Les résidents anglais, qui sont de beaucoup les plus nombreux et les plus riches parmi les Européens de la colonie, ont fait de leur quartier, bâti dans l'île de Chamin, une ville somptueuse, beaucoup plus saine que la cité chinoise et pourvue de promenades, d'allées ombreuses, d'un champ de courses. L'emplacement de ce quartier est bien choisi, car c'est en face de la « concession » que se bifurquent les deux chenaux les plus profonds de la rivière des Perles.
Pour la production industrielle, Canton est la première des villes chinoises. Ses ouvriers filent la soie, teignent, apprêtent les étoffes, fabriquent le papier, le verre, les laques, taillent l'ivoire et le bois, sculptent et vernissent des meubles admirables, fondent les métaux, cuisent les porcelaines, raffinent les sucres, travaillent les mille objets que l'on connaît sous le nom d'« articles de Canton i et qui s'expédient dans l'intérieur de la Chine. Les ouvrières indigènes ont porté à la perfection l'art de la broderie ; soit pour l'agencement des couleurs, soit pour l'élégance des dessins et le fini de la maind'œuvre, elles n'ont point de rivales au monde. Une grande papeterie y a pour chef un ingénieur européen; une Monnaie y frappe des pièces d'argent et il en sort des millions et des millions de sapèques.
Canton est le grand entrepôt des soies du midi, comme Hangtcheou est l'entrepôt des soies du centre de la Chine, Presque tout le commerce de la cité se trouve entre les mains des négociants indigènes et les Européens de Chamin sont devenus de simples commissionnaires. En 1815, avant la mission de lord Amherst, le commerce anglais était simplement toléré : il n'existait avec la Chine ni capitulations comme en Turquie, ni traités de commerce comme entre les diverses nations d'Europe. Mais lorsque le trafic put se faire en toute liberté, Canton, jouissant du monopole des échanges avec l'étranger, prit une importance extraordinaire; puis le rapide, l'énorme développement de Hongkong, de Changhaï, ravirent à Canton le premier rang parmi les places commerçantes du vieil Empire.
La Chine. livre quatrième
En 1844 le mouvement des affaires avec l'étranger se résuma par 248 millions; en 1879 par 195 millions; en 1886 par 303 millions, année qui n'a pas été dépassée; par 166 millions seulement en 1894, donc bien moins qu'il y a cinquante et tant d'années : là-dessus, près de 85 millions pour l'importation, plus de 81 pour l'exportation. Mais il convient de mettre en lumière ceci : « que ces nombres se rapportent au commerce étranger seulement, sans tenir compte du mouvement de marchandises qui se fait par l'intermédiaire des jonques chinoises; on a souvent constaté que la diminution des échanges par navires étrangers est compensée par l'accroissement du trafic des jonques ».
Avec les soies grèges et avec les soieries, ce sont les sucres, le thé, les nattes qui fournissent le plus à l'exportation ; les cotons et cotonnades, les lainages, le pétrole, l'opium de l'Inde, qui contribuent le plus à l'importation. Les envois de soies et soieries diminuent considérablement, par suite de la concurrence du Japon sur les marchés de l'Europe, et ceux de thé par suite de l'extension du précieux arbrisseau dans l'Inde et à Ceylan.
Le port reçoit annuellement de 2 000 à 2 500 navires jaugeant de 1 500 000 à 1 800 000 tonnes, et il en expédie à peu près autant; l'Angleterre, la Chine, l'Allemagne prennent presque seules part à cette intercourse, l'Angleterre très en avant des deux autres. La France est peu représentée : des pavillons étrangers couvrent ses marchandises.
C'est à Canton que s'est inconsciemment formé, par l'effet des relations constantes entre Anglais et Chinois, le bizarre jargon appelé « anglais d'affaires » ou business english (pidgeon english), dont un certain nombre d'expressions sont entrées dans le langage ordinaire des Anglais eux-mêmes. Une classe spéciale d'intermédiaires, de « compradores », qui ne sont ni Anglais ni Chinois, pullule autour des factoreries : ces hommes sont pour la plupart tenus en médiocre estime, et c'est à eux qu'est dû dans l'intérieur l'opprobre qui s'attache au nom de « Cantonais ».
Un dicton populaire exprime à la fois combien la vie est pénible dans les montagnes de l'ouest, et combien elle est corrompue dans la grande ville du midi : « Vieillard, ne va pas au Setchouen; jeune homme, ne va pas à Canton ».
Hoang pou (Whampoa), l'avant-port de Canton sur la rivière des Perles, est aussi une grande ville, qui se prolonge sur un espace de 4 kilomètres, au bord des îles qui entourent la rade.
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Fig. 16. — Canton et le Delta du Si kiang.
E de Greenwich
D'après Frujuegnxin et l'Amu-cuiM. AngLatse.
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Quoique dans le voisinage immédiat de constructions européennes, elle a gardé toute son originalité, mais aussi toute sa malpropreté chinoise; c'est une agglomération de maisonnettes en bambou qui ressemblent à des cages; une pagode fameuse domine toute cette fourmilière humaine. Des chantiers de construction, des bassins de carénage, de vastes entrepôts font de Hoang pou une des escales les mieux aménagées pour les navires européens. De distance en distance on remarque sur le rivage des tours anciennes, bâties on ne sait à quelle époque, contre des ennemis dont le nom est tombé dans l'oubli.
En remontant l'une des branches, l'un des canaux du delta du fleuve, on arrive, à quelque distance au-dessus du confluent du Pekiang, à la ville de Chuhing ou Chaohing (Tchaoking, Chaoking). Elle occupe la rive gauche du Si kiang, en amont de la dernière cluse que traverse le fleuve. Elle fut longtemps la résidence du gouverneur des deux provinces de Kouangsi et de Kouangtoung; mais l'administration dut se déplacer pour surveiller du plus près possible les étrangers qui visitent Canton.
Chuhing, à laquelle on octroie 200 000 habitants, était jadis la cité la plus propre, la plus élégante du midi de la Chine; mais, ravagée par les Taïping, elle ne saurait plus se comparer à la puissante ville assise au bord de la rivière des Perles. Toutefois elle fait encore un grand commerce, en thé, en porcelaines, en dalles de marbre, taillées dans les montagnes voisines ; des grottes, que l'on a transformées en temples, s'ouvrent dans les collines qui dominent la cité. La population se presse sur les deux rives; les villages se succèdent de part et d'autre en une ville continue, partout où la vallée s'ouvre assez largement pour laisser construire des inaisons. Le mouvement du commerce et la foule des habitants se concentrent surtout vers le confluent du Si kiang et du Pekiang, qui est en môme temps la tête du delta : là se trouvent les villes de Sanchoui, de Saïnan, et, pour ainsi dire, dans la banlieue de Canton, à 15 kilomètres au sud-ouest de cette capitale, Fatchan (Fo'chaii ou Fou chaii).
D'après la nomenclature chinoise, Fatchan ne serait qu'un simple bourg ou village, parce qu'il n'est pas ceint de murailles ; il n'a d'autres fortifications que deux centaines de tours élevées de distance en distance pour servir de refuge aux habitants pendant les guerres et les révolutions. Ce village, de 20 kilomètres de longueur, est classé parmi les « Quatre Mar-
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chés » de l'Empire du Milieu; il forme Fagglomération la plus populeuse du delta qui rejoint le bras de San choui ou des « Trois Eaux » à la rivière des Perles, et on lui reconnaît bénévolement 500 000 àmes(?). Il paraîtrait que la coulée navigable de Fatchan n'a plus autant d'eau qu'autrefois : de là peut-être la décadence du village, que Bouvet et d'autres missionnaires disent avoir eu son million d'habitants au xvii^ siècle. Mais si cette ville a cessé d'être la rivale de Canton, du moins peutelle en être considérée comme une sorte d'annexé pour les manufactures de soie, de quincaillerie, de nattes, de papier, de voiles, d'objets de toute espèce.
A l'est de Canton, Chihloung ou Chakloung, à la tête du delta que forme le fleuve Oriental, est aussi une dépendance commerciale de Canton : c'est là que s'entreposent les sucres et les autres denrées de l'est destinées à la capitale. Il y a 100 000 habitants, dit-on, dans cette cité qui sera sous peu desservie par le chemin de fer de Peking à Canton.
Au nord de la « grand'ville » le Pekiang arrose également une contrée fort populeuse, et plusieurs des villes riveraines, telles que Nanhioung, au pied du Meï ling, et Chaotcheou, sont des ports très fréquentés par les jonques. Le tributaire que reçoit le fleuve du Nord à Chaotcheou vient du Tche ling, passage d'altitude relativement peu considérable, sur le chemin de Canton à Siangt'an. Les montagnes que parcourt le haut Pe kiang sont très riches en gisements de charbon. Un des coteaux qui dominent le fleuve à son entrée dans la plaine est percé de vastes cavernes, dont on a fait un temple de Bouddha.
A l'ouest et au sud-ouest du delta du Si kiang, le littoral, très frangé de baies, anses et calanques, avec îles grandes ou petites au devant, ne dresse aucune puissante cité maritime ; nulle non plus n'anime les vallées des fleuves côtiers, courts et menus; et pas une de quelque importance dans la presqu'île de Leitcheou, qui s'avance de 120 kilomètres dans l'océan des Indes, entre la mer de Chine au levant, le golfe du Tonkin au couchant, à la rencontre de Haïnan, dont la sépare une onde étroite, mais profonde.
Dans ce golfe du Tonkin, Pakhoï ou Peïhaï, c'est-à-dire la « mer Blanche », est un port ouvert au trafic international, à l'ouest de l'enracinement de la péninsule de Leitcheou, sur l'estuaire du Lientcheou : 12 000, 20 000, 25 000 habitants, on n'est pas d'accord sur sa population. En 1820 ce n'était encore qu'un hameau de pêcheurs et pirates, pirates plus que pêcheurs; vint la guerre des Taïping durant laquelle Pakhoï,
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déclare port franc pour les caboteurs, passa de hameau à village, de village à ville. Port à traité depuis 1876, les premiers Européens y apparurent en 1879. Présentement son commerce atteint une valeur de 15 à 17 millions par an, dont un tiers seulement pour l'exportation. Il se peut que ce port gagne grandement en ampleur de trafic lorsque une route ou un chemin de fer le reliera à la région moyenne du bassin d'une des trois branches constituantes du Si kiang, au Yu kiang, qui est seulement à 120 kilomètres outre-mont à vol d'oiseau dans la direction du nord, tandis que de cette partie de la vallée les marchandises ont plus de 700 kilomètres à parcourir jusqu'à la mer par une voie navigable, très peu commode, et par cela même extrêmement lente.
Une pagode du voisinage est devenue célèbre dans toute la Chine, grâce à un platane qui croît sous la voûte, au centre du monument, et projette par les fenêtres de l'édifice des branches touffues, où nichent des milliers d'oiseaux, emplissant de leurs chants le sanctuaire. Les abords de Pakhoï sont rendus périlleux par des bancs de sable, et les navires doivent mouiller au large à plus d'un kilomètre de la côte, abrités à marée basse par le banc d'AIong, mais exposés à toute la force de la houle pendant les heures du flot, qui s'élève de 4 mètres en moyenne. Les tempêtes du nord bouleversent quelquefois les eaux de la rade, mais le centre des typhons passe toujours au sud du promontoire de Kouan-taou. Au delà de cette pointe le golfe qui sépare la péninsule de Liétcheou et celle de Pakhoï est obstrué en maints endroits d'estacades de pêcheurs, non seulement aux abords des rivages, mais aussi dans l'eau profonde, où quelques rangées de pieux sont enfoncées par 20 mètres d'eau.
Au sud de Pakhoï, à une cinquantaine de kilomètres en mer, ou plutôt en golfe — golfe du Tonkin, — s'élève l'île de Weïtcheou, cratère ébréché dressant ses parois noirâtres audessus des flots bleus. Le cirque des murs éboulés, qui n'a pas moins de 2 kilomètres et demi entre les deux promontoires extrêmes, se développe en un demi -cercle presque régulier tourné vers le vent du sud. Au nord, la pente du talus, revêtue de riches cultures et parsemée de nombreux villages, s'incline doucement vers la mer, rayée çà et là de ravins que les pluies ont creusés dans le sable volcanique, en isolant les gros blocs lancés jadis par le cratère. Au milieu de ce siècle, l'île n'était habitée que par des pirates; elle est occupée maintenant par une population pacifique d'environ 4 000 personnes : la plupart sont des émigrés de la péninsule de Liétcheou, les autres sont des Hakka chrétiens venus de Canton, qui s'occupent en
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même temps d'agriculture et de pêche, surtout de celle des calmars; près de douze cents barques sont employées à la capture de ces céphalopodes.
Les commerçants anglais auxquels ne suffisaient pas les marchés à eux ouverts sur le /// littoral s'emparèrent, il y a quelque soixante ans,
HONGKONG d'unc île bonne à surveiller les embouchures du Si kiang.
Hongkong — ou Hiongkong, nom cantonais de Hiang kiang, l'île des « Eaux Parfumées » — appartient aux Anglais depuis 1841, et grâce à eux elle est devenue en peu d'années un des lieux les plus fréquentés de lOrient, et même du monde entier.
Cette île maintenant si célèbre, dont les roches de granit, de schiste, de basalte, occupent une surface d'environ 79 kilomètres carrés, est un petit monde à part, ayant ses montagnes et ses vallées, ses forêts, ses cours d'eau, ses plages, ses criques rocheuses, ses ports, ses petits archipels d'îlots et d'écueils. Au goulet occidental, le détroit qui sépare Hongkong du continent n'a que 2 500 mètres de large.
A une douzaine de kilomètres à l'ouest, la montueuse Lantao, plus grande qu'Hongkong, dérobe au flot de mer environ 1 500 kilomètres carrés.
Quand l'île changea de maîtres, il s'y trouvait environ 2 000 habitants, pécheurs et agriculteurs. Maintenant une grande cité, Victoria, la Kouantaïlou des Chinois ou « route des Ceintures de jupon », s'élève sur la rive septentrionale de l'île, au bord de la rade formée par le détroit; des villages populeux ont surgi à l'issue de toutes les vallées; des maisons de campagne et des édifices somptueux occupent tous les promontoires, au milieu de la verdure épaisse des pins, des figuiers banians, des bambous, et Hongkong entretient aujourd'hui, non certes de son sol, mais par son commerce, plus de 2GO0OO habitants, dont environ 12 000 blancs, contre 221 300 en 1891 et 113 000 en 1866.
Sur les 221 500 résidents de 1891, il y avait 8 545 blancs ou censés tels, près de 2 000 individus venus de l'Inde, et plus de 210 000 Chinois; parmi les blancs, les Portugais et métis lusitaniens faisaient environ la moitié, les Anglais le tiers, Yankees non compris; le reste fait de ces Américains, d'Allemands, de Français, d'Italiens, d'Espagnols et autres en tout petit nombre.
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Une belle route monte en serpentant jusqu'au sommet le plus haut de l'île, d'où l'on voit, à 539 mètres plus bas, les quais de Victoria et la nappe éclatante de la rade, avec ses navires de guerre et de commerce entre-croisant leurs sillages. Par la propreté de ses rues, la solidité de ses constructions, la richesse de ses palais, la ville anglaise, fortifiée et pourvue d'une garnison d'environ 2 800 hommes, sans les 181 d'un corps d'artillerie volontaire, plus un certain nombre de navires de guerre en rade, la ville anglaise ressemble d'assez près à une cité de la mère-patrie, mais elle a de plus la beauté que donnent les vérandas ornées de fleurs, les jardins emplis d'arbustes et le ciel lumineux du Midi.
Dans les premiers tempsde l'occupation, Victoria, dontle sol était sans cesse remué par les constructeurs, avait la réputation d'une ville très insalubre. Cette réputation, elle la mérite encore : par exemple, dans les cinq années 1894-1898, on y a relevé plus de 29 000 décès contre moins de 6 700 naissances. Mais ce n'est guère que les Chinois, la plèbe dénuée de tout, qui y paie un grand tribut à la mort par malpropreté, contrehygiène, pauvreté, épidémie. Les résidents anglais de l'Extrême Orient viennent précisément chercher le renouveau de santé dans ses charmantes villas, encore que l'air ne se renouvelle pas aussi vite à Victoria, lieu tourné vers le continent, que sur la rive de l'île tournée vers la brise marine et que, par le fait, le climat, dune moyenne annuelle de 22°, avec 225 centimètres de pluie, ait un caractère quelque peu tropical. Autre et fort grand désavantage, Hongkong se trouve sur le parcours des ouragans : le typhon de 1874 y renversa plus de mille maisons, coula 33 gros navires, des centaines de jonques; plusieurs milliers d'individus périrent dans le désastre.
Avant-poste du commerce de lAngleterre et de Flnde dans le monde chinois, Hongkong est, avec Changhaï, et peut-être Amoï , la cité de l'Extrême Orient où les savants ont pu recueillir le plus de matériaux sur le royaume Central et publier sur ce pays le plus d'ouvrages précieux. C'est aussi l'un des endroits de la Terre où l'on peut observer la plus grande variété de types. Des Parsi, les étrangers les plus respectés, sont presque chez eux sur cette île du littoral chinois, ayant été de tout temps accueillis comme des frères, grâce à leur probité traditionnelle. Les nouveaux maîtres, les Anglais, ont amené des Hindous de toute langue et de toute race, des Malais, des Barmans, des métis portugais, des Polynésiens. Les Chinois qui forment le gros de la population proviennent de toutes les provinces de l'Empire.
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L'ensemble des échanges entre l'Angleterre et Canton se fait par l'intermédiaire de Hongkong, et c'est aussi de cette ville que s'expédie une forte part des marchandises européennes destinées à Changhaï, à Haùkoou, à Tientsin. Ce port
Fig. n. — Hongkong et le Territoire anglais.
E.de Greenwich
D'après i'AmirajMbi AngLcasc et PeCermann,,
Profondeurs en mètres Hauteurs
0 10 20 3oKil.
est un de ceux qui centralisent les relations de l'Europe, de l'Inde, de l'Australie avec le « Milieu ». On ignore le total de son commerce, faute dédouanes, le port étant franc; quelquesuns parlent d'un milliard par an, d'autres de beaucoup moins, mais on ne peut guère l'estimer au-dessous d'un demi-milliard, dont un tiers à l'exportation.
En réalité, Hongkong doit son renom universel beaucoup
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moins au chiffre de ses transactions qu'à sa qualité de rendezvous passager des navires commerçants entre l'Europe, l'Australie, l'Inde, l'Indo-Chine, l'Indonésie d'une part et la Chine d'autre part, au croisement d'une foule de lignes de bateaux à vapeur, au crédit de ses banquiers « internationaux ». On peut le qualifier de grande banque et bourse de l'Europe au péristyle de l'Asie Jaune.
Le concours des navires s'y résume par cinq à six mille vaisseaux et six à sept millions de tonnes à l'entrée; plus vingt-neuf à trente mille jonques et près de deux millions de tonnes pour la part de la Chine : cela pour l'entrée; à peu près autant pour la sortie. Ce qui s'y échange surtout (à part l'argent, les billets, les lettres de crédit, en un mot la finance), ce sont, ainsi qu'à peu près partout en Chine, l'opium, le thé, le sucre, le sel, la soie, les cotonnades, les métaux et une foule de menus objets d'Occident ou d'Orient. L'Angleterre fait plus ou moins la moitié des transactions; mais la part de la Chine ne cesse de grandir; sa flotte commerciale, l'ensemble des jonques attachées au port de Hongkong comprend 52 000 bateaux avec tonnage de 1 300 000 tonnes, et des compagnies chinoises ont organisé des services réguliers de bateaux à vapeur faisant l'intercourse avec Manille, Batavia, Saigon, Singapour et Bangkok. Et c'est pourquoi les factoreries de Victoria ne sont plus aussi prépondérantes qu'aux premiers temps de la liberté des échanges avec la Chine : de grands entrepôts, fondés par des négociants chinois, se trouvent maintenant dans les villes du littoral, de l'autre côté de la rade, où l'on a également construit de vastes chantiers, et les palais britanniques de Victoria passent les uns après les autres entre les mains des indigènes.
A l'extrémité sud-occidentale de l'île, la petite ville d'Aberdeen, appelée communément Little Hongkong ou Petit Hongkong, possède de nombreux chantiers et des bassins de carénage, d'importantes raffineries de sucre.
L'île d'Hongkong est ce qu'on appelle en Angleterre une colonie de la Couronne, c'est-à-dire qu'elle est gouvernée de Londres, sans constitution propre, sans corps élus, parlement, machinerie électorale, ministère responsable, etc. Elle est administrée par un gouverneur que nomme le ministre des colonies de Londres et qu'assiste un Conseil exécutif, comme aussi un Conseil législatif composé presque uniquement de fonctionnaires et où deux Chinois ont place. Le nombre de ces conseillers étant de douze, ces deux « fils de Han » ne représentent que très faiblement l'élément national, vingt-cinq fois plus nombreux que l'élément dirigeant et de plus en plus accru par
QUATRIÈME VUlcs ct Lïeux remarquahles.
l'immigration. Le gouverneur touche la « modeste » somme de 168 000 francs par an.
Les recettes de la colonie proviennent du monopole de l'opium, des licences et patentes, de taxes diverses; elles se montent à 12, 13, 14, 15 millions, suivant les années, et balancent plus ou moins les dépenses, celles-ci consacrées en grande partie au maintien de la police et d'une force publique solidement organisée, qui comprend 661 hommes, dont 122 Anglais, 210 Sikhs, 329 Chinois.
La dette, 8 545 000 francs, a été contractée en deux emprunts, en 1887 et 1893, pour travaux de fortification, d'hygiène, d'utilité publique, notamment pour adduction d'eaux potables; fardeau bien léger puisque le revenu des propriétés de la colonie excède de plus de liOOOO francs la dette coloniale.
Tous ces nombres se rapportent à l'ancienne colonie de Hongkong. Or, cet établissement vient de s'accroître par la convention anglo-chinoise du 9 juin 1898 : elle reconnaît à l'Angleterre, comme cédé à bail pour 99 ans, le territoire continental de Kaoloung, où les négociants chinois possèdent de très vastes entrepôts, plus les îles de Lantao et de Lamma : environ un millier de kilomètres carrés, qu'on suppose peuplés de 100 000 habitants.
En signant cet acte conférant aux Anglais ces lambeaux de la province du Kouangtoung, le gouvernement chinois revenait sur la convention, à peine conclue, par laquelle il s'engageait à considérer Kouangtoung, Kouangsi et Yunnan comme rentrant, ne varieLur, dans la sphère des intérêts français.
La France n'a pas protesté, mais les Anglais y ont perdu en ce sens que la France, que l'Europe ont désormais considéré comme une vaine formule la convention anglo-chinoise garantissant le bassin du Yangtze kiang à l'influence anglaise : si bien que l'Angleterre n'a pas pu profiter à son gré des événements de 1900-1901 pour s'installer à demeure, et seule, sur le grand fleuve.
Macao (Macau) est la Ngaomen ou « Port de la
Brique » ou l'Aman Gao ou « Port de la Mère ».
IV De ces noms chinois provient le nom européen.
iiACAo Pour se conformer à l'antique ampleur ibé-
rienne, lusitanienne comme espagnole, Macao
s'appelle tout au long : Cidade do Santo Nome
de Dios de Macau.
La Cliine. livre
A 6S kilomètres environ ouest-sud-ouest d'Hongkong, de l'autre côté de l'estuaire dans lequel se déverse la rivière des Perles, Macao n'est pas officiellement séparée de la Chine. Le gouvernement de Peking n'a jamais reconnu la domination absolue du Portugal sur cette presqu'île, et, comme suzerain, il reçoit un impôt fixé par l'empereur Kanghi à oOÛ taels, soit environ 1 900 francs, par l'entremise d'un mandarin résident, qui représente la puissance suzeraine.
Toutefois l'ancienneté de la possession, qui date de 1537, et les mesures énergiques prises par le gouverneur Amaral en 1849, ont fait de Macao une terre vraiment portugaise. La partie de la ville qu'occupent les Européens a tout à fait l'aspect d'une cité de l'Estramadure lusitanienne avec ses grandes maisons régulières, peintes en rouge ou en jaune, ornées de lourdes balustrades , et ses vastes couvents tranformés en casernes.
Cette Chine portugaise, moins portugaise que chinoise, n'enlève au « Milieu » qu'une douzaine de kilomètres carrés, presqu'îles et îles, dont 210 hectares pour la ville. 80 000 hommes environ y vivent : on compte parmi eux 500 soldats de garnison, 3 900 Portugais et métis, dont 3 100 nés à Macao même et 615 en Portugal; 161 « blancs étrangers » et au-delà de 75 000 Chinois.
Il s'ensuit que le quartier principal est celui des Chinois : là se presse la foule, là se fait tout le travail de la colonie. Même le quartier portugais, Praya Grande, est partiellement envahi par les enfants de Han : il leur est défendu d"y construire des maisons, mais ils achètent celles des anciens maîtres lusitaniens, et remplacent l'image de la madone par l'autel des ancêtres.
Macao est admirablement bien située pour le commerce, au bout de sa péninsule granitique de 4 400 mètres de long, sur 1 680 d'extrême largeur, qui se rattache à la terre ferme par un cordon de sable, la « Tige de Nénuphar », jadis coupée de fortifications. Au nord, sur le territoire chinois, on distingue les murailles de la ville de Tsing chaû ou du « Mont Vert », à laquelle les Portugais ont donné le nom de Casabranca ou « la Maison Blanche ».
Malheureusement la rade n'est pas bonne, divers vents y font rage, les typhons n'y sont pas inconnus, qui viennent presque tous de la mer des Philippines, donc du sud-est, et se font surtout craindre en août, septembre et octobre. A mesure qu'on approche de la Cidade do Santo Nome de Dios les pro-
QUATRIÈME VUles ct Licux remarquahles.
fondeurs diminuent; quant au port, à l'ouest de ;la presqu'île, il est bien « intérieur », bien abrité, très sûr, mais pas très creux, d'accès malaisé, et ses conditions vont en empirant tous les jours.
Pendant près de trois siècles, Macao eut le monopole du commerce de l'Europe avec l'Empire chinois, mais l'ouverture d'autres ports aux échanges internationaux priva la ville portugaise de ses avantages, et les marchands, n'ayant plus à s'occuper de l'expédition des denrées, se mirent à faire le trafic de chair humaine. Les harracôes de Macao devinrent les entrepôts des coulis capturés ou achetés dans les îles et sur le littoral, puis expédiés sous le nom d'engagés volontaires au Pérou, dans les Antilles, au Mexique et ailleurs. Les réclamations du gouvernement de Peking mirent un terme, en 1873, à cette hideuse traite, et désormais les engagements des émigrants présentent quelques garanties de sincérité; en outre, la plupart des contrats se signent maintenant à Hoang pou, sur une terre chinoise.
Ce transport d'émigranls et de réimmigrants a maintenu quelque peu de l'ancienne activité du port de Macao : il lui vaut un service régulier avec le Mexique. La décadence amenée par l'envasement du port et nombre d'autres causes n'en est pas moins patente. Le commerce est presque entièrement passé des Portugais aux Chinois; il s'occupe surtout du riz, du thé, de l'opium, des cotonnades, de l'exportation du poisson salé ; la pêche emploie à ^lacao, 8 700 pêcheurs, montant 930 bateaux. La valeur des exportations fut de près de 125 millions en 1888 (?), de 33 o58 794 patacas en 1894, soit d'un peu plus de 119 millions, en fixant la pataca à 640 reis, suivant le décret du 19 août 1893. De ces 119 millions, il y en avait environ 54 pour l'exportation (Vasconcellos). Presque tout ce trafic se fait par les jonques des Chinois et fort peu de navires européens se présentent dans le port.
Macao est fameuse dans l'histoire littéraire : Camôes banni y séjourna de 1556 à 1561, et l'on dit qu'il y termina son poème des Lusiades. Le propriétaire d'un jardin, « nommé le Parc de la Tourterelle blanche », montre un rocher fendu, formant une sorte de grotte que la tradition a consacrée comme le lieu dans lequel se retirait le poète : ce serait là le « refuge conforme à ses soucis » où Camôes, se cachant « dans les entrailles du rocher, à la fois vivant et mort, enseveli et vivant », pouvait « gémir sans mesure et sans contrainte ». Dans le cimetière de la ville est la tombe de Morrison, l'un des savants qui ont le plus fait pour l'étude de la langue et de la géographie du Grand et Pur Empire.
La Chine. livre
François de Xavier, le célèbre missionnaire qui introduisit le catholicisme au Japon et qui fut canonisé comme « protecteur des Indes », mourut, en 1552, dans une île du littoral voisin, Tchangtchouen, ou Sancian, dite Saint-John par les marins anglais.
Les négociants anglais de Hongkong ont acquis de nombreuses villas dans les alentours de Macao, pour y jouir de la brise marine qui souffle régulièrement sur les côtes, et récemment le gouvernement français y a fait l'acquisition d'un sanatoire destiné aux fonctionnaires convalescents ou fatigués de rindo-Chine.
Récemment encore, Macao faisait partie du gouvernement de Macao et Timor, qui réunissait ainsi, contre nature autant qu'il se peut, une ville de Chine et une île située près de l'Australie, à 3 700 kilomètres au sud-sud-est : ou plutôt une moitié d'île, Timor étant partagée entre deux suzerainetés : Portugal et Hollande.
Indépendante aujourd'hui, sous « légide » du Portugal, Macao reçoit un gouverneur de Lisbonne; le Leal Senado ou Loyal Sénat, autrement dit le Conseil municipal, est élu au suffrage universel. Pour la justice la colonie dépend de Nova Goa dans l'Inde; ecclésiastiquement son diocèse comprend la partie lusitanienne de Timor.
Le budget de 1899 s'est soldé officiellement, en recettes par 1 986 200 francs, en dépenses par 1 823 967.
En même temps qu'elle faisait i-econnaître
V par la Chine l'intangibilité (autrement qu'à son
KOUAN- profit à elle), des trois provinces méridionales
TCHEOU de la Chine, y compris l'île de Haïnan, la France
ouAN se faisait attribuer, en bail de 99 ans, la baie de
Kouantcheou ouan, avec les îles et le territoire
avoisinant, sur la rive orientale de la presqu'île de Leïtcheou,
et par conséquent sur le littoral de la mer de Chine.
La baie de Kouantcheou ouan, cédée en 1898, a pour principaux privilèges : sa proximité de l'île de Haïnan et du détroit qui sépare cette île de la péninsule de Leïtcheou; son exemption des brumes régnant souvent sur cette portion du littoral chinois; l'absence de récifs, de courants violents, de vents dangereux au devant de ses entrées ; la protection que lui octroient les -îles de Naoutcheou, Tan haï, l'île des Aigrettes et autres moindres; la profondeur de l'un de ses deux chenaux de péné-
QUATRIÈME VHIbs ct Lteiix remarquahles.
tration,le chenal de l'est (18 mètres), celui du sud n'ayant guère que 6 mètres ou 7 au plus; son étendue, égale ou supérieure à celle de la rade de Brest; ses bonnes profondeurs, de 16 à 24 mètres; enfin son fleuve Meïlu, qui remonte assez loin dans la province, jusqu'aux monts de sa limite avec la province du Kouangsi.
On pourra donc créer ici quelque établissement maritime convenable, à l'abri des moussons, soit du nord-est, soit du sud-ouest, à portée de la route des navires entre Singapour et Hongkong.
Néanmoins, le choix de cette baie a été critiqué : tant qu'à piller « Jean le Chinois » on pouvait lui prendre telle ou telle autre baie ayant autour d'elle de plus vastes et plus riches terres, et plus de peuple, à la tète de chemins plus faciles vers l'intérieur.
Le Kouangsi s'approche fort de la mer, au
VI golfe du Tonkin, mais il en est séparé par le
BANS Tonkin môme et par la province du Kouangtoung.
LE Ayant au sud Kouangtoung et Tonkin, il a pour
KOUANGSI autres limites : à l'est, encore le Kouangtoung,
et le Fo'kien; au nord, encore le Fo'kien, et le
Koeïtcheou; à l'ouest, le Yunnan.
On ne lui suppose que 5 ou 6 millions d'âmes sur une aire de quelque 200 000 kilomètres carrés.
Si sa surtace en fait la huitième des dix-huit provinces de l'Empire, sa population la met juste au dernier l'ang, le dixhuitième; comme densité de population, elle est à la dixseptième place, avec ses 26 ou 27 individus au kilomètre carré ; elle n'a derrière elle que le Kansou, où la densité kilométrique des habitants est de 18 seulement à cause des vastes steppes de sa région mongole et de l'empilement de ses monts neigeux. Si Ton préfère s'en rapporter à ceux qui lui attribuent sept millions d'àmes, sa densité d'habitation monte à 35 personnes pour 100 hectares, ce qui n'arrive même pas à la moitié du pauvre « coefficient » de la France.
Infertilité de certains sols, insalubrité de certains fonds, prédominance des « barbares » sur les Chinois agricoles et industrieux, guerres civiles « inouïes », famines « infinies », la ruine de l'industrie séricicole ont contribué et contribuent à cette infériorité du Kiangsi, province qui, dit Brenier, « n'a jamais été bien solidement rattachée à l'Empire » ; elle a même fait un moment partie de l'Annam en même temps que son voisin le Kouangtoung.
La Chine. livbe quatrième
Les seuls chemins de la région du Si kiang en dehors du delta étant les rivières et les portages d'entre biefs navigables, les villes du Kouangsi se sont toutes élevées au bord des cours d'eau, surtout dans les endroits où des confluents, des rapides, des arrêts de navigation nécessitaient l'établissement de dépôts de marchandises.
La capitale de la province, Koeïling, aurait à peine 100 000 âmes — ce qui est bien peu pour une métropole chinoise. Elle s'est bâtie à l'issue d'une brèche des montagnes, au bord de cette écluse du canal qui met en communication le fleuve Bleu et le fleuve Occidental par la rivière du Siang et celle de Koeïling : mais cette dernière est tellement obstruée de rapides, qu'elle est à peine navigable, si ce n'est à la saison des crues.
Autrement importante , commercialement parlant , que Koeïling, Woutcheou ou Ngtcheou occupe la rive gauche du Si kiang, qui vient d'absorber la rivière de Koeïlin, dite Kou kiang. Depuis qu'elle est devenue un port à traité, en 1896, elle reçoit et renvoie une grande quantité de jonques. Elle compte. « à vue de nez t>, de 80 000 à 90 000 habitants, au lieu des 200 000 qu'on lui supposait naguère. L'expédition anglofrançaise aux ordres de Mac Cloverty et d'Aboville remonta jusque-là le fleuve en 1839.
Lieoutcheou fou, sur la vraie branche mère du Si kiang, expédie beaucoup de bois que sa rivière lui amène du sud-est du Koeïtcheou. On pense qu'elle a 60 000 âmes.
Nanning fou, sur le Yu kiang, compte de 50 000 à 60 000 habitants. Voisine de la chinoise Pakhoï, avec laquelle elle fait un trafic d'environ 16 millions de francs, de l'indo-chino-française Hanoï et récemment ouverte au commerce international, elle ne tardera pas à se relier à cette dernière par une voie ferrée de haute importance commerciale.