‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 9 sur 59 · DÉCRET · texte numérisé non relu

DÉCRET

Napoléon, Empereur des Français, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Aussitôt que nous avons été informé d'un prétendu mariage, contracté dans les pays étrangers par notre frère Jérôme Bonaparte, encore mineur, sans aucun

- 5 4 consentement de nous, ni de Madame, notre mère, et centre les dispositions des articles 63, 148, 166, 168, 170 et 171 du code civil, nous avons cru devoir, pour le maintien des lois et de la subordination qu'elles établissent dans les familles, faire, par notre décret du onze ventôse an treize, défenses à tous les officiers de l'état civil de l'Empire de recevoir sur leurs registres la transcription de l'acte de célébration dudit mariage prétendu.

Ces précautions ne nous ayant point paru suffisantes pour garantir de toute atteinte la dignité de notre couronne, et pour assurer la conservation des droit*, qu'à l'exemple 4e tous les autres princes, nous exerçons sur tous ceux qui ont l'avantage de nous appartenir, nous avons jugé qu'il importait au bien de TÉtat et à l'honneur de notre famille impériale, de déclarer d'une manière irrévocable la nullité dudit prétkndu mariage, comme aussi de prévenir et de rendre vaines toutes tentatives qui seraient faites pour y donner aucune suite ou effet.

A ces causes, nous avons ordonné et décrété, ordonnons et décrétons ce qui suit :

Article i er .

Le prétendu mariage contracté dans les pays étrangers par notre frère Jérôme Bonaparte est nul, comme non avenu, et ne pourra jamais produire aucun effet

Toutes conventions relatives audit prétendu mariage sont également nulles et de nul effet.

Article 2.

Les enfants nés et à naître dudit mariage seront toujours réputés illégitimes et ne pourront réclamer aucuns droits de parenté, fondés sur cette union. Article 3.

Il est fait très expresses inhibitions et défenses à tous les officiers de l'état civil de l'Empire de recevoir sur leurs registres la transcription de l'acte de célébration dudit mariage, ou de tout autre acte qui ten<drait à en opérer la confirmation.

Il est fait pareillement inhibitions et défenses anx ministres de tous cultes de consacrer par les cérémonies qui leur appartiennent ledit prétendu mariage, ou de bénir toute union nouvelle qui tendrait à le

confirmer.

Article 4.

Les contrevenans aux dispositions du présent décret

seront, à la requête de nos procureurs impériaux,

poursuivis devant les tribunaux correctionnels, et

punis d'une peine qui ne pourra excéder six mois de

prison.

Article 5.

Le grand-juge, ministre de la justice, et le ministre des cultes sont chargés d'en surveiller l'exécution.

3o ventôse, an i3.

Napoléon.

La date et la signature sont de la main de l'Empereur. (Paraphé :) A. G., L. de M. L.

La présente expédition collationnée et visée par les deux chefs de section dont les signatures sont ci-contre, et par eux trouvée conforme à la minuta<déposée aux archives de l'Empire, section du secrétariat, série AF IV, carton i 963-1 56, n" 56, a été délivrée par nous, directeur général desdites archives, pour servir et valoir ce que de raison .

En foi de quoi, nous avons signé ladite expédition, et y avons fait apposer le sceau des archives.

Fait à Paris, le quatre décembre mil huit cent soixante.

Le Directeur général des Archives de l'Empire^ Comte de Laborde.

Vu et collationné :

Le chef de la section législative et judiciaire , Al. Grûn.

Vu et collationné :

Le chef de la section administrative, L. de Mas Latrie.

Mais, puisque j'eitfasse ici les pièces historiques, en voici plusieurs qui paraîtront, je pense, tout à fait nouvelles.

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WÈËÈM

-5 7 - La lettre suivante, document précieux pour l'histoire, fut communiquée à Napoléon III par M. le marquis de Gozani di San Giorgio.

Copie authentique de la lettre adressée, en date du 2 février 1814, de Bologne, par Joachim Murât , roi de Naples, au prince gouverneur général de la 2j e et 28 e divisions militaires K

Mon cher Frère, Je croirais trahir l'amitié que je te porte si je te laisse ignorer plus longtemps le parti que j'ai été obligé de prendre. Cette armée napolitaine que j'avais dirigée sur le Pô pour agir de concert avec celle de l'Empereur va agir contre elle. J'ai fait un traité d'alliance avec l'empereur d'Autriche. Il fallait adopter le parti extrême ou me perdre : je n'ai pas dû hésiter; mais, mon cher Camille, tu ne concevras jamais la douleur qui me déchire le cœur, quoique le cœur n'ait rien à se reprocher. Ce n'est pas moi qui abandonne l'Empereur, c'est lui qui m'a abandonné en renonçant à l'Italie et en acceptant pour base de la paix les Alpes. J'ai fait différentes propositions à l'Empereur pour sauver l'Italie : je n'en ai jamais reçu de réponse. Tout mon espoir est maintenant dans la paix. Qu'elle soit prompte, et je n'aurai pas tiré mon

1. C'est le prince Camille Borghèse, le mari de Pauline Bonaparte, celui que nous retrouveroos, tout à l'heure, mêlé aux intrigues de l'enlèvement du Pape.

— 6o — fait connaître que le paville» de l'isle était fond blanc, traversé diagonalement d'une bande rouge, semée de trois abeilles. L'Empereur désire que vous veuillez bien faire les démarches nécessaires pour que ce pavillon soit connu à Civitta-Vecchia et dans les États romains.

Le colonel Campbell, chargé par lord Castelreagh d'accompagner l'empereur Napoléon à Tisle d'Elbe, aura l'honneur de vous remettre cette lettre. L'Empereur n'a eu qu'à se louer des bons procédés du colonel Campbell. Il va visiter la Corse, Rome, Civitta-Vecchia, et dans les différents ports qu'il pourra s'arrêter, il doit aussi notifier le pavillon de l'isle d'Elbe.

L'Empereur désire que Votre Éminence veuille bien se charger des affaires qu'il pourrait avoir à Rome. Nous avons appris votre arrivée et celle de Madame à Rome, et par les derniers jours celle du prince Lucien. La princesse Élisa esta Bologne. La princesse Pauline a passé ici vingt-quatre heures, se rendant à Naples où elle va prendre les eaux. Elle est fort souffrante.

Je prie Votre Éminence' d'agréer les sentiments de haute considération avec, etc.

Bertrand.

Porto Ferrajo, 6 juin 1814.

Deux mois après, Laetitia, Madame Mère, allant retrouver Tëmpereur déchu, écrivait de l'île d'Elbe' à son frère, le cardinal Fesch :

5 août 1814.

Les Anglais ont tiré le canon pour saluer le fort, lequel a répondu de suite. Une quantité de monde sur des bateaux venait à ma rencontre. L'Empereur qui m'avait attendu la veille ne se trouvait pas en ce moment à Porto-Ferrajo, il vint deux heures après mon arrivée. Je vous laisse à penser le plaisir que j'ai éprouvé en le voyant. Je l'ai trouvé très bien portant et engraissé. Il craint cependant excessivement la chaleur qui est insoutenable dans ce pays-ci.

Addio, mio caro fratello, voi abbracci caramente e sono la vostra sorella.

Pendant ce temps, Napoléon 111 grandissait. Il avait conservé ce petit billet, tendrement naïf, qu'il adressait, »

à un jour de Tan, au puissant empereur, son oncle :

Ma chère tata et mon cher nonnonqueje vous sou- y

haite une bonne année je vous aime bien de tout mon cœur je suis bien fâché de ne pas vous voir parce *

que vous m'aurie\ donné des joujoux.

Napoléon.

Et l'enfant qui traçait ces lignes devait (après quelles aventures et pour quel fatal destin !) devenir, lui aussi, maître souverain de la France !

Arrêtons-nous, avant d'aller plus loin, pour donner une collection fort intéressante de lettres relatives à un des épisodes les plus tristes et les plus caractéristiques du règne de Napoléon I er : — l'enlèvement du Pape à Savone et sa translation dans ce Fontainebleau, où sa maigre et jaune figure, doucement ironique, semblait, peinte par David et accrochée à la muraille,, protester naguère encore contre ce coup de ruse corse et ce coup de force bonapartiste.

Enlèvement du Paper par Lagorsse, capitaine de gendarmerie d'élite.

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