‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 54 sur 59 · Aide-de-camp · texte numérisé non relu

Aide-de-camp

nitive qu'ils ne tirassent plus qu'à bout portant et se servissent de leurs baïonnettes, qu'il fallait se faire tuer tous là, plutôt que de quitter l'ouvrage. Cela ne m'empêchait pas de faire tout au monde pour avoir des cartouches et des réserves.

N'ayant plus ni aides-de-camp, ni officiers auprès de moi, je vis ma réserve, les zouaves de la garde, qui faisaient fausse route et se jetaient trop à droite. Je leur crie : à gauche ! leur fais signe de mon épée, je fais sonner les clairons à gauche, mais ils marchaient toujours dans la même direction. Alors je me précipite à toutes jambes, je dégringole dans le fossé; arrivé de l'autre côté, je rejoins mes zouaves et les ramène au galop dans la redoute : il était temps I Les cartouches manquaient tout à fait ; on arrive enfin ; je suis dans Malakoff et je m'y maintiens.

A trois heures, je fis sonner la diane (j'avais deux divisions avec moi). Les Russes furent tellement effrayés qu'ils m'abandonnèrent dix-huit pièces de campagne, qui nous fatiguaient à deux cents pas de nous, et se sauvèrent vers le nord.

Le lendemain, à six heures du soir, je rentrai dans mon camp, que j'avais quitté la veille à six heures du matin, et traversai l'armée anglaise, drapeaux déployés, tambour battant, les drapeaux de quatre régiments criblés de balles.

Les Anglais nous firent des hourrahs extraordinaires. J'ai conservé mon drapeau à moi (fanion), qui a été monté le premier sur la citadelle ennemie , il est

traversé par un énorme boulet et quarante balles, un morceau a été emporté par deux autres boulets ; je le donnerai à notre Patrice *.

Lebrun et Borel ont été admirables, ainsi que notre jeune d'Harcourt 1 , qui voyait pour la première fois de sa vie un feu terrible ; il n'a pas sourcillé, n'a pas baissé la tête une seule fois. Ni eux, ni moi n'avons été atteints ; une méchante balle a seulement emporté un morceau de ma casquette, nous en avons été quittes pour quelques égratignures de pierres écornées par des boulets ou bombes.

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