MODÈLE A SUIVRE
Extrait d'un ouvrage intitulé les Préjugés.
« Il n'y a qu'une espèce d'hommes qui pourraient entreprendre la réforme des préjugés et y réussir : un cœur vrai, bon, naturellement porté à ce qui est bien et juste; un esprit droit, sensé, modeste,. un tempérament doux et peu propre aux passions violentes et tumultueuses, un grand fond de probité et de religion. Il faudrait même commencer par là ; mais, où trouver ensemble toutes ces qualités ? »
Puis viennent des projets, des comptes, des rêves de réformes. Il sue littéralement et s'épuise à devenir bon roi.
-4*- II se donne par exemple ce but :
t Ordonner aux ministres et aux collèges de me faire un rapport verbal toutes les fois qu'ils nommeront ou destitueront des employés, dont j'ai laissé la nomination à leur disposition, et que, dans les pays réunis, le moindre employé ne sera destitué ou privé de son poste sans que j'en sois prévenu préalablement. »
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Plus tard, il veut aussi être bon père. Mais là encore se montre son originalité tatillonne, vétilleuse. Il s'était chargé de l'éducation de son fils aîné. On croirait voir le précepteur d'un nouvel Emile. Je lis par exemple dans ses papiers :
Règlement pour mon fils pour cet hyver.
*4 novembre 1817.
A 6 h. 1/2, lever; plus tard, à 7 h., prières, déjeuner. Travail à 7 h. 1/2.
De 7 h. 1/2 à io h. 1/2, travail, mathématiques, histoire, géographie.
10 h. 1/2, déjeuner.
1 1 h. 1/2 à 1 h., récréation. Promenade à cheval.
1 h. à % h., écriture, français et allemand.
2 h, à 4 h. Latin dans ma bibliothèque.
4 h. à 5 h. Escrime ou musique.
5 h. à 9 h. Récréation.
9 h. Coucher, au plus tard à io h.
Jeudi et dimanche, fête, mais pas d'autre fête. Le jeudi il devra écrire à sa mère. Il ne sortira de sa chambre que cette lettre écrite et bien écrite .
Ne boira que du bordeaux ; ni café, ni liqueurs.
Se lavera les pieds une fois par semaine ; se nettoiera les ongles avec du citron, les mains avec du son, jamais de savon.
L'usage de l'eau de Cologne ou de toute autre odeur lui est interdit; on ôtera les taches de cire de ses habits avec du feu.
Quand il ira au théâtre, il mettra toujours sa capote avant de sortir de sa loge.
On lui fera faire des souliers larges qui servent aux deux pieds.
Se nettoiera la tête avec une éponge sèche; pas d'eau.
Son serviteur aura soin de tenir ses bretelles très longues, afin qu'il se tienne droit.
Devra faire l'état de sa garde»robe et de soh argeht.
Devra obéir même à un ordre injuste.
Le chocolat sera tenu dans un lieu feftné. Un quart de tablette par jour au plus.
Pendant ce temps, la reine Hortense élevait à sa guise Louis, le futur empereur. Elle voulait lui donner une
éducation forte comme le siècle» Le roi , au contraire, le souhaitait avant tout honnête et religieux.
Aussi bien, il écrivait à la reine :
Martenbad, i5 juillet 18 19.
A la reine Hortense.
Si vous ne voulez pas quitter la Bavière, restez-y, mais dans quelque temps il faudra que Louis vienne aussi près de moi.
Je sais qu'on s'est moqué de ce que je faisais pratiquer à mon fils tous les devoirs de sa religion, et de ce que je lui ai fait apprendre à servir la messe. Mais on aurait dû se rappeler que lorsqu'il m'a rejoint à Rome, il m'offrait le spectacle plus que risible , sans doute, d'un enfant de onze ans, tranchant sur tout ce qu'il y a au monde de plus grave et de plus respectable, traitant les prêtres de canailles et de sots, etc. Je n'ai usé d'aucune rigueur envers mon fils : c'est mon système et mon caractère; chacun a le sien ; mais vous me rendrez la justice de dire qu'il est maintenant plus raisonnable, plus réfléchi et plus religieux. Si je n'ai pu déraciner les défauts qu'il a contractés dès l'enfance, ce n'est pas qu'il les eût contractés chez moi : la preuve en est qu'il les avait beaucoup plus à son arrivée et que Louis en est infecté bien plus que lui. C'est une suite sans doute des circonstances dans lesquelles ces enfants se sont trouvés, une suite
de la société du valet de chambre Béranger qui se donnait des airs de gouverneur.
On vous a singulièrement trompée, Madame, en vous faisant accroire que lorsque je dors ou que Pabbé dort, mon fils est abandonné ; il n'y a pas un seul instant du jour comme de la nuit qu'il ne soit sous une stricte surveillance; s'il ne s'en aperçoit pas, cela n'en vaut que mieux.
Si je vous ai parlé des défauts de mon fils, ce n'est ni pour m'en plaindre ou pour vous les reprocher, ni pour demander de l'appui, mais parce que devant rester plusieurs mois près de vous, $ous une direction meilleure peut-être, mais diverse de celle à laquelle il est accoutumé, il était indispensable de vous mettre entièrement au fait et de vous indiquer ce que je désire à cet égard, comptant sur votre entière adhésion. Je n'ai nullement été satisfait, à Livourne, du ton de Fabbé Bertrand envers Louis; j'avoue même que j'en ai souffert, et que si je n'ai pas éclaté, c'est que Louis devait rester avec vous. Tout ce que j'aurais fait pour porter remède n'aurait été que provisoire et par conséquent n'aurait servi à rien. L'indocilité, l'extrême bavardage, les pasquinades, surtout les mauvais lazzi dont il a l'habitude plus que Napoléon, m'ont affligé. Quant à ses progrès, ses lettre? actuelles sont plus mal écrites que celles il y a un an; je ne vous aurais pas parlé dç cela, si vous ne m'aviez pas mis sur ce chapitre*
Au résumé, Madame, restez où vous voulez. Consi-
5o dérez-vous seulement comme séparée ou non séparée légalement. Mais, ou portez mon nom comme je le porte, ou changez-en.
Louis était, on le voit, indépendant et personnel aussi, mais il savait, en honnête homme, défendre au besoin l'épouse qu'il n'aimait pas.
11 voulait, lui, marier à la fille de Joseph son second fils Napoléon, devenu l'aîné de la famille depuis la mort du premier enfant.
Laetitia, la fille de Lucien, épousant un gentilhomme irlandais, on écrit trop tard à Louis qui s'en blesse. Lucien, sans doute, réplique assez vertement à cette susceptibilité de l'ex-roi de Hollande.
Réponse de Louis •
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Au prince Lucien, à Canino.
Rome^ jeudi 21 février i8ii*
Mon frère, j'ai répondu à votre billet de participa-»tion sur le mariage de votre fille, que je ne pais approuver, par la lettre la plus polie; et en réplique, vous osez m'envoyer un libelle infâme!
Vous qui ne respectez et ne respectâtes jamais rien au monde, vous prétendez que j'aie du respect pouf vous ! D'où vous vient cette nouvelle folie? J'ai souri
- 5i — de pitié à votre prétention de droit d'aînesse sur moi ? Vous avez pu attaquer ma femme, à laquelle cependant vous écrive^ en bon frère; vous avez pu attaquer mes mœurs, ma conduite, mon caractère, comme vous l'avez fait quand l'envoyé du Saint-Siège nous examina, trait peu honorable pour vous et que vous auriez aussi bien fait de ne pas rappeler à ma mémoire; mais vous ne parviendrez pas à changer la vérité ; qu'il vous suffise de jeter du doute sur elle.
Qu'a de commun, je vous prie, la conduite de ma femme avec le mariage de votre fille? Sachez que, malgré tout ce qu'on a dit d'Hortense, j'aime mieux être mari séparé de celle-ci que le mari tolérant de bien d'autres.
Je ne réponds pas à la boue du divorce projeté^ à l'épithètede sottises, etc., qui vous sont trop familières; on châtie de semblables injures, même de la part d'un frère, ou on les foule aux pieds.
J'oublierai de grand cœur qu'il y a un Lucien au monde; pourrez-vous oublier que vous fûtes l'auteur d'un libelle infâme envers un frère qui poussa la longanimité pour vous jusqu'à l'excès pendant six ans ? Toute relation est finie entre nous : la patience a ses bornes et elles sont franchies.
Votre frère,
Louis.
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Le 29 mai 181 3, Louis écrivait déjà au cardinal Fesch en lui défendant de se mêler de ses affaires.
Il imitait en cela Lucien lui-même, ce Lucien si bien tancé et qui, à son tour, adressait à son frère Joseph la lettre suivante, à propos d'une blessante invitation à dîner, où il n'était question ni de sa femme ni de son fils:
Lettre de Lucien à Joseph.
Je reçois votre billet d'invitation pour aller dîner chez (?) à Paris ; je ne conçois pas que vous puissiez désirer que je m'avilisse au point de supporter une fête de famille dont ma femme et mon fils sont exclus. Le mariage de votre frère a fait un tel éclat, grâce au scandale du consul, que j'ai cru devoir en avertir Elisa, Caroline et Louis. Voici les réponses des deux derniers : Çacciochi vient de me dire de la part de la première quelle attendait votre exemple... Si vous aviez été à ma place et moi à la vôtre, croyez-vous que j'aurais voulu servir de prétexte à l'humiliante indifférence de la famille envers vous ? — Dans la position forcée où je suis, rejeté par une famille que j'ai servie et honorée, je n'aime point les fêtes et je vous prie de croire à mon regret de ne pouvoir pas répondre à votre è invitation, ni à celle de ; au reste, je ne regrette que la lâcheté que j'ai eu d'écrire au consul que ma femme ne porterait pas son nom de famille ; tout le monde s'empresse de l'appeler de ce nom et ma
promesse est illusoire; puissent toutes les femmes qui s'appellent ainsi l'honorer autant que et Alexandra ! Mais ma femme, mon fils, mes filles et moi nous ne sommes qu'un, et je crois que le public qui nous observe nous juge tous dans cette occasion.
Ce sont là des affaires de famille. Les cahiers de la correspondance de Louis de Hollande étaient énormes et eussent rempli, si on les eût voulu publier, des volumes.
La pièce suivante se rapporte non à Louis, mais à Jérôme. C'est encore une affaire intime qui appartient à Fhistoire et qui vint un moment devant les tribunaux [Procès Pat ter son).
Bulletin 18481.