‹ L'empire du milieuChapitre 61 sur 157 · LIVRE CINQUIÈME Agricultuve Chinoise · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME Agricultuve Chinoise

naître les qualités des sols et les besoins des plantes; il sait que les cultures diverses doivent se succéder dans un certain ordre sur le même sol; il dose avec prudence les amendements ou les engrais qu'il mêle aux terrains, marnes, chaux ou phosphates, herbes de bruyère, herbes pourries, cendres, os broyés, résidus huileux, engrais animaux ou engrais humains; il supplée par sa dextérité manuelle à l'imperfection des outils; il brise, égalise la terre avec ses mains et même avec ses pieds, dont les orteils sont restés beaucoup plus mobiles que les nôtres, ainsi que nous l'apprend D'Escayrac de Lauture, dans ses Mémoires sur la Chine; il arrache soigneusement les mauvaises herbes et réserve ainsi tout le suc de la terre pour la moisson future.

Et s'il connaît les capacités de la terre, il n'ignore pas la puissance des eaux : il irrigue et irrigue encore, avec des pompes de toute espèce, des norias mues par des hommes, des animaux ou le vent; mais c'est par l'arrosement direct, à la main, que le Chinois abreuve surtout ses plantes : sa culture ressemblant plus au jardinage qu'à l'agriculture extensive des Européens, ses procédés se rapprochent de ceux qu'emploient les jardiniers occidentaux; et, bien exactement, le « fils de Han » n'est pas un cultivateur, c'est un horticulteur, et si parfait que, dans les plaines fertiles, notamment dans les riches terres de Changhaï, vingt hommes vivent à leur aise des produits d'un seul hectare.

« L'agriculture des Chinois — ainsi s'exprime admirablement Eugène Simon — est un culte; on pourrait presque dire que c'est une caresse. »

Avant que la Chine entrât en relations actives de commerce avec les pays étrangers, elle produisait tout ce qui était nécessaire à sa consommation; elle se suffisait à elle-même, et l'équilibre commercial était parfait entre les pays du nord, du centre et du midi.

Il semblait alors presque criminel aux Chinois de supposer que le pays pût avoir besoin des importations de l'étranger, et l'orgueil du patriotisme se mêlait à l'influence de la tradition pour encourager le gouvernement à la résistance contre les armées européennes qui voulaient le forcer à ouvrir ses ports au commerce du monde extérieur.

On peut qualifier de merveilleux le fait que le « Milieu > sustente 400 millions d'hommes, parfois assez pauvrement et chichement, on peut l'avouer, alors qu'une grande, une très grande, une énorme portion de son sol reste toujours inutilisée, non seulement après les époques de troubles, quand la

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guerre civile a passé comme un incendie sur les campagnes, mais aussi pendant les longues périodes de tranquillité. D'après les statistiques officielles du commencement du xix« siècle, l'ensemble du territoire cultivé dans la Chine proprement dite comprenait 49 932 000 hectares, sans les bois, les pacages, les propriétés de l'empereur, des pagodes et des communes, et le Chaiitoung était la seule province dont plus de la moitié fût couverte de cultures.

Cinquante millions d'hectares utilisés, sur 400 millions, ce n'était alors que le huitième du sol, bien peu, trop peu pour un pays doté de tant de lœss et de si vastes plaines qui sont des « mers de culture ». Il ne semble pas que ce document soit acceptable.

Mais, quand même on admettrait qu'il était fort au-dessous de la vérité en 1801, qu'il l'est encore plus en 1901, qu'il y a cent millions d'hectares en rizières, en maïs, en sorgho, en céréales, en alignements de mûriers, en champs d'arbres à thé, en plantations de cannes à sucre, en orangeries, en palmeraies de palmiers à chanvre, en arbres à huile, en arbres à cire — la liste serait longue des bienfaits de ce sol choisi, — on ne peut guère consentir aux dix-huit cents milliards de valeur (et même au delà) qu'Eugène Simon attribue à la terre chinoise : soit en moyenne 4 500 francs l'hectare.

Sans doute les Chinois incorporent surtout au sol, et presque uniquement au sol, l'argent qu'ils en retirent; le bénéfice des champs ne se stérilise pas autant que chez les Européens en constructions urbaines; on ne le distrait pas autant en entreprises industrielles, en équipages, en dépenses somptueuses : l'épargne des générations se consacre aux champs qui en ont été l'origine. Mais l'hectare ne saurait valoir 4 500 francs dans l'ensemble d'une contrée où la déforestation a transformé les « hauts » en terre inutile, et où il n'y d' « assujéti » que les pentes basses, les vallées et la plaine, où, par exemple, le sol est merveilleux, principalement dans le lœss. Et quels soins, quelle patience et quelle activité de fourmis!

Que le sol Chinois vaille 1 800 milliards de francs ou beaucoup moins, toujours est-il qu'en moyenne, il produit « fabuleusement », malgré de dures et nombreuses calamités, la sécheresse, les inondations, les sauterelles, les invasions de rats.

Aussi la vie est-elle en Chine d'un bon marché inouï; et la vie n'étant pas coûteuse, les salaires ne sont pas moins « inouïs > de modération et conformes à la sobriété bien connue de l'homme à tresse.

Avant les derniers événements, qui présagent à la Chine,

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entre autres « améliorations », un bouleversement complet des prix, rétributions et loyers, vers 1880, par exemple, on nous apprend qu'un travailleur des champs gagnait de 15 à 20 centimes par jour (on le nourrissait, il est vrai, sobrement) ; 5 centimes de plus en temps de repiquage du riz, 10 centimes en temps de battage.

Les artisans, ouvriers d'art et gens de professions libérales ne sont pas beaucoup plus rémunérés : à la campagne l'ouvrier d'art reçoit ou recevait alors 25 à 30 centimes de sa journée, et la table ; en ville, il s'entretenait à ses frais et touchait 50 centimes; le dessinateur, le peintre 50 à 60; le médecin, 20, 25 centimes, rarement 50 par visite. « On voit que l'égalité des professions n'est ou n'était pas, en Chine, il y a vingt années, une pure théorie », les lettrés et les mandarins à part, s'entend.

Et les prix? Dignes des salaires. D'après Eugène Simon, un bol de riz tout préparé, 3 centimes : donc 6 ou 9 centimes pour les deux à trois bols du repas ; 10 à 15 centimes la livre de bœuf de 604 grammes ; 30 centimes la livre de porc ; 20 centimes la livre de mouton; 10 à 15 centimes la livre de poisson: 35 à 50 centimes une poule; 40 centimes un canard; 1 centime le bol de thé ; 10 centimes le bol de vin de riz ou de vin de sorgho ; 4 centimes un coucher à l'auberge ; 2 francs cinquante centimes à 3 francs une paire de souliers en velours; 50 centimes à 1 franc un bonnet de feutre double; 7 à 10 francs une robe d'hiver ouatée; 2 francs à 2 fr. 50 centimes une robe d'été; 6 à 7 francs une pèlerine; 2 fr. 50 à 3 francs des jambières; 50 centimes à 1 franc un collet; 8 à 10 francs un pardessus doublé en peau de mouton; 5 à 10 centimes un chapeau de paille, 8 à 15 centimes une paire d'espadrilles de travail en cordes, etc., — tous prix, nous dit-on, constatés dans les provinces du centre, les plus riches. Sans doute ils ont pu augmenter depuis que Simon a écrit sa Cité chinoise, mais s'ils ont haussé, probablement que c'est de très peu.

Presque toutes les régions montagneuses sont demeurées à l'état de friches, car les Chinois n'ont pas désarbré leurs sierras pour les cultiver, mais seulement pour en brûler le bois. C'est bien à tort que des voyageurs, voyant les escaliers de verdure pratiqués sur les pentes des montagnes qui dominent la vallée du Min de Fo'kien, ou celles de quelques contrées du Yunnan, du Tchekiang ou du Houpé, en ont délibérément conclu que tout le sol du Grand Empire était soumis à la bêche ou à la charrue.

Parmi les savants européens, Liebig surtout a signalé l'heureux contraste que présente l'agriculture chinoise com-

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parée à celle de tant d'autres contrées dont le sol semble à jamais épuisé.

Il fut un temps où la Palestine, si âpre de nos jours, € découlait de lait et de miel ». L'Italie centrale aussi s'est appauvrie; lors delà fondation de Rome, les campagnes environnantes étaient fécondes et peuplées : dix siècles après, les collines s'étaient pelées, des flaques emplissaient les fonds, la solitude régnait autour des murs. Et combien d'autres terres fertiles ont été stérilisées par une culture épuisante, ne sachant pas restituer au sol les éléments incessamment enlevés par les récoltes!

Même aux États-Unis et au Brésil, des champs qui fournissaient naguère d'abondantes moissons, sont maintenant rebelles à la charrue. Et les pays les plus avancés en civilisation, l'Angleterre, la France, l'Allemagne, ne sont-ils pas obligés d'importer chaque année une part considérable de leur approvisionnement, et ne faut-il pas qu'ils achètent, sous forme de guano, phosphates, engrais chimiques et autres substances fertilisantes, les éléments qui rendront au sol la force productive?

A l'exception des « terres jaunes », qui n'ont aucunement besoin d'engrais, qui ne réclament qu'une seule chose, la pluie, les champs labourables de la Chine ne doivent le maintien de leur fertilité depuis quatre mille années, qu'au soin pieux avec lequel le cultivateur leur restitue, sous une autre forme, tout ce qu'il a pris : le « circulus » incessant, célébré par Pierre Leroux, ramène dans la terre les éléments chimiques contenus dans les récoltes.

L' ï engrais humain » surtout leur est précieux, et comme sacré. En ce qui le concerne ils n'ont, peut-on dire, aucun « respect humain », la vue ne les en offusque pas, et qui sait? l'odeur leur en semble peut-être agréable. Les récits des voyageurs se plaignent unanimement de l'insupportable présence du guano naturel.

Ainsi fait la Mission Lyonnaise; laissons-lui conter ce qu'elle a vu ou entrevu dans son voyage : « Un détail pénible, nous dit-elle, des auberges du Setchouen (et d'ailleurs, ajouterons-nous), c'est la présence, contiguë à la salle d'honneur du fond de l'auberge, où notre dignité nous oblige à nous mettre, de certaines installations, indispensables mais sommaires, où s'attarde encore la primitivité des Chinois. Quand elles ne sont pas à côté de nous, elles sont disposées en dessous de la chambre où nous couchons; et la prévoyance, pleine de délicatesse et d'esprit pratique des architectes, est

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allée jusqu'à ménager des trous dans le plancher de la salle Quelquefois, il faut traverser notre appartement pour s'y rendre; et dans ce cas, nous fermons impitoyablement toutes les issues, à la véhémente et d'ailleurs légitime indignation des quarante ou cinquante personnes de notre suite, qui sont parfois logées dans la môme auberge que nous, et dont la procession lamentable vient se heurter à des portes closes. Ils comprennent d'autant moins la mesure d'occlusion dont ils sont victimes, que les Chinois professent en ces matières une indifférence olfactive qui stupéfie le voyageur. Il faut se garer avec soin, dans les rues étroites des villes, des seaux débordants qui passent, balancés dextrement à chaque extrémité d'un bambou. Tous les matins, à Tchoungking, près de deux des portes de la ville, l'une donnant sur le Siao ho (rivière de Paoning), l'autre sur le Yangtze, des centaines de seaux s'alignaient en bel ordre, en étages successifs, sur la série de marches qui montent des plages des rivières à la ville. Des coulis modestement héroïques, déversent le contenu dans des sortes de « jonques-citernes ». Celles-ci parcourent ensuite les rives, et les campagnards viennent puiser à môme le bateau. L'engrais humain joue un tel rôle dans l'agriculture chinoise que l'on voit, le long des routes qui sillonnent la grande plaine de Tchensou, de petits édicules assez bien construits, couverts d'un toit, aux murs blanchis à la chaux, bref, d'apparence beaucoup plus proprette que nombre d'habitations chinoises, et qui sont une invitation discrète au voyageur d'apporter sa contribution aux travaux de la principale industrie nationale. »

L'usage officiellement consacré, partout vaillamment accepté, de l'engrais si prépondérant en Chine qu'on l'a surnommé r « engrais chinois », date des vieux temps de la Chine. Il est chaleureusement recommandé dans le livre des rites de la dynastie des Tcheou, dans le Tcheou li, qui remonte à quelque trente siècles, dans le passé.

« Les inspecteurs de l'agriculture, lit-on dans un passage de ce Tcheou li, veilleront à ce qu'il n'en soit perdu ni gaspillé la moindre molécule, car c'est la force et le salut du peuple. Ils le feront recueillir dans des vases où il fermentera pendant six jours, après quoi on l'emploiera en y mettant dix fois autant d'eau. Pour le riz, on le répandra pendant la végétation, non avant, et autant de fois qu'il le faudra, mais pas plus, car ce n'est pas la terre qu'il faut nourrir, mais la plante; et si l'on en met trop, il s'évapore dans l'air. Pour les terres non inondées, on le déposera au pied des plantes pendant qu'elles pousseront, car si l'on en mettait entre les lignes, une grande

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partie serait perdue. En agissant ainsi avec sagesse et économie, l'on en dépensera peu et Ion obtiendra des moissons abondantes, et les peuples seront heureux. Dans les provinces du Nord, qui ne produisent pas de récoltes pendant l'hiver, le surplus de l'engrais sera séché pour être mélangé avec de la terre, et l'on en fera des briques que Ton transportera dans les provinces du Sud. »

€ 11 est impossible, on le voit, dit E. Simon, détablir avec plus de précision la loi du circulus que la Chine observe religieusement depuis tant de siècles, et à laquelle, il ne faut pas s'y tromper, elle doit de survivre à tant de nations disparues depuis quatre mille ans et de tenir en échec la puissance industrielle et militaire de l'Europe. »

« Vraiment, dit à son tour Monnier, la sollicitude de l'agriculteur se manifeste ici par des conceptions d'une ingéniosité touchante, où la demande la plus humble affecte une forme poétique. A chaque minute se détache, au bord du sentier, la silhouette gracieuse d'un édicule que, de prime abord, on pourrait prendre pour un petit oratoire à l'usage des pèlerins ou, mieux encore, pour un pavillon de plaisance. Ces abris sont tout simplement — comment dirai-je? — des chalets de nécessité, construits par le propriétaire du champ contigu. C'est à qui choisira Tarchitecture la plus coquette, l'ornementation la plus tapageuse, dans l'espoir de capturer la clientèle ambulante. La structure de ce petit local est plus soignée que celle des habitations. On l'enjolive de banderoles, de panneaux portant, en caractère d'enseigne, les inscriptions les plus engageantes telles que : « Arrêtez-vous ici, Tombre est douce! » ou bien encore : « Prenez le frais sous mes bambous! » Cette façon d'implorer les passants n'est point banale; libre à lEuropéen de la trouver plaisante. »

Cette sorte de vénération intransigeante s'explique très bien : l'engrais naturel est réellement indispensable aux Chinois par la raison qu'ils n'en ont pas d'autres à leur disposition ou très peu.

L'agriculture chinoise est, sous certains rapports, extrêmement imparfaite. Le « fils de Han » élève fort peu de bétail; en dehors de son porc comestible, orgueil de toutes les chaumières, il ne dispose guère d'animaux; il a très peu de bœufs, très peu de chevaux; son animal domestique est le buffle; or un buffle suffit au travail de trois hectares, sans fournir, de bien loin, au fumage de ces trois hectares cultivés intensivement. D'où il résulte qu'ici l'agriculture ne manque certes pas de bras, mais de fumier.

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Le Chinois n'a, pour ainsi dire, pas de prés dans son jardin de cinquante millions d'hectares, de même pas de forets sur sa montagne et sa colline, sauf sur les coteaux où l'on cueille la feuille de l'arbre à thé. Ces 500 000 kilomètres carrés ne suffisent pas à son horticulture, à laquelle manquent d'ailleurs des outils rationnels perfectionnés; il a donc imaginé, non pas des jardins suspendus, mais des jardins flottants : un peu de terre sur un radeau de bambous, autour d'une maison également supportée par ce radeau, dans les eaux d'une rivière ou d'un lac tel que le Pinghou.

Instruments agricoles imparfaits, disette de bois, indigence de prairies, ces graves défauts étant compensés par un labeur assidu, par une ingéniosité pratique toujours éveillée, et pour tout dire d'un mot, par 1' « amour » du sol nourricier, l'agriculteur chinois n'en est pas moins réduit à une diète moins animale que végétale, puisque les herbages manquant, il ne peut tailler en grand dans la chair du bœuf et du mouton; il a son porc « familier », et son buffle travailleur; mais la chair du buffle n'est pas bonne.

Reste à savoir si, le porc « universel » à part, il ne rachète pas l'absence du bouilli, du rôti, de l'entrecôte par la nombreuse volaille de la basse-cour et par le poisson des eaux qui courent ou qui dorment.

Et si la culture, telle qu'il la pratique, très intensive, avec de continuels repiquages, ne perdrait pas en valeur alimentaire à être vouée à l'herbage, au détriment du jardinage.

Enfin, car il faut en venir là, est-il bien sûr que l'homme ait intérêt à se gorger de viande? Et son estomac est-il ou n'est-il pas celui d'un granivore et d'un frugivore plutôt que d'un Carnivore? La science ne peut pas dire encore qu'elle en a souverainement décidé.

Le riz est la plante la plus importante de

// l'Empire; c'est celle qui subvient à l'alimenta-

pRiNciPALES tion de tous les habitants du centre et du midi :

CULTURES, on évalue la superficie des rizières à un huitième

PAS DE FORÊTS, Q,\x moius de l'espace cultivé. Cette culture ne

PAS pouvait manquer de s'emparer de la Chine,

DE PRAIRIES; puisquc cc qu'elle exige avant tout c'est l'eau, et

LE RIZ; LE THÉ, que le « Milieu » regorge d'eau; de plus, c'est

vopiUM. une culture facile n'exigeant pas les instruments

agricoles, ingénieux et sûrs, que ne possède pas

ici le paysan ; enfin elle a moins besoin de fumier que d'arro-

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sage, et l'évolution du riz ne demande que quatre mois au plus : tous avantages très précieux.

Parmi les différentes variétés de cette plante, dont chacune a ses procédés plus ou moins spéciaux de culture, il est un riz de montagnes et collines qu'on cultive sur les escarpements en terrasses et auquel suffit l'eau du ciel : c'est le riz rouge à gros grains < qu'on sert sur l'autel des dieux, parce qu'il est plus rare, mais qu'on ne sert pas sur la table des hommes, parce qu'il est gluant et de médiocre apparence ». La grande espèce, celle qui se cultive en vastes champs mouillés, dans la plaine, c'est le riz blanc, à grains fins, notre riz de Cochinchine.

Au bord du Hoang ho, le froment, le millet, le sorgho, sont les céréales les plus communes; en outre, chaque famille d'agriculteurs, dans le bassin du fleuve Jaune comme dans les autres parties de l'Empire, entretient soigneusement, près de sa maisonnette, un jardin de légumes où se rencontrent, suivant les climats, toutes les espèces de l'Europe et d'autres encore. Nulle part les marchés ne sont mieux approvisionnés de fruits et de légumes, car, à égalité de température moyenne, la Chine nourrit plus de végétaux que l'Europe sous les lignes isothermiques correspondantes. Grâce à la somme des chaleurs de l'été, le cotonnier, le sorgho à sucre, l'arachide, la patate douce, le nelumbo, croissent dans les régions tempérées de l'Extrême Orient, tandis qu'on a vainement cherché à les introduire dans la culture française.

Mais voilà bien le malheur! Pour soumettre ainsi partout le sol au jardinage, il a fallu, nous l'avons dit et répété, sacrifier uniformément les forêts, surtout dans les régions du nord et du centre, beaucoup plus dépouillées de leurs sylves que le midi de l'Empire.

Dans la « Fleur du Milieu i, là où les populations se pressent en multitudes, l'arbre sauvage prendrait trop de place, on l'a remplacé par la plante cultivée; pour la fabrication des cercueils, les Chinois sont déjà obligés d'importer du bois de l'étranger, même de l'Amérique du Nord. Le seul combustible consiste en herbes sèches, en chaumes, en racines, en débris végétaux que l'on emploie avec une singulière économie; quelques poignées de brandilles suffisent pour la préparation du repas. Pendant les froids de l'hiver, on ne fait point de feu; on ajoute seulement des pantalons fourrés, une pelisse ou deux ou trois jaquettes à ses autres vêtements.

La grande végétation n'est représentée dans les campagnes de la Chine orientale, du moins au nord du Yangtze, que par des bosquets de bambous, des vergers, des rangées darbres le

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long des champs, et çà et là par des massifs de verdure autour des pagodes et surtout des tombeaux. C'est ainsi que les villes et les villages s'entourent de vastes étendues de terrains enlevées à l'agriculture : les campagnes se couvriraient de monuments funéraires, si, par un antique usage ayant force de loi, la charrue n'était impitoyablement passée sur tous les cimetières à l'avènement de chaque nouvelle dynastie. Seuls les souverains mandchoux, voulant se rendre populaires, à l'aurore de leur dynastie, permirent de respecter les tombeaux et les arbres qui les ombragent, et c'est ainsi que la végétation spontanée et la faune sauvage ont pu se maintenir dans les bouquets d'arbres sacrés.

Les prairies manquent en Chine comme les forêts. Le terrain a trop de valeur pour qu'on puisse l'utiliser indirectement à la nourriture de l'homme par l'élève des animaux de boucherie, car le sol qui nourrit un million de bœufs fournirait des céréales et des légumes en suffisance pour douze millions d'hommes.

Voici tout de même des milliers d'années que les < Cent Familles » ont su associer à leur travail celui du cheval et du bœuf.

D'après la tradition, l'empereur mythique Fo hi, que l'on dit avoir vécu il y a plus de cinquante-trois siècles, aurait le premier apprivoisé les « six animaux » devenus domestiques par excellence, le cheval, le bœuf, le porc, le chien, le mouton, la poule. Il paraît cependant que le cheval et le chien ne furent longtemps représentés que par un petit nombre d'individus, et d'ailleurs le cheval dégénère rapidement dans les provinces du Midi.

Par leurs relations avec le monde animal, les Chinois contrastent avec les Mongols, chasseurs nomades et pasteurs de brebis : ils n'ont ni troupeaux à garder, ni vastes espaces à parcourir, et par conséquent ni le chien ni le cheval ne leur sont indispensables, et pour sarcler le sol ils n'ont besoin que de leurs bras. Les grands animaux domestiques, bœufs, buflles et chevaux, ne sont guère employés que pour les transports; ils sont toujours parfaitement soignés : on les revêt d'étoffes pour les préserver du froid, et dans les mauvais chemins on protège leurs pieds par des chaussures en paille.

Les préceptes du bouddhisme, et l'attachement naturel du paysan pour ses compagnons de travail, ne lui permettent d'en manger la chair qu'avec répugnance ; même le code pénal édicté une punition sévère contre ceux qui abattent un de leurs ani-

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maux sans une permission expresse. Mais, à part les sectes de végétariens, assez nombreuses dans le pays, et qui s'abstiennent aussi de boire du vin et de manger les « viandes végétales », telles que l'ail et l'oignon, les Chinois ajoutent un peu de chair à leur nourriture. Ils mangent surtout le porc, et ils ne mangent guère que lui en fait de « grosse viande »; ils en possèdent de nombreuses variétés qu'ils nourrissent à très peu de frais. Sur les étangs et les fleuves, on rencontre des canards domestiques par troupeaux de trois ou quatre milliers, que gardent, soit des enfants montés sur des barques, soit même des coqs qui les surveillent de la rive et, par leurs cris et à grand bruit d'ailes, les empêchent de s'écarter. Le canard est l'objet d'un commerce considérable ; on le sèche entre deux planches, comme une fleur dans un herbier, et sous cette forme on l'envoie jusqu'aux provinces les plus éloignées. On prépare aussi de la même façon, dans les provinces méridionales et surtout dans le Hounan, des chiens d'une race particulière, et jusqu'à des rats et des souris. Les sauterelles, les vers à soie, les serpents entrent dans l'alimentation du pauvre, et les ailerons de requins, les holothuries et les nids d'hirondelles sont servis sur la table du riche.

D'ailleurs les cuisiniers chinois sont réputés pour leur prodigieuse adresse à masquer et à transformer les goûts, comme en témoigne l'historiette bien connue.

Des mandarins dînaient avec un diplomate étranger : le diplomate ignorait le chinois, les mandarins ne connaissaient pas une syllabe d' « européen », pas même un mot de l'anglais, familier à beaucoup de personnages officiels de la Chine.

Tout en se délectant d'un mets exquis ayant le goût du canard, le diplomate s'incline interrogativement vers son voisin : couin ! couin? demande-t-il. Et le voisin, branlant négativement le chef, répond avec déférence : ouaou, ouaou!

Les Chinois sont d'une extrême ingéniosité pour accroître la quantité de nourriture animale que la nature a mise à leur disposition. Ils connaissent les moyens d'augmenter la fécondité des volatiles de basse-cour, et par conséquent la production des œufs est beaucoup plus considérable qu'en Europe; ils savent empêcher la poule de couver en lui faisant prendre des bains, et longtemps avant les Occidentaux ils se servaient de procédés d'incubation artificielle pour soustraire les poussins aux hasards d'une mauvaise couvée. Ils protègent les pigeons contre les oiseaux de proie en leur adaptant entre les ailes un sifflet en écorce de bambou, aussi mince qu'une feuille de papier, et quand une volée de ces pigeons fend l'air, un son mélodieux sort de leur petite flûte, un « lamento singulier qui

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depuis Peking jusqu'au Tibet chante au-dessus des villes et des villages et fait songer à des accords plaqués sur des orgues lointaines ». On raconte même que les Chinois ont l'art de dresser les volatiles à marquer les heures en chantant autant de fois que la cloche a tinté de coups.

Les pêcheurs s'entendent aussi d'une manière étonnante à la capture des poissons, qu'ils vont saisir au fond de l'eau, sans filets et sans engins; ils savent les attirer et les forcer à sauter dans les filets au moyen de planchettes vernissées qui scintillent à la lune; ils réussissent merveilleusement l'élève des espèces d'eau douce et d'eau salée. Sur les plages de Fo' kien, ils ramassent de petits coquillages et les « sèment » dans les vasières, oix ces mollusques grossissent rapidement et deviennent plus savoureux. Une espèce d'alose, le samli, est produite presque exclusivement par des moyens artificiels; on l'expédie au loin à tous les états de croissance, dans de grands vases en faïence grossière. Il est des poissons qui produisent jusqu'à deux pontes en un mois, et que l'on cultive non seulement dans les viviers, mais encore dans les rizières, et même, si elles tardent à se dessécher, dans les flaques d'eau formées par les orages.

A ces agriculteurs-nés il faut une poésie agricole. Les « aèdes » chinois célèbrent surtout les champs, les ruisseaux, la pluie, le vent, les nuages, toutes les forces qui concourent à la germination et à la croissance des grains. Dans leurs strophes on trouve cette teinte de mélancolie, d'indéfinissable langueur qui fait le fond du caractère des gens du Royaume Fleuri, et le charme des vers de Litaïpe, le plus populaire de leurs vieux poètes :

Chaque beau jour qui s'écoule s'en va pour ne plus revenir; Le printemps suit son cours rapide et déjà louche à son déclin; Perdu dans une rêverie sans fond, je ne sais où vont s'engloutir mes

[pensées]; Je suis couché sous les grands arbres et je contemple l'œuvre éternelle. Hélas! toute fleur qui s'épanouit doit mourir à son heure : Le chant plaintif du kikouey en avertit mon oreille attristée. Que d'êtres anéantis depuis l'âge antique des grands vols d'oies sauvages! Si revenait aujourd'hui l'homme le plus populaire des siècles passés,

[qui donc le reconnaîtrait?

Mais si les Chinois sont mélancoliques, le travail acharné les sauve de la maladie des oisifs, l'abominable pessimisme.

Si l'on considère que la Chine des dix-huit provinces comprend 400 millions d'hectares, qu'en dehors des cimetières

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accaparants il n'y a pas de terrains perdus dans les régions non montagneuses, pas de prairies d'agrément, de vastes cours, de parcs et de garennes pour écorner la rizière ou le champ de céréales; que dans le quart, sinon le tiers du pays, on fait deux récoltes de riz par an, notamment dans le Fo'kien et les deux Kouang; que dans les contrées du lœss, le paysan peut moissonner trois fois les grains dans le cours des douze mois (à supposer qu'il tombe assez de pluie), on est tenté de regarder le grand empire des Jaunes comme un peu désert, malgré ses 400 millions de Chinois , en comparaison des hommes qu'il pourrait aisément entretenir.

La cause de cette indigence de population — indigence très relative, s'entend — réside évidemment dans cette malheureuse désylvestration qui a frappé de stérilité absolue, on peut dire de mort, la majeure partie de la Chine, et dans cette singulière absence de gazon qui prive le Chinois de bétail, de lait, de beurre, de fromage.

Si les monts avaient conservé leurs arbres, de leur cime à la moitié ou aux deux tiers de leur descente, et que de là jusqu'à la plaine ou la vallée se fût déroulé le vert tapis des herbes pâturées, le Chinois n'eût pas été seulement un peuple de jardiniers, il eût été aussi peuple de pasteurs et peuple de bûcherons; il eût eu trois cordes à son arc, au lieu d'une seule, tendue à se rompre : le riz est devenu tellement prépondérant en Chine que chih fan, manger du riz, veut dire : déjeuner, dîner, et que chih koxio fan? avez-vous mangé votre riz? équivaut à notre : comment vous portez-vous?

Comme tant d'autres régions, la Chine souffre de la monoculture, et; moins que tout autre pays, elle devrait en souffrir, étant données les heureuses conditions de son sol et de son climat, et toute routine à part, l'extrême diligence et l'extrême ingéniosité de ses rustiques.

Elle a les bénéfices de la culture intensive sur oO millions d'hectares de terres cultivées à l'extrême, mais elle a mis à l'abandon les 3 500 000 autres kilomètres carrés.

Dans l'ensemble delà production nationale, l'arbuste à thé, le mûrier, le pavot sont les plantes « éminentes » entre toutes.

La feuille précieuse du thé ne se récolte pas dans toute la Chine; l'arbuste ne croît ni dans le Petchili, ni dans le Chantoung, ni dans le nord du Chansi, du Chensi, du Kansou. La limite septentrionale est à peu près marquée par le 3o« degré de latitude nord, le cours moyen du Hoang ho et la chaîne des Tsing ling. Nommé te à Amoï, ta à Foutcheou, dzo à Changhaï,

CINQUIÈME Agi-iculture Chinoise.

tcha. à Peking (cette dernière variante est celle qu'ont retenue les Russes), l'arbuste donne de bonnes feuilles à partir de sa troisième année, et d'habitude il est vieux à huit ans, âge où on le condamne à mort. Il vient au mieux sur les pentes basses des collines, sous le climat mouillé; l'eau lui est indispensable.

La quantité de thé consommée par les Chinois doit dépasser de beaucoup celle dont on use dans le reste du monde, encore qu'à l'exemple des Anglais et des Russes, on en boive partout de plus en plus; mais on ne peut l'évaluer, même approximativement.

D'ailleurs, l'usage du thé véritable, quoique pratiqué depuis une quinzaine de siècles ou un peu plus, à partir de l'an 350 environ, l'usage du thé pur n'est pas universel en Chine. Dans les provinces du nord, les riches seuls se donnent la jouissance de boire le thé de la région du Yangtze ; les pauvres et les gens de médiocre fortune se contentent de préparations diverses où le thé n'entre que pour une faible part; ils boivent aussi d'autres décoctions ou infusions, ou même simplement de l'eau chaude.

Dans les provinces qui produisent la feuille aromatique, les habitants peu aisés des plaines remplacent également le thé par des feuilles qu'ils recueillent dans les bosquets, notamment par celles du saule. Ramassées au printemps, ces feuilles sont étendues au soleil sur des aires, où elles subissent une légère fermentation, puis elles sont traitées de la même manière que celles du thé, et en prennent le goût : les connaisseurs peuvent seuls apprécier la différence. En certains districts, cette industrie est d'une certaine importance commerciale, par suite des mélanges frauduleux que se permettent les négociants de Hankoou, de Changhaï et d'Amoï pour les thés destinés à la consommation européenne.

La Chine perd de plus en plus son ancien monopole du thé; à l'exception de la Russie, l'Europe lui demande de moins en moins la feuille odorante. L'arbuste introduit, cultivé soigneusement et scientifiquement à Ceylan, en Assam, en Annam, ailleurs encore, pourvoit à l'exportation dans les divers pays européens, au détriment du « Milieu ». Cependant l'Empire en a exporté 92 millions de kilogrammes en 1898, contre les 28 millions partis du Japon, les 69 millions partis des Indes anglaises et les 55 millions sortis de Ceylan. L'exportation a été de 98 millions en 1899.

Par un mouvement contraire, le « Milieu » importe de moins en moins l'opium de l'Inde : quoique officiellement interdit, le pavot est maintenant cultivé dans presque toutes les provinces de Chine, surtout dans le Houpé, le Setchouen et le Yunnan,

La Chine. livre

et fournit une drogue qui, pour être moins appréciée que celle de l'Inde, représente toutefois une part considérable de la production agricole.

Une plante qui ne vaut guère mieux que le pavot, un donneur de narcotique, un stupéfiant comme lui, en un mot un autre poison, le tabac, est arrivé en Chine de la Mandchourie, et en Mandchourie, de la Corée; la Corée le tenait du Japon, et le Japon des Portugais ou des Hollandais. Son usage s'est fort répandu depuis les 230 à 300 ans de son introduction.

Par contre, diminution de l'aire occupée par le cotonnier : la région du Yangtze kiang, qui avait reçu le gossypium des îles de la Sonde et du Turkestan, était devenue, pendant la guerre d'Amérique, un des pays producteurs de la fibre précieuse, et les campagnes du Tchekiang se couvraient de cotonniers, au détriment des autres plantes, qui depuis ont reconquis le terrain.

Parmi les soixante-dix cultures végétales qu'énumèrent les explorateurs, celles du riz, des grains, du thé, de l'opium sont prépondérantes. Celle du mûrier, père de la soie, ne l'est pas moins; celles aussi de la canne à sucre, de l'arbre à cire, de l'arbre à suif, de l'arbre à vernis, celles du chanvre, de l'ortie bœhmeria, et bien plus encore celle du bambou, ont une importance économique de premier ordre. Les orangers, que la Chine a donnés au reste du monde, sont, avec le pécher et le mûrier, les plus productifs des arbres fruitiers dans le midi du royaume Central.

L'assolement des cultures est réglé de manière à subvenir aux besoins de l'immense population, et ce n'est pas sans danger que l'on tenterait de modifier cet aménagement du sol, plus de vingt fois séculaire, sauf guérison de la plaie vive du déboisement, cause de tant de sécheresses et d'inondations, sauf aussi la mise en gazon de dizaines de millions d'hectares, (jusqu'à cent millions et au-delà) pourraient être mis en herbages : ces deux revivifîcations nécessaires du sol du Grand et Pur Empire se sous-entendent toujours.

En dehors d'elles, comment toucher, sans causer de désastres, à cet ensemble merveilleux dont toutes les parties s'accordent si bien les unes avec les autres et qui s'entremêlent harmonieusement, des plateaux avancés du Tibet aux rivages de l'océan Pacifique? Comment transformer surtout ce vaste système d'irrigation dont le réseau embrasse les montagnes, les collines et la plaine, de manière à répandre l'eau fertilisante à tous les niveaux sur les champs étages? Système auquel d'ailleurs la reforestation et le regazonnement également dési-

aNQuiÈME Agriculture Chinoise.

râbles ajouteraient plus de puissance encore, plus d'ampleur par plus d'abondance estivale, plus de régularité dans les torrents, et finalement beaucoup plus d'eau dans un beaucoup plus grand nombre de rigoles.

En dehors de ces deux modifications essentielles, le seul changement considérable qui puisse se faire à l'avantage de l'agriculture chinoise, est l'augmentation du territoire cultivable : c'est ainsi que pendant le cours du dernier siècle, le travail a gagné sur les pentes des monts et sur les terrains en friche, grâce à l'introduction de la pomme de terre et du maïs. De même, les paysans ont de tout temps empiété sur les marécages et sur les lacs par la culture de la sagittaire et du nénuphar ou lienhoa, dont les racines et les graines sont très appréciées dans l'alimentation et dont on mêle les feuilles au tabac à fumer pour en adoucir la force.

On sait combien l'agriculture est vénérée dans le peuple des « Cent Familles ». Parmi les classes, celle de l'agriculteur est censée tenir la première place, parce qu'elle donne du pain à tous et que sans elle nul ne pourrait s'élever à la compréhension de la morale et des rites. L'empereur lui-même est considéré comme le premier cultivateur du Grand et Pur Empire, et l'on sait que chaque année, vers la fin du mois de mars, il est tenu de labourer solennellement trois sillons, vêtu en paysan. Les princes du sang, les grands mandarins, les vieillards convoqués à la cérémonie, puis de vrais laboureurs continuent le travail, et le grain de la moisson impériale est présenté l'année suivante au dieu du Ciel, comme l'offrande du peuple entier.

Mais si l'empereur officie au nom de tous les cultivateurs du royaume Central, il n'est pourtant que le propriétaire virtuel de la terre : c'est bien le paysan lui seul qui possède le champ cultivé et qui le transmet à ses héritiers, en vertu de son plein droit.

Malgré la prétendue immobilité de la nation

III chinoise, qui certainement ne se renouvelle pas

TENURE aussi vitc en bien ou en mal que les peuples

DU occidentaux, il n'en est pas chez laquelle, au

SOL cours d'une histoire d'ailleurs démesurément

longue, la tenure du sol ait plus fréquemment

changé et d'une manière plus radicale : l'agriculture a trop

d'importance dans le plus agricole des Empires pour que les

La Chine. livre

révolutions n'aient pas porté spécialement sur la forme de possession des champs.

Dans les premiers temps historiques, il y a 42 siècles, plus ou moins, la terre était propriété commune, ainsi qu'il en fut partout à l'origine.

En Chine, tous les documents anciens nous montrent les c Hommes jaunes », autrement dit les « habitants des Terres jaunes », se répandant en toute liberté sur l'immense étendue de sol fertile qui se déroulait devant eux. Femmes, enfants, vieillards, impotents exclus, tout mâle en état de défendre la communauté, entre vingt et soixante ans d'âge, avait, de ce fait même, un droit « imprescriptible > à sa part de sol arable.

Seulement, la nature même du terrain, coupé de ravins dans tous les sens et disposé en labyrinthe, avec culs-de-sac à un bout, forçait les cultivateurs à se diviser en groupes, et peut-être d'une centaine de familles en moyenne : c'est l'une des explications que nous donnent les étymologistes du nom de t Cent Familles », attribué aux fondateurs de l'agriculture et de la civilisation chinoise.

Dans ce premier « conglomérat » de paysans chinois des Cent Familles, il y eut donc, à l'Occident, une tendance à la division du sol en propriétés collectives, familiales et communales. Au contraire, plus à l'est, dans la plaine du Hoang ho, sans cesse menacée par les crues fluviales, suspendues au-dessus des campagnes basses, la propriété commune, nationale, se maintint longtemps entre les riverains obligés de lutter ensemble, comme autrefois, par exemple, les Flamands, pour reconquérir ou défendre les terres inondées au long des fleuves bataves : la solidarité absolue devant le danger donnait à tous la communauté absolue de la culture et des produits.

Mais la puissance impériale grandissait; de plus en plus le Fils du Ciel planait au-dessus des têtes du « pauvre peuple » ; et autour de lui croissaient en importance conseillers, courtisans, généraux, caste privilégiée en dehors de la vraie nation, privilégiée et parasite, puisqu'elle prélevait une part indue sur les richesses créées par le travail de tous.

Vint fatalement le temps où l'Empereur et la « grandesse » eurent la condescendance de se tailler des domaines privés dans le domaine national. Le régime des apanages se heurta au régime de la propriété communale ou collective, et il finit par le briser.

Cette lutte fut une des époques les plus douloureuses de la Chine. La féodalité triomphante finit par constituer la propriété privée, dans toute la rigueur d'un droit aussi féroce que

< 5oo )

CINQUIÈME Agriculture Chinoise.

le droit romain, avec le iiis utendi atque abutendi, quatenus rerum ratio patitur.

Dès le xiF siècle de l'ère ancienne, la terre se divisait en apanages et en fiefs, comme devait se partager plus tard le sol de l'Europe occidentale. Chaque homme valide, quoique dépendant d'un feudataire quelconque, gardait son droit à la mise en culture d'une partie du fief, et même certaines fractions du domaine, bois, pâturages ou terrains vagues, restaient indivises pour chaque groupe de huit familles : à part quoi le gros de la nation ne se composait que d'un troupeau d'esclaves, serfs de la glèbe.

Toutefois, le peuple des bêcheurs acharnés ne se reconnaissait pas vaincu, et partout, il revendiquait la possession du sol; çà et là en état de révolte, et non sans quelque succès : si bien que, aux lieux mêmes où la loi les déclarait inaptes à posséder la terre, ils n'en formaient pas moins, dans la réalité des choses, un petit univers, un cosmos, un mir (c'est-à-dire un monde), ainsi qu'en Russie.

Malgré la tyrannie en haut, le servage en bas, en dépit de la grande propriété, des apanages consacrés par la loi, et bien qu'en droit « il n'y eût plus assez de terre libre pour qu'on y pût piquer une aiguille », la propriété commune se maintint de fait, et jusqu'à un certain point législativement, par fréquente intervention des empereurs.

Ceux-ci firent comme les rois en France : ils s'appuyèrent sur le peuple contre les grands ou menus féodaux; ils s'ingénièrent à rogner les fiefs, à repasser le sol aux paysans.

Durant les temps où coexistèrent l'empereur, la féodalité, le peuple, la cote mal taillée régissait de fait la tenure du sol : la terre était censée n'appartenir qu'au « prince », de même qu'en Russie, jusqu'à ces dernières années, le seigneur et boyard laissait vivre à côté de lui le « mir », la commune « slave ».

La commune chinoise était organisée à peu près comme l'est de nos jours le mir de la Grande Russie. En partageant le sol, on tenait compte de la position et de la qualité des champs : celui qui recevait le meilleur lot, le mieux exposé ou le plus rapproché des villes, devait se contenter d'une moindre surface. Le marchand et l'industriel recevaient aussi une part, mais de dimensions relativement faibles, afin qu'il leur fût possible de revenir au travail des champs en cas d'insuccès dans leur profession. D'ailleurs personne n'avait le droit de vendre, de louer ou d'hypothéquer son lot : tel est le système auquel on donna le nom de « communal ». Quelques restes de cette tenure du sol se retrouvent encore, non seulement en

< Soi >

Chine, mais aussi dans les pays de civilisation chinoise, notamment en Corée.

La commune chinoise se maintint pendant plus de vingt générations, sous le régime de la féodalité; mais vers le milieu du iv« siècle de l'ère ancienne, un nouveau changement, qu'annonçaient de longue date des phénomènes avant-coureurs, s'accomplit et prit force de loi. La population étant devenue très inégale, les divers groupes de huit familles se trouvaient très diversement partagés : tandis que les uns ne pouvaient plus subsister sur leurs étroits domaines, d'autres possédaient de vastes terrains entourés d'espaces vagues qu'ils pouvaient également utiliser.

L'ancien équilibre social ayant perdu toute stabilité, la « corruption des mœurs » en amena la chute : il fut permis à chaque agriculteur de s'établir sur une terre vacante partout où cela lui conviendrait, d'y placer les bornes de son domaine sans se soucier des limites communales.

La commune finit par se dissoudre en même temps que disparaissait le régime féodal, et chacun des paysans de Tancienne communauté devint propriétaire, avec droit de vente et de transmission par don ou par héritage; la propriété privée s'établit à la place de la propriété collective. La transformation que des économistes prédisent à la Russie dans un avenir prochain, s'est donc accomplie, il y a plus de deux mille ans déjà, dans Tempire du Milieu.

^lais les conséquences de cette dissolution du groupe communal ne se firent pas attendre : tous ceux que le commerce, l'industrie, la faveur du souverain ou d'autres circonstances favorables avaient enrichis, se firent acquéreurs de la terre aux dépens des cultivateurs ; la grande propriété se constitua, et peu à peu les paysans dépossédés, finirent par devenir pour la plupart les esclaves des riches. Les plus heureux furent ceux qui continuèrent de cultiver comme métayers les champs de leurs aïeux.

De fréquentes insurrections s'allumèrent; la misère devint générale. l'État lui-même s'appauvrit, et c'est à grand peine que se faisait la rentrée des impôts.

Une lutte de tous les instants s'engagea dès lors entre les partisans du nouveau régime et ceux de la propriété commune. Pendant plus de mille années, l'histoire politique de l'Empire se confond avec celle de la tenure des terres : suivant les alternatives des révolutions locales et les vicissitudes des dynasties, qui tantôt voulaient plaire au peuple, tantôt sappuyer sur les

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grands, les droits du cultivateur et les privilèges de la propriété domaniale l'emportèrent tour à tour, et fréquemment des transactions intervinrent entre les partis en lutte.

C'est ainsi qu'en la neuvième année de l'ère chrétienne, le ministre Wangmang, devenu maître du trône, proclama que désormais la terre serait propriété impériale : « Nul sujet ne peut en détenir plus d'un tsin — environ 6 hectares, — et ne peut commander à plus de huit esclaves mâles. La vente du sol est défendue, afin que chacun puisse garder ce qui lui donne le pain. Tous les excédents de terre qui se trouvent dans les mains d'un seul font retour à la couronne et sont distribués aux communes en proportion de leurs besoins. Quiconque doute de la sagesse de ces mesures sera banni ; quiconque s'y oppose sera tué! »

On obéit en effet à la volonté de l'empereur, « loi suprême », mais peu d'années après, les grands avaient repris possession de leurs domaines. Encore une fois la restauration de l'ancienne propriété communale avait échoué. « You et Chun luimême, disait un philosophe contemporain, ne parviendraient pas à la rétablir. Tout change, les fleuves déplacent leur cours, et ce que le temps efface disparaît à jamais. »

Après divers événements qui entraînèrent à leur suite des révolutions intestines et des changements de dynastie, les socialistes de la Chine, abandonnant l'idée de la propriété communale, telle qu'elle avait existé jadis, tentèrent l'application d'un système nouveau ; et peut-être jamais dans l'histoire du monde, pareille révolution ne fut inaugurée par des gouvernants, pour la transformation radicale de la société tout entière.

Devenu, vers le milieu du xF siècle, l'ami, le conseiller écouté, le ministre de l'empereur Tchentsoung, Wangantche mit hardiment la main à la destruction de l'ancien ordre social; en 1069, il fît paraître un décret abolissant toute propriété personnelle; l'État devenait maître unique et se chargeait de répartir également les produits du sol entre les travailleurs; la richesse et la pauvreté étaient supprimées l'une et l'autre, puisqu'on assurait à tous le travail et la nourriture et que nul ne pouvait s'emparer du sol; les industries étaient placées sous la direction de l'État, et les capitalistes devaient faire remise de leurs capitaux au gouvernement dans l'espace de cinq années.

Malgré l'opposition des mandarins et des anciens feudataires, Wangantche réussit à maintenir pacifiquement le communisme d'État pendant quinze années. Mais il suffît d'un

La Chine. livre

changement de règne pour renverser le nouveau régime, qui ne répondait pas plus aux désirs du peuple qu'à ceux des grands, et qui avait d'ailleurs créé toute une classe d'inquisiteurs devenus les maîtres véritables du sol : car, au fond, malgré ses bonnes intentions, le réformateur n'avait fait que remplacer l'ancien mandarinat par un mandarinat nouveau de répartiteurs et de contrôleurs.

Sous le gouvernement des Mongols, les propriétés changèrent brusquement de mains pour constituer une nouvelle féodalité s'appuyant sur le droit de conquête. Les personnages de l'Empire s'emparèrent de grands fiefs, comprenant des milliers et des myriades d'hectares; le moindre soldat reçut pour sa part un domaine. En même temps les Mongols, désireux d'accroître les pâturages pour leurs chevaux, poursuivaient l'étrange idéal de remplacer les cultures par l'herbe des steppes et de refouler les Chinois vers le midi. Défense formelle fut faite de cultiver la plaine de Peking, et seulement à la fin de la dynastie des Yuen, les laboureurs furent autorisés à faire quelques semailles en automne.

Mais, comme on le sait, la Chine conquiert toujours ses conquérants. Les efforts des princes mongols ne réussirent à rien : bien loin de repousser les Chinois au delà du Hoang ho, ils durent, eux, les vainqueurs et maîtres, se retirer, avec leurs peuples et leurs troupeaux, au nord de la Grande Muraille. La foule des agriculteurs s'est établie sur leurs terres en populations de plus en plus denses, et aujourd'hui des industriels et des marchands de la race de Han les privent de toutes leurs épargnes, en se glorifiant du titre, trop justifié, de « mangeurs de Tartares ».

Toutes ces formes du passé revivent encore plus ou moins en Chine, et maintenant on y rencontre les divers régimes de la propriété connus en Europe. L'empereur possède à lui tout seul en Mandchourie des espaces illimités oîi vivraient des milliers d'hommes; de grands personnages possèdent de vastes domaines en rapport avec leur titre et leur rang; les propriétés communales sont restées nombreuses, dont un certain nombre ont été divisées en fermes ou en métairies.

En somme, le régime qui prévaut en Chine est celui de la petite propriété; mais il arrive fréquemment que la terre reste indivise, sous la direction des aînés, entre tous les membres d'une même famille ou d'un même village.

Un événement récent a mis en évidence le triomphe de la

CINQUIÈME Agriculture Chinoise.

petite propriété. Après le milieu du xix« siècle, lorsque l'insurrection des Taïping ou des « Grands pacificateurs » eut été réprimée avec une horrible férocité par le massacre de millions d'hommes, et que la famine et la peste eurent complété l'œuvre de destruction, de très vastes étendues se trouvèrent transformées en déserts. La ville de Nanking qui avait eu rang parmi les grandes cités du monde n'était plus qu'un amas de décombres au milieu desquels les étrangers venaient chasser le gibier, et mainte plaine jadis populeuse était devenue solitude. Dès que la paix fut rétablie, et sans que le gouvernement eût à faire appel aux populations, un mouvement d'émigration se fit tout autour de la région dévastée; et spontanément, par la seule force des attractions et des convenances, familles après familles se groupèrent à côté les unes des autres, s'emparant en moyenne d'une superficie de trois hectares, moins grande dans les zones fertiles, plus ample là où le sol est ingrat, et, dans l'espace de quelques années, la terre, qui avait fait retour à la végétation sauvage, se retrouvait soumise au fer de la bêche.

Des millions d'hommes avaient disparu de la Chine, et voici que d'autres millions avaient surgi : les villes s'étaient remplies de même que les sables de la plage s'égalisent sous le passage du flot. Cette redistribution du sol, accomplie sans intervention des lois, sans concessions ni grimoires officiels, prouve bien que ce régime de la petite propriété dans lequel l'aire des terrains à cultiver correspond exactement à la force des travailleurs et à leurs besoins, constitue réellement le véritable idéal de la société chinoise dans la période contemporaine.

On comprend qu'avec une pareille démocratie de travailleurs agricoles, le premier rang dans l'estime populaire doive leur appartenir, ou que du moins ils soient dépassés par les letti'és seulement. La maxime universelle chinoise est que l'État souffre d'une maladie profonde partout où l'homme ne laboure pas son champ, partout où la femme ne fait pas tous les travaux du ménage. Suivant une légende populaire qui témoigne de la conscience qu'ont de leur haute dignité les laboureurs chinois, l'empereur Choun, qui aurait gouverné avec une sagesse parfaite et dont on parle encore avec vénération dans toutes les cabanes, était un paysan et, même sur le trône, il vécut du travail de ses mains. Le Père Jésuite du Halde, parlant de cet empereur paysan, et le considérant comme un personnage historique, ose imaginer que c'est pour suivre le noble exemple de l'agriculteur couronné que la nation chinoise tout entière a pris goût à la culture du sol.

La Chine. livre

C'est bien là une théorie courtisanesque telle qu'elle convenait à des flatteurs du Roi Soleil.

Les grands capitaux se portant principalement vers l'industrie et le commerce, la terre de certaines provinces reste presque en entier entre les mains de ceux qui la cultivent; cependant il existe encore beaucoup de vastes domaines dont le sol est exploité, soit par des fermiers, soit par des métayers, qui partagent la moisson d'été avec le propriétaire et gardent pour eux la moisson d'hiver; ils fournissent le bétail, les engrais, l'outillage, tandis que le maître du sol paye l'impôt, qui d'ailleurs est relativement très faible.

Vastes domaines, c'est beaucoup dire : il n'y a guère de propriétés allant à 300, 400, 500 hectares; très peu même ont plus de 100 hectares; il n'en est guère qui dépassent 80, et le très grand nombre reste au-dessous de 30.

Dans les provinces fertiles du littoral, oîi le sol est le plus divisé, une propriété de 6 hectares est considérée comme un grand domaine, la moyenne des exploitations ne dépasse probablement pas un hectare, et bien des familles doivent se contenter de 5 000 mètres carrés, voire moins encore, surtout dans le pays de Changhaï et de Hang tcheou, en des plaines où la terre est merveilleusement féconde, il est vrai.

Le chef de famille peut vendre ou hypothéquer son bien, mais en l'offrant d'abord aux membres de sa famille et à ses proches dans l'ordre de leur parenté ; à sa mort ou lors d'une donation entre vifs, il doit le diviser en parts à peu près égales entre tous ses fils. La loi l'oblige à tenir ses cultures en bon état d'entretien; elle confisque la terre après trois années de jachère, et la concède à un nouvel occupant. Même le chef de la commune est responsable de la bonne ou mauvaise tenue des champs : si les terres sont mal cultivées, le code pénal le condamne à recevoir de vingt à cent coups de bambou ; négliger de faire rendre au sol tout ce qu'il peut donner, c'est commettre un crime contre la nation.

Le droit d'établissement sur le sol inculte appartient à tous : il suffit que l'immigrant avise de sa venue les autorités locales en réclamant l'exemption d'impôts, qui lui est accordée pendant une certaine période.

En dehors de l'initiative privée, le gouvernement fonde des colonies agricoles, militaires ou pénales, dans les régions éloignées des grandes villes et des routes, presque toujours dans ce qui n'est pas le « Milieu », les dix-huit provinces. Son domaine en tant que gouvernement central, est de peu d'éten-

Cinquième Agriculture Chinoise.

due : en 1831 (nous ne connaissons pas d'estimation plus récente), il ne comprenait même pas deux millions d'hectares, ainsi répartis :

Apanages de la famille impériale

Terres des Huit Bannières

Terres des temples, des écoles et des hospices. Marécages et lais de mer

Ensemble

Presque tout cela situé hors de la Chine proprement dite, en Mongolie, près de la Grande Muraille, et en Mandchourie, dans le pays d'origine de la dynastie régnante.

Les plantations qui entourent les temples, et qui en tant d'endroits composent d'admirables parcs, celles dont les revenus servent à l'entretien des écoles, les terres données en héritage pour les hôpitaux ou autres établissements d'intérêt public, enfin une partie des marécages, des lais de mer et de fleuves sont administrées par la commune.

Comme dans certaines parties de la France et dans la plupart des pays de partage égal entre les fils d'un défunt, la propriété s'émiette de plus en plus en Chine : d'autant que chez les Chinois tous les fils héritent, les illégitimes comme les légitimes, la première femme légitime étant la mère légale de toute la famille.

Et c'est pourquoi la Chine est, non pas un pays pauvre, mais un pays de pauvres, avec peu d'hommes vraiment riches, à une époque où l'on trouve presque ridicule un millionnaire qui n'est pas milliardaire.

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