‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 53 sur 59 · LA PRISE DE MALAKOFF, RACONTÉE PAR MAOMAHON · texte numérisé non relu

LA PRISE DE MALAKOFF, RACONTÉE PAR MAOMAHON

Ce qui suit est, d'après une indication mise en tête de l'original (consumé aujourd'hui), un extrait d'une lettre de Mac-Mahon à son frère. On avait sans doute communiqué ce passage à Napoléon, et certes il valait en effet la peine d'être lu. C'est le drame de Malakoff, raconté par son plus illustre acteur. Le futur vainqueur de Magenta, le glorieux vaincu de Frœschwiller, y parle simplement, naturellement le langage du héros. Je ne sais rien de plus beau dans ce qu'on est convenu d'appeler le langage militaire, que certains traits de cette lettre : « Mes ordres eussent été donnés quand même f eusse sauté; « ou : « je le donnerai (son fanion troué de balles) à notre petit Patrice. »

Le maréchal de Mac-Mahon, dont la devise tout entière tient dans un mot oublié, le mot devoir f a atteint, dans

cette lettre simple et sincère, la vraie grandeur littéraire . On y retrouve tout entier l'homme que la victoire n'avait pas enorgueilli et dont la mauvaise fortune n'a pu ternir la gloire.

Celui-là, du moins, habitué à braver le fer, chercha la mort à Sedan et y trouva une Aère blessure, Il tomba sans capituler.

JJETTRE DE MAOMAHON,

Cette fameuse tour de Malakoff a .été enlevée en vingt-cinq minutes; trois attaques franches des Russes pour la reprendre, repoussées vigoureusement, ont été superbes, et cela aux yeux de l'armée alliée qui nous admirait. J'ai passé trois heures avec de bien vives impressions ; personne ne m'a vu inquiet, et plusieurs fois pourtant, j'ai cru que le prix de tous mes efforts allait nous être enlevé.

Les troupes, surtout les zouaves et les chasseurs à pied, étaient éiectrisées. Nous avons dû le succès à ce qu'au lieu de sortir deux à deux des retranchements, nous sommes sortis six à la fois.

J'ai donné le signal du départ ; le premier bataillon de zouaves part à toutes jambes; ces diables grimpaient avec les pieds, les genoux et les ongles. Je leur avais prescrit d'arriver sur les retranchements ennemis sans s'y arrêter, de se jeter à gauche sur l'ouvrage Malakoff, un peu en arrière, car je craignais une mine par le saillant. Ne voyant rien partir, je lançai le 2 e ba-

— a63 taillon, puis les chasseurs» puis tout le monde. J'ai cru que nous allions tous sauter en l'air : mes ordres étaient donnés dans cette prévision, aussi eussent-ils été exécutés quand même j'eusse sauté; l'explosion d'une mine a mis 3oo de mes hommes hors de corcbat ; mais le mal pouvait être plus grand, car le lendemain nous avons trouvé dans l'ouvrage Malakoff 400 barils de poudre. Heureusement j'avais fait couper les fils conducteurs, mais je ne savais pas s'il n'en restait pas quelques-uns.

Une seconde mine m'a blessé 2 ou 3oo hommes qui* dans le premier moment, se sauvaient en désordre et entraînaient même avec eux quelques farceurs, qui trouvaient la position un peu chaude. Lebrun \ Borel 2 et moi, nous nous jetâmes au-devant d'eux î au lieu de crier, nous leur dîmes avec beaucoup de calme, aux uns d'aller à l'ambulance et aux farceurs de retourner au feu, ce qu'ils firent immédiatement.

Dans un autre moment, les officiers venaient de tous côtés me prévenir que leurs hommes commençaient à manquer de cartouches, qu'il fallait les relever ; chose impossible, n'ayant plus qu'une compagnie en réserve. J'expliquai avec calme à ces officiers qu'il était impossible que toutes ces cartouches fussent brûlées, qu'il fallait faire prendre celles des hommes tués ou blessés, qu'ils ne seraient pas relevés et qu'en défi-

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