LONDRES
Conneau
Pensions à Paris ....
Pensions à Florence . . .
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Dépenses extraordinaires .
Depuis la mort de son frère, Napoléon-Louis, le futur Empereur, était le chef de la famille. Sa mère le lui répétait du moins chaque jour. Devenu Napoléon III, il avait conservé, dans sa bibliothèque, une brochure de M. de Roccaserra, imprimée à Corfou, et qui, reliée en velours noir aux armes impériales, devait lui rappeler des souvenirs d'enfance douloureux et chers et un frère qu'il avait profondément aimé*
Cette Notice biographique de S. A. le prince Napoléon Louis Bonaparte, par H. de Roccaserra (Corfou, i5 avril i83i), est dédiée aux mânes du prince Bonaparte-Louis, mort à Forli le 17 mars i83i.
L'auteur nous apprend que Napoléon-Louis était né le 1 1 octobre i8o5.
« Il fut le premier de la famille Bonaparte qui fut inscrit dans les registres de l'état civil comme prince français, l'Empire ayant été créé quelques mois avant sa naissance. » Il avait eu un frère aîné, enlevé par le croup à la Haye (1807).
L'Empereur n'ayant pas d'enfants, Napoléon-Louis
io6 — dut régner. Élevé à Rome, par le capitaine Vieillard, de l'école polytechnique. A quinze ans, il se lit carbonaro.
Il épouse, en 1827, sa ccusine germaine, Charlotte, deuxième fille de Joseph Bonaparte, celle dont Léopold Robert sera amoureux, et pour laquelle il se tuera.
Il était chimiste et artiste. En 1828, il s'occupait de la direction des ballons. Il traduisait la Vie d Agricola de Tacite. (Cette traduction était conservée par Napoléon III dans ses papiers les plus précieux.) Il travaillait à une Histoire de Florence, à la traduction du Sac de Rome en 1527, par Jacques Çonaparte. Au physique, dit la notice» il ressemblait au prince Eugène, en costume de chasseur de la garde '.
i83o arrive, le prince quitte la plume; il combat pour la Jeune Italie. La Romagne, Modène, Bologne s'insurgent, il se précipite dans le mouvement.
Le 20 février i83i, les deux frères partent, Louis (Napoléon III) est aux avant-post?s d'Otricoli. Napoléon, avec trente dragons et des volontaires, se jette dans les montagnes de la Sabine.
Le 6 mars, les deux frères s'étant rejoints quittent Forli. Napoléon toussait. On lui dit de ne pas avancer, de garder le lit.
—-Soldat du Pape, répond-il, une nuit de printemps vous étonne !
1. C'est peut-être pour cela que l'Empereur gardait dans son cabinet de toilette ce portrait du prince Eugène, dont nous avons parlé à propos At% Tuileries.
— 107 "~ Sa toux augmente et la rougeole le force à garder le lit. LorsquTT mourut, il dit à l'auteur de la brochure :
— Roccaserra, embrassez-moi; j'espère et je veux que vous me promettiez que vous ne quitterez jamais mon frère. Cest un charmant garçon, et il vous aime beaucoup. Dites-le lui. Nous nous aimons trop et je crains qu'il ne puisse pas me survivre. Quant à moi, je ne veux pas le voir, ça lui ferait trop de mal, outre que cela pourrait lui donner la rougeole.
Louis veut alors entrer dans la chambre de son frère. Orî l'en empêche. La rougeole en effet pouvait aussi l'atteindre. Lorsqu'il apprend que Napoléon est mort il fond en larmes :
— Je n'ai donc plus d'ami! mon frère n'est plus! Pourquoi ne suis-je pas mort à sa place? »
La reine Hortense retrouva Louis à Pesaro. C'était de ses deux fils celui qu'elle aimait le mieux. Elle s'attacha, dès lors, à développer en lui des idées d'ambition, lui mettant en tête qu'il était prédestiné à relever la race, à succéder à l'owc/e, cela au grand désespoir de la famille et de tous les Bonaparte à la fois.
Là-dessus la correspondance des frères de Napoléon I e * nous fournit des renseignements précis»
Avant les aventures dû prétendant, la famille est enchantée. Louis leur paraît doux et soumis.
— ioS — Joseph écrit de Baltimore, i3 janvier 1828, a la reine Ilortcnsc :
On me die beaucoup de bien de votre fils Louis. Dites-lui de continuer afin que la bonne renommée traverse ainsi les mers et que vous puissiez trouver dans lui quelque consolation de tant de désastres.
Le même de Londres, le 26 novembre i832.
Ma chère sœur, Louis est arrivé ici. J'ai eu bien du plaisir à le revoir après tant d'années tt de malheurs. Il avait gagné dans la traversée une fluxion qui s'est dissipée aujourd'hui; peu de jours après lui est arrivée Charlotte et sa cousine nouvellement mariée.
... Louis me paraît doux, docile, appliqué, plein d'honneur et de délicatesse et je ne doute pas qu'il ne continue à vous donner toutes sortes de motifs de satisfaction.
De Londres, le 20 février 1834, à M ,u « la comtesse de Saint-Leu. Il voudrait que Louis fût bon comme son oncle.
J'ai de Napoléon I er des lettres antérieures à son élévation , où son véritable caractère est à découvert. Il s'est donné plus de peine pour paraître dur, sévère, que le eosr.inun des hommes s'en donne pour paraître bon ; c'est ce que je lui dis un jour devant votre mère
— îOQ ~ qui m'applaudit par un sourire, et Napoléon en convint restant seul avec nous. « Que voulez-vous, nous dit-il, les hommes sont ainsi faits, ils prennent pour faiblesse ce qui est bonté ! On m'obéit parce qu'on ne me croit pas bon *. »
Mais bientôt, devant les audaces, les coups de tête, les romanesques escapades du héros de Strasbourg, la famille pousse les hauts cris. Père, oncles, parents, tous se cabrent.
Le roi Louis écrit de Pise, le 20 janvier 1 837, en parlant de son fils :
Pise, 20 janvier 1837.
J'ai pris le parti de n'y plus songer. Toutes les fois que je reçois des lettres ou quelque écrit relatif à mon malheureux fils, je les brûle sans les lire. C'est ce que je viens de faire pour deux imprimés relatifs à cet objet. C'est sans doute sa malheureuse mère qui fait faire ces brochures. Je voudrais savoir seulement ce qu'il est devenu. Si vous en savez quelque chose, informez-m'en.
l. Cela n'est qu'une affectation de bonté. On sait ce qu'était l'humeur de l'homme qui pinçait jusqu'au sang les oreilles de ses valets par plaisir.
Ailleurs il s'écrie :
Où mène une ambition désordonnée et si peu en rapport avec ses moïens? Il y a là une déception envers tout le monde. Il a refusé de se rendre près de Jérôme dont il devait épouser la fille.
14 décembre 3?.
Je suis bien aise que tu aies été plus content de Louis. Dieu veuille qu'il suive tes avis, qu'il s* tranquillise et qu'il évite de se laisser entourer par des gens ambitieux et intrigants qui calculent plus leur intérêt que le sien *.
: De Florence, Jérôme écrit à Joseph; :
Florence, 29 novembre.
Tout ce que tu me dis de l'extravagance de notre neveu Louis est bien juste. Nous ne savons ici que ce que les journaux annoncent, et c'est assez pour gémir sur une si ridicule entreprise; tu conçois dans
i . Voyez au dernier chapitre de ce livre une très curieuse lettre de Louis à son fils, à propos de la publication des Considérations politiques et militaires sur la Suisse, par L.-N. Bonaparte.