‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 17 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les heures de jeunesse. — Hésitations. — Le portefeuille de Louis-Napoléon. — Jugements de famille.

Un remarquable publiciste, modeste et courageux penseur, M . A. Morel, a publié, sous l'Empire, un livre excellent sur Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinions. M. Morel appelle son travail un « Commentaire historique et critique. » C'est mieux que cela, c'est un portrait définitif, un arsenal de jugements à la fois physiologiques et psychologiques. La faiblesse, les hésitations, les ardeurs du prédestiné qui agitaient ou retenaient Louis- Napoléon ont été décrites là et contées avec infiniment de justesse et de mesure. L'historien prouve que les ambitions de la reine Hortense ont plus fait pour Napoléon III que Napoléon III lui-même. Ame débile, esprit rêveur, ami de la contemplation, Louis-Napoléon ne se serait jamais précipité dans l'action, sans- les conseils d'une mère qui l'adorait et d'amis aventureux qui avaient tout à gagner à ses coups de tête.

Nous allons trouver, dans les écrits qui suivent, une preuve de ce que j'avance.

L'Empereur avait conservé toujours, même dans sa prospérité la plus grande, un portefeuille de cuir jaune, sali, usé, et qu'il avait sans doute acheté en Angleterre; l'inscription du portefeuille étant celle-ci, tracée en caractères gaufrés : His highness the prince Napoléon- Louis Bonnaparte.

Le marchand avait mis deux « à ce nom de Bonaparte et le prince en avait effacé un par une croix tracée à l'encre.

Nous avons tenu entre nos mains ce portefeuille de jeunesse où se révélait, avec ses ennuis , ses défiances, ses tendresses, ses rêveries, ses mollesses, ses chimères. l'âme de l'Empereur. Des pensées fluides, inconsistantes, une sorte de malaise mental , le mal du siècle, je ne sais quoi de germanique et d'affadi, un mélange de Schiller et d'Auguste Lafontaine. On eût dit des pensées détachées de l'album du jeune Werther.

La première ligne était celle-ci : f espère en Dieu et je crois en moi.

Puis venaient des dates, des comptes de dépenses, des souvenirs de voyage, des plans romanesques, des résumés de lectures, dqs croquis au crayon de la baie de Rio- Janeiro, des détails techniques sur l'artillerie « ses premières amours, » des variations sur le thème du général Foy : « La guerre est devenue plébéienne par l'emploi des armes à feu (Guerre de ia Péninsule). » Au surplus, voici la copie d<; ces feuillets.- On déchiffrera le caractère de l'homme à travers les lignes.

Qu'on se rappelle seulement que tout ce qui suit a été écrit après l'attentat de Strasbourg.

J espère en Dieu, je crois en moi.

Entré en France le 28 octobre i836. Parti de Strasbourg, le g au soir. Arrivé le 11 à Paris, le 14 au Port-Louis. Parti de Port-Louis le 21 novembre; passé la ligne le 28 décembre. Arrivé à Rio le 10 janvier i83y.

Parti de Rio le i cr février i83y. — Arrivé dans la rade de Hampdon le 3o mars.

Ce que tout être sensible doit désirer :

Une amitié fondée sur V amour de la vertu, sur la facilité des caractères, sur la conformité des principes et sur un certain attrait qui prévient la réflexion ou que la réflexion justifie.

J'affronte un orage;

Un souffle m'abat. •

La critique, c'est V esprit des gens médiocres.

J'ai été gâtée, jeune, brillante, recherchée, encensée, calomniée, persécutée, mourante, réhabilitée, et me voilà *.

1. Cette pensée est écrite ainsi, au féminin. Est-ce un extrait de lecture, une parole dite au prince par une femme?... On ne le saura pas.

Une église. Un enfant est baptisé, une jeune fille mariée, une mère enterrée; où Vhomme des champs va se reposer de ses fatigues, et Vhomme du monde trouver de la force contre ses passions.

Et, à côté de ces pensées d'une poésie banale, qui ressemblent à des projets de sonnets du genre lakiste, Louis Bonaparte trace des pensées politiques ou des théorèmes de sociologie; — le socialisme, une de ses chimères!

// est aussi insensé de chercher à formuler le problème social que de vouloir trouver une panacée universelle qui guérisse tous les maux, quelle que soit leur origine et quel que soit le tempérament du malade.

Il est impossible d'avoir un gouvernement formé de telle façon qu'il soit fort dans les circonstances difficiles et faible dans les circonstances ordinaires, au il concentre en lui pendant la guerre toutes les forcée de la nation et qu'il renvoie toutes ces forces aux extrémités, dès que la paix est venue.

Les Américains ont les yeux plus grands que le ventre; les Français ont quelquefois le cœur plus grand que les yeux.

— ioi — ... . . - . „

Ow peu* changer les lois d'un peupJ^d^uîL.jbér <5, Vautre. On ne saurait en faire autant des mœurs.

Le progrès consiste à substituer un état légal à l'état de nature qui existe encore entre les membres de la grande famille européenne.

J'ai che% M. Baring, à dépenser :

i,joo livr.

ou 42, 5 oo.

Pris le 27 octobre 3oo livr.

1,400 3oo placés en Amérique.

Le poids des canons américains de bronze est de y 00 liv. pour la pièce de 6. Il est de j6o pour la pièce de 6 en fer.

Ote\ de la France cinquante de ses premiers hommes d'État, cinquante de ses premiers savants, cinquante de ses premiers poètes, cinquante de ses premiers écrivains, tous les hommes de guerre, cinquante de ses premiers peintres, tous ses musiciens et compositeurs, enfin tous les hommes de génie et de cœur, et vous aure\ l'Amérique.'

M"* Plessy. Th. Fr.

fc • • •• - • •

; : V bis. httifêtr matériels de la France, par M. Chevalier, i v., che\ Gosselin.

Parti de New - York le 12 juin i83y. Arrivé à Kasteltown, Irlande , le 6 juillet. Arrivé le 8 à Dublin, le 11 à Londres. Parti le 3o pour Rotterdam, Arrivé à Aunen-Bugle le 4 août i83j.

En 18 38, parti d'Arenenberg, le 14 octobre. Arrivé à Londres le 24.

Vers par le chev. de Boufflers.

Recette pour conserver les peaux d'animaux.

Savon de Becour :

Camphre, S onces.

Arsenic en poudre, 2 liv.

Savon blanc, 2 liv.

Sel de tartre, 12 onces.

Chaux en poudre, 4 d°.

Accusés du 3o octobre :

Le C l Vaudrey. — M. Parquin. — M. Querelle.

— M. Laitjr. — M. Dupenhoat. — M . de Bruc. — M. Pitry. Gros* Grécourt. Lombard. Le maréchal des logis chef Boisson.

Couard. Foggi. Schaller. Persigny 4 .

1. Ce sont les noms des complices de Strasbourg. On voit plus loin qu'ils se faisaient assez bien payer.

- io3 -

Paris , 18 3 g.

Dépenses.

Janv. O Vaudrey 2,000

Lombard 2,000

Fév. Bruc 5,ooo

M. Belmontet 1,000

A F. B. (cadeau). i,5oo

Retiré de Paris. . . 5 0,000

6i,5oo

Ainsi les préoccupations les plus diverses emplissaient cette tête aventureuse et romanesque. Ses amis, on le voit, lui coûtaient cher. Sur une page séparée de son portefeuille, Louis-Napoléon avait fait un tableau de ses dépenses personnelles, en livres sterling.

Dépenses personnelles. Par an. Par mois.

Table 372 3i »

Toilette 240 20 »

Argent de poche 480 40 »

Dépenses imprévues . . . 108 9 »

Page 1