Voir Empire libéral t. IX, p
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égyptien aurait des doutes sur la conformité d'une convention avec les lois de 1 Empire, il devrait en déférer à la Sublime Porte. De même, avis devait être donné à la Porte « toutes les fois qu'il se ferait en Egypte un règlement de douanes spécial »i et réciproquement <c pour sauvegarder les intérêts de TÉgypte dans les traités de commerce qui interviendraient entre la Porte et les gouvernements étrangers, Fadminislratioa égyptienne serait consultée ». La Porte octroyait donc au Vice-Roi, avec le pouvoir législatif, un droit de négociation économique qu'elle s'était jusque-là jalousement réservé. Ismaïl ne s'en tint pas là. Il souifrait du traitement trop différent qu'il recevait en l.in ope et à Constantinople. Presque sur le pied d'un souverain en Europe, il marchait à Constantinople après le grand vizir et devait, avec tous les pachas, se trouver à la porte de la mosquée, le vendredi, poursuivre au pas de course la voiture du Sultan, pendant les 400 mètres qui séparent la mosquée du palais. 11 brûlait de se procurer un titre qui le plaçât honorifique* ment dans une situation plus élevée que les pachas. Il eût voulu ajouter à son nom celui de Azis, mais comme le Sultan le portait, on alla chercher en Perse celui de Khédive, qui signifie le Subliinc uu TArchidieu, et on le lui conféra en s'engageant à ne le donner à aucun autre gouverneur.
Ainsi élevé en dignité, Ismaïl prit Je plus en plus les allures d'un souverain indépendant. Il
LA R£FORM£ JUDICIAIRE
pensait que cette indépendance se marque surtout par ceci, qu'on a une armée, une tlotle et des dettes. 11 avait commandé aux Forges et Chantiers deux corvettes cuirassées et, à diverses usines d Europe et d'Amérique, des armes et des munitions; il avait agrandi ses fabriques . d'armes, de cartouches, contracté un emprunt de 10 raillions de livres sterling. Sur les plaques de la Poste, il fit inscrire les trois lettres : P. R. Ë. (Postes royales égyptiennes), et à Constantinople même, ces lettres apparaissaient au-dessus de la porte du bureau égyptien. Eniin, il fit une démarche encore plus retentissante : il autori^a bou ministre Nubar à entamer, directement avec les puissances, des négociations tendant à une réforme judiciaire en Egypte.
Avant d'expliquer cette œu\ re de progrès il importe d'en connaître l'ouvrier, T homme d'État qui Ta conçue, fait adopter et en a poursuivi la réalisation pendant des années au milieu de difficultés sans cesse renaissantes.
Nubar, né àSmyrue eu 1825, était le fils d'un haut fonctionnaire représentant officieux de
Méhémet-Ali à Paris, pendant la tourmente de ltt40, et neveu de Bogob, directeur dos douanes, un des serviteurs les plus probes et les plus intelligents du créateur de FEgypte moderne. Le père et Toncle étaient Arméniens chrétiens.
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et cela même les avait recommandés au choix de
Méhémet, car il était dans ses principes de traiter sur le pied d'éiialilé musulmans et chrétiens- Le jeune Nubar lit de bonnes études à Genève et à Sorèze, s'adonnant surtout aux sciences historiques. Il entra au service et fut successivement attaché k Méhémet en qualité de secrétaire-interprète, puis à Ibrahim et à Abbas. Malgré Tindépendance de son caractère et la franchise de son langage^ gr&ce à l'agrément de sa personne, à la dextérité précoce de son esprit, il avait su plaire à ces farouches civilisateurs. Méhémet aimait à Tinterroger ; Ibrahim ne lui ménageait pas ses confidences; Abbas le fit bey et lui prodigua les marques d'amitié. 11 le chargea notamment d'aller justifier auprès du sultan Mahmoud sa résistance aux réformes administratives judiciaires, désignées sous le nom de Tansymat, imposées par l'Europe à la Porte : d'une eriicacité douteuse en Turquie ces réformes eussent porie une sérieuse altemte au)c privilèges de l'Égyple^
1. Les gouverneurs turcs étaient, avant le Tansvmat, de j)etiLs sultans, des auLooratt's iir relevant (]ue de l'.nitoritA du yrand Sultan de la Porte. Dans b ars mains élaienl réunis tous les pouvoirs administratifs, linanciers, militaires, judiciairi s. La rt lornio leur retira ces pouvoirs, le* divisa et raltadia chacun d'eux au pouvoir central. Ce qui relevait de rarni*''^» fut mis sous la direction du nmii^tre de la Guerre, etc. L«'S ^gouverneurs ne lurent plus que les exécuteurs d»"^ ordi es re(;us, quelque chose comme nos préfels. MélM'rm 1 ne dillérait des antres gouverneurs que par le privilège de la I ransmi.>?sion iiérédllaire. Le ré^^'iine nouveau eût été pour ses successeurs uu abaissement. Abbas enten-
LA REFORME JUDICIAIRE
Sa mission achevée» Nubar fut le promoteur actif de la création du chemin de fer d'Alexandrie au Caire, qui commença la prospérité de rÉgypte. Tombé dans une dis^Tâce relative, il était le représentant officieux d'Abbas à Vienne, lorsque ce prince fut assassiné. Un des premiers actes du jovial et insouciant Said fut de rayer Nubar du contrôle des fonctionnaires. Ni lui ni sa femme n'avaient de fortune*. 11 réussit h se faire réintégrer, mais dans une petite situation, jusqu'au jour où, sur la recommandation du consul anglais, il fut placé à la tête du chemin de fer de TÉtat. Nubar combattit les abus, introduisit de Tordre, s'affranchit des exigences des mécaniciens européens en utilisant les fellahs, ne permit plus que le chemin de fer fut considéré comme une route publique sur laquelle chacun passait sans rien payer. 11 fit si bien que les recettes, en quelques mois, s'élewent de 3000 à 32000 livres. Cela parut intolérable aux bénéficiaires des abus; ils crièrent si fort que Saïd raya encore Nubar des cadres. Toutefois il ne Téloigna pas de sa personne et lui rendit en dons de terres plus qu'il ne lui
dait rester le gouyemeur des temps anciens; il refusa d'ndmeUre le Tansymat. li finit pourtant par s'y décider à titre transactionnel en ce qui concernait la partie judiciaire» mais avec de tels tempéraments que la Porte n'obtenait qu*un a?aQlage apparent et que le pouvoir du Vice-Roi n'était pas entamé. Ainsi, la revision des procès resta entre ses mains» avec le droit de prononcer des sentences capitales et l'autorisation de construire des chemins de fer.
1. Elle lui avait apporté 60000 francs en argent et en pierreries.
avait enlevé en traitement. Il l'emmena même avec lui & Paris et à Londres. Une bande de besogneux, avides de gains exorbitants, s*était ruée sur 1 insouciant vice-roi, tout adonné à son armée et à ses vices ^ et en avait obtenu des concessions fantastiques, lui faisant payer par exemple un miroir 80000 francs, réclamant, à propos de contrats arrachés frauduleusement et inexécutables, des dommages-intérêts extravagants. Le frivole Saïd criait^ puis plaisantait et payait. <( Ne vous enrhumez pas, disait-il un jour à un consul, qui s'exposait à un courant d'air, car je serais condamné à vous donner 10000 livres! » Nubar protestait contre ces faiblesses coûteuses, et comme c^était au profit de Français qu'elles s accomplissaient, on le déclara anti-français. Il ne se montra pas non plus favorable à une autre concession de Saïd, la seule qui ne fût pas une inutilité de prodigue, celle faite & Lesseps d'un canal devant unir les deux mers. Sans méconnaître le bienfait qui en résulterait pour le commerce général du monde, il craignait que la prospérité d'Alexandrie fût compromise et la situation politique de TÉgypte anéantie. Hérodote n'avait-il pas dit que le Pharaon Nekao, ayant eu l'idée de réunir les deux mers par un canal, l'oracle de Delphes l'arrêta en lui prédisant qu'il livrerait ainsi son pays aux Barbares ?
Le successeur de Sald, Ismaïl, fit preuve de perspicacité en accordant sa contiaiice au serviteur intelligent de son père Ibrahim. 11 lui fît
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avoir le titre de pacha, l'attacha à sa personne et en fit le négociateur de ses intérêts auprès des puissances européennes. Sa première mission d'importance fut à propos des difficultés survenues entre le Khédive, la Compagnie du Canal et la Porte* Ce fut alors qu'ayant été chargé par Morny de donner une consultation sur ce litige, j'entrai en relations avec Nubar^ Il avait dans sa personne la séduction digne de FAsiatique, et dans ses manières une souplesse assurée, dont l'agrément se mêlait de quelque chose de dominateur. Ses yeux noirs brillants, sur le teint pâle de sa race, scrutaient, pénétraient, caressaient ou ordonnaient. Son esprit, fortifié par une haute culture, avait de rétendue et embrassait sans eiiorts tous les détails d'une aiîaire sans en perdre de vue l'ensemble. Passionné, impatient de réaliser le projet toujours pratique qu'il avait conçu, il ne le compromettait pas cependant par des hrasqueries intempestives, et il ne refusait pas leur part aux circonstances du temps. Toutefois sous la flexibilité temporisatrice on sentait toujours l'invincible persistance. Ârgumentateur persuasif, éloquent, subtil, déconcertant, habile à se glisser entre les termes menaçants d'un dilemme, sachant mêler à la forte dialectique des saillies imprévues d'humour et d'ironie, son intelligence trouvait plus de ressources pour écarter l'obstacle, que robstacle n'avait de forces