‹ L'empire libéralChapitre 2 sur 99 · LE MESSAGE DE L'EMPEREUR DU 11 JUILLET · texte numérisé non relu

LE MESSAGE DE L'EMPEREUR DU 11 JUILLET

En 1860 r Empereur était maître de donner ou

de refuser la liberté. En 1867, il Tétait beaucoup moins; en 1869, il ne 1 était plus du tout. La liberté s'imposait à lui ; c'était à la fois la nécessité et le saluL. Les révolutionnaires redoutaient qu'il s'en rendit compte et, se pcr* suadant ce qu'ils souhaitaient, ils annonçaient : <i Rouber est plus solide que jamais à son poste; le chet dÉtut a accepté sou programme, tendant à renforcer te^ pouvoir personnel, et à ne faire aucune concession. Tant mieux ^ »

i. Rappel

L*BMP1RE LIBÉRAL.

« Tant mieux ! » disaient aussi les réactionnaires de Droite, eux, se réjouissaient des violences révolutionnaires et les défiaient : « L'opposition radicale a triomphé; les bancs de la Gauche vont être occupés par des émeutiers; nous ne dissimulons pas la joie que ces élections nous causent ^ » Les chambellans, les mameliicks conseillaient un coup d'État : on venait d'acquérir l'expérience que les concessions n'avaient servi qu'à animer les vengeances en leur donnant l'espoir de se satisfaire ; la liberté n'était que le masque de la subversion; il fallait tirer de son fourreau le ^ sabre du 2 décembre, couper l'oreille aux irréconciliables etprHH'fendre les illusions libérales. Une lettre de TËmpereur à un jeune député des plus distingués de la majorité, de Mackau, écrite au moment même où les troubles éclataient à Paris et dans la Loire, sembla donner une apparence d'assentiment à ces menaces : (( Mon cher monsieur de Mackau, j'ai reçu la lettre par laquelle^ au nom des électeurs qui vous envoient de nouveau au Corps législatif, vous exprimez le vœu que mon gouvernement soit assez fort pour repousser les agressions des partis et pour donner à la lil)erté des garanties de durée, en l'appuyant sur un pouvoir ferme et vigilant. Vous ajoutez avec raison que des concessions de principes ou des sacrifices de personnes sont toujours inefficaces en présence

PaySf Paul de Cassagnag.

des mouvements populaires et qu'un gouvernement qui se respecte ne doit céder ni à la pression, ni à renlraînement, ni à rémeute. Cette manière de voir est la mienne. Je suis bien aise qu'elle soit partagée par vos commettants, comme elle Test aussi, j'en suis convaincu, par la grande majorité de la Chambre et du pays. Croyez à tous mes sentiments. » On ra[)prochaiL de cette lettre les paroles que l'Empereur venait de prononcer au camp de Châlons : <s Conservez le souvenir des combats de vos pères et de ceux auxquels von> avez assisté, car riiistoire de nos guerres, c'est l'histoire de la civilisation. Vous maintiendrez aussi Tesprit militaire si nécessaire à un grand peuple. L'esprit militaire, c'est le triomphe des nobles passions sur les passions vulgaires, c'est la fidélité au drapeau, le dévouement à la patrie. » — N'en doutons pas, disait-on, nous marchons à un coup d'État.

Ni la lettre ni Tallocution ne justifiaient ces inquiétudes. L'idée d'un coup dlUat ne tra- . versa pas un moment la pensée de r£mpereur. 11 n'était pas de ces matamores qui ne se rendent pas compte des conditions dans lesquelles un tel acte peut réussir : on ne tente pas deux fois dans une vie l'aventure d'un coup de force. Napoléon t'' n'avait pas osé, contre les représentants scélérats et traîtres de 1815, ce qu'il avait exécuté contre les Conseils de l'an III. D'ailleurs, pour faire un coup d'État, la volonté du chef du gouvernement ne suffit pas ; une cer-

l*e;mpir£ libéral.

s/ laine disposition de Topinion est nécessaire; il ne réussit que s'il est souhaité^ attendu par l'immense majorité. Telle était la situation en Brumaire et en Décombro. Tout autre elle apparaissait en juin 1869 : Tesprit public, grisé d'opposition, n'entendait rien de ce qui pouvait Tassagir; l'explosion radicale, qui, autant que le réveil libéral, fut un des caractères de Télection, les émeutes, i\\n pendant huit jours troublèrent Paris et les grandes villes, les grèves sanglantes de laHicamarie, la licence des réunions publiques et des journaux, n'avaient pu rinquiéfer : « C'est la police, disait-on, qui organise ces tumultes. » Un coup d'État n'aurait pas trouvé de public ; il était radicalement im;)Ossible. Avec qui, d'ailleurs, l'Empereur Taurait-il tenté? IVi Houber, ni ses collègues n'étaient de nature aventureuse ou héroïque; ils savaient protiter des audaces, non courir des risques. Les anciens auxiliaires de 52 encore sur\ivaiits se convertissaient eux-mêmes aux idées libérales. Le général Fleury les défendait vivement. L'ex-préfet de police, Maupas, écrivait à Duvernois: « L'Empire autoritaire est visiblement arrivé à ses dernières heures; je l'avais^ pour ma part, dit à la tribune et écrit à l'Empereur. L'Euipire libéral va devenir la base inébranlable de la dynastie napoléonienne. Nous commençons une ère nouvelle, et il faudrait être aveugle pour ne pas avoir foi dans sa grandeur

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